Turbinaire décurrente

Turbinaria decurrens | Bory, 1828

N° 5272

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Clé d'identification

Thalle brun verdâtre atteignant 20 cm de hauteur environ
Lames épaisses, triangulaires, disposées de façon alterne autour d'un stipe dressé
Bords des lames nettement dentelés
Base des lames décurrente le long du stipe
Petites vésicules aérifères ovoïdes regroupées à la base des lames

Noms

Autres noms communs français

Algue à triangles, turbinaire à triangles

Noms communs internationaux

Triangular sea bell, turbinweed (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Turbinaria vulgaris var. decurrens (Bory) J.Agardh, 1848

Distribution géographique

Indo-Pacifique tropical, mer Rouge

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Mer Rouge]

Turbinaria decurrens est largement répartie dans l'Indo-Pacifique tropical. Elle est présente en mer Rouge, le long des côtes d'Afrique orientale, à Madagascar, aux Maldives, aux Seychelles, en Inde, en Thaïlande, en Indonésie, aux Philippines, en Papouasie–Nouvelle-Guinée, au Vietnam, en Chine, en Micronésie, en Polynésie française, à Palau, en Australie, et jusqu'en Nouvelle-Zélande.

Sa répartition exacte reste probablement sous-estimée en raison des difficultés d'identification au sein du genre Turbinaria.

Biotope

Cette espèce se rencontre principalement sur les platiers* récifaux et les pentes externes peu profondes, dans les secteurs soumis à un hydrodynamisme modéré à fort.

Elle croît sur les substrats* rocheux ou coralliens consolidés, où elle forme parfois des peuplements localement abondants.

Description

Le thalle* atteint généralement 20 cm de hauteur pour une largeur de 6 à 8 cm.

Il est constitué d'un stipe* cylindrique dressé portant de nombreuses lames épaisses brun verdâtre, triangulaires, disposées de façon alterne autour de l'axe.

Le bord des lames est régulièrement dentelé et leur partie centrale est légèrement concave. La base de chaque lame est prolongée vers le bas en suivant le stipe, caractère à l'origine de l'épithète spécifique decurrens (voir section Origine des noms).

À la base des lames se développent de petites vésicules aérifères ovoïdes, souvent regroupées en grappes. Ces aérocystes* ou flotteurs améliorent la flottabilité de l'algue et favorisent son maintien en position verticale dans les zones exposées à la houle.

Le thalle est solidement fixé au substrat* par un disque basal formé de crampons ramifiés.

Espèces ressemblantes

Le genre Turbinaria comprend une quarantaine d'espèces, dont la distinction repose sur la morphologie des lames, la disposition des vésicules aérifères et l'allure des réceptacles* reproducteurs. Une identification fiable nécessite parfois l'examen de caractères microscopiques.

  • Turbinaria conoides (J.Agardh) Kützing possède des lames plus largement infundibuliformes (en forme d'entonnoir) avec un bord muni d'une seule rangée de dents. Les vésicules aérifères sont généralement plus développées. Cette espèce est parfois localement proliférante sur les récifs dégradés, mais ce comportement dépend fortement du contexte écologique.
  • Turbinaria ornata (Turner) J.Agardh présente des lames à marge munie de deux rangées de dents bien marquées et des lames généralement plus épaisses. Cette espèce est la plus fréquemment rencontrée dans l'Indo-Pacifique tropical et a fait l'objet de nombreuses études pour ses composés bioactifs.
  • Turbinaria turbinata (Linnaeus) Kuntze possède des lames à marge entière ou faiblement dentée, sans l'aspect triangulaire caractéristique de T. decurrens.

Chez T. decurrens, la base des lames se prolonge nettement le long du stipe (caractère décurrent), ce qui constitue le critère morphologique le plus discriminant.

Alimentation

Comme toutes les algues brunes, Turbinaria decurrens est une espèce autotrophe*.

Elle réalise la photosynthèse* grâce à la chlorophylle* a, à la chlorophylle c et à la fucoxanthine*, pigment brun caractéristique des Phéophycées. Elle utilise l'énergie lumineuse pour produire sa matière organique à partir du dioxyde de carbone dissous et absorbe dans l'eau les sels minéraux nécessaires à sa croissance.

Reproduction - Multiplication

Turbinaria decurrens présente un cycle de vie diplontique (cycle majoritairement à phase diploïde* = à 2n chromosomes), caractéristique des Fucales.

Les individus sont généralement dioïques* : les organes reproducteurs mâles et femelles sont portés par des individus distincts. Les gamètes* sont produits dans des conceptacles* inclus dans les réceptacles* reproducteurs situés à l'extrémité des rameaux.

Après fécondation dans l'eau de mer, le zygote* se fixe rapidement sur un substrat favorable où il se développe directement en un nouveau thalle.

La multiplication végétative par fragmentation peut également contribuer localement au maintien des populations et à la dissémination de l'espèce, mais elle ne constitue pas le principal mode de reproduction de l'espèce.

Vie associée

Comme les autres espèces du genre Turbinaria, T. decurrens participe à la structuration des communautés algales récifales.

Ses touffes offrent un support de fixation à des algues épiphytes* ainsi qu'un refuge à de nombreux petits invertébrés (amphipodes, isopodes, gastéropodes, polychètes...) et à des poissons juvéniles. Ces associations varient toutefois selon les régions et les conditions locales, et n'ont pas été spécifiquement étudiées chez cette espèce.

Divers biologie

Cette algue brune appartient à l'ordre des Fucales et à la famille des Sargassaceae.

Elle contribue à la complexité structurale des récifs peu profonds en offrant un support et un refuge à de nombreux petits invertébrés et poissons juvéniles.

Comme plusieurs espèces du genre Turbinaria, elle fait actuellement l'objet de recherches portant sur ses métabolites* secondaires, notamment pour leurs activités antioxydantes, antibactériennes et anti-inflammatoires potentielles. À ce jour, aucune application thérapeutique n'a toutefois été validée chez l'Homme.

Les analyses métabolomiques récentes montrent que Turbinaria decurrens ne produit pas d'acide turbinarique, composé identifié chez certaines espèces proches comme T. conoides. Ce caractère pourrait constituer un marqueur chimique utile dans les études phytochimiques du genre.

Informations complémentaires

L'espèce est localement consommée, mais elle ne présente pas d'intérêt alimentaire particulier, comparée à d'autres algues brunes exploitées.

En raison de sa morphologie particulière, elle est parfois utilisée comme espèce caractéristique dans les inventaires des communautés algales récifales de l'Indo-Pacifique.

Statuts de conservation et réglementations diverses

Turbinaria decurrens ne bénéficie d'aucun statut de protection.

Origine des noms

Origine du nom français

Turbinaire : le nom de turbinaire est utilisé pour les algues du genre Turbinaria.

L'adjectif décurrente fait référence à la forme caractéristique des lames, dont la base se prolonge vers le bas le long du stipe.

Origine du nom scientifique

Turbinaria : du latin [turbo], [turbinis] = toupie, tourbillon. Le genre a été créé par Jean Vincent Félix Lamouroux (1779-1825) en référence à la forme générale des lames, évoquant une petite toupie.

decurrens : du latin [decurrens] = décurrent, c'est-à-dire « qui se prolonge vers le bas le long d'un axe ». Cette épithète décrit la base des lames, qui descend nettement sur le stipe, caractère diagnostique de l'espèce.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 221478

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Ochrophyta Ochrophytes ou Hétérokontes, ou Straménopiles: présence d'un stade unicellulaire à 2 flagelles, un lisse et un à poils tubulaires.
Classe Phaeophyceae Phéophycées Algues brunes.
Sous-classe Fucophycidae
Ordre Fucales Fucales
Famille Sargassaceae Sargassacées
Genre Turbinaria
Espèce decurrens

Nos partenaires

Les textes et images sont sous licence et ne sont pas libres de droit.

Pour les ayants-droits, connectez-vous.

Pour toute demande d'utilisation (exemple d'un formateur Bio de la FFESSM...) contactez nous ici.