Eolidien de Morrow

Trinchesia morrowae | Korshunova, Picton, Furfaro, Mariottini, Pontes, Prkić, Fletcher, Malmberg, Lundin & Martynov, 2019

N° 4917

Méditerranée et Atlantique Nord-Est

Clé d'identification

Petit éolidien ne dépassant pas 15 mm de longueur
Corps blanc translucide avec 1 bande dorsale blanc opaque plus ou moins continue
Cérates avec zone de points jaunes à dorés, puis large bande bleue et se terminant par une bande jaune orangé
Extrémité des rhinophores et tentacules oraux jaune orangé

Noms

Distribution géographique

Méditerranée et Atlantique Nord-Est

Zones DORIS : 1 Europe (côtes françaises), 1.2 [Méditerranée française]

Cette espèce se rencontre principalement en Méditerranée mais également dans l'Atlantique Nord-Est, de la Grande-Bretagne au Portugal.

Biotope

Trinchesia morrowae s'observe dans les petits fonds rocheux et dans la posidonie, entre 1 et 25 m de profondeur. C'est entre 8 et 12 m qu'elle est la plus abondante.

Description

Trinchesia morrowae est un petit éolidien*, ne dépassant pas 15 mm de longueur.

Le corps est blanc translucide avec une bande dorsale blanc opaque plus ou moins continue allant de la tête à la queue et de fines lignes également blanc opaque sur les côtés du pied.

Les cérates* sont courts, groupés en paquets assez distants les uns des autres. De la base vers l'extrémité, on trouve une petite zone translucide laissant apparaître la glande digestive sombre suivie ou recouverte par une zone de points jaunes à dorés, puis une large bande bleue et une bande terminale jaune orangé.

La tête porte 2 longs rhinophores* lisses et 2 tentacules oraux translucides, les 2 paires ayant leur extrémité jaune orangé. La zone blanc opaque sur le dos se prolonge parfois sur les rhinophores. Un œil noir est bien visible à la base de chaque rhinophore.

Espèces ressemblantes

En Méditerranée et Atlantique Nord-Est d'autres espèces sont proches :

Trinchesia caerulea (Montagu, 1804), ) ne présente pas la bande blanc opaque qui court de la tête à la queue et sur les côtés du pied de T. morrowae. Elle ne montre pas non plus l'anneau de points jaune doré avant la bande bleue des cérates*. C'est également une espèce deux fois plus grande que T. morrowae. Le biotope* permet également de différencier ces espèces. T. morrowae se nourrit de petits hydraires souvent épiphytes* d'algues ou de phanérogames* et c'est là que nous la trouverons, alors que T. caerulea se rencontre sur les hydraires dont elle se nourrit, qui forment en général de larges bouquets, souvent accrochés aux gorgones.

T. morrowae a été confondue avec T. caerulea jusqu'en 2019, date à laquelle elle a obtenu son statut d'espèce à part entière.

Trinchesia cuanensis Korshunova et al, 2019 est une des trois nouvelles espèces (dont T. morrowae fait partie), décrites en 2019 à partir de T. caerulea. Elle est présente en Grande-Bretagne et en Suède. Elle ne montre pas les zones blanc opaque sur le corps, et les cérates sont noirs, puis bleus et se terminent par une zone orange.

Trinchesia granosa Schmekel, 1966 a l'extrémité des rhinophores* et tentacules oraux orange, les cérates sont plus denses avec des zones jaunâtres et bleuâtres plus diffuses. Elle est présente en Méditerranée.

Berghia coerulescens (Laurillard, 1830) a des rhinophores lamellés, des tentacules oraux blanc uniforme et des cérates également bleus et jaunes mais dont l'implantation est plus dense, ramassée et couchée. Présente en Méditerranée et en Atlantique, du Portugal à la Manche.

Trinchesia ocellata Schmekel, 1966 a un corps plutôt jaune/vert très pâle avec des cérates transparents puis maculés de blanc avec une pointe rouge brunâtre au sommet. C'est une espèce principalement méditerranéenne mais que l'on rencontre également dans l'Atlantique proche (Portugal et Espagne).

Alimentation

Cette espèce se nourrit d'hydraires, principalement de Sertularia perpusilla et Stylactis inermis.

Reproduction - Multiplication

Trinchesia morrowae est hermaphrodite* et la reproduction a lieu au printemps. Les individus se reproduisent deux à deux, en s'échangeant simultanément leurs gamètes* mâles lors d'un rapport proximal. Chacun pourra ensuite produire une ponte, se présentant en un fin chapelet crème enroulé en spirale, composé de capsules ovigères rondes.

Vie associée

Cette espèce se rencontre en général sur les hydraires dont elle se nourrit.
Comme beaucoup d'espèces d'éolidiens*, elle peut être parasitée par des copépodes endoparasites* (par exemple Splanchnotrophus spp. )

Divers biologie

Les éolidiens*, dont fait partie Trinchesia morrowae, ont développé un moyen de défense original. ll s'agit du recyclage pour leur propre usage, des cnidoblastes* urticants trouvés dans leurs proies venimeuses : les hydraires ! Les individus se nourrissent des polypes* de l'hydraire sans être affectés par leur action urticante. En effet, ils ingèrent les cellules urticantes intactes et les stockent dans leurs cnidosacs*, au sommet des cérates. Ces cellules urticantes vont se maintenir et serviront désormais à leur protection, en se déclenchant si l'animal est attaqué. Ce mode de défense semble être fortement efficace et l'on connaît peu de prédateurs des éolidiens utilisant ces armes.

Une étude de 2017 sur Cratena peregrina avance que les éolidiens mangeurs de polypes d'hydraires choisiraient prioritairement les polypes ayant consommé une grosse masse de micro-zooplancton* plutôt que les polypes n'en ayant pas mangé. Le nudibranche se nourrirait donc également du zooplancton capturé par les polypes et ce, pour une belle part de son alimentation ! Les auteurs ont appelé ce mécanisme visant à consommer une proie au travers d'un autre organisme ayant capturé cette proie auparavant : la kleptoprédation*.

Les éolidiens n'ont pas de panache branchial comme il en existe chez d'autres nudibranches. La respiration se fait directement au travers de la peau des cérates (respiration cutanée).

Les rhinophores* sont les organes de perception, permettant à l'animal de percevoir son environnement, de sentir la signature chimique de ses congénères ou de ses proies, de s'orienter en détectant le sens des courants, la température, etc.

La radula*, pièce physique primordiale dans la nutrition de la plupart des mollusques opisthobranches, est une sorte de langue râpeuse, située dans le larynx et constituée de nombreux denticules* acérés. La forme de la radula, des denticules, leur agencement, sont des éléments spécifiques d'une espèce donnée et sont discriminatifs quant à l'identification et la taxonomie de cette espèce. Son observation exige néanmoins dissection et matériel optique de laboratoire.

Informations complémentaires

Cette espèce se rencontre surtout en hiver et au printemps. Elle est moins abondante en automne. De par sa petite taille et son mode de vie dans les roches riches en algues ou les herbiers, elle est bien moins souvent observée par les plongeurs que Trinchesia caerulea.

Origine des noms

Origine du nom français

Eolidien de Morrow est la francisation du nom scientifique et une proposition du site DORIS.

Origine du nom scientifique

Trinchesia : dédiée à Salvatore Trinchese (1836-1897), zoologiste italien qui étudia les mollusques gastéropodes. Le genre a été décrit par Hermann von Ihering en 1879.

morrowae : en l'honneur de Christine Morrow, co-auteur de “A Field Guide to the Nudibranchs of the British Isles” (1994), qui a séquencé le génome de Trinchesia cuanensis et a permis de révéler la présence de 2 espèces dans le complexe T. caerulea de l'Atlantique Nord-Est.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Cladobranchia Cladobranches
Famille Trinchesiidae Trinchésiidés
Genre Trinchesia
Espèce morrowae

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