Requin-baleine

Rhincodon typus | Smith, 1828

N° 836

Cosmopolite sauf en eaux froides

Clé d'identification

Requin géant
Dos gris-bleu moucheté de taches blanches
Cinq fentes branchiales
Large bouche plate

Noms

Autres noms communs français

Requin chagrin (créole Réunion et Seychelles)

Noms communs internationaux

Whale shark, whaleshark (GB), Squalo balena (I),Tiburón ballena, dāmero, pez dama (E), Walhai, Rauhhai (D)

Synonymes du nom scientifique actuel

Rhinodon typicus (Müller & Henle, 1839)
Rhinodon typicus (Smith, 1845)
Micristodus punctatus (Gill, 1865)
Rhinodon pentalineatus (Kishinouye, 1901)

Distribution géographique

Cosmopolite sauf en eaux froides

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Mer Rouge], ● Caraïbes

Le requin-baleine se trouve dans toutes les mers tropicales et tempérées chaudes, sauf en Méditerranée. On peut le rencontrer :
- dans la zone Atlantique occidentale, depuis New York (USA) jusqu'à la partie centrale du Brésil, en passant par la mer des Caraïbes,
- dans la zone Atlantique orientale allant du Sénégal au golfe de Guinée,
- dans une grande partie de l'océan Indien en incluant la mer Rouge et le golfe Persique,
- dans la zone Pacifique Ouest : du Japon à l'Australie et de l'Indonésie à Hawaii,
- dans la zone Pacifique Est allant de la Californie (USA) au Chili.

Biotope

Rhincodon typus est un requin pélagique préférant les eaux chaudes entre 21 et 30° C, évoluant entre la surface et 120 m de profondeur, rarement près des côtes. Néanmoins il peut plonger à plus de 1000 m de profondeur. On peut le rencontrer dans les lagons des atolls coralliens, près des estuaires ou embouchures de rivière, aux moments où la nourriture abonde (frai de poissons et d'invertébrés, proliférations saisonnières de crevettes).
Il est souvent en compagnie de poissons pélagiques tels que les Scombridés (thons, maquereaux, ...). Les mâles peuvent accomplir de grandes migrations, alors que les femelles migrent sur de courtes distances et reviennent à leur lieu de naissance.

Description

Le requin-baleine est le plus grand de tous les poissons cartilagineux et osseux, sa taille habituelle variant de 5 à 12 m. Il est facilement reconnaissable à sa tête plate et large, fendue d'une très grande bouche qui peut mesurer jusqu'à 1,50 m de large.

Son corps massif, globalement cylindrique, est parcouru de chaque côté par 3 lignes longitudinales ou carènes*, particulièrement saillantes au niveau du pédoncule caudal. Sa livrée dorsale est gris-bleu mouchetée de points blancs et parcourue de bandes claires horizontales et verticales. Sa livrée ventrale est unie et très claire. Il possède cinq grandes fentes branchiales verticales, bien visibles, positionnées au-dessus de chaque nageoire pectorale. Ses yeux, proportionnellement très petits, sont situés juste en arrière de la bouche. Sa gueule est équipée de nombreuses dents minuscules et crochues.

Ses nageoires dorsales, bien développées, sont placées au-delà de la première moitié du corps. La première nageoire dorsale, située au-dessus des nageoires pelviennes, est la plus grande des deux. Sa nageoire caudale est hétérocerque* et ne présente pas d'entaille. Chez les adultes, le lobe supérieur est légèrement plus important que le lobe inférieur, alors que chez les juvéniles, le lobe supérieur est beaucoup plus long que le lobe inférieur.

Espèces ressemblantes

Le genre Rhincodon ne comporte qu'une espèce. Toutefois, il est parfois confondu avec le requin-pèlerin Cetorhinus maximus qui est également un requin planctophage de grande taille, pouvant mesurer jusqu'à 12 m de long. Néanmoins, ce dernier se différencie de Rhincodon par sa livrée dorsale unie et son museau pointu. Les deux espèces peuvent se côtoyer dans les eaux tempérées de l'Atlantique, notamment quand la température n'est pas trop fraîche et le plancton abondant.

Alimentation

Son alimentation est constituée d'un large éventail d'organismes planctoniques* et nectoniques*: petits poissons de moins de 10 cm comme les sardines, anchois, maquereaux, thons juvéniles, petits crustacés et calmars. Il se nourrit également d'algues qui se trouvent dans le plancton. Le requin-baleine a été souvent vu en position verticale, la tête près de la surface lorsqu'il se nourrit. Sa bouche, ouverte et fermée sur une fréquence de 7 à 28 fois par minute, aspire d'énormes quantités d'eau. En secouant sa tête d'un côté à l'autre, il vide l'eau par les branchies.Les proies sont alors piégées au niveau du tamis branchial. Il peut ainsi filtrer 6 000 litres d'eau par heure et avaler plus d'une tonne de nourriture par jour. Le requin-baleine peut, soit filtrer l'eau au cours de ses déplacements, soit aspirer de grandes quantités d'eau en restant immobile. Ce dernier mode de pêche est particulièrement efficace lorsque les proies sont nombreuses, comme c'est le cas au milieu d'un banc de sardines par exemple.
Des études récentes utilisant des balises de positionnement ont montré que le requin-baleine adopte un comportement de pêche différent en profondeur et en surface. Il utilise son poids pour descendre rapidement sur une zone de plancton en décrivant des huit pour capter un maximum de nourriture. Il opère aussi de la sorte à la remontée.

Reproduction - Multiplication

On connaît mal le mode de reproduction du requin-baleine.
Comme tous les requins le mâle possède deux organes copulateurs, appelés ptérygopodes*, avec lesquels il déverse sa semence dans le cloaque* de la femelle lors de la copulation. L'éventualité la plus probable est qu'il est ovovivipare*. En 1995, une femelle mesurant 11 m a été capturée sur la côte est de Taïwan. Ses deux utérus contenaient 300 embryons à différents stades de maturité, œufs et embryons éclos (qui sont parvenus à rompre l'enveloppe qui les protégeait) de 42 à 63 cm de long. De tous les requins, c'est celui qui semble avoir les portées les plus nombreuses.
Les jeunes, à la naissance, mesurent 55 à 64 cm et sont des copies miniatures des adultes. Un jeune requin-baleine de 50 cm a été photographié à Port-Louis (Guadeloupe) en avril 2008 (forum de DORIS identification n° 2718). La croissance de ces petits requins serait très rapide.
Il existe peu d'études sur le cycle biologique du requin-baleine. L'espèce atteindrait sa maturité sexuelle vers 20 ou 30 ans à une taille d'environ 9 m. La période de gestation et l'intervalle entre les naissances sont inconnus. La mise bas serait suivie d'une longue période de repos avec une portée tous les deux ans. Cette stratégie expliquerait le faible nombre de femelles gravides observées.

Vie associée

Le requin-baleine est souvent associé aux bancs pélagiques de Scombridés (thons), mais aussi de dauphins qui par écho-localisation repèrent les petits bancs de poissons. Les thons, à l'ombre de cette imposante silhouette, se protégeraient de leurs prédateurs directs.
Des petits poissons, tel que le poisson-pilote Naucrates ductor, ont été observés à maintes reprises à quelques centimètres de la bouche de ce géant. Certains avancent l'hypothèse qu'ils profitent de l'effet de surf (comme les dauphins à la proue des bateaux) alors que d'autres pensent que ces minuscules poissons se nourrissent des parasites vivant sur la peau des requins.
D'autres poissons suivent ce géant des mers dans sa migration comme les rémoras du genre Echeneis (ex : Echeneis naucrates) et du genre Remora (comme Remora brachyptera). L'espèce est souvent parasitée par des copépodes de la famille des Pandaridés.

Divers biologie

Un chercheur australien, Brad Norman, a démontré qu'il était possible d'identifier les requins-baleines grâce au positionnement exact de leurs taches blanches. La disposition de ces taches est unique et constitue en quelque sorte leur “empreinte digitale".

Le spiracle ou évent, est une ouverture située derrière l'œil. C'est un organe qui a régressé naturellement au cours de l'évolution. Il est généralement présent chez les requins sédentaires et les espèces des grandes profondeurs. L'eau est pompée par ce spiracle et celui-ci alimente directement, via un vaisseau sanguin spécifique, les yeux et le cerveau de l'animal.

En 2020, des chercheurs du Centre de recherche d'Okinawa (Japon) ont fait une découverte étonnante au niveau des yeux des requins-baleines. Ils ont découvert que les globes oculaires de cette espèce sont entourés de milliers de denticules dermiques (petites dents), environ 2900 par œil, la majorité près de l'iris. Ceci pourrait correspondre à une protection de l’œil, remplaçant la paupière qu'ils n'ont pas. Cette caractéristique n'est retrouvée chez aucun autre poisson cartilagineux connu !

La formule dentaire est la suivante : 137-0-137/177-1-177

Malgré sa grande taille, avec une longueur maximale parfois estimée à 20 m (on peut plus raisonnablement parler d'une longueur maximale de 14 m) et un poids maximal de 34 tonnes, ce requin est inoffensif pour l'homme. Considéré comme curieux et pacifique, le requin-baleine se laisse facilement approcher et même caresser par les plongeurs. Mais il peut involontairement provoquer des dégâts sur des embarcations du fait de sa masse ou lorsqu'il est harponné. De même, un plongeur se trouvant sur sa trajectoire a la désagréable surprise de voir le requin-baleine toujours avancer imperturbablement.

Le requin-baleine nage lentement, à la vitesse d'environ 5 km/h, en bougeant latéralement tout son corps et pas uniquement sa nageoire caudale comme le fait le grand requin blanc par exemple. Il est en constante migration et peut parcourir des milliers de kilomètres à la recherche des zones planctoniques les plus riches. Lors d'une étude récente sur le déplacement des requins-baleines, la distance parcourue en 150 jours par une femelle mesurant 7,50 m a été estimée à 7772 km, soit une vitesse de 52 km par jour.

Lors de l'étude précédemment citée, il a été observé que les requins baleines peuvent plonger à près de 2000 m de profondeur : plus exactement, une femelle de 7 m de longueur a plongé à 1888 m au large du Yucatan, et un jeune mâle immature de 7 m de longueur a plongé à 1928 m au nord-est du golfe du Mexique.

Sa durée de vie varie selon les auteurs de 60 ans à 100 ans, voire 150 ans.

L'orque, Orcinus orca est l'un de ses prédateurs, mais il n'est pas la cause de la diminution de ses effectifs ! Un juvénile a été trouvé dans l'estomac d'un requin peau bleue, Prionace glauca, et un autre dans l'estomac d'un makaire bleu, Makaira nigricans.

Informations complémentaires

Ces animaux représentent une énorme source de protéines. L'huile extraite de leur foie a longtemps servi en cuisine, pour des lampes à huile et en savonnerie. Elle est considérée comme un complément alimentaire et est recherchée pour l'industrie des cosmétiques. Elle est utilisée comme adjuvant dans la fabrication de vaccins et pour la mécanique de précision.
La valeur marchande des requins-baleines est élevée en Extrême-Orient : environ un million de dollars par individu. Un aileron peut valoir 10 000 euros sur les marchés asiatiques. Leur chair est mangée fraîche, séchée ou salée, les nageoires sont servies en soupe, les abats nourrissent les poissons d'élevage. Leur peau permet de fabriquer des produits. Enfin ils sont utilisés dans la médecine chinoise.

La pêche au harpon a décimé d'importantes populations dans plusieurs pays. Le requin-baleine est pêché par les professionnels, notamment dans les endroits où il vient régulièrement s'alimenter. Nageant souvent la nageoire dorsale à fleur d'eau, il est aisément repérable par voie aérienne et donc facile à harponner à partir d'un bateau. Le requin-baleine est pêché en Asie et ailleurs dans le monde, y compris dans les endroits où il existe une protection légale.

L'animal est peu farouche et se laisse facilement approcher. Aussi, dans les lieux où il revient régulièrement, l'activité touristique s'est développée. En Australie de l'ouest, par exemple, cette espèce est protégée et l'activité touristique encadrée.

La pollution est un autre fléau pour le requin-baleine. La marée noire survenue en avril 2010 dans le golfe du Mexique a des impacts toxiques sur les écosystèmes. Les requins-baleines consomment du plancton contaminé et les chercheurs craignent qu'ils prennent l'huile pour nourriture. Cela pourrait coller leurs branchies et leur causer de graves problèmes de santé, notamment au niveau de la reproduction et de l'affaiblissement du système immunitaire. "C'est une espèce clé dans l'écosystème, car elle se nourrit au bas de la chaîne alimentaire", soutient le biologiste Eric Hoffmayer.

Il y a trois aquariums situés au Japon, à Taïwan et aux Etats-Unis, qui ont choisi la carte de la démesure et exposent les requins-baleines dans des bassins gigantesques. Ceci n'est pas une mince affaire, car il faut aussi trouver la nourriture pour ces énormes prédateurs qui ont besoin de très grandes quantités de petites proies.

Statuts de conservation et réglementations diverses

La convention de Bonn, dont l'objectif est de développer la coopération internationale dans le but de conserver les espèces migratrices appartenant à la faune sauvage, a classé, en 1999, Rhincodon typus comme une espèce dont « l'état de conservation est défavorable ».
La CITES, qui régule le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction, l'a inscrit comme « espèce en danger » en 2002.
La CMS, Convention sur les Espèces Migratrices, a appelé, en 1999, à des actions de coopération pour le requin-baleine.
Enfin, depuis 2005, Rhincodon typus est classé dans la catégorie « vulnérable » par l'UICN, Union Internationale pour la Conservation de la Nature, ce qui signifie que l'espèce a un risque élevé d'extinction à l'état sauvage. Cependant, les études sur les stocks de ces animaux sont presque inexistantes, en raison de la difficulté de comptabiliser les individus vivant le plus souvent en solitaire. Le classement de l'UICN sous-estime peut-être l'état réel des stocks. Il reste que les requins-baleines sont vulnérables à l'exploitation, en raison de leur longévité et de leur maturation sexuelle tardive.

Origine des noms

Origine du nom français

Sa grande taille pour un poisson l'a fait surnommer par analogie aux cétacés « requin-baleine ».
L'appellation est trompeuse car le requin est un poisson respirant avec des branchies tandis que la baleine est un mammifère respirant à l'aide de poumons.

Origine du nom scientifique

Rhincodon : du grec [rhingchos] = râpe et [odous] = dents, ceci évoquant les nombreuses rangées de dents minuscules comparables à une râpe sur chaque mâchoire.

typus : du latin [typus] = figure moulée, type, et du grec [tupos] = forme, représentation générale, qui ont donné le nom type et l'adjectif typique. Etant le seul animal dans le genre, il en est aussi le type.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 105847

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Orectolobiformes Orectolobiformes Une nageoire anale, deux nageoires dorsales, bouche en avant des yeux.
Famille Rhincodontidae Rhincodontidés Requin à petites dents. Une seule espèce : le requin-baleine.
Genre Rhincodon
Espèce typus

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