Pastenague violette

Pteroplatytrygon violacea | (Bonaparte, 1832)

N° 4770

Circumglobale

Clé d'identification

Bord antérieur du disque arrondi
Museau saillant très réduit
Queue longue armée d'un à trois aiguillons venimeux
Couleur du dos uniformément violacée à bleutée
Face ventrale sombre

Noms

Autres noms communs français

Galuchat pélagique

Noms communs internationaux

Pelagic stingray, blue stingray, violet stingray, black skate (GB), Trigone violeto, ferraccia, pastinaca violacea, vastunaca spinosa (I), Raya-látigo violeta, raya látigo pelágica (E), Pelagischer Stechrochen (D), Uge-violeta (P), Violette pijlstaartrog (NL), Pelagisk pigrokke (Danemark), Violett spjutrocha (Suède), Volina (Serbie), Boll tork (Malte), Glafkotrygona (Grèce), Ignelivatoz (Turquie)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Trygon violacea Bonaparte, 1832
Dasyatis violacea (Bonaparte, 1832)
Trygon purpurea Müller & Henle, 1841
Dasyatis purpurea (Müller & Henle, 1841)
Dasyatis purpureus (Müller & Henle, 1841)
Dasyatis atratus Ishiyama & Okada, 1955
Dasyatis guileri Last, 1979

Distribution géographique

Circumglobale

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

La pastenague violette est une espèce circumglobale* qui présente une affinité pour les eaux tropicales et tempérées du globe.

  • En Atlantique Est, on la retrouve sans discontinuer depuis l'Irlande jusqu'à l'Afrique du Sud. Sa présence exceptionnelle en mer du Nord est avérée.
    Dans l'Atlantique Ouest, l'espèce est connue de l'Uruguay au Canada (les Grands Bancs de Terre-Neuve, qu'elle fréquente l'été). Elle est présente dans le golfe du Mexique.
  • L'espèce est abondante dans toute la mer Méditerranée mais son installation dans le nord du bassin occidental est plus récente. Elle semble absente de la mer Noire.
  • Dans l'océan Pacifique, P. violacea est présente entre la Nouvelle-Zélande et les îles Kouriles à l'ouest, le Chili et le Canada (Vancouver et la Colombie Britannique) à l'est. Les îles Fidji, la Polynésie, l'île de Pâques, les îles Galápagos, Clipperton ou encore Hawaï sont inclus dans son aire de répartition.
  • L'aire géographique de la pastenague violette couvre également l'ensemble de l'océan Indien et de ses îles, jusqu'au sud de l'Australie et de l'Afrique du Sud. Longtemps ignorée du fait qu'elle constitue une prise accessoire rejetée en mer, sa présence n'a été rapportée qu'assez récemment (en Australie en 1994, à la Réunion en 2004, en Indonésie en 2006 ou en Inde en 2008).

Biotope

Pteroplatytrygon violacea est considérée par l'ensemble des auteurs comme la seule espèce de raie pastenague épipélagique* (zone 0-200 mètres), évoluant en haute mer au-dessus des grands fonds.
La distribution bathymétrique de la pastenague violette est comprise entre la surface et une centaine de mètres de profondeur, avec un maximum documenté de 381 mètres.
Selon certains auteurs, les mâles seraient rencontrés plus profondément que les femelles.

Bien que la couche d'eau superficielle du large constitue l'habitat privilégié de la pastenague violette, l'adoption d'un comportement nouveau, au cours de l'été 2018, plus conforme à celui des autres Dasyatidés, remet en cause le caractère strictement épipélagique de l'espèce. De nombreux témoignages et captures ont attesté la présence de P. violacea dans les eaux littorales méditerranéennes ou sur le fond et confirment les comportements isolés déjà observés dans le nord de l'Adriatique (2004-2005), en Corse (2008, observation personnelle du rédacteur), au nord-est du Brésil (2012) et en Turquie (2016).

Un comportement migrateur est observé en fonction de la température de l’eau. D’après Forselledo et al. (2008), aucune capture n’a été réalisée dans des eaux d’une température inférieure à 15,3 °C.

Description

La raie pastenague violette est caractérisée par la forme fortement arrondie du bord antérieur de son disque qui se termine par un museau saillant très réduit, parfois difficilement discernable. Au niveau des pectorales, le disque présente une forme nettement angulaire.
La surface dorsale du disque est lisse à l'exception de quelques très courtes épines sur la nuque et la ligne dorsale médiane. La queue, longue, en forme de fouet est souvent tronquée. Sa longueur est généralement inférieure à deux fois la longueur du corps, jusqu'à trois fois chez les jeunes. La queue est armée d'un à deux (plus rarement trois) aiguillons venimeux fortement dentelés et présente un long repli cutané, uniquement sur sa face ventrale.

La couleur du dos est uniformément violacée à bleutée.
La face ventrale, souvent un peu plus pâle que le dos, est également sombre.

P. violacea atteint la taille maximum (largeur du disque) de 96 cm. Le poids maximum publié est de 49 kg.

Espèces ressemblantes

Le genre Pteroplatytrygon ne comprend à ce jour qu’une seule espèce. Au sein de la famille des Dasyatidés, certaines espèces proches peuvent être confondues :

  • Dasyatis pastinaca : la pastenague commune a le museau plus pointu. Le contour de l’œil est généralement pigmenté d'une couleur jaunâtre. Le dos est gris-brun. Le ventre clair est plus sombre vers le bord des ailes. On la rencontre tout autour de la Méditerranée et le long des côtes de l'Atlantique Est, depuis la mer du Nord jusqu'au golfe de Guinée.
  • Dasyatis tortonesei : la pastenague de Tortonèse ressemble fortement à D. pastinaca mais possède des évents plus grands. L'espace interorbitaire est supérieur ou égal à la longueur du museau. La coloration est uniforme, brune, jaunâtre ou olivâtre. Seulement connue de Méditerranée.
  • Dasyatis centroura : la pastenague épineuse présente également un museau pointu. De fortes boucles ornent le dos et la queue. La largeur du disque peut dépasser 2 mètres. La queue, longue, présente un repli cutané important dans sa partie inférieure. Le dos est gris-brun ou olive. Le ventre est blanchâtre avec les marges sombres. Cette espèce fréquente les côtes tropicales et tempérées de l'océan Atlantique Est et Ouest et la Méditerranée.

Alimentation

Le régime alimentaire de Pteroplatytrygon violacea est varié (crustacés, ptéropodes, hétéropodes, amphipodes, poissons, céphalopodes et vers polychètes). Il est essentiellement composé de petites proies comprises entre 1 et 4 cm.
Au Brésil (Júnior and Rotundo, 2012) comme en mer Adriatique (Lipej et al., 2013), les poissons pélagiques, dont l'anchois, constituent la base du régime alimentaire de la pastenague violette.
Cependant, la présence d'espèces benthiques* (Dactylopterus volitans, Serranidés, hippocampes, gobies, seiches,...) dans les contenus stomacaux montre qu'elle se nourrit occasionnellement sur le fond.

Selon certains auteurs, les méduses et autres Cœlentérés (Cnidaires + Cténophores) constituent des proies importantes du régime alimentaire.

Le comportement original consistant à ramener des proies à sa bouche à l’aide de ses ailes a été rapporté.

Reproduction - Multiplication

Des zones d'ombre subsistent encore sur la connaissance du cycle de reproduction de la pastenague violette.

La taille de maturité sexuelle est comprise entre une largeur de disque (LD) de 34 à 47,8 cm chez les mâles et 39 à 50 cm chez les femelles.
P. violacea développe un mode de reproduction ovovivipare*. L’embryon* se développe dans un premier temps en absorbant le jaune de l’œuf (vitellus*) et bénéficie ensuite d’un apport additionnel de nourriture par absorption d’un « lait » utérin issu de la mère grâce à des structures spécialisées. Le processus de vitellogenèse* parait être concomitant à la gestation. La période de mise bas varie en fonction des zones géographiques et la naissance des petits interviendrait après une gestation* rapide de 2 à 4 mois (Cox and Francis, 1997).
Le nombre de petits mis au monde varie de 2 à 13. Leur taille à la naissance est comprise entre 14 et 26 cm de largeur de disque.
La femelle semble pouvoir stocker le sperme* durant plus d’un an.

La forte augmentation des observations de femelles dans les eaux côtières, au cours de l'été 2018, aurait été corrélée à la mise bas des petits. Il est toutefois étonnant qu'aucun nouveau-né ou juvénile n'ait été signalé.

Le cas très rare d'une pastenague violette hermaphrodite* anormale (intersexuelle) a été signalé au large des côtes méridionales brésiliennes (Ribeiro-Prado et al., 2009).

Vie associée

Plusieurs parasites sont associés à la pastenague violette, parmi lesquels on peut noter :

  • Le monogène Neoentobdella diadema (Monticelli, 1902) ;
  • Les cestodes : Acanthobothrium benedeni Lönnberg, 1889, Acanthobothrium magnum Euzet, 1959, Acanthobothrium musculosum (Baer, 1948), Nybelinia lingualis (Cuvier, 1817), Progrillotia louiseuzeti Dollfus, 1969, Rhinebothrium baeri Euzet, 1959, Scalithrium palombii (Baer, 1948), Tetragonocephalum trygonis Shipley & Hornell, 1905 ;
  • Le trématode Botulus microporus (Monticelli, 1889).

Divers biologie

La longévité de l'espèce est estimée à 10 ans.

La raie pastenague violette semble avoir peu de prédateurs. Si quelques mammifères marins et requins peuvent représenter un danger potentiel, le requin océanique Carcharhinus longimanus est le seul prédateur qu'on lui connaisse.

Informations complémentaires

Le dard venimeux est plus développé, en moyenne, chez les mâles (147 mm) que chez les femelles (128 mm). Le nombre moyen de dentelures est en général de 191 chez les mâles contre 161 chez les femelles.

Le mode de vie essentiellement pélagique* et hauturier de Pteroplatytrygon violacea limite les risques de rencontres et d'accidents. Sa récente apparition près des côtes et la curiosité qu'elle peut susciter imposent cependant d'être prudent en sa présence. Les pêcheurs à la palangre de surface constituent une population plus exposée au danger du fait qu’ils manipulent des individus stressés ou blessés. La pastenague violette peut infliger de très douloureuses blessures à l’aide de ses aiguillons venimeux. La piqûre cause un empoisonnement neurotoxique et cardiotoxique dû à des cellules épithéliales* venimeuses auquel s’ajoute les dommages mécaniques liés aux dards et à leurs dentelures. Les principaux symptômes, outre les douleurs intenses, se traduisent par une forte transpiration ou salivation, des fasciculations musculaires (tressautements musculaires et crampes), des nausées, des vomissements, des convulsions ou une détresse ventilatoire. Malgré le danger réel qu’elle représente et le risque de complications graves (nécrobiose* et infections bactériennes), la blessure est efficacement traitée par anticoagulants et n'est pas mortelle pour l’homme.

L’absence de valeur commerciale de l’espèce, rejetée en mer, a longtemps contribué au fait qu'elle ait été sous-évaluée ou ignorée. P. violacea est une espèce commune des prises accessoires des pêcheries pélagiques hauturières. Les individus capturés sont souvent tués en raison de leur dangerosité. Concernant les individus relâchés vivants, une partie d’entre eux est souvent mutilée et le taux de survie demeure méconnu. Différentes mesures techniques sont élaborées pour limiter les captures accessoires (Piovano et al., 2009 ; Ferrari et Kotas, 2013 ; Garibaldi, 2015).

Réglementation

Pteroplatytrygon violacea a été classée par l'UICN* dans la catégorie "Préoccupation mineure" (Least Concern = LC).

Origine des noms

Origine du nom français

Pastenague : issu du latin [pastinaca] = panais, qui désigne une racine comestible proche de la carotte. Rondelet en 1554 précise que la queue de ce poisson dépourvue de nageoires a la « couleur et rondeur » de la racine du panais.

violette : directement traduit du latin et relatif à sa couleur.

Origine du nom scientifique

Pteroplatytrygon : provient de la décomposition du grec [ptero] = nageoire, aile, [platys] = plat et [trygon] = pastenague.

violacea : du latin [viola] = violet (liée à sa coloration violacée).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Rajiformes Rajiformes Les Rajiformes regroupent l'essentiel des raies. Poissons cartilagineux sans vessie natatoire, très plats mais apparentés aux requins.
Famille Dasyatidae Dasyatidés Famille des raies pastenague.
Genre Pteroplatytrygon
Espèce violacea

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