Étrille nageuse

Portunus (Portunus) hastatus | (Linnaeus, 1767)

N° 4292

Méditerranée, Macaronésie et Atlantique africain tropical

Clé d'identification

Carapace avec 9 dents latérales, la 9e très longue
Jusqu'à 6 cm de large
Couleur brun-jaune à rouge-brique
Pince gauche un peu plus grande que la droite
Dernier article de la dernière patte aplati et orné d'une tache brun-rouge sombre
Enfoui dans le sable le jour, actif la nuit

Noms

Autres noms communs français

Étrille cornue. La lupée de Dufour est un nom ancien désuet dérivé d'un synonyme.

Noms communs internationaux

Lancer swimming crab, lancer swimcrab (GB), Augenfleck-Schwimmkrabbe (D), Jaiba cornuda, cangrejo cornudo (E), Granchio astato (I)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Cancer hastatus Linnaeus, 1767
Cancer ponticus Herbst, 1790
Portunus dufourii Latreille, 1819
Eriphia prismaticus Risso, 1827

Distribution géographique

Méditerranée, Macaronésie et Atlantique africain tropical

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L'étrille nageuse est présente dans toute la Méditerranée. Dans l'Atlantique, l'espèce est connue du Maroc jusqu'en Angola.

Biotope

Les juvéniles de l'étrille nageuse se rencontrent à faible profondeur le long des plages de sable. Les adultes sont présents sur des fonds sédimentaires de vase, de sable vaseux ou de sable fin, plus rarement dans les grottes sous-marines ou près des rochers. L'espèce s'observe de la côte à 60 m de profondeur.

Description

Le corps est aplati. La carapace* est plutôt convexe avec des élévations granuleuses et un velours de poils très courts dans les parties non saillantes. Elle mesure au maximum 6 cm de large entre les 2 pointes des grandes épines latérales.

Le front (entre les yeux) porte quatre petites dents, les dents médianes étant plus courtes et plus pointues que les dents latérales. La carapace est munie de neuf dents latérales tournées vers l'avant ; la 9e dent est très forte, longue et pointue, environ 3 fois plus longue que la dent précédente. Les pinces sont robustes et la gauche est un peu plus plus grande que la droite ; elles sont presque trois fois plus longues que le corps. Les pattes ambulatoires sont fines et légèrement aplaties ; l'extrémité de la dernière patte est élargie en forme de rame.

La face dorsale du crabe adulte a une couleur générale brun-jaune à rouge brique ; la face ventrale est claire. Les lignes saillantes du dos et certaines stries sur les pattes peuvent être rouge foncé. Il y a un point argenté entre chaque dent latérale de la carapace qui est caractéristique. Les pattes présentent des irisations roses. L'extrémité des pinces et de la dernière paire de pattes peuvent être rouge vif. La moitié terminale du dernier article de la 5e patte porte une tache ronde brun-rouge sombre cernée de blanc évoquant un ocelle*.

Espèces ressemblantes

En Méditerranée, il n'y a aucune espèce ressemblant réellement à celle-ci.
Dans la même famille, les petits crabes du genre Liocarcinus peuvent éventuellement vaguement lui ressembler.
Portunus inaequalis est une espèce très proche qui ne se rencontre que dans l'Atlantique africain tropical.
Les crabes nageurs du genre Callinectes ont également une très forte épine latérale sur la carapace mais ils sont beaucoup plus gros.

Alimentation

Le régime alimentaire de l'étrille nageuse n'a pas fait l'objet de recherches ; à l'instar des espèces proches, elle pourrait être un prédateur opportuniste de petite faune vagile*.

Reproduction - Multiplication

La reproduction est sexuée. La copulation a lieu entre la mue de la femelle et le durcissement de sa carapace. La fécondation a lieu au moment de la ponte.
Comme la plupart des crustacés, la femelle garde les œufs sous son abdomen, fixés aux pléopodes* (pattes nageuses). Elle les protège ainsi pendant toute la durée de l'incubation (quelques semaines, selon la température). Les femelles ovigères* ont été signalées de mai à novembre en Méditerranée et en janvier et novembre sur les côtes d'Afrique tropicale. En fin d'incubation, la femelle libère des larves* planctoniques* (larve appelée "zoé" avec une longue épine dorsale) ; ces larves sont planctonophages*. Il y a plusieurs stades larvaires de type zoé et un stade de type mégalope*. Les larves n'ont pas fait l'objet d'une description détaillée chez cette espèce. Après la métamorphose*, les minuscules crabes tombent sur le fond et poursuivent leur développement jusqu'au stade adulte.

Vie associée

Les prédateurs sont principalement les poissons comme le mérou blanc Epinephelus aeneus, le gobie tropical Bathygobius soporator, l'holocentre rouge Sargocentron rubrum, les rascasses et les tortues marines comme la tortue caouane Caretta caretta. Les grands crustacés et les céphalopodes sont également des prédateurs possibles.

Il n'y a pas de pathologies ou de parasites connus chez ce crabe.

Divers biologie

Le dernier article de la dernière paire de pattes est aplati. C'est une adaptation soit-disant à la nage, mais qui en fait est utilisée pour l'enfouissement.
Ce crabe est plus actif la nuit que le jour.

Informations complémentaires

L'espèce est parfois pêchée à l'aide de casiers, de filets maillants ou de sennes de plage mais il s'agit alors de prises accessoires qui sont rejetées. D'après un auteur ancien, l'espèce est d'un assez bon goût et assez bonne pour qu'elle puisse être mangée. Elle ne semble pas particulièrement menacée.

Origine des noms

Origine du nom français

Étrille car l'espèce est très proche de l'étrille commune ; nageuse car les pattes arrières sont aplaties et permettent à ce crabe de nager. Notons que ce terme "nageur" consacré par l'usage est inadapté car la quasi totalité des crabes soit-disant nageurs sont en fait benthiques et se servent principalement de leurs pattes arrières pour s'enfouir à reculons dans le sédiment. De rares espèces de Portunidés (au sens large) sont cependant réellement nageuses à un stade ou un autre de leur existence. Citons par exemple dans le golfe de Gascogne le "crabe à sardines" (Polybius henslowi) et dans l'indo-pacifique le crabe iridescent Ovalipes iridescens.

Origine du nom scientifique

Portunus : autre nom de Palémon, fils d'Athamas et de Ino (également connue sous le nom de Leucothée), changé en dieu marin protecteur des ports.

hastatus = légionnaire romain armé d'un pilum, nom sans doute donné à l'espèce en référence à la forte épine qu'il y a de chaque côté de la carapace.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Eucarida Eucarides Présence d'un rostre.
Ordre Decapoda Décapodes La plupart marins et benthiques. Yeux composés pédonculés. Les segments thoraciques sont fusionnés avec la tête pour former le céphalothorax. La première paire de péréiopodes est transformée en pinces.  Cinq paires d'appendices locomoteurs (pinces comprises).
Sous-ordre Pleocyemata Pléocyémates

Incubation des œufs sous l'abdomen.

Famille Portunidae Portunidés

Bord antéro-latéral de la carapace avec 9 dents , la dent postérieure souvent beaucoup plus longue que les autres ; front avec le plus souvent 4, 6 ou 8 dents ou lobes ; carapace hexagonale nettement plus large que longue ; dernière paire de pattes aplatie adaptée à la nage et à l'enfouissement rapide ; crabes les plus souvent tropicaux, épineux et très vifs.

Genre Portunus (Portunus)
Espèce hastatus

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