Marionia du GEMM

Marionia gemmii | Almón, J. Pérez & Caballer, 2018

N° 5998

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Grande limace de mer pouvant atteindre 20 cm
Manteau à l'aspect verruqueux et un pied parsemé de taches blanches
Coloration beige ou crème, avec présence de taches rouges sombres, violettes et blanches
Bande irrégulière de couleur orange sur le dos
Généralement 10 à 12 paires de branchies arborescentes
Rhinophores aux fourreaux cylindriques de couleur crème, aux excroissances ramifiées
Voile buccal composé de deux lobes distincts et comportant chacun 8 prolongements digitiformes

Noms

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], ○ [Méditerranée française]

La marionia du GEMM a été observée en Espagne (Galice et Andalousie), en Italie et en France, sur la façade Atlantique et en Méditerranée.
En France, des observations ont été signalées, à ce jour (06/2026) et sur la façade atlantique, à Socoa et Hendaye (64), à Capbreton (40), et sur la façade méditerranéenne, à Frontignan (34) et au Cros-de-Cagnes (06).

Biotope

La marionia du GEMM de mer peut être observée sur des zones rocheuses de 10 à 80 m de profondeur. Elle peut être aussi rencontrée sur des fonds sablo-vaseux, à la condition qu'elle se trouve sur une zone où il est possible de trouver à proximité sa nourriture (cf. section Alimentation).

Description

La marionia du GEMM peut atteindre une taille de 20 cm de long. Elle possède un corps de couleur beige ou crème. Le corps est orné de taches rouge sombre, violettes et blanches sur le dessus. Les taches sont de taille variable. Un motif réticulé* peut être visible, orange sur le dos et rouge sombre à noir sur les flanc. Une bande irrégulière de couleur orange parcourt tout le dos. Le manteau* a un aspect verruqueux, les verrues ressemblent à des écailles.

Cette espèce possède jusqu'à 10 à 12 paires de branchies* arborescentes (en forme de " touffes ") qui sont réparties de part et d'autre du manteau*, les paires se trouvant près de la queue étant plus petites. L'anus se trouve sur le côté droit, entre la 4e et la 5e paire de branchies. La papille génitale* se trouve aussi sur le côté droit, sous la 3e paire de branchies.

Le voile buccal est composé de deux lobes* distincts (peu développés) et comportant chacun 8 prolongements digitiformes. Il y a un tentacule* oral de chaque côté de la bouche.
Les rhinophores* possèdent des fourreaux cylindriques de couleur crème et des excroissances ramifiées (à leur extrémité), rétractables en cas de danger.
Le pied est parsemé de taches blanches.

Les juvéniles ont une apparence différente des adultes : leur manteau a aussi un aspect verruqueux, avec des verrues ressemblant à des écailles. Cependant, il est à noter l'absence de taches (rouges, violettes et blanches), ainsi que l'absence de la bande orange sur le manteau. Le manteau des juvéniles aura d'abord une couleur blanchâtre et ne sera quasiment pas pigmenté. Il peut y avoir même une transparence qui laissera apercevoir les viscères. Lorsque le juvénile de la marionia du GEMM grandit, son corps se pigmente et devient de couleur beige ou crème. Les taches et la bande orange, caractéristiques de l'adulte, n'apparaîtront qu'ensuite.

Espèces ressemblantes

Les juvéniles et les jeunes Marionia gemmii peuvent être confondues avec d'autres tritonidés. Les adultes ne peuvent généralement pas être confondus car ils sont les seuls tritonidés à atteindre cette taille et à posséder cette bande orange et ces taches colorées sur le corps.

  • Marionia blainvillea (marionia de Blainville) : chez l'adulte, les deux lobes du voile buccal sont davantage distincts et les digitations du voile buccal de celle-ci sont plus longues que chez M. gemmii. Les colorations de M. blainvillea sont également plus variées : différents tons de rouge, orange et jaune, en fonction de la coloration des pigments absorbés lors de l'alimentation sur des gorgones et des alcyons.
    Si l'on compare les juvéniles respectifs :
    - Les juvéniles de Marionia gemmii ont un aspect verruqueux, avec des verrues ressemblant à des écailles. Leur manteau sera d'abord blanchâtre, avec très peu de pigments. Il prendra rapidement une coloration beige ou crème.
    - Les juvéniles de Marionia blainvillea sont de couleur blanc translucide. Le dessus du manteau est lisse et bordé d'une ligne blanche. Parfois, il est aussi possible de voir des ébauches de lignes blanches sur le dos.
  • Tritonia hombergii (tritonia de Homberg) : les juvéniles de Marionia gemmii ressemblent à ceux de Tritonia hombergii. Le corps des Tritonia hombergii est plus petit et moins trapu. Il ne possède pas non plus de bande orange sur le dos, ni les taches violettes et blanches que l'on peut voir chez les adultes de Marionia gemmii.

Alimentation

Marionia gemmii a une ouverture buccale large et ovale, située sous le voile digité en partie antérieure. Elle possède des mâchoires cornées puissantes et une large plaque radulaire*, grâce auxquelles elle va pouvoir se nourrir de ses proies.

La marionia du GEMM est carnivore. Elle se nourrit de gorgones orange (Leptogorgia sarmentosa). Mais, une étude de 2018 indique qu'il est probable qu'elle se nourrisse aussi de gorgones gazelles (Eunicella gazella), de gorgones verruqueuses (Eunicella verrucosa) et de gorgones de Gray (Paramuricea grayi). Des pontes ont d'ailleurs été observées sur ces différentes gorgones.

Avec leur taille impressionnante, elles font beaucoup de dégâts et les branches de la gorgone sont cassées au fur et à mesure qu'elles sont prises pour cible. Cela a pu être observé et photographié sur le plateau de Chicharvel à Hendaye (64, Fr.).

Reproduction - Multiplication

La marionia du GEMM est hermaphrodite* simultané. La reproduction est sexuée et se déroule du mois d'avril à septembre.
La copulation est croisée, elle se fait tête-bêche. Les organes copulateurs, qui se trouvent sur le côté droit des animaux, vont saillir et se rapprocher l’un de l’autre.
Chacun possède un appareil génital* mâle (pénis) pour permettre la transmission des gamètes* mâles et un orifice génital femelle (vagin) afin de permettre la réception des gamètes mâles. Le pénis de chacun des deux individus va pénétrer dans le vagin de l’autre. Les deux limaces de mer vont transmettre leurs gamètes mâles respectifs à leur partenaire.

Après la fécondation*, chacun des deux individus va aller pondre.
Les pontes de Marionias gemmii sont très grandes, elles ressemblent à de très longs cordons blanchâtres ou rosâtres. Elles sont observées du mois d’avril au mois de septembre, sur le substrat* ainsi que sur des gorgones orange (Leptogorgia sarmentosa), des gorgones gazelles (Eunicella gazella), des gorgones verruqueuses (Eunicella verrucosa) et des gorgones de Gray (Paramuricea grayi).

Après une période à l’intérieur de l’œuf, les larves* véligères* sont libérées et elles entament une phase planctonique*. Après métamorphose*, les larves de Marionia gemmii se posent sur un site de nourrissage (par exemple sur des gorgones orange), vont se développer et les juvéniles commenceront à grandir.

Vie associée

La marionia du GEMM vit à proximité des gorgones orange (Leptogorgia sarmentosa) dont il a été dit, dans l'étude initiale de 2018, qu'elles seraient leur nourriture exclusive. Il est fréquent de les observer sur ces gorgones pour la prédation, la reproduction et la ponte.
Or, la multitude de pontes observées localement sur les autres espèces de gorgones tend à laisser croire que les gorgones orange ne seraient pas leur seule proie.

Divers biologie

La marionia du GEMM a une activité plutôt nocturne. Elle ne sort à découvert que pour se nourrir et se reproduire.
Les observations de jour se font lorsque l’eau est très turbide, après des fortes houles et de fortes pluies, quand une couche opaque épaisse parfois de plusieurs mètres va stagner en surface et obscurcir les fonds marins.
En dehors de ces situations, elle se cache et reste à l’abri sous des roches ou dans des failles.

La formule* radulaire généralement utilisée pour Marionia gemmii est : 96 x 100-120.1.1.1.100-120. Ce qui signifie que l'on peut généralement trouver chez les adultes environ 96 rangées de dents. Pour chaque rangée, en partant de droite, la composition est de 100 à 120 dents latérales externes, puis on trouve une cuspide* médiane forte et enfin une dent rachidienne* tricuspide* lisse (propre aux Mariona spp.). Puis de nouveau une dent médiane et 100 à 120 dents latérales.
Les descripteurs précisent que le bord masticateur des mâchoires de M. gemmii est lisse alors qu'il est garni de denticules* chez M. blanvillea.
La formule radulaire est l'un des caractères déterminants (ainsi que l'appareil génital) pour la taxonomie* et notamment, dans ce cadre, pour discriminer M. gemmii de M. blainvillea et autres Marionia.

Informations complémentaires

La marionia du GEMM, malgré sa grande taille, est restée longtemps mal identifiée. Elle n’a été décrite que récemment, en 2018, suite à des observations en Galice (Espagne) du « Grupo de Estudo do Medio Mariño » (GEMM). Elle était aussi repérée en Andalousie (Espagne).
Antérieurement à cette description, Marionia gemmii a pu être confondue avec d'autres tritonidés : Marionia blainvillea et surtout Tritonia hombergii. Toutes les mentions antérieures de Tritonia hombergii sur ces zones devraient être réévaluées et clarifiées, afin d’être certain qu’il s’agissait bien de Tritonia hombergii.
En 2019, elle a été observée pour la première fois sur la côte basque lors d’une plongée de nuit. Et, depuis, elle a été observée en Méditerranée (en France et en Italie).

Techniques de défense
:

  • Homochromie* : les couleurs des Marionia gemmii leur permettent de se confondre avec leur environnement.
    Les colorations de la Marionia gemmii lui permettent de se dissimuler, lorsqu’elle se déplace sur des fonds sablo-vaseux ou sur des pentes rocheuses recouvertes d’algues et d’alluvions.
  • Défense chimique : les glandes du manteau des Marionia gemmii sécrètent une substance qui est irritante.
  • Nage : pour fuir un prédateur, elle est capable de nager au moyen de puissantes contractions corporelles.

Origine des noms

Origine du nom français

Marionia du GEMM : francisation du nom scientifique de l'espèce.

Origine du nom scientifique

Marionia : genre dédié à Antoine-Fortuné Marion (1846-1900), zoologue français et professeur et Directeur du Muséum d'histoire naturelle à Marseille.
Le genre a été introduit en 1877 par le zoologiste français Albert Vayssière (1854-1942) et son espèce-type* est Marionia blainvillea (initialement Marionia berghii, synonymisé).

gemmii : nom donné en hommage au « Grupo de Estudo do Medio Mariño » (GEMM), association galicienne dont des membres (Jacinto Perez Dieste et Bruno Almón) ont été à la base des observations pointant les différences de cette grande espèce avec Tritonia hombergii et qui, en 2018, ont participé à la description de l'espèce avec Manuel Caballer.
Bizarrement, le nom de l'association, un acronyme, a été latinisé comme s'il s'agissait d'une personne physique (avec double i !), ce qui n'est pas l'usage.
Sa localité-type* est la Ria de Arousa, en Galice (Espagne).

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 1292043

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Cladobranchia Cladobranches
Famille Tritoniidae Tritoniidés Corps limaciforme de section carrée, une rangée de branchies de chaque côté du dos. Rhinophores* en massue avec à leur base une gaine lamelleuse ou digitée. Voile buccal digité.
Genre Marionia
Espèce gemmii

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