Grande mulette

Margaritifera auricularius | (Spengler, 1793)

N° 1397

Bassin méridional français : la Vienne et la Charente

Clé d'identification

Bivalve à grande, épaisse et lourde coquille
Couleur très sombre et en forme de rein
Visible uniquement dans le cours inférieur de la Vienne et de la Charente (France)
Présence de fortes dents latérales à l'intérieur des valves chez les individus morts

Noms

Autres noms communs français

Moule perlière (mais il ne faut pas confondre cette première avec Margaritifera margarifera qui ne vit que dans les torrents d'altitude et qui est la « vraie » moule perlière)

Noms communs internationaux

Giant European freshwater pearl mussel (GB), Nessuno (I), Nayade auriculata (E), Rivierparelmossel (NL), GroB Flusspearlmushel (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Unio sinuatus (Lamarck, 1819)
Pseudunio auricularia (Spengler, 1793)
Margaritifera auricularia (Spengler, 1793)

Distribution géographique

Bassin méridional français : la Vienne et la Charente

Zones DORIS : 2 Eau douce d'Europe

Encore plus que Margaritifera margaritifera, les populations de Margaritifera auricularius ont catastrophiquement régressé.

Désormais absente du bassin méridional français, on ne la trouve plus que dans deux cours d'eau de la façade Atlantique sur les cours de la Charente et de la Vienne. On la trouve aussi en Espagne dans l'Ebre.

Cette espèce semble absente des autres milieux dulcicoles mondiaux. Compte tenu de sa raréfaction, la localisation des stations est tenue relativement confidentielle pour éviter sa destruction.Si toutefois, vous pensez avoir reconnu cette moule ailleurs que dans la Charente ou la Vienne, contactez le rédacteur de cette fiche.

Biotope

L'habitat de la grande mulette est assez particulier puisqu'on ne la trouve que dans des grands cours d'eau comme la Vienne et la Charente dans leur cours inférieurs.

Le caractère stable du fond a une grande importance, il faut qu'il soit constitué de graviers propres de plus ou moins gros calibre mélangés à du sable qui va lui permettre de s'installer enfouie dans le sédiment. La quantité d'alluvions transitant dans le chenal principal a aussi une grande importance.

Description

Margaritifera auricularius est un mollusque bivalve à la coquille épaisse et lourde. Avec ses 20 centimètres à l'âge adulte, c'est le plus gros mollusque continental d'Europe.

De couleur bleu nuit profond ou noire, les coquilles sont plus ou moins usées au niveau de la charnière. La partie émergée au-dessus des graviers est recouverte de salissures et d'algues qui la rendent difficilement détectable. Sa forme de rein la fait ressembler aussi un peu à un pavillon d'oreille, d'où son nom d'espèce.

A l'inverse des autres moules d'eau douce du genre Anadonta qui ont une vie assez courte (une dizaine d'année), les moules d'eau douce du genre Margaritifera ont une longévité très importante qui atteindrait 150 ans.

Espèces ressemblantes

Très méconnue, la grande mulette fait souvent l'objet d'une confusion avec la mulette renflée (Unio tumidus).
Margaritifera (Pseudunio) margaritifera (Linnaeus, 1758) :plus petite, la coquille est moins épaisse et les habitats sont différents.
Psilunio (Potomida) littoralis (Cuvier, 1798) :beaucoup plus petite, la coquille semble fragile et n'a pas la forme d'un rein.

Alimentation

Filtreur de particules en suspension, un siphon inhalant et un autre exhalant.
Excellentes filtreuses, les grandes mulettes ont été et sont encore particulièrement touchées par les pollutions qu'elles soient chimiques ou organiques.

Reproduction - Multiplication

Assez mal connue, on sait cependant que les adultes produisent des larves, les glochidies, qui se fixent sur les branchies de poissons hôtes tel que Acipenser sturio (esturgeon français), Gasterosteus aculeatus (épinoche à trois épines) et Lametra fluviatilis (lamproie de rivière), ainsi que probablement également Silurus glanis (silure glane). La survie de l'espèce est donc totalement liée à la population de ces hôtes dont l'esturgeon a été à ce jour le seul hôte avéré.

Pendant ce stade parasite, il y a un enkystement dans les branchies. Les larves grossissant, elles rejoignent les gravières ayant été transportées en amont par les poissons. Les juvéniles peuvent grossir et le cycle est bouclé.

Vie associée

D'autres moules : Psilunio (Potomida) littoralis, Unio crassus, Anodonta cygnea, Pseudanodonta complanata.

Divers biologie

Les phénomènes d'eutrophisation des rivières d'eau rendant troubles les eaux permettent probablement une certaine sauvegarde de l'espèce en la rendant plus difficilement détectable.

Informations complémentaires

Au XIXeme siècle, la grande mulette était encore très commune. On la trouvait dans tous les bassins versants des grands fleuves et de leurs principaux affluents en Europe occidentale. Elle était surexploitée pour ses perles et sa nacre avec laquelle on fabriquait des boutons. Puis au début du XXeme, cette espèce a été considérée comme disparue !

C'est dans les années 1980 que des chercheurs redécouvrent la grande mulette dans le nord-est de l'Espagne, puis quelques populations plus ou moins importantes sont retrouvées dans deux cours d'eau français (la Vienne et la Charente). Mais il ne s'agit que de sujets âgés de plusieurs dizaines d'années qui ne se reproduisent pas, et aucun sujet jeune n'a actuellement été retrouvé.

Ainsi, le problème de sauvegarde de l'espèce est entier : comment sauver une espèce qui ne peut plus se reproduire après la disparition de leurs poissons hôtes ? S'ajoute de nombreux autres problèmes : le recalibrage de nos cours d'eau, le dragage, la chenalisation, l'exploitation des granulats, l'envasement dû aux barrages ont détruit les habitats.

Vis-à-vis des poissons hôtes, les barrages contribueraient encore aussi à limiter leurs migrations.

Réglementation

IUCN : CR A1c en 2008 (danger critique d'extinction)
Directive Habitats-Faune-Flore : Annexe 4
Convention de Berne : Annexe 2

Origine des noms

Origine du nom français

Mulette : diminutif de moule (le petit Larousse).

Origine du nom scientifique

Margaritifera : du latin [margarita] = la perle et [fero] = je porte.
auricularius : du latin [auricularia] = petite oreille.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Palaeoheterodonta Paléohétérodontes

 

Ordre Unionoida Unionoïdes

Présence d'un ligament interne.

Famille Margaritiferidae Margaritiféridés

 

Genre Margaritifera
Espèce auricularius

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