Vive tropicale

Malacanthus plumieri | (Bloch, 1786)

N° 2419

Atlantique tropical Ouest, Ascension

Clé d'identification

Corps allongé, fusiforme
Tête allongée à profil busqué et grosses lèvres
Nageoires anale et dorsale en frange ondulante tout le long du corps
Caudale en forme de croissant ou de lyre
Tache noire à la partie supérieure de la caudale

Noms

Autres noms communs français
Matajuel blanc, vive de sable, malacanthe de Plumier
Noms communs internationaux
Sand tilefish, sandfish (GB), Blanquillo, matajuelo blanco, carajuelo (E)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Coryphaena plumieri Bloch, 1786
Malacanthus trachinus Valenciennes, 1842
Dikellorhynchus tropidolepis Berry, 1958

Distribution géographique

Atlantique tropical Ouest, Ascension

Zones DORIS : Caraïbes

Présente du sud de l'Amérique du Nord (Bermudes, Caroline du Sud) jusqu'au Brésil, on la trouve aussi à l'île Ascension au milieu de l'Atlantique Sud.

Biotope

La vive tropicale fréquente les petits fonds sableux entre 5 et 40 m, à proximité des herbiers et des pentes avec cailloux et débris coralliens.

Description

Ce poisson a un corps allongé, fusiforme, s'amincissant graduellement vers l'arrière. Il peut atteindre 60 cm de longueur.
La coloration générale est pâle, gris clair ou lilas, se distinguant à peine des fonds sableux qu'il affectionne. La partie supérieure du corps est gris bleuté, plus ou moins ombré de brun ou de gris foncé, avec parfois des taches noires punctiformes. La partie inférieure du corps est plutôt blanchâtre. Seule marque contrastante, le lobe supérieur de la caudale est (presque toujours) noir.

Il y a un léger dimorphisme* sexuel : le mâle est généralement plus grand, plus gros et plus vivement coloré que la femelle, le croissant de la queue est prolongé par des filaments flottants.

Les nageoires dorsale et anale, quasi symétriques, forment une frange ondulante continue de la tête à la caudale. Il n'y a que 4 ou 5 rayons épineux au début de la nageoire, puis une soixantaine de rayons souples.

La tête est volumineuse, allongée avec un profil légèrement busqué et un gros œil. La bouche est située en position terminale, assez petite, avec des lèvres épaisses et des crocs recourbés. L'avant du front est teinté de jaune. On peut apercevoir des dessins vermiculés bleus sur les joues, entre l'œil et la pointe de l'opercule. Le bout du museau est teinté de rose.

La nageoire caudale en forme de croissant, ou de lyre chez les plus vieux individus, est soulignée de jaune sur le bord supérieur et parfois aussi le long de la bordure inférieure, contrastant avec la tache foncée. Le lobe inférieur de la caudale est transparent.

Chez les juvéniles la couleur dominante du corps est le jaune.

Alimentation

La vive de sable est carnivore et se nourrit, sans surprise, de tous les petits animaux des fonds sableux : vers polychètes, petits crustacés, ophiures, crevettes, mollusques, petits poissons...

Reproduction - Multiplication

La vive tropicale fait partie des rares espèces de poissons constructeurs, cette aptitude est liée à son organisation sociale.
D'autres espèces de poissons (épinoche, labre ocellé) construisent aussi un nid à la saison des amours, mais il s'agit de petites structures temporaires. La vive tropicale est certainement, de très loin, le poisson qui construit les palaces les plus démesurés : de 0,60 à 1,80 m de diamètre ! Et pourtant il n'y a jamais de ponte ni de juvéniles dans ces terriers.



C'est une espèce territoriale et chaque poisson défend les abords de son tumulus contre ses congénères du même sexe. Les femelles ont ainsi des territoires juxtaposés, alors que les mâles ont un territoire qui recouvre celui de plusieurs femelles.
On a constaté que les femelles peuvent changer de sexe (protogynie*), mais le déterminisme du changement est mal connu. Il peut intervenir à tout âge et n'est pas provoqué, comme c'est le cas chez certains Labridés, par la disparition du mâle dominant.



Les femelles peuvent pondre quotidiennement, dans une période de 2 h avant le coucher du soleil. Le mâle effectue d'abord une sorte de "danse" qui rappelle beaucoup celle des rasons dans les mêmes circonstances : une série de "révérences" suivies de brusques glissades selon une trajectoire onduleuse.
La ponte elle-même a lieu au cours d'une brusque ascension dans la colonne d'eau en compagnie du mâle, et les œufs sont dispersés par le courant.
Le mâle, qui circule librement sur le territoire des femelles, peut dans une même journée frayer avec cinq à six partenaires.
D'autres poissons assistent parfois à la scène dans l'espoir de se régaler des œufs, comme le sarde queue jaune (Ocyurus chrysurus) observé à l'affût. Les prédateurs sont quelquefois tellement pressants que le couple est obligé de mettre prématurément fin à ses ébats.



Les juvéniles du genre Malacanthus sont pélagiques*, ce qui explique une large répartition.

Vie associée

La vive tropicale est une espèce ingénieur*, c'est-à-dire une espèce qui modifie durablement son environnement par son activité. Les énormes tas de cailloux qu'elle crée et entretient deviennent un biotope* très attractif, au milieu des herbiers et bancs de sable, pour toute une petite faune commensale* : juvéniles de poissons-papillons, apogons, demoiselles, squilles, vers sédentaires comme le "ver E.T.", ophiures et autres petits invertébrés.
Les terriers de vives tropicales éparpillés dans l'herbier ou la plaine sableuse constituent des îlots de biodiversité qui sont aussi des nurseries et des garde-mangers. Les vives tropicales chassent vivement hors de leur territoire les éventuels compétiteurs comme les rougets. Elles s'associent parfois à d'autres poissons évoluant sur le sable comme le poisson-coffre mouton (Lactophrys triqueter) pour la recherche de proies enfouies.

Malacanthus plumieri compte le pagre-vivaneau ou sorbe (Lutjanus analis) parmi ses principaux prédateurs.

Divers biologie

Comme chez les autres Malacanthidés, la nage est absolument fascinante à observer. La propulsion rapide (par exemple quand le poisson quitte son terrier pour aller chasser ou chercher des matériaux de construction) se fait à l'aide de la caudale, mais pour de petits déplacements précis, pour arranger son nid, il est capable d'avancer très précisément, de ralentir ou d'accélérer, de freiner, simplement grâce aux ondulations de ses nageoires dorsale et anale. On peut même voir à l'occasion, les trains d'onde s'inverser et le poisson faire marche arrière.

La vive tropicale semble absolument obsédée par la construction de son tumulus et ne cesse jamais d'y apporter encore un petit caillou, encore une petite amélioration... Elle est assez timide et a tendance à plonger tête première dans son abri si on l'approche de trop près, mais si on évite les gestes brusques, elle se laissera approcher et on aura le plaisir de la voir s'activer pendant de longues minutes.

Informations complémentaires

Tous les individus, mâles ou femelles, se construisent un terrier fait de débris coralliens entassés. Certains de ces édifices couvrent plusieurs mètres carrés et représentent des tonnes de matériaux.
La construction se fait en deux temps : tout d'abord, le poisson creuse un terrier dans le fond (fond sableux s'il est disponible, sinon il est capable de déblayer un fond dur ou caillouteux). Ensuite lorsque le trou est stable, le poisson commence à entasser de petits débris au-dessus comme les tuiles d'un toit, d'où son nom de "couvreur" (tilefish en anglais).
Les fragments de corail ou autre sont collectés sur le fond, tout autour du terrier, sur une distance de 10 à 35 m, parfois sur le tumulus d'un congénère ce qui provoque des disputes.
Les terriers des marionnettes (Opistognathus aurifrons et Opistognathus macrognathus) font eux aussi l'objet de rapines.



Le nid sert d'abri nocturne au poisson, il s'y réfugie aussi de jour si on l'effraie.
VIDEODORIS

Origine des noms

Origine du nom français

Selon le baron Cuvier, le nom de vive viendrait d'une similitude de couleur et de forme de ce poisson avec la vive européenne (Trachinus draco). Il n'attache pas foi à l'histoire rapportée par un M. Plée, des Antilles, selon laquelle "ce poisson charrie, avec beaucoup de travail, des pierres et des roches pour se faire un abri dans le fond de la mer".
Pourtant l'observateur antillais avait bien vu ! La vive tropicale n'a que très peu de ressemblance avec la grande vive, si ce n'est justement ses habitudes de vie benthique*.

Origine du nom scientifique

Malacanthus, du grec [malako-]= mou ; et [acanth] = épine : à épines molles. Il s'agit des nombreux rayons souples de la nageoire, qui lui donnent une nage si gracieuse.

plumieri est un hommage au père Charles Plumier (1646-1704), missionnaire, botaniste, peintre et naturaliste, auteur entre autres de nombreux et beaux dessins de poissons. Il a laissé son nom, pour la faune antillaise, à une rascasse (Scorpaena plumieri), un gaterin (Haemulon plumieri). Et Tournefort a nommé d'après lui le frangipanier (Plumeria).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Labroidei Labroïdes Une seule dorsale, dents molariformes formant un puissant appareil masticatoire.
Famille Malacanthidae Malacanthidés
Genre Malacanthus
Espèce plumieri

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