Grateloupe turuturu

Grateloupia turuturu | Yamada, 1941

N° 3617

Atlantique, Asie du Sud-Est, Australie, Nouvelle-Zélande

Clé d'identification

Texture douce, soyeuse, gélatineuse
Fixé au substrat par un disque réduit
Stipe cylindrique très court
Deux à trois grandes lames souples, lancéolées
Proliférations lancéolées sur les marges
Couleur rouge foncé à brunâtre
Longueur du thalle 80 à 150 cm
Largeur de la fronde 5 à 15 cm

Noms

Autres noms communs français

Grateloupe chinoise

Noms communs internationaux

Devil's tongue weed, Asian red seaweed (GB, Slijmerige drakentong (NL)

Synonymes du nom scientifique actuel

Halymenia sinensis C.K.Tseng & C.F.Chang, 1984

Distribution géographique

Atlantique, Asie du Sud-Est, Australie, Nouvelle-Zélande

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises], ● Caraïbes, ○ [Méditerranée française]

Originaire de l’Asie du Sud-Est, elle s’est répandue sur toutes les côtes européennes de la Suède au Portugal en Atlantique Nord-Est ainsi qu’en Méditerranée. Sa présence a été remarquée également en Atlantique Nord-Ouest du Canada au nord jusqu’aux États-Unis au sud ainsi qu’en Martinique. On l’observe aussi dans le Pacifique : en Australie, en Nouvelle-Zélande et au Chili.

Biotope

Cette espèce vit dans des biotopes* photophiles* superficiels du haut de l’estran* jusqu’à 7 m de profondeur environ. Elle a la capacité à occuper aussi bien des habitats exposés ou des lagunes littorales.
En outre elle colonise des substrats* naturels (roches, pierres, coquillages…) ou artificiels (épaves, pontons portuaires…).
Elle est tolérante aux écarts de température, de salinité, d’intensité lumineuse et de conditions trophiques*.

Description

Le thalle* de l’algue rouge Grateloupia turuturu possède une texture douce, soyeuse, gélatineuse et mucilagineuse*. Il est fixé au substrat* par un disque réduit de 1 à 2 mm de diamètre d’où part un stipe* cylindrique très court de 2 à 5 mm de longueur.

La fronde* se divise en deux à trois grandes lames épaisses mais souples, lancéolées*, aux contours ondulés. Elles sont ornées sur les marges de proliférations en forme de fer de lance irrégulièrement disposées.
La couleur de cette rhodophycée est rouge foncé à brunâtre.

La longueur du thalle peut atteindre 80 à 150 cm voire exceptionnellement 300 cm dans des milieux favorisés (ex. île Callot dans la baie de Morlaix dans le Finistère). La largeur de la fronde oscille entre 5 et 15 cm pour une épaisseur de 225 à 580 µm.

En coupe, l’algue présente un cortex* de petites cellules pigmentées et une médulla* filamenteuse lâche.

Espèces ressemblantes

Cryptonemia hibernica Guiry & L.M.Irvine, 1974 : les frondes* ont tendance à avoir une forme distinctement ovale et les proliférations sont moins lancéolées.

Dilsea carnosa (Schmidel) Kuntze, 1898 : les lames sont nettement ovales, cartilagineuses et nettement coriaces. Les marges sont franches sans proliférations lancéolées.

Itonoa marginifera (J.Agardh) Masuda & Guiry, 1995 : les frondes se fractionnent irrégulièrement en de nombreuses lames qui se terminent par des divisions dichotomiques*. A chaque division la lame se rétrécit puis s’élargit créant des espaces en forme de trous de serrure entre les divisions. Les marges des lames sont exemptes de proliférations.

Palmaria palmata (Linnaeus) F.Weber & D.Mohr, 1805 : le thalle* de cette palmariale est nettement touffu et plus rigide, ses extrémités sont nettement bifides*. Sa couleur est plus pourpre et sa taille plus petite (40 cm de hauteur environ).

Schizymenia dubyi (Chauvin ex Duby) J. Agardh 1851 : le thalle très similaire se distingue aisément par la présence de nombreuses cellules sécrétrices réfringentes dans le cortex*.

Stenogramma interruptum (C.Agardh) Montagne, 1846 : on note la présence sur les lames principales d’une nervure centrale discontinue. La longueur du thalle (7 cm) et la largeur des lames (1 cm) sont nettement inférieures. Les lames se divisent régulièrement de manière dichotomique.

Alimentation

Cet organisme pluricellulaire autotrophe* et photosynthétique* tire son énergie de la lumière solaire, de l'absorption d'eau, de dioxyde de carbone, des différents pigments qu’elle contient dont le pigment rouge (phycoérythrine*), la chlorophylle* (vert) et les caroténoïdes* (jaune/brun) ainsi que des nutriments dissous dans l'eau (azote, phosphore). Elle fabrique ainsi la matière organique nécessaire à son développement.

Reproduction - Multiplication

Cette espèce se reproduit de manière sexuée. Elle est annuelle et ne se développe que l’été. Le cycle est trigénétique isomorphe*, c'est-à-dire que tétrasporophytes* et gamétophytes* sont morphologiquement identiques. Le gamétophyte produit à la fois des organes mâles et des organes femelles (thalle monoïque*). Après fécondation, les organes femelles développent des cystocarpes* enfouis dans le thalle et abritant le carposporophyte*. Les carpospores donnent naissance aux tétrasporophytes. Les tétrasporocystes, à division cruciée*, se différencient dans le cortex*. Une fois émises, les tétraspores redonnent des gamétophytes.

Divers biologie

Dans son aire de répartition d’origine, la grateloupe turuturu a une taille moyenne de l’ordre d’une vingtaine de centimètres et ne prolifère pas autant, phénomène qui s’explique certainement par la présence de nombreuses espèces d’algues en compétition dans la même zone infralittorale. Le succès de son adaptation sur nos côtes semble dû à une croissance très rapide, un pouvoir de reproduction élevé, une grande aptitude à se fixer sur n'importe quel support solide, une faculté d'adaptation importante et de fortes capacités physiologiques.

Cependant bien que considérée comme une ENI (espèce non indigène) elle n’est pas tenue pour être invasive. Elle ne paraît pas avoir causé d’impacts écologiques notoires et aucune élimination d’espèces concurrentes n’a encore été observée (Plouguerné, 2006).

La dispersion de Grateloupia turuturu reste néanmoins préoccupante et la question de sa valorisation est au cœur d’études dont les avancées dans certains domaines semblent significatives (voir chapitre informations complémentaires).

Informations complémentaires

Grateloupia turuturu est une espèce asiatique introduite accidentellement dans les années 1970 en Europe puis dans d’autres pays du Monde avec du naissain* d’huîtres japonaises. En France, sa présence a été identifiée en 1982 dans l'étang de Thau, puis en Bretagne, d’abord en 1989 dans le Morbihan puis en 1992 dans le Finistère. Son extension vers de nouvelles stations a été observée.

Des extraits de l’algue rouge Grateloupia turuturu ont été utilisés en tant que principe actif dans des produits cosmétiques, et notamment en tant qu'agent de ralentissement du vieillissement.

Cette macroalgue rouge, riche en protéines, est comestible ; elle est consommée usuellement comme légume de mer au Japon.

Sur les côtes bretonnes, où elle est disponible en quantités importantes, ses composés bioactifs et notamment sa richesse en fibres alimentaires offrent un gisement potentiel d’intérêt pour la nutrition humaine en tant qu’aliments fonctionnels et compléments alimentaires.

En Atlantique et en Méditerranée, elle fut longtemps signalée sous le nom erroné de Grateloupia doryphera (Montagne) M. Howe, 1914.

Origine des noms

Origine du nom français

Grateloupe : en hommage à Jean-Pierre Sylvestre Grateloup (1782-1861), médecin, naturaliste et botaniste français.

turuturu : conservation de son nom latin.

Origine du nom scientifique

Grateloupia : dédié à J.-P. S. Grateloup, botaniste français, spécialiste reconnu de cryptogamie*.

turuturu : onomatopée japonaise dont le sens fait allusion à quelque chose de lisse, glissant, poli. En rapport avec la texture douce et soyeuse de la fronde.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 295880

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Rhodobionta / Rhodophyta Rhodobiontes Algues rouges, pour la plupart marines.
Sous-embranchement Eurhodophytina Eurhodophytinés
Classe Florideophyceae Floridéophycées

Thalle élaboré formé de fins filaments branchés ou en lames.

Sous-classe Rhodymeniophycidae Rhodyméniophycidées
Ordre Halymeniales Halyméniales
Famille Halymeniaceae Halyméniacées
Genre Grateloupia
Espèce turuturu

Nos partenaires

Les textes et images sont sous licence et ne sont pas libres de droit.

Pour les ayants-droits, connectez-vous.

Pour toute demande d'utilisation (exemple d'un formateur Bio de la FFESSM...) contactez nous ici.