Grande charagne

Chara major | Vaillant

N° 1249

Eurasie et nord de l'Afrique

Clé d'identification

Taille de 40 à 60 cm (maximum 1 m)
Vert foncé à grisâtre
Axe portant des verticilles de rameaux (similaire à une prêle)
Nombreux aiguillons de quelques millimètres, en faisceaux de 2 à 4
Fortement incrustée

Noms

Autres noms communs français
Lustre d'eau
Noms communs internationaux
Stoneworts (GB), Stekelharig kransblad (NL)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Chara hispida auct. non L.
Chara hispida var major (Hartm.) R. D. W.

Distribution géographique

Eurasie et nord de l'Afrique

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

Algue assez répandue dans les eaux continentales de l’hémisphère nord.
Espèce eurasiatique et nord-africaine (d’après Corillion, 1957)

Biotope

Espèce se développant dans les eaux douces, très carbonatées, en eau moyennement profonde à profonde (1 à 6 mètres, voire plus selon la translucidité du milieu). Assez commune dans les lacs des régions calcaires où elle peut former des herbiers benthiques permanents, souvent monospécifiques* (= une seule espèce) et denses, parfois très étendus ; algue pouvant également se rencontrer dans les dépendances phréatiques* de cours d’eau ou dans des gravières. Espèce plutôt mésotrophe*, recherchant les eaux translucides, peu à modérément eutrophisées.
Les characées sont souvent les premières espèces à coloniser des milieux nouveaux où elles peuvent recouvrir d'importantes surfaces (espèces pionnières). A plus ou moins long terme, elles sont généralement supplantées par des plantes vasculaires plus compétitives comme les potamots et les élodées. Certaines espèces établissent néanmoins des ceintures pérennes dans les parties profondes des lacs, là où les macrophytes vasculaires* ne peuvent s'établir.

Description

Algue formée, comme les autres espèces du groupe, d’un axe dressé portant des verticilles* de rameaux régulièrement espacés, l’ensemble évoquant un peu une prêle. Les entrenœuds, qui séparent chaque verticille sont formés d’une seule cellule géante.
Dans le genre Chara, la cellule des entrenœuds est revêtue d’un ensemble de filaments parallèles qui constituent la cortication* de l’axe. Les rameaux sont formés de segments pluri-cellulaires et portent, dans ce genre, des extensions mono-cellulaires appelées « cellules-bractées ».

Chara major Vaillant, comme son nom l’indique, est une grande algue robuste, d’un vert foncé à grisâtre, mesurant communément 40 à 60 cm de haut et pouvant atteindre jusqu’à 1 mètre ; espèce des eaux carbonatées, elle est habituellement fortement incrustée et les parties basales apparaissent souvent complètement calcifiées ; l’axe est assez rigide et épais de 1 à 4 mm de diamètre ; les verticilles comportent de 6 à 11 rameaux.

L’axe est hérissé de nombreux aiguillons (appelés acicules*), longs de quelques mm, généralement groupés par faisceaux de 2 à 4, étalés, caducs dans les parties anciennes.

La cortication* (étui formé de cellules allongées, enveloppant la cellule géante qui compose l'entrenœud) est dite diplostique, c’est à dire qu’elle est formée d’une double série de filaments (on compte, grosso modo, deux filaments par rameau, soit 12 filaments pour 6 rameaux…) ; les filaments corticants dits « primaires » sont mis en place par l’activité de cellules situées au niveau des verticilles ; les filaments « secondaires » sont formés par une extension des filaments primaires et sont placés entre les filaments primaires. Chez Chara major, les filaments secondaires sont plus larges et plus proéminents que les filaments primaires (cortication diplostique « aulacanthée »). Les acicules, qui sont développés uniquement sur les filaments primaires, apparaissent donc implantés au fond de sillons.

Espèces ressemblantes

La famille des Characées compte de nombreuses autres espèces (de l’ordre de 90 taxons pour l’ensemble de l’Europe). Chara major est une grande espèce aisément reconnaissable, typique de la flore lacustre et assez répandue. Mais elle peut être accompagnée d’autres espèces, généralement plus fluettes. Parmi celles-ci, on peut citer, parmi les plus communes en milieu lacustre, Chara contraria, Chara globularis et Chara aspera.

Chara contraria : espèce plus petite et plus grêle, diplostique, tylacanthée (filaments primaires proéminents, plus larges que les filaments secondaires), avec des acicules* peu développées, généralement réduites à des papilles ; espèce proche de la très commune Chara vulgaris qui est aulacanthée et vit plutôt dans les petites pièces d’eau temporaires ;

Chara globularis : espèce grêle, triplostique (3 séries de filaments, une série primaire donnant naissance à 2 séries secondaires), presque lisse, les acicules étant très peu développées ; répandue dans les étangs, mortes de cours d’eau (anciens méandres), gravières et lacs ;

Chara aspera : petite espèce triplostique hérissée de nombreux acicules allongées, vivant dans les eaux peu profondes, fréquente en bordure des lacs carbonatés.

Alimentation

Comme tous les végétaux, cette algue est autotrophe* grâce à la photosynthèse. Elle fabrique sa propre matière organique à partir de l'eau, du dioxyde de carbone et de l'énergie lumineuse.

Reproduction - Multiplication

Reproduction sexuée : Chara major est une espèce monoïque* dont on peut observer les organes sexués (les gamétanges*) durant l’été. Ceux-ci sont localisés sur les 4 à 5 premiers entrenœuds des rameaux, à l’aisselle des cellules-bractées. Chaque nœud porte une anthéridie* (gamétange mâle) surmontée d’une oogone* (gamétange femelle). Les anthéridies ont l’aspect de sphères orange vif d’à peu près 0,5 mm de diamètre et les oogones d’ovoïdes verdâtres, garnis d’une ornementation spiralée, longs d’à peu près 1 mm ; elles deviennent noirâtres à maturité et donnent des oospores* après fécondation ; les gamétanges sont repérables à l’œil nu.
Les oospores, qui résultent de la fécondation des oogones sont un moyen de dissémination efficace ; produites en grandes quantités et minuscules (moins d’un mm de longueur), elles peuvent être disséminées par les oiseaux d’eau par voie externe ou interne ; on a montré, chez certaines espèces, qu’une proportion importante des oospores pouvait survivre au passage dans le tractus digestif des oiseaux.

Reproduction asexuée possible par fragmentation et bouturage ; certaines Characées produisent des bulbilles* caractéristiques.

Vie associée

La nette rousse (Netta rufina), un canard plongeur, consomme préférentiellement les potamots et les characées et on a pu constater des synergies entre sa démographie et l’évolution des peuplements de Characées.

Divers biologie

Le type de cortication ainsi que l'organisation des filaments corticants (diplostique ou triplostique) sont des éléments d'identification importants pour les différentes espèces du genre Chara.

Informations complémentaires

Un dictionnaire de 1816 précise qu'une espèce de Chara, "la charagne fétide, appelée assez communément herbe à écurer, était employée dans quelques endroits pour nettoyer la vaisselle"

Origine des noms

Origine du nom français

Charagne, nom vulgaire des charas.
Grande, par sa taille.

Origine du nom scientifique

Chara : du latin [chara] = une racine appelée chara ? ou nom latin d'une plante mal déterminée,
major : du latin [major] = plus grand, en allusion à sa grande taille parmi les espèces de son groupe.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chlorophyta Chlorophytes

Embranchement très vaste et hétérogène de plus de 7000 espèces d'algues vertes. Unicellulaires (flagellées ou non), coloniales, filamenteuses, thalles* siphonés* ou non. Benthiques* et fixées ou planctoniques*. Subaériennes, eaux douces, saumâtres et marines.

Classe Charaphyceae Charaphycées Paroi cellulaire incrustée de calcaire
Ordre Charales Charales
Famille Characeae Characées
Genre Chara
Espèce major

Nos partenaires