En début de vie : larve semi-sessile, pré-adulte parasite interne d'un insecte
Adulte libre long, cylindrique et très fin
Femelles adultes plus longues et plus épaisses que les adultes mâles
Couleur variable allant du blanc à différentes nuances de brun noir
Formation de pelotes de plusieurs individus pendant la phase d'accouplement
Nématomorphe, gordiidé, gordidé, gordiacé, gordioïde, gordioide
Horsehair worm, gordian worm (GB), Nematomorfo (I), Nematomorfo, gordiáceo (E), Saitenwürmer, Pferdehaarwürmer (D), Paardehaarworm (NL)
Cosmopolite des eaux douces
Zones DORIS : ● Eau douce d'Europe, ● Atlantique Nord-Ouest, ● Indo-Pacifique, ● CaraïbesDes vers gordiens ont été collectés sur tous les continents excepté l'Antarctique.
Divers habitats aquatiques sont propices pour retrouver les espèces aquatiques des vers gordiens à l'état d'adultes libres. Ces habitats peuvent être naturels, tels les points d'eau des grottes, les flaques, les étangs, les lacs, les cours d'eau de toutes tailles, mais aussi domestiques comme les piscines, les cuvettes de toilettes, les abreuvoirs pour bovins et les gamelles d'animaux de compagnie. Au sein des habitats naturels, les vers peuvent se trouver dans les sédiments humides, sous les pierres, dans les tapis d'algues ou sur la végétation aquatique.
Les adultes libres des espèces terrestres (par exemple Gordius terrestris) requièrent également des zones humides et apparaîtront lors d'épisodes pluvieux sur les pelouses ou les flaques d'eau des rues et des trottoirs. Ce sont les lieux où ils s'accouplent.
Les vers gordiens (ou nématomorphes - littéralement, qui ont la forme des nématodes) sont des vers non-segmentés au corps cylindrique. Ils sont extrêmement longs et fins. Si leur longueur moyenne est de l'ordre de 40 cm, certains peuvent atteindre jusqu'à 2 m. Leur diamètre est de 0,5 à 2,5 mm. Leur tête est de même largeur que le corps. La femelle est plus longue que le mâle.
Les nématomorphes se distinguent des nématodes par leur stade larvaire* qui subit une réorganisation cellulaire complexe et par l'absence de papilles céphaliques*, de cordons épidermiques latéraux, de systèmes excréto-sécréteurs, d'amphides (creux dans la cuticule* correspondant aux organes olfacto-sensoriels) et de spicules*. Parmi les autres différences, on note que les orifices génitaux sont situés à l'extrémité postérieure chez les femelles, alors qu'ils se trouvent vers le milieu du corps chez les nématodes.
L'embranchement des nématomorphes ne contient que la classe Gordioida qui comprend des espèces se répartissant en deux ordres principaux : les Gordiida qui sont des animaux terrestres et/ou d'eaux douces et les Nectonematida qui sont des organismes marins (voir la fiche de Nectonema agile).
Cette fiche est consacrée aux Gordiida qui incluent plus de 350 espèces.
Les caractères morphologiques macroscopiques exploitables par les taxonomistes pour l'identification des espèces sont peu nombreux et parfois ambigus. On peut noter la forme de l'extrémité postérieure, qui est bilobée ou arrondie chez les mâles, et trilobée ou arrondie chez les femelles. La présence de zones densément couvertes de soies* ou d'épines sur la région postérieure du ver peut être utile pour délimiter certains genres. Tous les autres caractères ne seront pas observables sans recours à la microscopie électronique à balayage et ne sont donc pas pertinents ici.
Les adultes libres ne se nourrissent pas et ne possèdent pas d'appareil excréteur.
Les vers gordiens sont des parasites* obligatoires dont le cycle de vie implique l'infection d'un insecte coléoptère (ex : scarabée, hanneton) ou orthoptère (ex : sauterelle) par des larves*. Sans rentrer dans des détails complexes toujours en cours d'élucidation, les vers manipulent le comportement de leur insecte-hôte terrestre pour l'amener à délibérément pénétrer dans l'eau. Cette manipulation implique l'altération de protéines* cérébrales chez l'hôte. La maturation des larves en vers dans l'hôte définitif est longue et peut prendre de 1 à 8 mois selon les espèces. Les vers matures émergent la tête la première par une ouverture provoquée dans l'abdomen* de l'hôte, sans nécessairement provoquer sa mort.
Dès que les vers sont relâchés dans l'eau, les mâles et femelles cherchent à s'accoupler. On ignore si les individus utilisent des substances attractives telles que des phéromones* pour se rapprocher ou se fient au hasard mais les regroupements en nœuds gordiens sont assez rapides. Il s'écoule en général moins de 24 h entre la sortie de l'hôte et l'accouplement.
Pendant l'accouplement, le mâle enroule la partie postérieure de son corps autour d'une femelle et se déplace de haut en bas de celle-ci. Quand les cloaques* respectifs des deux individus se rapprochent, le mâle dépose une masse de spermatozoïdes* sous forme de spermatophore*. Ce spermatophore peut rester jusqu'à une semaine dans la région postérieure la femelle. Les spermatozoïdes sont dépourvus de flagelles* et on ignore si ou comment ils se déplacent pour féconder les femelles.
Les femelles produisent jusqu'à 8 millions d'œufs pendant les 2 semaines à 2 mois que dure leur vie libre. Selon les espèces, la femelle dépose les œufs sous forme de chapelet en pleine eau ou sur un substrat* solide minéral ou végétal. Les chapelets d'œufs ont une longueur et une géométrie variables selon les espèces.
Pour continuer leur cycle de vie, les vers gordiens doivent effectuer une transition du monde aquatique au monde terrestre. Après éclosion, les larves sont semi-sessiles* et incapables de se mouvoir sur de longues distances. Pour rejoindre l'arthropode* qui sera leur hôte terrestre, les larves disposent de trois stratégies :
En résumé, on peut distinguer 3 phases dans la vie des vers gordiens :
Il semble que les vers gordiens doivent rester humides pour survivre. Des vers émergeant de leur hôte en captivité dans des cages privées d'eau meurent en 24 h. La tolérance à la température a aussi été étudiée. Tous les œufs, la plupart des larves et tous les adultes de vers gordiens meurent à la température élevée de 40,5 °C, et tous les œufs et la majorité des vers adultes meurent à la température basse de −3 °C.
Les oiseaux, les poissons et les grenouilles consomment occasionnellement des vers gordiens adultes libres ou leurs hôtes infectés. Lorsque des truites et des grenouilles consomment des insectes infectés par ces vers, 18 à 35 % des vers ingérés peuvent échapper aux prédateurs de leurs hôtes en sortant par la bouche ou les narines des grenouilles, ou par la bouche ou les branchies des poissons.
Durant leur vie aquatique ou terrestre, les vers gordiens peuvent être observés à proximité de l'être humain (piscines, toilettes, abreuvoirs, …), soulevant la question de leur capacité à parasiter l'homme et de leur éventuelle dangerosité pour ce dernier. Sauf pour quelques rares cas inexpliqués ou mal documentés, la conclusion est qu'il n'y pas de véritable parasitisme et que l'association entre l'homme et le ver était accidentelle.
Ver gordien : analogie avec le nœud gordien évoqué par les pelotes inextricables formées pendant les phases d'accouplement des formes adultes libres.
Gordiida : en raison de leur tendance à s'emmêler en amas regroupant de nombreux individus lors de l'accouplement. Ce nom fait référence au nœud gordien de la légende d'Alexandre le Grand. Métaphoriquement, le nœud gordien désigne un problème insoluble qui ne peut être résolu que par une solution radicale, comme par exemple "trancher le nœud gordien".
Numéro d'entrée WoRMS : 1748868
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Nematomorpha | Nématomorphes | |
| Classe | Gordioida | Gordioides | |
| Ordre | Gordiida | Gordides | |
| Genre | Gordiida | ||
| Espèce | (Ordre) |
Autres « vers » subaquatiques (Priapuliens, Sipunculiens, Entéropneustes*...)
Ver gordien sous sa forme adulte libre
Cet individu isolé de couleur brun foncé se tortille dans la main qui l'a saisi. Il faut noter l'aspect très grêle du corps dont le diamètre doit avoisiner le millimètre. Sur cette photo, l'extrémité postérieure de l'animal semble bilobée. Cela indiquerait qu'il s'agit d'un mâle et serait cohérent avec la longueur relativement petite de cet individu.
Tout autre information destinée à l'identification précise ne sera accessible que par observation à l'aide de techniques microscopiques puissantes ou par recours à la biologie moléculaire.
Cours d'eau Ugine (74)
17/08/2009
Autres « vers » subaquatiques (Priapuliens, Sipunculiens, Entéropneustes*...)
En route vers le torrent
Ce long individu blanchâtre était en route vers le torrent du Bruyant tout proche. Dans cette position, le rapport entre la longueur et le diamètre évoque un crin de cheval et justifie le nom anglais de "horsehair worm". Cet individu a été trouvé en zone humide un lendemain d'orage. Il pourrait s'agir d'un ver gordien terrestre qui aura néanmoins besoin du milieu aquatique pour se reproduire. La confusion avec une brindille ou une racine est facile. Heureusement que ce ver bougeait.
Torrent du Bruyant, Engins (38)
17/07/2026
Dans leur habitat naturel
Des vers gordiens foncés semblent en train de rejoindre une pelote de vers en cours de formation. Il n'est pas facile de les distinguer de plantes aquatiques de même couleur ou de détritus dans le courant de ce petit cours d'eau.
St Privat des Vieux (30)
29/10/2024
Phase de reproduction active
Dans l'eau, une pelote de dizaines de vers gordiens s'est formée. C'est dans cet enchevêtrement inextricable que les mâles vont féconder les femelles. Les individus isolés mettent moins de 24 h pour se retrouver et s'accoupler. L'élément aquatique est indispensable à cette étape, y compris pour les vers gordiens terrestres.
St Privat des Vieux (30)
29/10/2024
Nœud gordien
On comprend mieux l'origine du nom de ces vers à la vue de cette photo. Les pelotes de vers forment un enchevêtrement inextricable qui évoque le nœud gordien de la mythologie qui n'a pu être dénoué qu'en le tranchant d'un coup de sabre.
Fort heureusement, les vers gordiens ne sont pas parasites de l'homme et ces individus sont donc inoffensifs pour la personne qui les tient. Ils ne peuvent même pas mordre, dépourvus qu'ils sont de bouche.
St Privat des Vieux (30)
29/10/2024
Rédacteur principal : Jacques COVES
Vérificateur : Jean-Pierre COROLLA
Responsable régional : Jean-Pierre COROLLA
Bolek M, Hanelt B., 2024, Nematomorpha (Phylum): Horsehair Worms, In S.L. Gardner and S.A. Gardner, eds, Concepts in Animal Parasitology, Zea Books, 682-698
Hanelt B., Janovy J., 1999, The life cycle of a horsehair worm, Gordius robustus (Nematomorpha: Gordioidea), J. Parasitol., 85, 139-141.
Schmidt-Rhaesa A., 1997, Ultrastructural observations of the male reproductive system and spermatozoa of Gordius aquaticus L., 1758, Invertebrate Reproduction & Development, 32, 31-40 .
Schmidt-Rhaesa A, 2013, Nematomorpha, In Andreas Schmidt-Rhaesa, ed., Handbook of Zoology, Berlin, Boston: De Gruyter, 29-146
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