Nudibranche doridien ovale de 30 mm max
Couleur de fond bleu pâle au centre, migrant vers le crème sur les bords
Dos recouvert d'un motif réticulé rouge-orange laissant apparaître dans des manques ronds, la couleur de fond bleue
Lignes marginales rouge et blanche
Motif réticulé devenant jaune près des rhinophores et du panache branchial
Rhinophores violets
Panache branchial blanc avec des lignes violettes
Branchies : 7 feuillets, les deux postérieurs nettement plus petits
Harlequin blue sea goddess, Harlequin blue doris, Bill Clench's doris, neon sea goddess (GB), Neon-Sternschnecke, Neonschnecke (D)
Glossodoris clenchi Russell, 1935
Chromodoris clenchi (Russell, 1935)
Glossodoris neona Er. Marcus, 1955
Chromodoris neona (Er. Marcus, 1955)
Felimida neona (Er. Marcus, 1955)
Le nom de genre Felimida a remplacé celui de Chromodoris chez certaines espèces, après une étude de typage des Chromodorididés par l'ADN mitochondrial, [Johnson et Gosliner 2012]. Le dernier changement de nom (F. clenchi) date de 2016.
Atlantique tropical Ouest (mer des Caraïbes, dont Petites Antilles)
Zones DORIS : ● CaraïbesCette espèce est retrouvée dans le golfe du Mexique, la mer des Caraïbes et les Petites Antilles, en incluant la Floride, le Costa Rica, le Panama, la Colombie, le Venezuela, les Bermudes, les îles Caïmans, la Jamaïque, Curaçao, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines.
Aucun signalement confirmé en Atlantique Est : la présence est limitée au bassin Caraïbe et aux Bermudes. Tout signalement hors zone doit être revu (Padula et al., 2016). La présence aux Bermudes est historique mais confirmée ; elle ne s’étend pas plus au nord.
Rencontrée entre 0 et 30 m, elle a été observée sur des rochers et des éponges.
Elle affectionne les éponges Démosponges de faible consistance, souvent encroûtantes. Observée principalement entre 3 et 15 m, la limite des 30 m est inhabituelle. Elle préfère les zones calmes ou semi-battues, moins souvent les tombants exposés.
La déesse marine Arlequin mesure au maximum
La couleur de fond est bleu pâle sur le haut du manteau* allant vers le crème en s'éloignant du centre.
Un motif réticulé rouge-orange très variable couvre le dos, laissant voir, ici ou là, la couleur bleue pâle du fond au travers de manques arrondis, vivement bordés par la couleur du motif. Les motifs peuvent passer d’un réseau serré à un dessin très ouvert.
En bordure du manteau, on peut observer une double ligne : rouge-orange marginale avec une bande blanche intérieure. La ligne blanche est parfois légèrement bleutée sur certains individus.
Le motif rouge–orange devient jaune près des rhinophores et du panache branchial.
Les rhinophores* sont lamellés, rétractiles et violet translucides avec de larges lignes verticales opaques violets.
Le panache branchial* est composé de 7 feuillets branchiaux pennés*, translucides blancs avec une ligne d'un violet profond qui les traverse en leur centre. Les cinq feuilles antérieures et latérales sont plus grandes que les deux postérieures, qui sont très petites. L'ensemble est rétractable. L'anus est au centre du panache.
Le pied, plus étroit que le manteau, ne le dépasse que par son extrémité pointue teintée de violet sombre autour d'une larme blanche. Comme chez beaucoup de Chromodorididés, le pied dépasse parfois légèrement le manteau lors du déplacement.
La sole* pédieuse est presque blanc opaque bien que la masse viscérale brun noirâtre puisse apparaître par transparence. Le manteau est entièrement lisse (absence de tubercules) et légèrement translucide sur les bords.
Felimida clenchi a longtemps fait partie d'un complexe (dit "complexe F. clenchi") composé de 4 espèces proches et ayant fait l'objet de nombreuses controverses et discussions parmi les taxonomistes. Mais les études moléculaires successives ont actuellement réduit ce groupe.
Historiquement, on distinguait deux espèces : Felimida clenchi (motif en sablier ou réticulé) et Felimida neona (motif à pois bleus cerclés de lignes rouges fluorescentes sur le manteau et absence de motif jaune en sablier). Mais l'étude de Padula et al. (2016) a prouvé génétiquement que ces deux patrons de coloration appartiennent à la même espèce et F. neona a été synonymisée avec F. clenchi. Les individus à motif “neona” présentent souvent un bleu plus vif et un contour orange plus mince.
- Felimida binza (Ev. Marcus & Er. Marcus, 1963) porte les mêmes couleurs et des motifs ressemblants. Les deux espèces sont très difficiles à discriminer, notamment sur la base des simples motifs visuels. F. binza se distingue souvent (visuellement) par un motif beaucoup plus irrégulier avec un réseau rouge de lignes entourant des zones bleu pâle irrégulières, formant un maillage et souvent un "Y" sur la tête. Chez F. clenchi, les taches sont plus circulaires et définies. Les zones bleues sont plus diffuses, moins nettes.
La révision de 2016 sur le complexe (Padula et al. 2016) laisse à penser que F. binza n'est pas présente dans les eaux françaises des Antilles.
- Felimida sphoni Ev. Marcus,
Dans la même zone Caraïbes, on peut remarquer qu'il y a plusieurs espèces de Felimida à fond bleu, recouvert d'un motif jaune, orange ou rouge ouvragé et percé (F. acriba, F. alaini, F. marci...). Mais les motifs sont plus finement réticulés et les bordures du manteau assez différentes, ainsi que le pied. Enfin, F. clenchi peut rappeler superficiellement la version ouest-atlantique de Felimare picta (l'ex sous-espèce Felimare picta azorica), mais cette dernière a un corps beaucoup plus massif et des motifs linéaires et non réticulés.
Les nudibranches doridiens sont des carnivores. Ils se nourrissent généralement d'éponges de la classe des Démosponges (Demospongiae). Ils sont souvent associés, dans cette région, aux éponges du genre Chelonaplysilla ou Dysidea.
Les analyses moléculaires de Padula et al. (2016) indiquent que F. clenchi présente souvent un régime plus spécialisé que prévu, ciblant des éponges particulières (ex. Chelonaplysilla).
Comme tous les nudibranches, Felimida clenchi est hermaphrodite* synchrone et se reproduit par voie sexuée. L'accouplement se fait toujours deux à deux dans un rapport proximal, les individus se présentant tête-bêche sur leur côté droit.
Entrés en contact, après échange de leurs spermatozoïdes, les individus se sépareront. Les pontes forment des bandes gélatineuses de 10 mm environ en forme de spirale et de couleur translucide, laissant paraître des œufs blanc-crème. Elles sont souvent déposées sur l’éponge consommée.
Quelques temps après la ponte, de petites larves* planctoniques* naîtront. Ce développement larvaire planctotrophique est cohérent avec une large distribution. Elles subiront plusieurs métamorphoses* avant de se transformer en un animal juvénile, vivant sur le substrat.
Comme beaucoup de chromodorididés, F. clenchi tire ses moyens de défense de son alimentation. Elle accumule des métabolites* secondaires toxiques ou répulsifs (terpènes) provenant des éponges qu'elle consomme. Ces toxines sont stockées dans des glandes situées sur la marge du manteau (appelées FMD : Formations du Manteau Dorsal), ce qui la rend impropre à la consommation pour les prédateurs (d'où sa coloration aposématique* d'avertissement).
Comme chez d’autres Chromodorididés, la composition exacte des terpènes varie selon l’éponge consommée, ce qui pourrait expliquer certaines variations de couleur. Les FMD sont plus développées chez les adultes que chez les juvéniles.
Déesse marine Arlequin : on peut penser que le nom français de déesse Arlequin vient de la couleur et des motifs présents sur son dos faisant référence à l'habit d'Arlequin. Par ailleurs, ce nom français correspond également à une traduction du nom anglais Harlequin blue sea goddess, qui pourrait avoir la même origine.
Felimida : l'origine de ce nom de genre, originellement créé par Eveline et Ernst Marcus en 1971, n'est pas connue, le couple Marcus étant un habitué des dénominations... "bizarres" et n'ayant jamais aimé donner d'explications sur le sujet. L'origine du nom Felimida est sans doute à chercher dans la sympathie appuyée d'Ev. Marcus (1901-1990) pour les chats (Felis)...
clenchi : l'espèce est dédiée à William James Clench (1897-1984), célèbre malacologiste américain et conservateur au Museum of Comparative Zoology de l'Université Harvard, connu pour ses contributions à la systématique des mollusques marins. Bill Clench était un collègue de Henry Drummond Russell (qui a décrit l'espèce en 1935).
Le nom ‘"clenchi" est un hommage assez courant chez les malacologues américains de l’époque (plusieurs escargots, une ovule, un bivalve, une fissurelle, notre limace....).
La localité-type* de l'espèce est située dans les Bermudes.
Numéro d'entrée WoRMS : 597396
| Termes scientifiques | Termes en français | Descriptif | |
|---|---|---|---|
| Embranchement | Mollusca | Mollusques | Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies. |
| Classe | Gastropoda | Gastéropodes | Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules. |
| Sous-classe | Heterobranchia | Hétérobranches | |
| Super ordre | Nudipleura | Nudipleures | |
| Ordre | Nudibranchia | Nudibranches | Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre. |
| Sous-ordre | Doridina | Doridiens | Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes. |
| Famille | Chromodorididae | Chromodorididés | Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées. |
| Sous-famille | Chromodoridinae | Chromodoridinés | |
| Genre | Felimida | ||
| Espèce | clenchi |
Gastéropodes Opisthobranches
Robe classique
Le dos de l'animal est bleu pâle, allant vers le crème en s'approchant des bordures du manteau. Cette couleur bleue est recouverte en partie par un motif orangé plus ou moins soutenu, mais elle est encore bien visible par les "manques" arrondis du motif. Celui-ci devient jaunâtre au niveau des rhinophores et du panache branchial.
Une fiche ligne rouge-orangé et blanche borde le manteau.
Le pied bleu-violet dépasse à l'arrière de l'animal.
Îlet à Cabris, Terre-de-Haut, archipel des Saintes, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes,
01/11/2024
Gastéropodes Opisthobranches
Motif orange assez aéré
Sur cet individu, le motif dorsal orangé est très "aéré", ouvert et il laisse voir de grandes parties du bleu du manteau. Les zones habituellement jaunâtres du motif sont ici presque blanches.
On peut également distinguer la fine ligne marginale rouge-orangé en bordure du manteau.
Port-Louis, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes
01/09/2025
Motif orange très étendu
Ici, le motif orange (et jaune aux zones attendues) est très étendu, couvrant une large partie du manteau et ne laissant au bleu parme du fond que peu de présence au travers des "trous".
Cela peut donner ces magnifiques motifs, particulièrement colorés, faisant penser à un habit de fête et justifiant son nom de déesse marine Arlequin !
Le Jardin d'Eden, Les Anses-d'Arlet, Martinique (972), mer des Caraïbes, 15 m
24/05/2025
Les rhinophores
Les rhinophores sont lamellés, rétractiles et violet translucides avec de larges lignes verticales opaques violets.
Ce sont des organes chimiosensoriels permettant au nudibranche d’appréhender son environnement physique et de pouvoir identifier "à l'odeur", les proies, les congénères, les dangers qui l'entourent.
Îlet à Cabris, Terre-de-Haut, archipel des Saintes, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes
01/11/2024
J'ai perdu quelque chose !!
Ce bel individu se retrouve amputé d'un rhinophore ! Il semble vaillant mais qu'est-ce qui a bien pu causer la perte de son organe sensoriel gauche ? Bagarre ? Accident ? Problème génétique ?
Port-Louis, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes
26/09/2021
Panache branchial
Le panache branchial est composé de 7 feuillets branchiaux pennés, translucides blancs, avec une ligne d'un violet profond qui les traverse en leur centre depuis le rachis.
Pointe Noire, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes, 5 m
04/09/2019
Approche
Deux individus guadeloupéens en approche... Est-ce un prélude à une reproduction croisée ?
Ferry, Deshaies, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes, 5 m
01/08/2019
Un bébé ?
Ce tout petit (quelques millimétres) individu bleu, dont le motif orange dorsal n'est pas encore développé pourrait bien être un juvénile de déesse marine Arlequin. Mais il faut toujours se méfier avec les juvéniles polymorphes et pouvant se ressembler d'une espèce à une autre...
Saint John's, île d'Antigua, Antigua-et-Barbuda, mer des Caraïbes
03/07/2025
En cours de croissance ?
Le motif orange très peu étendu laisse transparaître beaucoup de la couleur de fond du manteau. Il s'agit peut-être d'un jeune individu en cours de croissance. Le panache branchial ne semble pas non plus être complètement développé.
Saint John's, île d'Antigua, Antigua-et-Barbuda, mer des Caraïbes
04/07/2025
Distribution : en Guadeloupe
Située dans l'arc îlien des Petites Antilles, à l'est de la mer des Caraïbes, la Guadeloupe présente sur toute son étendue un beau choix de limaces de mer, dont notre déesse marine Arlequin. On retrouve ici notre individu à un seul rhinophore.
Port-Louis, Guadeloupe (971), mer des Caraïbes
21/09/2021
Distribution : en Martinique
Voilà une belle martiniquaise sur son garde-manger.
La Martinique, collectivité territoriale française, est située dans l'archipel des Petites Antilles, entre la Dominique au nord et Sainte-Lucie au sud. Elle est une réserve de biosphère UNESCO intégrale depuis 2021 pour son patrimoine terrestre et marin.
Le Jardin d'Eden, Les Anses-d'Arlet, Martinique (972), mer des Caraïbes, 15 m
24/05/2025
Illustration d'origine
Voici une planche de la description initiale de Henry D. Russell, en 1935.
L'animal y est dessiné vu de dos (A), de dessous (B), ainsi qu'un feuillet branchial vu de face et latéralement (C et D). Enfin (E), une vue latérale du rhinophore droit est montrée avec la face antérieure à droite.
Planche extraite de Russell H.D., 1935, Some nudibranchs of Bermuda, with a description of a new species, Nautilus , 49(2), 59-61, pl. 4.
Reproduction de documents anciens
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Rédacteur principal : Sylvie ROCHE
Vérificateur : Alain-Pierre SITTLER
Responsable régional : Gaël ROCHEFORT
Johnson R., Gosliner T., 2012, Traditional Taxonomic Groupings Mask Evolutionary History: A Molecular Phylogeny and New Classification of the Chromodorid Nudibranchs, PLoS ONE, 7(4), 15p.
Padula V., Bahia J., Stöger I., Camacho-García Y., Malaquias M.A.E., Cervera J.L. & Schrödl M., 2016, A test of color-based taxonomy in nudibranchs: Molecular phylogeny and species delimitation of the Felimida clenchi (Mollusca: Chromodorididae) species complex, Molecular Phylogenetics and Evolution, 103, 215-229.
Russell H.D., 1935, Some nudibranchs of Bermuda, with a description of a new species, Nautilus , 49(2), 59-61, pl. 4.
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