Déesse marine Arlequin

Felimida clenchi | (Russell, 1935)

N° 5497

Atlantique tropical Ouest (mer des Caraïbes, dont Petites Antilles)

Clé d'identification

Nudibranche doridien ovale de 30 mm max
Couleur de fond bleu pâle au centre, migrant vers le crème sur les bords
Dos recouvert d'un motif réticulé rouge-orange laissant apparaître dans des manques ronds, la couleur de fond bleue
Lignes marginales rouge et blanche
Motif réticulé devenant jaune près des rhinophores et du panache branchial
Rhinophores violets
Panache branchial blanc avec des lignes violettes
Branchies : 7 feuillets, les deux postérieurs nettement plus petits

Noms

Noms communs internationaux

Harlequin blue sea goddess, Harlequin blue doris, Bill Clench's doris, neon sea goddess (GB), Neon-Sternschnecke, Neonschnecke (D)

Synonymes du nom scientifique actuel

Glossodoris clenchi Russell, 1935
Chromodoris clenchi (Russell, 1935)
Glossodoris neona Er. Marcus, 1955
Chromodoris neona (Er. Marcus, 1955)
Felimida neona (Er. Marcus, 1955)

Le nom de genre Felimida a remplacé celui de Chromodoris chez certaines espèces, après une étude de typage des Chromodorididés par l'ADN mitochondrial, [Johnson et Gosliner 2012]. Le dernier changement de nom (F. clenchi) date de 2016.

Distribution géographique

Atlantique tropical Ouest (mer des Caraïbes, dont Petites Antilles)

Zones DORIS : ● Caraïbes

Cette espèce est retrouvée dans le golfe du Mexique, la mer des Caraïbes et les Petites Antilles, en incluant la Floride, le Costa Rica, le Panama, la Colombie, le Venezuela, les Bermudes, les îles Caïmans, la Jamaïque, Curaçao, Sainte-Lucie, Saint-Vincent et les Grenadines.

Aucun signalement confirmé en Atlantique Est : la présence est limitée au bassin Caraïbe et aux Bermudes. Tout signalement hors zone doit être revu (Padula et al., 2016). La présence aux Bermudes est historique mais confirmée ; elle ne s’étend pas plus au nord.

Biotope

Rencontrée entre 0 et 30 m, elle a été observée sur des rochers et des éponges.

Elle affectionne les éponges Démosponges de faible consistance, souvent encroûtantes. Observée principalement entre 3 et 15 m, la limite des 30 m est inhabituelle. Elle préfère les zones calmes ou semi-battues, moins souvent les tombants exposés.

Description

La déesse marine Arlequin mesure au maximum 30 mm. Elle présente un corps ovale, avec un dos lisse.

La couleur de fond est bleu pâle sur le haut du manteau* allant vers le crème en s'éloignant du centre.
Un motif réticulé rouge-orange très variable couvre le dos, laissant voir, ici ou là, la couleur bleue pâle du fond au travers de manques arrondis, vivement bordés par la couleur du motif. Les motifs peuvent passer d’un réseau serré à un dessin très ouvert.
En bordure du manteau, on peut observer une double ligne : rouge-orange marginale avec une bande blanche intérieure. La ligne blanche est parfois légèrement bleutée sur certains individus.
Le motif rouge–orange devient jaune près des rhinophores et du panache branchial.

Les rhinophores* sont lamellés, rétractiles et violet translucides avec de larges lignes verticales opaques violets.
Le panache branchial* est composé de 7 feuillets branchiaux pennés*, translucides blancs avec une ligne d'un violet profond qui les traverse en leur centre. Les cinq feuilles antérieures et latérales sont plus grandes que les deux postérieures, qui sont très petites. L'ensemble est rétractable. L'anus est au centre du panache.

Le pied, plus étroit que le manteau, ne le dépasse que par son extrémité pointue teintée de violet sombre autour d'une larme blanche. Comme chez beaucoup de Chromodorididés, le pied dépasse parfois légèrement le manteau lors du déplacement.

La sole* pédieuse est presque blanc opaque bien que la masse viscérale brun noirâtre puisse apparaître par transparence. Le manteau est entièrement lisse (absence de tubercules) et légèrement translucide sur les bords.

Espèces ressemblantes

Felimida clenchi a longtemps fait partie d'un complexe (dit "complexe F. clenchi") composé de 4 espèces proches et ayant fait l'objet de nombreuses controverses et discussions parmi les taxonomistes. Mais les études moléculaires successives ont actuellement réduit ce groupe.
Historiquement, on distinguait deux espèces : Felimida clenchi (motif en sablier ou réticulé) et Felimida neona (motif à pois bleus cerclés de lignes rouges fluorescentes sur le manteau et absence de motif jaune en sablier). Mais l'étude de Padula et al. (2016) a prouvé génétiquement que ces deux patrons de coloration appartiennent à la même espèce et F. neona a été synonymisée avec F. clenchi. Les individus à motif “neona” présentent souvent un bleu plus vif et un contour orange plus mince.

- Felimida binza (Ev. Marcus & Er. Marcus, 1963) porte les mêmes couleurs et des motifs ressemblants. Les deux espèces sont très difficiles à discriminer, notamment sur la base des simples motifs visuels. F. binza se distingue souvent (visuellement) par un motif beaucoup plus irrégulier avec un réseau rouge de lignes entourant des zones bleu pâle irrégulières, formant un maillage et souvent un "Y" sur la tête. Chez F. clenchi, les taches sont plus circulaires et définies. Les zones bleues sont plus diffuses, moins nettes.
La révision de 2016 sur le complexe (Padula et al. 2016) laisse à penser que F. binza n'est pas présente dans les eaux françaises des Antilles.

- Felimida sphoni Ev. Marcus, 1971 a un corps rouge ou violet foncé avec des taches orange, ainsi que quatre zones — deux à l'avant du corps et deux à l'arrière — qui sont de couleur blanc cassé ou vert clair. Chez certains spécimens, le corps de couleur sombre devient blanc, conservant les taches et les rayures orange. Ses rhinophores et ses branchies sont blancs avec des pointes violettes. Le corps atteint une longueur d'environ 35 à 40 mm. Il s'agit d'une espèce des côtes tropicales du Pacifique américain.

Dans la même zone Caraïbes, on peut remarquer qu'il y a plusieurs espèces de Felimida à fond bleu, recouvert d'un motif jaune, orange ou rouge ouvragé et percé (F. acriba, F. alaini, F. marci...). Mais les motifs sont plus finement réticulés et les bordures du manteau assez différentes, ainsi que le pied. Enfin, F. clenchi peut rappeler superficiellement la version ouest-atlantique de Felimare picta (l'ex sous-espèce Felimare picta azorica), mais cette dernière a un corps beaucoup plus massif et des motifs linéaires et non réticulés.

Alimentation

Les nudibranches doridiens sont des carnivores. Ils se nourrissent généralement d'éponges de la classe des Démosponges (Demospongiae). Ils sont souvent associés, dans cette région, aux éponges du genre Chelonaplysilla ou Dysidea.

Les analyses moléculaires de Padula et al. (2016) indiquent que F. clenchi présente souvent un régime plus spécialisé que prévu, ciblant des éponges particulières (ex. Chelonaplysilla).

Reproduction - Multiplication

Comme tous les nudibranches, Felimida clenchi est hermaphrodite* synchrone et se reproduit par voie sexuée. L'accouplement se fait toujours deux à deux dans un rapport proximal, les individus se présentant tête-bêche sur leur côté droit.

Entrés en contact, après échange de leurs spermatozoïdes, les individus se sépareront. Les pontes forment des bandes gélatineuses de 10 mm environ en forme de spirale et de couleur translucide, laissant paraître des œufs blanc-crème. Elles sont souvent déposées sur l’éponge consommée.

Quelques temps après la ponte, de petites larves* planctoniques* naîtront. Ce développement larvaire planctotrophique est cohérent avec une large distribution. Elles subiront plusieurs métamorphoses* avant de se transformer en un animal juvénile, vivant sur le substrat.

Divers biologie

Comme beaucoup de chromodorididés, F. clenchi tire ses moyens de défense de son alimentation. Elle accumule des métabolites* secondaires toxiques ou répulsifs (terpènes) provenant des éponges qu'elle consomme. Ces toxines sont stockées dans des glandes situées sur la marge du manteau (appelées FMD : Formations du Manteau Dorsal), ce qui la rend impropre à la consommation pour les prédateurs (d'où sa coloration aposématique* d'avertissement).

Comme chez d’autres Chromodorididés, la composition exacte des terpènes varie selon l’éponge consommée, ce qui pourrait expliquer certaines variations de couleur. Les FMD sont plus développées chez les adultes que chez les juvéniles.

Origine des noms

Origine du nom français

Déesse marine Arlequin : on peut penser que le nom français de déesse Arlequin vient de la couleur et des motifs présents sur son dos faisant référence à l'habit d'Arlequin. Par ailleurs, ce nom français correspond également à une traduction du nom anglais Harlequin blue sea goddess, qui pourrait avoir la même origine.

Origine du nom scientifique

Felimida : l'origine de ce nom de genre, originellement créé par Eveline et Ernst Marcus en 1971, n'est pas connue, le couple Marcus étant un habitué des dénominations... "bizarres" et n'ayant jamais aimé donner d'explications sur le sujet. L'origine du nom Felimida est sans doute à chercher dans la sympathie appuyée d'Ev. Marcus (1901-1990) pour les chats (Felis)...

clenchi : l'espèce est dédiée à William James Clench (1897-1984), célèbre malacologiste américain et conservateur au Museum of Comparative Zoology de l'Université Harvard, connu pour ses contributions à la systématique des mollusques marins. Bill Clench était un collègue de Henry Drummond Russell (qui a décrit l'espèce en 1935).
Le nom ‘"clenchi" est un hommage assez courant chez les malacologues américains de l’époque (plusieurs escargots, une ovule, un bivalve, une fissurelle, notre limace....).
La localité-type* de l'espèce est située dans les Bermudes.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 597396

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Sous-famille Chromodoridinae Chromodoridinés
Genre Felimida
Espèce clenchi

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