Porcelaine souillée

Erosaria spurca | (Linnaeus, 1758)

N° 927

Méditerranée, océan Atlantique

Clé d'identification

Taille courante inférieure à 30 mm
Coquille bombée, de couleur variable, portant des taches sombres
Marge jaunâtre, poinçonnée de sombre
Large ouverture avec dents bien distinctes
L'animal avec manteau ressemble à une limace à papilles branchues

Noms

Autres noms communs français

Porcelaine pure, porcelaine variable, porcelaine malpropre, cyprée.
Boucelano-viranto (provençal)

Noms communs internationaux

Dirty cowry (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Cypraea spurca Linné, 1758
Cypraea lunata Fischer von Waldheim, 1807
Cypraea elliptica Gray, 1825
Cypraea verdensia Melvill, 1888
Cypraea spurca var. albida Monterosato, 1897
Cypraea spurca var. atlantica Monterosato, 1897
Cypraea spurca var. dilatata Monterosato 1897
Cypraea spurca var. flavida Monterosato, 1897
Cypraea spurca var. inaequipartita Monterosato, 1897
Cypraea spurca var. limitaris Monterosato, 1897
Cypraea spurca var. normalis Monterosato, 1897
Cypraea spurca var. inversa Pallary, 1900
Cypraea spurca var. luridoidea Pallary 1900
Cypraea spurca var. major Pallary, 1900
Cypraea spurca var. minor Pallary, 1900
Cypraea spurca var. elongata Dautzenberg & Fischer H., 1906
Cypraea spurca var. pantherina Pallary, 1910
Cypraea spurca var. limpida Sulliotti, 1922
Cypraea spurca var. viridula Sulliotti, 1924
Cypraea spurca var. inflata Coen, 1949
Cypraea spurca var. nitidiuscula Coen, 1949
Cypraea spurca var. peculiaris Coen, 1949
Cypraea spurca var. punctatissima Settepassi, 1977
Cypraea spurca globosa Settepassi, 1977
Erosaria spurca cascabullorum Talavera, Dionis & Gomez, 1986

On peut noter également une sous-espèce : Erosaria spurca acicularis (Gmelin, 1791). Elle est considérée par certains auteurs comme une espèce indépendante auquel cas, elle mériterait une fiche personnelle. Il faudra suivre ce taxon.

Distribution géographique

Méditerranée, océan Atlantique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Erosaria spurca est présente en Méditerranée.
Elle se rencontre également en Atlantique Est, sur les côtes ouest-africaines. Si elle est fréquente au Sénégal, aux îles Canaries et aux îles du Cap Vert, elle est plus rare au Gabon et en Angola.

Sa sous-espèce Erosaria spurca acicularis (la porcelaine jaune de l'Atlantique) est présente sur la partie occidentale de l'Atlantique, de la Floride au Brésil et la mer des Caraïbes. On la trouve également à l'île Sainte-Hélène et Ascension sous la forme sanctaehelenae.

Biotope

Erosaria spurca est une espèce nocturne de l'infralittoral*.
La journée, elle se cache sous les cailloux, les failles de rochers, les endroits plutôt sombres et ce, à partir de 5 m.
On trouve parfois la coquille vide devant les antres de poulpes.

Description

La coquille de la porcelaine souillée a une taille comprise entre 20 et 40 mm mais elle dépasse rarement 32 mm. Elle est de forme bombée, ovoïde, allongée et elle est de couleur très variable, brun jaunâtre, brun rougeâtre, parfois même bleutée, et ornée de taches, ocelles* ou lignes plus sombres. Une ligne dorsale transversale, relativement étroite et de teinte uniforme est parfois présente. Elle correspond au lieu de rencontre des deux parties du manteau* déployé.
La marge de la coquille est beige jaunâtre poinçonnée de brun foncé.
La partie basale (partie inférieure) de la coquille est convexe, blanche à gris jaunâtre, avec un labre* épais. Les grosses dents sont espacées de chaque côté d'une longue ouverture étroite, plus large sur la partie antérieure.

Le pied de l'animal est orangé et bordé d'une zone plus claire en périphérie.
A l'avant, le siphon* est brun foncé à noir, avec une extrémité en dents de scie. Sur la tête, les tentacules coniques sont orangés et l'œil est situé au tiers inférieur de ceux-ci.

Le manteau de la porcelaine souillée est épais et opaque, de couleur jaune brunâtre. Il est formé de nombreuses papilles de même couleur, longues extensions digitées portant 2 à 4 touffes à leur extrémité, comme de petits arbrisseaux minuscules, qui font paraître l'animal hérissé lorsque le manteau est sorti. Ces papilles étendues doublent la taille de la coquille.

Espèces ressemblantes

Il est difficile de confondre Erosaria spurca avec d'autres espèces de même distribution.
Pour la Méditerranée française, il s'agit de la plus petite des porcelaines et la seule qui ait un manteau hérissé de tels tubercules.
Parmi les autres espèces citons néanmoins Luria lurida (dos gris à marron avec deux bandes plus claires ; extrémités avec deux taches noires ; manteau marron uniforme) et, beaucoup plus rares, Zonaria pyrum (piriforme avec le dessus marron, les côtés et la base rouge orangé) ainsi que Schilderia achatidea (pour l'instant uniquement Afrique du Nord et de l'Ouest)

Alimentation

Erosaria spurca est considérée comme un omnivore "nettoyeur".

Reproduction - Multiplication

Les sexes chez les porcelaines sont séparés et l'on peut noter chez Erosaria spurca un dimorphisme sexuel au niveau de la coquille, celle de la femelle étant plus ovoïde que celle du mâle.
La fécondation est interne et la ponte a lieu de juin à septembre. Les capsules ovigères* sont de couleur rose plus ou moins foncé selon le degré de maturité de la ponte. La femelle reste sur les œufs pour les protéger des prédateurs.
Après éclosion, une larve véligère*, planctonique*, sécrète une mince coquille en forme de bulle. Elle subira plusieurs transformations avant de se développer sur le substrat*.

Vie associée

Les prédateurs d'Erosaria spurca sont principalement :
Certains poissons qui peuvent l'avaler, des gastéropodes, qui percent sa coquille... Les crustacés, crabes et langoustes, en sont également amateurs. Citons aussi des céphalopodes, notamment Octopus vulgaris, qui lorsqu'ils n'arrivent pas à extraire l'animal de sa coquille la perforent avec une action combiné de la radula* et de l'effet chimique et enzymatique de la glande salivaire [Nixon & al. 1980 ; Grisley & Boyle 1990].
Et n'oublions pas l'homme, qui de tout temps a prélevé des coquillages.

Divers biologie

Ce mollusque est doté d'une radula*, équivalent d'une langue râpeuse, située dans une invagination du plancher buccal et portée par l'odontophore*.
La radula est une lame chitineuse*, garnies de denticules, c'est-à-dire de petites dents disposées en rangées transversales, elle a la forme d'une râpe et fonctionne de la sorte. Chaque espèce montre une disposition et une organisation de la radula qui lui est propre et qui est adaptée à son régime alimentaire. On ne peut l'observer après dissection que grâce à des outils optiques et ceci est affaire de spécialistes. Car l'organisation radulaire est chez les mollusques, un élément de taxonomie primordial.

La coquille des porcelaines est composée en grande partie de carbonate de calcium. Celui-ci est puisé dans l'eau de mer et absorbé dans l'alimentation de l'animal. Ce calcium est déposé sur la coquille grâce aux cellules externes du manteau par couches de calcite (système cristallin trigonal), d'aragonite (système rhombique) et cimenté par une trame protéique : la conchyoline. En cas de fracture de la coquille, la réparation se fait par couche de vatérite* (système hexagonal).
La couleur et le dessin de la coquille répondent à un code génétique propre à l'espèce.

Informations complémentaires

Espèce considérée en 1892 comme rare par Arnould Locard ("Les Coquilles Marines des Côtes de France"), Erosaria spurca est devenue, depuis les années 2000, courante dans certaines zones du Var et des Alpes-Maritimes, ainsi que l'atteste le nombre de signalements et les photos paraissant dans des revues spécialisées.

On trouve facilement, en plongée, des coquilles vides appartenant à Erosaria spurca. Souvent, on remarquera sur l'une des extrémités de la coquille un petit trou (toujours sur l'extrémité postérieure, vers le bas). Cela indique que la porcelaine n'est pas morte de vieillesse mais qu'elle a probablement été le déjeuner d'un de ses prédateurs, parmi ceux qui ne cassent pas la coquille mais la perforent. Des articles ont été publiés sur la nature de ces trous dans la coquille des porcelaines qui ont en effet un aspect différent selon qui les a pratiqués.
Les perforations effectuées par le groupe des natices (gastéropodes Naticidés) montrent un contour externe circulaire et une forme de parabole tronquée. Si E. spurca n'est pas vraiment concernée, n'ayant pas le même habitat que les natices, d'autres porcelaines le sont.
Les trous induits par le groupe des murex (gastéropodes Muricidés) montrent également un contour externe circulaire mais sont de forme cylindrique [Kowalewski 1993].
Les perforations causées par les octopodes sont plus diversifiées. Certaines peuvent être tronco-coniques ou cylindriques mais le contour externe est plus irrégulier, polygonal ou ovalaire allongé. En outre, les trous pratiqués par les octopodes sont toujours très petits (0,1 à 0,2 mm contre 0,3 à 0,8 mm pour les deux groupes de gastéropodes cités).
Les poulpes percent donc un trou dans la coquille de la porcelaine en combinant le travail mécanique de la radula et de la papille salivaire, armée d'une protubérance dentiforme. Puis quand la perforation est effectuée, ils injectent une neurotoxine provoquant le relâchement musculaire de la victime.

On peut être étonnés d'une synonymie aussi conséquente dans les groupes de Cypréidés. Cela résulte de plusieurs facteurs. D'une part, évoquons une dispersion des larves formant des populations un peu divergentes. En effet, celles-ci en s'implantant ailleurs, s'y fixent et développent parfois des caractères particuliers ayant pu induire les descripteurs en erreur. D'autre part, les porcelaines font l'objet de beaucoup d'intérêts et certains, chercheurs ou collectionneurs, ont pu être tentés de séparer à outrance à la moindre variabilité (forme ou couleur), déclarant des listes de nouveaux taxons ou a contrario de regrouper des populations à des fins de simplification.
Cette synonymie ne pouvant pas prétendre à être exhaustive, nous nous sommes donc rangés à ce sujet sous l'autorité du MNHN.

Réglementation

Cette espèce est soumise à réglementation et est strictement protégée en Méditerranée.
Elle est inscrite à l'annexe II de la convention de Berne (Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe) ainsi qu'à l'annexe II de la convention de Barcelone (protection de la mer Méditerranée).

Origine des noms

Origine du nom français

Porcelaine : vient de l'italien porcellana, lui-même issu du latin [porcella] qui signifie jeune truie, petite cochonne. En effet, l'ouverture de la coquille ressemblerait à une vulve de truie. D'autres auteurs en étymologies latines suggèrent que l'allusion concernerait plutôt le corps féminin...

souillée : traduction littérale du nom d'espèce, spurca. Serait-ce pour les taches sombres qui maculent la coquille de la porcelaine, comme des giclures ? Ou pour le manteau hérissé, comme s'il portait plein d'épibiontes* ?

Origine du nom scientifique

Erosaria : du latin [erosus] = érodé.

spurca : en latin, salie, souillée.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Littorinimorpha Littorinimorphes
Famille Cypraeidae Cypréidés

Coquille ventrue ou piriforme, conique, ovoïde, globuleuse, fusiforme ou presque cylindrique, coloration variable, souvent avec des bandes transversales.Callosité au niveau de l'apex. Ouverture étroite avec des dents. couche d'émail épaisse, brillante. D'après Lindner 2011:81

Genre Erosaria
Espèce spurca

Nos partenaires