Crapaud calamite

Epidalea calamita | (Laurenti, 1768)

N° 3341

Europe

Clé d'identification

Pupille horizontale, iris des yeux jaune
Presque toujours une ligne dorsale jaune pâle ou blanche qui parcourt tout le dos du museau à l'anus
Verrues dorsales piquetées de rouge
Pattes arrières uniquement palmées à la base des doigts
Glandes parotoïdes aussi larges que longues
Ne saute pas mais court comme une souris

Noms

Autres noms communs français

Crapaud des joncs

Noms communs internationaux

Natterjack Toad (GB), Sapo corredor (E), Kreuzkröte (D), Rugstreeppad (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Bufo calamita (Laurenti, 1768)
Bufo calamita Laurenti, 1768
Rana ecaudata Razoumowsky, 1789
Rana portentosa Blumenbach, 1797
Bufo cruciatus Schneider, 1799
Rana mephitica Shaw, 1802
Bufo cursor Daudin, 1803
Rana fetidissima Boulenger, 1898

Distribution géographique

Europe

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

On le trouve en Europe suivant un axe sud-ouest/nord-est allant du Portugal aux pays Baltes (Lettonie, Lituanie) et la Russie occidentale. Il est présent en quelques endroits de l'Irlande et de la Grande-Bretagne, au sud de la Suède, au nord de l'Autriche et absent de la Norvège, de l'Italie et du sud-est de l'Europe.
Présent partout en France sauf en Corse.

Biotope

Le crapaud calamite préfère les zones humides marquées par l’alternance de l’inondation et de la sécheresse. Des milieux ayant une végétation assez clairsemée et des sols meubles (sablonneux, argileux).
Il vit sur terre et ne rejoint l'eau que pendant la brève période de reproduction. Il préfère les plans d’eau superficiels et temporaires pouvant se réchauffer rapidement.
Il reste pendant la journée dans un trou naturel (sous des pierres, dans des trous ou fissures de murailles) ou creusé par ses soins. La nuit, il part en chasse et on peut le rencontrer très loin des plans d'eau.
C'est une espèce de plaine et de moyenne montagne : maximum 1700 m d'altitude dans les Alpes et les Pyrénées.
L’espèce a trouvé refuge dans des carrières en Wallonie (Belgique).

Description

Epidalea calamita est plus petit que Bufo bufo (crapaud commun). Sa taille varie de 4 à 7 cm pour les mâles, 5 à 8 cm pour les femelles (les mâles sont un peu plus petits et un peu moins robustes que les femelles).
Ses yeux ont une pupille ovale horizontale et l'iris est jaune-vert, veiné de brun ou de noir.
Sur la face dorsale, la peau est sèche et recouverte de pustules ressemblant à des verrues. Il s'agit de glandes sécrétant un mucus permettant de préserver l'hydratation et l'élasticité de son épiderme. La couleur de sa face dorsale varie beaucoup : blanchâtre, grisâtre, brunâtre ; elle est marbrée vert kaki et généralement traversée par une ligne médio-dorsale jaune pâle ou blanche. La face ventrale est blanche avec de petites taches brun foncé.
Présentes juste derrière les yeux, les glandes parotoïdes* sont proéminentes et à peine plus longues que larges.
Le crapaud calamite a des pattes courtes et peu palmées. Il ne saute pas mais court comme une souris.
Le mâle a un sac vocal. Lorsqu'il chante, son sac vocal apparaît bleu violacé et devient plus grand que sa tête.
Le mâle a des callosités nuptiales (excroissances noirâtres et rugueuses) sur les 3 premiers doigts, particulièrement visibles pendant la période de reproduction.
Epidalea calamita est une espèce nocturne sauf pendant la période de reproduction.

Espèces ressemblantes

Adultes
Grenouilles : la peau pustuleuse des crapauds permet de les distinguer aisément des grenouilles.

Bufo bufo (crapaud commun) :
- la taille est plus grande : jusqu'à 15 cm ;
- les yeux sont plus écartés et l'iris est doré ou cuivré ;
- il marche ou saute.

Bufotes viridis (crapaud vert) :
- la taille et la corpulence sont semblables ;
- le corps est maculé de taches vertes ;
- l'iris gris-vert a une teinte plus terne ;
- les glandes parotoïdes ont une longueur double de leur largeur ;
- s'il se sent en danger, il saute.

Têtards
Le têtard de Epidalea calamita ressemble beaucoup à ceux du crapaud commun et du crapaud vert :
- l'extrémité de la queue est arrondie ;
- le bord de la nageoire supérieure atteint juste l'extrémité du tronc ;
- mais sa nageoire est assez claire alors qu'elle est sombre chez B. bufo ;
- E. calamita a une ligne claire le long du milieu du dos dès le stade « 4 pattes ».

Des hybridations sont possibles entre Epidalea calamita et Bufotes viridis.

Alimentation

Epidalea calamita chasse à l'affût (mais il est capable de courir après ses proies) dès le crépuscule et pendant la nuit. Son œil voit très bien dans l'obscurité grâce à sa pupille horizontale très extensible. Il se nourrit principalement d'insectes divers et de petits animaux (limaces, vers de terre, chenilles, cloportes, mille-pattes, petits coléoptères, etc...) qu'il attrape en projetant sa langue collante avant de les ramener vers sa bouche.
Les têtards mangent de la végétation (algues, pollen) et les matières organiques mortes présentes dans leur point d’eau.

Reproduction - Multiplication

Suivant les régions, Epidalea calamita hiverne d'octobre à mars dans une cavité à l'abri du gel (tunnel d'animal, cave, tas de bois).
La sortie d'hibernation et la migration vers la zone de ponte commencent dès que la température atteint 10 °C et souvent après une pluie.
La saison de reproduction s'étale de mars à juillet-août. Dans les régions plus chaudes, elle peut durer jusqu'en octobre-novembre.
Les mâles sont les premiers à arriver sur les sites de ponte. Ils chantent en chœur pour attirer les femelles. Ce chant est très puissant et peut être entendu à plus de deux kilomètres.
Pendant les ardeurs du rut, le mâle, généralement plus petit que la femelle, la harcèle parfois avec maladresse avant de se hisser pour de bon sur son dos (pas d'accouplement ventre à ventre). Les mains du mâle sont enfoncées dans les aisselles de la femelle (amplexus axillaire). Les callosités nuptiales présentes sur trois de ses doigts et très foncées pendant la saison de reproduction, l'aident à maintenir sa prise. Son instinct de reproduction l'amène à s'accrocher à tout ce qui bouge (grenouille, poisson, autre mâle) et à ne lâcher prise parfois que plusieurs jours après.

La ponte se présente sous la forme d'un ou deux longs chapelets (largeur 4 à 6 mm, longueur 1 à 2 m) contenant deux rangées d'œufs (une seule rangée quand on l'étire légèrement). Elle tombe dans la vase ou au fond de la mare, ou est enroulée autour de joncs à très faible profondeur (moins de 20 cm). Un chapelet mesure de un à deux mètres de long. La ponte contient entre 2000 et 4000 œufs (extrêmes de un à sept mille).

L'œuf est un petit embryon noir dans une enveloppe transparente. Il mesure entre 1 et 2 mm de diamètre. Son incubation dure de 2 à 8 jours selon la température de l'eau.

A l'éclosion, le têtard est de couleur noirâtre. Sa gorge devient progressivement blanchâtre. Sa petite queue à l'extrémité arrondie, ne se prolonge pas sur le dos. Sa nageoire est assez claire. C'est le plus petit des têtards européens avec une longueur totale comprise entre 6 et 30 mm.
Les hormones thyroïdiennes guident sa métamorphose* en crapelet. Cela prend entre trois et huit semaines selon la température de l'eau. Il quitte la mare à partir de juin-juillet.

La maturité sexuelle est atteinte à 3 ans chez les mâles et 4 ans chez les femelles.
L'espérance de vie est d'environ 7 ans pour les mâles et jusqu'à 17 ans pour les femelles.

Vie associée

Ses prédateurs principaux sont certains oiseaux nocturnes comme la chouette chevêche (Athene noctua) et la chouette hulotte (Strix aluco) ainsi que la couleuvre vipérine (Natrix maura), la couleuvre à collier (Natrix natrix), et des mammifères comme les blaireaux.

Divers biologie

Chant
Le chant puissant du crapaud calamite peut être écouté sur le site internet de l'Association BUFO http://www.bufo-alsace.org/
Systèmes défensifs
En présence d'un ennemi naturel, il se dresse sur ses pattes, se gonfle, baisse la tête pour paraître plus gros et décourager le prédateur, lève l'arrière-train et produit une odeur caractéristique.
Déplacement
Il se déplace d'habitude en marchant et, contrairement aux autres crapauds, est capable de courir.
Respiration
Le crapaud calamite ne possède pas de côtes lui permettant de dilater et de contracter ses poumons. C'est en levant et en abaissant régulièrement le plancher buccal, qu'il aspire l'air par ses narines et le fait refluer vers ses poumons (comme s'il avalait l'air). Ce système est insuffisant pour assurer tous les échanges gazeux nécessaires. Sa peau lui permet de compléter ces échanges : l'oxygène de l'air se dissout dans la mince couche de mucus et est absorbé directement par le sang qui circule dans les vaisseaux sous-cutanés.
Boisson
Autre particularité de sa peau : elle lui permet d'absorber l'eau dont il a besoin car il ne boit pas par la bouche.
Territorialité
Le crapaud ne défend pas de territoire.

Informations complémentaires

Mythes et croyances
La crapaudine
Il s'agit d'une pierre précieuse provenant d'une dent fossilisée de poisson que l'on croyait au Moyen-Age provenir de la tête des crapauds (d'où son nom). Ces derniers étaient censés la cracher quand on agitait devant eux un bout de tissu rouge. Cette pierre avait pour pouvoir de changer de couleur au contact d'un poison.
Image du crapaud
L'image du crapaud est fortement associée à celles des sorcières et à différentes croyances aussi bien pour chasser le mal que pour l'incarner.

Dans la littérature
Victor Hugo lui a dédié un poème d'environ 180 vers extrait de la Légende des Siècles dans lequel il montre la grandeur de l'animal par rapport à l'homme.

Réglementation

International :
Convention relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe (Convention de Berne) : Annexe II
UICN* : Préoccupation mineure
Directive 92/43/CEE (Directive européenne dite Directive Habitats-Faune-Flore) : Annexe IV
De portée nationale :
Listes des amphibiens et des reptiles protégés sur l'ensemble du territoire français et les modalités de leur protection : Article 2
Belgique :
Intégralement protégé en Wallonie par le décret dit "Natura 2000" du 6 décembre 2001 (espèce de l'annexe 2a). La principale menace étant la perte d’habitat.

Origine des noms

Origine du nom français

Crapaud : du germanique [krappa] = crochet,
calamite : francisation du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Epidalea : du latin [epi] = dessus et [dal] = tissu, nom de genre créé par rapport à une structure anatomique particulière : l'attachement de tout le tégument dorsal à la structure raniforme.
calamita : du grec [calamite] = roseau, canne.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Amphibia Amphibiens Vertébrés tétrapodes caractérisés par deux stades distincts : un stade larvaire aquatique et un stade adulte en partie terrestre. Quelques formes tropicales apodes.
Sous-classe Lissamphibia Lissamphibiens Tous les amphibiens actuels.
Super ordre Salientia Salientiens
Ordre Anura Anoures Amphibiens dont la queue disparaît après la métamorphose. Ce sont les grenouilles, crapauds, et rainettes.
Famille Bufonidae Bufonidés Famille des crapauds.
Genre Epidalea
Espèce calamita

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