Élysie jaune

Elysia flava | Verrill, 1901

N° 3606

Caraïbes, Atlantique tropical et subtropical, Méditerranée

Clé d'identification

Corps court et large
Tête petite avec des yeux bien visibles
Parapodes hauts et épais avec une ligne de pigments blancs opaques
Rhinophores relativement grands
Couleur jaunâtre translucide avec des taches vert foncé ou noires

Noms

Noms communs internationaux

Yellow sap-sucking slug, yellow elysia (GB), Elisia gialla (I)

Distribution géographique

Caraïbes, Atlantique tropical et subtropical, Méditerranée

Zones DORIS : ● Caraïbes, ● Europe (côtes françaises), ○ [Méditerranée française]

Il s'agit d'une espèce documentée de part et d'autre de l'océan Atlantique (dite espèce amphi-atlantique*).
Sur la façade ouest, elle est connue depuis les Bermudes jusqu'au Brésil équatorial, en passant par le golfe du Mexique et la mer des Caraïbes (dont la Guadeloupe et la Martinique).
Sur la façade est, Elysia flava est signalée dans les archipels de Macaronésie*, notamment Madère et les Canaries.
On connaît également E. flava en mer Méditerranée, dans les deux bassins, oriental (Grèce) et occidental (en particulier en Espagne et sur les côtes françaises provençales, azuréennes et corses).

Dans l'Indo-Pacifique, elle est remplacée par Elysia obtusa Baba, 1938 qui, selon certains auteurs, aurait pu n'être qu'un synonyme de E. flava (ce qui a été écarté depuis 2016).

Biotope

Elysia flava vit à faible profondeur, sur des fonds rocheux abritant une végétation marine. Nocturne, elle se cache, le jour, sous les pierres à l'abri de la lumière. Elle est généralement documentée du premier mètre jusqu'à une dizaine de mètres, mais ce ne sont pas des limites arrêtées pour l'espèce.

Description

Chez Elysia flava, le corps est court, large et légèrement surélevé. Sa taille maximale est de 20 mm.
La couleur générale est jaunâtre translucide (plus rarement jaune orangé). Les ramifications de la glande digestive, d’un vert foncé plus soutenu, sont parfaitement visibles à travers la peau.

La tête, petite, fait environ le quart de la longueur du corps. Les rhinophores* relativement grands sont enroulés. Ils sont épais et les extrémités sont arrondies.
Les petits yeux noirs sont situés sur la tête, derrière les rhinophores et sont généralement assez visibles.
On peut parfois, mais pas systématiquement, observer des taches blanches disposées de manière relativement symétrique, près de chaque œil et sur chaque rhinophore.
Derrière la tête et située au début des parapodes* se trouve une petite proéminence : il s'agit de la zone cardiaque, marquée d'une granulation blanche.

Les parapodes* sont hauts et épais. Ils ont des bords ondulés lorsque l'animal est au repos et droits lorsqu'il se déplace. Leurs bordures présentent une ligne de pigments blancs opaques avec des tubercules coniques de même couleur. Des papilles blanches semblables sont également présentes sur leur face interne. De fines nervures sombres sont parfois visibles, convergeant vers la partie arrière de la zone péricardique*.

Derrière les parapodes, la queue est courte, triangulaire et pointue.

Espèces ressemblantes

Dans la zone de distribution d'Elysia flava, citons :

  • Elysia viridis : elle se différencie par sa couleur verte, voire rougeâtre ou brunâtre et des points bleus, blancs ou verts à l'intérieur et l'extérieur des parapodes. Elle est présente dans les archipels de Macaronésie* et en Méditerranée mais pas dans les Caraïbes.
  • Elysia canguzua : sa couleur est vert vif à vert foncé, due aux ramifications de la glande digestive visibles au travers des tissus. On note de nombreuses mouchetures blanchâtres, de nombreux points rouges ou orange et des taches bleues. Les deux ouvertures siphonales sont bien marquées. Les rhinophores sont très longs (en "oreilles de lapin") ; l'intérieur de leur repli très noir donne, lorsqu'on les regarde de derrière, un aspect gris sur le sommet surmontant une zone blanche. L'espèce est restreinte à la Floride, et des Caraïbes jusqu'au Brésil. Elle est absente de la façade est de l’Atlantique et de Méditerranée.

En dehors de sa zone :

  • Elysia obtusa : cette espèce est extrêmement ressemblante à E. flava. Mais elle vit dans l'Indo-Pacifique et n'a pas de distribution commune avec cette dernière. Si, par le passé, des chercheurs (par exemple Rudman en 2001 ou Gosliner et d'autres en 2008) ont évoqué une possible synonymie entre les deux espèces, les études moléculaires de Krug et al., en 2016, ont établi qu'il s'agissait bien de deux lignées génétiques différentes et donc de taxons* différents.

Alimentation

Elysia flava se nourrit d'algues vertes filamenteuses, probablement du genre Cladophora ou Bryopsis. Mais les données sur l'écologie alimentaire de cette espèce sont assez limitées et les espèces consommées ne sont pas encore connues avec précision.

Comme la grande majorité des limaces de mer de l'ordre des sacoglosses, c’est une "suceuse de sève". Elle utilise sa radula* spécialisée pour perforer la paroi cellulaire de l'algue afin d'en aspirer le fluide contenu. Ce contenu cytoplasmique* des cellules algales renferme les organites* et les molécules dont l'élysie tire ses nutriments.

Reproduction - Multiplication

Elysia flava est hermaphrodite* et possède donc à la fois des organes mâles et femelles, situés sur le côté droit de la tête.
Lors de l’accouplement croisé, les deux partenaires se fécondent simultanément et réciproquement, la fécondation* ayant lieu de manière interne.
Peu après la fécondation, les minuscules œufs blancs sont pondus sous forme d’un cordon gélatineux enroulé qui vient se coller sur un substrat* comme une pierre ou une algue. Le développement larvaire* après éclosion n'est pas documenté à ce jour (11/2026) dans la littérature scientifique consultée.

Divers biologie

Bien que ce ne soit pas formellement démontré dans les sources scientifiques, Elysia flava pratique très certainement la kleptoplastie*. C'est une stratégie biologique remarquable par laquelle certaines limaces de mer prélèvent les chloroplastes* des algues qu'elles consomment, puis les conservent dans leurs propres cellules. Certains de ces chloroplastes restent capables de réaliser la photosynthèse* pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Ce qui leur permet de pouvoir vivre sans apport de nourriture pendant cette période.

Chez les mollusques, la radula* est un organe en forme de langue râpeuse garnie de petites dents, situé dans la bouche. Il s'agit d'un élément utilisé dans la Classification, chaque espèce présentant une composition de dents qui lui est propre.
La radula des sacoglosses est spécialisée pour la diète herbivore de ces animaux. Si, sur le ruban radulaire, de nouvelles dents futures sont créées en permanence, il n'y a en général qu'une dent active à la fois. Grâce à cette dent, l'animal peut percer précisément, telle une aiguille hypodermique, la paroi des cellules de l'algue et aspirer son liquide cytoplasmique*. Une fois la dent active usée, elle tombera de la radula et sera stockée sous le pharynx* dans un sac spécifique, l'ascus*, d'où le nom du taxon* sacoglosse (= "langue en sac"). Elle sera remplacée par la dent suivante sur la radula.

Informations complémentaires

Pour respirer, les sacoglosses, dont fait partie Elysia flava, absorbent l'oxygène à travers leur peau. Les dentelles de peau sur le dos, plus ou moins développées selon les espèces, augmentent la zone d'absorption.

Origine des noms

Origine du nom français

Élysie jaune : le nom commun français est la traduction littérale directe de son nom scientifique Elysia flava.

Origine du nom scientifique

Elysia : c'est un nom provenant de la mythologie grecque, à rapprocher des "Champs-Elysées" ; [Elysium] = l'Elysée (lieu dans les Enfers, séjour des héros et des hommes vertueux après leur mort, selon Virgile).
Le genre a été introduit en 1818 par le naturaliste niçois Joseph Antoine Risso (1777-1845). Son espèce-type* est Elysia timida ;

flava : vient du latin [flavus] qui signifie jaune, doré ou blond. L'espèce a été décrite en 1901 par l'américain Addison Emery Verrill (1839-1926), alors professeur de zoologie à l'Université de Yale et conservateur au Yale Peabody Museum, après la seconde expédition (la première était en 1898) à laquelle il a participé dans les Bermudes, au printemps 1901.

La localité-type* d'Elysia flava est donc dans les Bermudes, bien que l'holotype* original soit considéré comme perdu. Deux iconotypes*, déposés au Musée d'histoire naturelle du comté de Los Angeles (LACM) font actuellement référence pour l'espèce.

Classification

Numéro d'entrée WoRMS : 139679

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Super ordre Sacoglossa Sacoglosses

Coquille à paroi fine et en forme d’œuf ou de 2 valves, ou absente. Les espèces sans coquille sont pourvues de parapodies ou de cérates. 2 paires ou pas de tentacules sur la tête (rhinophores en tube).

Famille Plakobranchidae Plakobranchidés
Genre Elysia
Espèce flava

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