Gobie à museau de requin

Elacatinus evelynae | (Böhlke & Robins, 1968)

N° 5080

Atlantique tropical Ouest

Clé d'identification

Petit poisson benthique longiligne mesurant entre 2 et 4 cm
Bouche située en retrait et sur la face inférieure du museau

Corps noir traversé par u
ne bande longitudinale colorée

Présence d'un
"V" caractéristique au-dessus du museau
Dessous du corps
blanchâtre

Noms

Autres noms communs français

Gobie Evelyne, gobie nez de requin, gobiosoma nez de requin, gobie à museau de requin, gobie nettoyeur

Noms communs internationaux

Sharknose goby, shark nose goby, sharpnose goby (GB), Gobio hocicudo, gobio tiburoncito (E)

Synonymes du nom scientifique actuel

Gobiosoma evelynae (Böhlke & Robins, 1968)

Distribution géographique

Atlantique tropical Ouest

Zones DORIS : ● Caraïbes

Le gobie à museau de requin est une espèce communément rencontrée sur l'ensemble des côtes du golfe du Mexique et de la mer des Caraïbes, de la Floride au Venezuela. Sa présence est également mentionnée plus au sud, jusqu'aux côtes brésiliennes par certains auteurs.

Biotope

Le gobie à museau de requin peut être observé dans les eaux claires des récifs coralliens. On le trouve généralement posté sur des têtes de corail. Il peut également être présent sur des enrochements artificiels. Sa présence est signalée depuis la surface jusqu'à 74 m de profondeur.

Description

Le gobie à museau de requin est un petit poisson benthique* longiligne, mesurant entre 2 et 4 cm maximum à l'âge adulte. Comme son nom l'indique, la position de sa bouche, située en retrait et sur la face inférieure du museau, évoque celle des requins. Le dessous de l'animal est blanchâtre. Le corps noir est parcouru, de part en part, par une bande longitudinale colorée, formant un "V" caractéristique à leur jonction au-dessus du museau. Concernant cette bande, on distingue trois variantes de couleurs propres à cette seule et même espèce.

  • La première variante de couleurs se caractérise par un "V" jaune vif sur le museau, se prolongeant en bandes de couleurs bleu vif ou bleu pâle le long du corps (variante la plus répandue dans l'ensemble de l'aire de répartition).
  • La deuxième variante se caractérise par un "V" jaune vif sur le museau, se prolongeant en bandes de couleurs jaune vif le long du corps (observé dans le centre et le nord des Bahamas).
  • La troisième et dernière variante est caractérisée par un "V" blanchâtre sur le museau, prolongé par des bandes longitudinales bleu pâle (observé en République dominicaine).

Espèces ressemblantes

Le genre Elacatinus comprend plus d'une vingtaine espèces. Un certain nombre d'entre elles occupant la même aire de répartition qu'Elacatinus evelynae, et du fait de leur ressemblance, il est souvent bien difficile de les différencier les unes des autres.

Un certain nombre de ces espèces ne comportent pas le "V" caractéristique d'E. evelynae, ce qui évite d'emblée la confusion grâce à ce critère assez facilement observable. C'est le cas pour E. oceanops, E. lobeli, E. illecebrosus, E. randalli, E. horsti, E. xanthiprora, E. colini, E. louisae, E. lori et E. chancei.

En revanche, on peut citer 3 espèces pour lesquelles ce simple critère ne suffit pas pour réaliser l'identification :

  • E. genie : la bande latérale colorée est plus large que pour E. evelynae et de couleur jaune pâle.
  • E. cayman : le "V" du museau, moins arrondi, se prolonge de chaque côté du corps par une fine bande jaune bordée par deux bandes bleutées. Cette espèce, comme son nom l'indique, n'est signalée que dans les îles Cayman.
  • E. prochilos : la marque sur le museau forme un "Y" plutôt qu'un "V", la bouche est plus avancée que pour les trois espèces comportant un "V".

En dehors des représentants du genre Elacatinus, le gobie à museau de requin peut être confondu avec la girelle à tête bleue en phase juvénile (Thalassoma bifasciatum). Cette dernière présente en effet une morphologie assez similaire, dont notamment les bandes latérales sombres se rejoignant en V devant les yeux. Il est par ailleurs remarquable de noter que le comportement alimentaire est comparable à celui de E. evelynae, bien que les deux espèces n'appartiennent pas à la même famille de poissons. La ressemblance morphologique n'est probablement pas anodine, et on peut supposer qu'elle est le fruit d'une évolution permettant à la jeune girelle de trouver plus facilement sa nourriture en imitant le gobie-nettoyeur. Les girelles à tête bleue sont des poissons très actifs, en perpétuel mouvement au-dessus du fond, ce qui les distingue en revanche des gobies à museau de requin qui sont des poissons benthiques. On remarque aussi une tâche noire bien marquée à l'avant de la nageoire caudale de la jeune girelle.

Alimentation

Le gobie à museau de requin est un poisson nettoyeur, se nourrissant de crustacés ectoparasites* (notamment des crustacés isopodes de la famille des Gnathidés) présents sur la peau des poissons du récif. Il se positionne sur des têtes coralliennes avec ses congénères, constituant des stations de nettoyage bien identifiées et connues des autres poissons. Il remplace ainsi avantageusement les labres nettoyeurs qui sont absents de son aire de répartition. Il a d'ailleurs été démontré que sa présence est nécessaire à la bonne santé des poissons du récif, au même titre que celle des autres animaux nettoyeurs, qu’il s’agisse de poissons ou de crevettes. Lorsqu'un poisson s'arrête à proximité de la station de nettoyage, le gobie nettoyeur nage à sa rencontre et recherche des parasites en se fixant à son hôte à l'aide de ses nageoires pelviennes modifiées (la soudure des deux nageoires pelviennes forme une ventouse appelée disque pelvien, caractéristique commune chez de nombreux gobies). Chez les gros poissons, il va même jusqu'à pénétrer à l'intérieur de la bouche ou des ouïes pour les déparasiter. Une fois le travail effectué, le poisson signifie au gobie que le nettoyage est terminé en secouant tête et corps ou en refermant plusieurs fois la bouche. Le gobie regagne alors sa tête de corail et attend un nouvel hôte.

Outre ce type d'alimentation, le gobie à museau de requin aurait un régime alimentaire très varié et pourrait également se nourrir de zooplancton*, de petits crustacés benthiques* (petits crabes et crevettes), de coraux durs, d'éponges, d'ascidies et de bryozoaires.

Reproduction - Multiplication

Ce gobie est un poisson monogame, vivant en couple à l'âge adulte. La femelle dépose ses ovules sur une surface préalablement nettoyée, généralement la face interne d'une coquille abandonnée. Après fécondation, les parents surveillent leur ponte jusqu'à l'éclosion. Celle-ci survient au bout de deux semaines. En l'absence de stade larvaire*, les gobies juvéniles accompagnent temporairement les parents sur leur tête de corail. La maturité sexuelle est atteinte au bout d'un an environ tandis que la longévité avoisine deux ans.

Vie associée

De par son régime alimentaire, le gobie Evelyne vit en symbiose* avec les espèces du récif qu'il déparasite, soit au moins 47 espèces de poissons dénombrées appartenant à 17 familles différentes, lors d'une étude conduite pendant 8 ans à Tobago . Les espèces les plus fréquemment nettoyées furent respectivement les perroquets, demoiselles et rougets tandis que la durée du nettoyage était la plus longue chez les Serranidés, les chirurgiens et enfin les lutjans.

Divers biologie

L'espèce est active uniquement le jour et peut être observée tout au long de l'année. Elle ne semble pas particulièrement territoriale : plusieurs individus, ainsi que des juvéniles, peuvent se regrouper sur une même tête de corail.

Informations complémentaires

Elacatinus est un genre de la famille des Gobiidés, qui regroupe les "gobies-néons", appelés ainsi du fait de leurs reflets métalliques. E. evelynae est le gobie-néon le plus commun des Antilles françaises.

Réglementation

Depuis 2011, il est classé LC, soit Least Concern, dans la liste rouge de l'UICN*, c'est-à-dire dont le statut de conservation est jugé de préoccupation mineure.

Origine des noms

Origine du nom français

Gobie : du latin [gobio] = goujon
à museau de requin : la position de sa bouche par rapport au museau rappelle celle qui est propre aux requins.

Origine du nom scientifique

Elacatinus : du grec [elakatines] = nom de poissons fusiformes conservés dans le sel.
evelynae : hommage de l'auteur à Evelyn McCutcheon, enseignante sur Treasure Island, une île des Bahamas, qui a accueilli avec une grande hospitalité, comme il le dit lui-même, l'auteur principal lors d'un séjour au cours duquel il a pu observer et collecter ce poisson.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Gobioidei Gobioïdes
Famille Gobiidae Gobiidés
Genre Elacatinus
Espèce evelynae

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