Tritonie striée

Duvaucelia striata | (Haefelfinger, 1963)

N° 2405

Méditerranée

Clé d'identification

Nudibranche de 20 mm maximum, au corps mince et à section quadrangulaire
De couleur blanche, strié sur le dos et les flancs de lignes longitudinales noires
Voile oral avec 6 digitations à l'avant de la tête
Rhinophores émergeant d'une gaine et montrant une petite touffe sur l'avant
4 à 6 paires de branchies formant plumeaux en périphérie du manteau

Noms

Autres noms communs français

Triton strié, tritonia rayée (mais ce dernier nom est à réserver de préférence à Duvaucelia lineata)

Noms communs internationaux

Striped tritonia (GB), Tritonia striata (I), Tritonia rayada (E), Gestreifter Tritonia (D), Gestreepte tritonia (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Tritonia striata Haefelfinger, 1963

Le changement de nom (Tritonia -> Duvaucelia) a eu lieu en 2020 suite aux travaux de Korshunova et Martynov.

Distribution géographique

Méditerranée

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Méditerranée française]

Duvaucelia striata est connue dans le bassin occidental de la Méditerranée dont elle est probablement endémique*.

Biotope

Cette espèce fréquente principalement les fonds algaux et le petit coralligène* de faibles profondeurs où elle peut trouver les alcyonnaires qui composent son régime alimentaire.

Description

Ce nudibranche peut atteindre une vingtaine de millimètres et possède un corps allongé, dont on peut remarquer la section relativement quadrangulaire, le pied étant peu ou prou de même largeur que le dos.
Duvaucelia striata est blanc translucide (on peut apercevoir parfois par transparence la couleur rousse des organes), à l'exception de quelques lignes noires longitudinales qui strient le dos et les flancs.

A l'avant du corps, s'étale un large voile oral blanc diaphane qui porte six longues papilles digitées de même couleur blanche mais opaque.
Sur le dessus de la tête, deux rhinophores* cylindriques émergent de fourreaux bien visibles. Au-delà de cette gaine, le rhinophore lui-même, translucide à sa base et blanc opaque à l'apex*, se divise à mi-hauteur entre une touffe de courtes extensions sur l'avant et une hampe plus longue derrière.

Le manteau dessine une crête sur son pourtour (le centre du corps est donc en forme de cuvette) et quatre à six paires de branchies* arborées dorso-latérales sont implantées, en vis-à-vis sur cette crête, formant plumeaux. Elles sont d'un blanc très dense.
Concernant les dessins noirs caractéristiques de l'espèce, on compte généralement sur le dos trois lignes charbon, avec une ligne centrale et deux lignes excentrées qui partent des rhinophores, relient chaque panache branchial et filent jusqu'à la queue.
Un nombre plus variable de lignes noires est visible sur le pied ; elles partent sur le devant de la tête et courent jusqu'à l'arrière du pied. Ces lignes noires peuvent éventuellement être discontinues et n'apparaître que comme des traits ou des points.

La queue se termine en pointe.

Espèces ressemblantes

Dans la zone de distribution de Duvaucelia striata, il est possible de rencontrer quelques espèces proches. Et notamment :



  • Duvaucelia manicata (Deshayes, 1853)
    C'est un petit nudibranche de forme très proche mais ne dépassant pas 15 mm de longueur. Son corps blanc opaque est marqué de petites taches, plus ou moins allongées sur le dos, de couleur rouge foncé, brune, verte ou noire. Il présente généralement quatre paires de branchies dorso-latérales et le même nombre d'excroissances digitées sur le voile oral. Outre en Méditerranée, ce nudibranche est présent en Atlantique et en Manche.
  • Duvaucelia lineata (Alder & Hancock, 1848)
    De forme très proche, cette tritonie rayée présente un corps translucide blanchâtre avec deux lignes blanches opaques sur le dos. Il n'y a pas de lignes noires. Elle est rare en Méditerranée et vit plutôt sur les côtes atlantiques.
  • Duvaucelia plebeia (Johnston, 1828)
    Avec un maximum de 30 mm, Duvaucelia plebeia montre une couleur beige avec des marbrures brunes et généralement deux taches foncées juste derrière les rhinophores. Il y a six extensions digitées au niveau du voile oral et on peut compter jusqu'à six paires de branchies latérales arborescentes.
    On connaît la présence de cette espèce en Atlantique Ouest et Est mais elle est rare en Méditerranée et y serait cantonnée au bassin occidental.
  • Duvaucelia odhneri J. Tardy, 1963
    Anciennement Tritonia nilsohneri, cette petite tritonie des gorgones, à la robe unie, rose, orangée ou blanche, ne possède donc pas de lignes ni de motif coloré sur le manteau. Elle vit le plus souvent sur les gorgones Eunicella verrucosa et Eunicella singularis, pas sur le substrat algal comme D. striata.
  • Marionia blanvilllea (Risso, 1818) juvéniles
    Les juvéniles de cette espèce sont petits et se rencontre généralement sur des gorgones. Ils sont blanc translucide et n'ont pas de marques noires.

Alimentation

Comme tous les nudibranches, Duvaucelia striata est une espèce carnivore. Elle se nourrit de cnidaires et serait plus particulièrement friande des polypes des alcyonnaires Paralcyonium spinulosum ou Paralcyonium elegans. On a également pu observer cette espèce affairée sur la ponte de Maasella edwardsi. Se nourrit-il de cette ponte ou bien est-ce l'alcyon lui-même qui l'intéressait ?

Reproduction - Multiplication

Les nudibranches sont des animaux hermaphrodites* synchrones. C'est-à-dire qu'ils possèdent à la fois les systèmes génitaux mâle et femelle et que les deux sont simultanément efficients.
Le gonopore* se situe sur le flanc droit, derrière le rhinophore. C'est la raison pour laquelle les deux partenaires doivent se mettre dans une position tête-bêche et sur leur côté droit afin de pouvoir mettre en contact leurs organes reproducteurs respectifs, le pénis devant pénétrer la poche antagoniste du partenaire (la bursa copulatrix). Un échange réciproque de gamètes mâles aura lieu qui viendront faire leur office au sein des ovotestis* des partenaires et chacun pourra ensuite aller pondre de son côté.
La ponte pourrait n'être qu'une simple spirale blanche mais des confirmations doivent être apportées. Le développement larvaire particulier de Duvaucelia striata n'est pas connu avec précision.

Divers biologie

Notre tritonie striée est dotée, comme la plupart des nudibranches, d'une radula*. Il s'agit d'une sorte de bande râpeuse située dans la cavité buccale, grâce à laquelle elle "ronge" ses proies et qui sert donc à l'alimentation de l'animal. La structure de cette radula, propre à chaque espèce, est un élément discriminatif dans la taxonomie des nudibranches. Celle de Duvaucelia striata est organisée, selon [Schmekel & Portmann 1982] sous la formule 26 x 26 1.1.1.26, en trois ou quatre rangées de dents sur le bord masticateur de fortes mâchoires.

Les rhinophores sont des organes chimio-sensoriels destinés à l'analyse de l'environnement moléculaire de l'animal. Ils permettent de détecter congénères, prédateurs éventuels et proies distantes, ils permettent également l'analyse fine des paramètres du milieu.
Les tentacules digités du voile oral, quant à eux, ont un rôle plus proximal de localisations des polypes, l'allonge de cette détection, due à la longueur des extensions, donnant probablement à l'animal un temps d'initiative, l'attaque devant se faire promptement, avant rétractation du polype.

Il est à noter comme pour tous les Dendronotacés, l’existence en position latéro-dorsale (côté droit) d'un anus et d'un pore urinaire.

Origine des noms

Origine du nom français

Tritonie striée : nom francisé de son ancien nom scientifique d'origine, Tritonia striata, utilisé jusqu'en 2020 et très présent dans la littérature.

Origine du nom scientifique

Duvaucelia : le genre, décrit par Risso en 1826, est probablement dédié (même si l'auteur ne précise rien à propos de son choix) à Alfred Duvaucel, naturaliste français (1793-1824). Après une carrière remarquée dans l'armée, il étudia les sciences naturelles sous l'égide de Georges Cuvier, que sa mère avait épousé en seconde noces. Nommé naturaliste du roi en 1817, il partit cette année-là pour les Indes où il participa en quelques années à établir un jardin botanique à Chandernagor, herborisa à Sumatra et dans les îles de la Sonde où il collecta aussi de nombreux spécimens d'animaux empaillés. Il mourut à Madras d'une sorte de malaria, sans avoir revu la France.

striata
: du latin [striatus] = cannelé, strié.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Heterobranchia Hétérobranches
Super ordre Nudipleura Nudipleures
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Cladobranchia Cladobranches
Famille Tritoniidae Tritoniidés Corps limaciforme de section carrée, une rangée de branchies de chaque côté du dos. Rhinophores* en massue avec à leur base une gaine lamelleuse ou digitée. Voile buccal digité.
Genre Duvaucelia
Espèce striata

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