Bathynome géant américain

Bathynomus giganteus | Milne-Edwards, 1879

N° 4487

Atlantique Ouest, tout au long des côtes américaines, des Etats-Unis au Brésil, y compris les Caraïbes

Clé d'identification

Crustacé ressemblant à un cloporte géant
Longueur de 30-35 cm à la taille adulte
Possède plusieurs segments articulés imbriqués
Grands yeux noirs triangulaires non pédonculés
Extrémité arrière de l’abdomen présentant un bouclier caudal aplati prolongé par une série de pointes
Vit dans les profondeurs abyssales jusqu'à - 2300 m

Noms

Noms communs internationaux

Giant isopod (GB), Bathynomus (I), Isópodo gigante (E), Die Riesenasseln (D)

Distribution géographique

Atlantique Ouest, tout au long des côtes américaines, des Etats-Unis au Brésil, y compris les Caraïbes

Zones DORIS : 5 Caraïbes, 3 Atlantique Nord-Ouest

L'espèce est présente dans tout l'Atlantique Ouest, depuis le nord des Etats-Unis jusqu'au sud du Brésil, en passant par les Antilles françaises, en mer des Caraïbes. Sa présence est possible en Guyane.

Biotope

Espèce benthique* vivant sur le talus continental, habituellement entre 310 et 2300 m de profondeur. Des individus ont néanmoins été remontés de zones à 150-200 m de fond en Guadeloupe. Ils vivent généralement sur un fond sableux voire détritique*.
Cette espèce abyssale* ne peut donc pas s'observer en plongée sous-marine.

Description

Bathynomus giganteus est le plus grand isopode connu. C’est un crustacé ressemblant à un cloporte géant mesurant généralement 30 à 35 cm à la taille adulte mais pouvant aller jusqu’à 50 cm. Il possède plusieurs segments articulés qui, imbriqués les uns avec les autres, forment une carapace solide.
Le premier segment thoracique est fusionné avec la tête (céphalothorax*). Il possède 2 antennes* avec exopodites* très peu développés. Ses grands yeux noirs triangulaires sont dépourvus de pédoncule* (contrairement aux crabes, aux crevettes ou aux squilles).
La première paire d’appendices thoraciques est spécialisée en ce qu’on appelle maxillipèdes* ou « pied-mâchoires » impliqués dans la nutrition (mastication).
En plus des 7 paires de pattes locomotrices (péréiopodes*), cet isopode est équipé de 5 paires de palettes natatoires (pléopodes*) qui jouent surtout le rôle de branchies*.
L’extrémité arrière de l’abdomen* présente un large bouclier caudal aplati (le telson*) protégeant les uropodes* (palettes mobiles de part et d’autre du telson). Ce bouclier est muni d'une carène* arrondie médiane et porte une série de 12 à 14 épines terminales.

Espèces ressemblantes

Bathynomus giganteus peut être confondue avec d'autres espèces d’isopodes géants comme Bathynomus maxeyorum aux Bahamas, ainsi que Bathynomus miyarei et Bathynomus obtusus au large du Brésil.
Dans l'Indo-Pacifique inter-tropical, Bathynomus crosnieri est présent dans le secteur des Mascareignes-Madagascar et des Comores et pourrait donc se rencontrer à Mayotte, voire à La Réunion. Bathynomus richeri se rencontre au large de la Nouvelle-Calédonie.
Il existe au moins une douzaine d'autres espèces de Bathynomus en dehors des eaux françaises. Elles sont très proches morphologiquement et difficiles à identifier au niveau de l'espèce.

Alimentation

Bathynomus giganteus est carnivore et se nourrit principalement de poissons, de céphalopodes et de décapodes, mais il peut grandement varier son alimentation avec des animaux sessiles* et lents, tels que les échinodermes et les tuniciers. Sa bouche est capable de couper et d’avaler de gros morceaux de nourriture.
Il est considéré comme étant principalement charognard (mangeant des animaux morts) mais de nombreux poissons pris dans des filets profonds ont été remontés parfois vivants avec des bathynomes ayant pénétré à l’intérieur du corps par un orifice naturel ou un trou pratiqué avec leurs mâchoires acérées : dès que les poissons sont immobilisés, les bathynomes commencent à se nourrir et même pris eux-mêmes dans les filets, ils peuvent s'y montrer voraces avec ce qui les entoure. Son statut de nécrophage* est donc sans doute à tempérer. D'autant que, vivant sur le plancher océanique, l'apport de la neige* organique doit participer à l'alimentation de ces animaux profonds, en en faisant également des saprophages*. L'on sait, grâce à des maintiens en aquarium, que les bathynomes sont probablement capables de longues périodes de jeûne, sans que leur santé n'en soit affectée. Ceci est sans doute dû à la relative rareté des proies sur le plancher océanique. Compte tenu de tout cela, on peut aussi parler, pour les bathynomes géants d'opportunisme alimentaire.

Reproduction - Multiplication

Ce qui est sûr de la reproduction des bathynomes géants américains résulte d'études sur des spécimens prélevés en profondeur.
Il semble que cette reproduction soit saisonnière, principalement en hiver et au printemps, cette saisonnalité étant probablement dictée par l'affluence de nourriture selon les saisons. La reproduction du bathynome a été documentée notamment par Perry et Hinsch (1991) et plus récemment par Barradas-Ortiz et coll. (2003) pour des individus de la péninsule du Yucatan (Mexique).
La femelle est caractérisée par la présence d'un marsupium* (un sac abdominal abritant les œufs) formé par les oostégites*, les parties plates et évasées des segments proximaux des pattes. Elle subit une mue dite "de parturition" (mise-bas) avant la ponte. L'individu passera par plusieurs stades larvaires*, puis le stade manca*, et différentes mues de juvénile le mèneront au stade adulte.

Vie associée

On peut retrouver sur B. giganteus des épizoaires* divers. Citons par exemple le cirripède Octolasmis geryonophila, un gastéropode du genre Mitrella et des vers annélides, tubicoles ou errants, ainsi que des hydrozoaires.

Divers biologie

Les courbes de relation taille/poids des Bathynomus giganteus indiquent toutes un poids d'environ 1 kg pour 30 cm de longueur.

L’étude de Chamberlain et coll. (1986) portant sur les yeux particuliers de Bathynomus giganteus a révélé que leur rôle était certainement de trouver des sources de lumière dans l'obscurité des profondeurs mais également d’estimer les distances. Chacun des yeux est composé d'environ 3 500 ommatidies* et une cornée* plate côté externe et convexe côté externe. Des cellules réfléchissantes tapissent la rétine, ce qui permet la vision dans l'obscurité. L'étude a néanmoins montré aussi que l'animal n’a vraisemblablement pas besoin de ses yeux pour trouver de la nourriture.
L’exposition des yeux de bathynome à une lumière naturelle telle que nous la connaissons à la surface de la Terre est dangereuse pour l'animal et produit probablement des dommages irréversibles.

Les jeûnes imposés à l'animal par la rareté des proies sur le plancher océanique et la difficulté à prévoir le prochain repas ne semblent pas affecter la santé des bathynomes géants. Ainsi, un individu a pu vivre 5 ans sans se nourrir dans un aquarium japonais et l'autopsie n'a pas pu relier biologiquement sa mort au manque de nourriture.
Des spécialistes avancent que les bathynomes sont capables de réguler leurs activités physiologiques en raison de la difficulté à trouver de la nourriture en grande profondeur. Ne sachant pas quand ils vont pouvoir manger, ces animaux vont savoir limiter leur dépense d’énergie en ralentissant leur respiration et leurs autres activités métaboliques. Cela pouvant même se rapprocher de la semi-hibernation.

Il est intéressant d’indiquer ici que la grande majorité des individus remontés accidentellement dans les filets et casiers au treuil électrique depuis 300 à 500 m de profondeur lors de pêches scientifiques en Guadeloupe étaient encore vivants contrairement à toutes les autres espèces qui ne supportent pas la décompression rapide depuis ces grandes profondeurs, crustacés compris.

Informations complémentaires

L’écologie de ces animaux profonds est largement méconnue puisqu'il est difficile de l'étudier, in situ.

Par contre, Bathynomus giganteus est une espèce qui intéresse de plus en plus les pêcheurs. En effet, sa chair fine serait de la même qualité que celle des crabes ou langoustes et l'espèce est d’ores et déjà proposée dans certains restaurants des Antilles françaises.

Origine des noms

Origine du nom français

Bathynome géant américain : ce nom est une simple francisation du nom scientifique Bathynomus giganteus, et précise son continent de distribution.

Origine du nom scientifique

Bathynomus : l'étymologie de ce nom reste sujette à caution, le descripteur du genre, A. Milne-Edwards ne l'ayant pas explicité en 1879 dans la description originale.
Si on peut sans problème avancer que la première partie du nom, Bathy-, vient du grec [bathos] = profondeur, la signification de la seconde partie du mot, -nomus, n'est pas évidente. Mary Wicksten, carcinologue à l'Université A&M du Texas, relayée par Christopher Mah (département de biologie des Invertébrés, Smithsonian Insititution -merci à eux d'avoir répondu à notre question), suggère l'hypothèse suivante : cela dériverait du latin [nomas], nomade. Et le nom signifierait donc "nomade profond" ou vagabond des profondeurs (en anglais Deep wanderer).
Bathynomus giganteus est l'espèce-type* du genre.

giganteus : du latin [giganteus] = gigantesque. Eu égard à la taille de l'espèce.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Super classe Multicrustacea
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Peracarida Péracarides Les femelles sont dotées d'une cavité d'incubation formée par des expansions lamelleuses des péréiopodes.
Ordre Isopoda Isopodes Corps comprimé dorso-ventralement, première paire d’antennes beaucoup plus petite que la seconde, yeux non pédonculés. 7 paires de pattes de même apparence.
Sous-ordre Cymothoida Cymothoides

ils portent des appendices buccaux comprenant une mandibule et un processus permettant de couper.

Famille Cirolanidae Cirolanidés
Genre Bathynomus
Espèce giganteus

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