Abatus des Kerguelen

Abatus cordatus | (Verrill, 1876)

N° 4287

Plateau Kerguelen-Heard, sud de l'océan Indien (endémique)

Clé d'identification

Oursin irrégulier ovoïde de 4-5 cm
Piquants courts et réguliers, de couleur brun jaunâtre ou verdâtre
4 zones ambulacraires en pétales, creusées en poches incubatrices profondes chez la femelle
3 gonopores au sommet du test

Noms

Noms communs internationaux

Kerguelen heart urchin (GB)

Synonymes du nom scientifique actuel

Hemiaster cordatus Verrill, 1876

Distribution géographique

Plateau Kerguelen-Heard, sud de l'océan Indien (endémique)

Zones DORIS : ● Indo-Pacifique, ○ [Terres antarctiques françaises]

Abatus cordatus est endémique de certaines îles subantarctiques au sud de l'océan Indien : l'archipel des Kerguelen et les îles Heard-et-McDonald.

Biotope

Cette espèce vit peu enfouie dans les fonds sableux ou vaseux à quelques centimètres sous la surface du sédiment. Elle est principalement rencontrée entre 0 et 1,5 mètres, près des plages, au fond des baies protégées de la houle. Cependant, des individus ont été collectés jusqu'à 560 mètres de profondeur.

Dans les sites favorables, A. cordatus est distribué en petites populations isolées mais très denses (jusqu'à 200 individus par 2 m2 toutes tailles confondues).

Description

Abatus cordatus est un oursin irrégulier ovoïde présentant une symétrie bilatérale. Pouvant atteindre 4-5 cm, il est presque aussi large que long. La face orale (au contact du sédiment) est aplatie. A l'opposé, la face aborale est convexe. Le test* de cet oursin est entièrement recouvert de piquants courts de couleur brun jaunâtre ou verdâtre. Leur forme et leur taille varient selon l'endroit du test considéré. Ils sont très petits sur la face orale. Des piquants spécialisés protègent les poches incubatrices des femelles.

Le test est relativement fragile. Son contour est ovoïde.

Sur la face aborale (supérieure) du test :
L'ambulacre* antérieur forme une légère dépression dans le test. Les Abatus présentent un très net dimorphisme sexuel : les 4 zones ambulacraires* dessinent 4 pétales* formant des dépressions très peu creusées chez les mâles mais profondes chez les femelles. Dans ces cavités incubatrices, également appelées marsupiums, vont se développer les juvéniles, protégés par les piquants de leur mère.
Au sommet du test, à la jonction des pétales, se trouve le système apical* formé de la plaque madréporique* et des 3 pores génitaux (ou gonopores*) par où les œufs sont pondus.
Un fin sillon au contour anguleux fait le tour des zones ambulacraires : c'est le fasciole* péripétale. Le fasciole constitue une bande étroite de très fins piquants appelés clavules*. Ils sont articulées sur de très petits mamelons tapissant le fond du fasciole.

Sur la face orale (inférieure) du test :
Différents types de piquants (ou radioles*) sont présents sur la face orale de l'oursin, ceux du plastron* assurant les déplacements de l'animal, les plus latéraux permettant son enfouissement.

Espèces ressemblantes

Abatus cordatus est endémique des îles Kerguelen et le seul représentant du genre Abatus sur cet archipel. Aucune confusion n'est possible avec une autre espèce de ce genre.

Le genre Abatus regroupe actuellement dix autres espèces. Abatus cavernosus (Philippi, 1845) est présent autour des îles subantarctiques de Georgie du Sud, au sud de l'Argentine. Abatus agassizii Mortensen 1910 quant à elle est une espèce qu'on trouve aux îles Falkland, sur les côtes sud de l'Amérique du Sud, et dans la Péninsule Antarctique. Toutes les autres espèces sont distribuées autour du continent Antarctique :

  • Abatus beatriceae (Larrain, 1986)
  • Abatus cavernosus bidens Mortensen, 1910,
  • Abatus curvidens Mortensen, 1936,
  • Abatus koehleri (Thiéry, 1909),
  • Abatus ingens Koehler, 1926,
  • Abatus (Pseudabatus) nimrodi (Koehler, 1911),
  • Abatus philippii Lovén, 1871,
  • Abatus shackletoni Koehler, 1911

Alimentation

Espèce détritivore* qui se nourrit de la matière organique liée au sédiment.

Reproduction - Multiplication

L'oursin incubant A. cordatus est une espèce gonochorique* qui présente un très net dimorphisme sexuel.
Son développement est le premier développement véritablement direct, sans larve* ni métamorphose, découvert et décrit chez les oursins. Il dure 250 jours, de l'œuf au juvénile, et se déroule dans des poches creusées dans le test de la femelle. Ce cycle est annuel et a lieu de fin mars jusqu'à début décembre (dans le golfe du Morbihan de l'archipel des Kerguelen).
Au niveau d'une même population, la reproduction est synchrone. Les femelles pondent des œufs de grande taille, riches en nutriments, qui ne flottent pas. Ils sont émis au niveau des gonopores et tombent directement dans les cavités incubatrices (ou marsupiums). Le moment précis de la fécondation est encore inconnu. Comme montré chez A. nimrodi et A. agassizii, plusieurs mâles peuvent contribuer à la progéniture d'une seule femelle (paternité multiple).
Au bout de presque 9 mois, les juvéniles (plusieurs dizaines par poche) sont libérés directement sur le fond, à côté de leur mère. Ils font alors 2 mm de diamètre.

Divers biologie

Des études ont montré que les capacités de dispersion de cette espèce sont très faibles. Cette dispersion, qui ne dépasse pas quelques mètres, est due :

  • au mode de reproduction particulier : un développement direct et une incubation des juvéniles sans phase larvaire, même très courte, comme chez la plupart des espèces d'oursins;
  • au mode de vie : dans le sédiment, au fond de baies protégées où l'action du courant et des vagues est faible;
  • à l'absence de prédation : aucun prédateur n'est actuellement connu.

Les populations de cet oursin seraient donc particulièrement sensibles aux modifications environnementales et vulnérables face à des changements climatiques rapides, tel que l'actuel réchauffement climatique.

Origine des noms

Origine du nom français

Cette espèce ne possède pas de nom vernaculaire dans la littérature naturaliste. Cette proposition du site DORIS fait référence à l'endémisme de cet oursin, seul représentant du genre Abatus sur l'archipel des Kerguelen.

Origine du nom scientifique

Abatus : du grec [abatos] = inaccessible, en référence aux îles de Georgie du Sud, au sud de l'Argentine, autour desquelles se trouve Abatus cavernosus, la première espèce du genre décrite.

cordatus : du latin [cordatus] = en forme de cœur.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Super ordre Atelostomata Atélostomes
Ordre Spatangoida Spatangoïdes Oursins-coeur. Irréguliers, abondants, test ovale, sans "lanterne". Ouverture buccale excentrée, seulement 4 zones ambulacraires et avec fascioles*. Fouisseurs, bouche antérieure, anus postérieur. Plusieurs types de piquants spécialisés.
Genre Abatus
Espèce cordatus

Nos partenaires