Petite araignée de mer

Maja crispata | Risso, 1827

N° 1113

Méditerranée et Atlantique (sud du golfe de Gascogne au Sénégal)

Clé d'identification

Céphalothorax* triangulaire
Rostre* bifide
Couleur brun rouge ou brun jaune
Longueur de la carapace 5 cm (9 cm au maximum)
5 paires de longues pattes. première paire = pinces fines
Carapace couverte d’épibiontes*

Noms

Autres noms communs français
Araignée commune, araignée noire, araignée naine (FAO)
Noms communs internationaux
Lesser spider crab, little spider crab (GB), Pea, Grancevola d'erba, Grancevola piccola, Granseola, Capra di mare, Granzon falso d’aspreo, Vecchia (I), Cabrot, Cambara, Centollo menor (E), Kleine Seespine, Kleine Meerspinne (D), Arola (P)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Maja verrucosa ou Maia verrucosa H. Milne Edwards, 1834 est l’ancien nom scientifique de cette espèce encore très fréquemment trouvé dans la littérature naturaliste.

Distribution géographique

Méditerranée et Atlantique (sud du golfe de Gascogne au Sénégal)

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Principalement rencontrée en Méditerranée, Maja crispata est sporadiquement observée dans l’Atlantique, du sud du golfe de Gascogne au Portugal, au Maroc et jusqu’au Sénégal (Cap Blanc et îles du Cap Vert).

Biotope

Maja crispata est une espèce benthique* littorale rencontrée par petits fonds (de 0 à 30 m le plus souvent) et jusqu’à 100 m de fond sur les côtes rocheuses ou sédimentaires couvertes d’algues, ainsi que dans les prairies de posidonies. Elle est aussi très fréquente dans les ports où vous pourrez l'observer sous la surface.
Elle se rapproche de la surface au printemps.

Description

Maja crispata a un corps triangulaire, rétréci antérieurement, de couleur brun rouge ou brun jaunâtre. Elle mesure en moyenne 4,5 cm de long sur 3 cm de large (pour la carapace) et au maximum 8 à 9 cm de long toujours pour la carapace. Celle-ci est essentiellement constituée par le céphalothorax*, l’abdomen est très réduit et replié sous le corps.
Elle présente en avant du céphalothorax un rostre* bifide et bordé de fortes pointes. De grandes épines bordent la carapace chitineuse, imprégnée de calcaire, qui est quasiment toujours couverte d’épibiontes* (algues fines et branchues) ce qui la rend difficile à observer.
Elle porte 2 petits yeux composés pédonculés, 2 paires d'antennes munies de soies* olfactives et tactiles, des pièces buccales. On observe 5 paires de très longues pattes articulées : 4 paires ambulatoires à griffe, la première paire est terminée par de longues et fines pinces. C’est un décapode* marcheur.
Comme chez les autres arthropodes, on observe des mues* successives liées à la croissance de l'animal, et sa respiration est aquatique, branchiale*.

Espèces ressemblantes

Sur une même distribution géographique, Maja crispata peut être confondue avec les jeunes des deux espèces proches Maja squinado (Méditerranée) et Maja brachydactyla (Atlantique).
Maja crispata s’en distingue aisément par ses pointes rostrales plus longues, sa carapace plus déprimée au voisinage des bords latéraux, toujours plus longue que large et ornée de tubercules obtus ou peu aigus ; et de par l’absence d’une épine sur le grand article basal des pédoncules antennaires.
De plus, la longueur de la carapace de Maja crispata ne dépasse guère la taille de 5 cm le plus souvent et 8 à 9 cm au maximum.

Maja goltziana d’Oliveira, 1888, l’araignée hérissée est de même taille (8 cm au maximum) et est très rare en méditerranée (sa distribution principale va du Portugal au Sénégal), sa carapace est plus nettement triangulaire et hérissée de fort piquants en périphérie de la carapace et sur la ligne médiane.

Alimentation

L’araignée de mer en phase larvaire se nourrit de plancton*. L’adulte est macrophage*, carnivore, prédateur.
Les Maja sont en général assez passives et très lentes dans leurs déplacements, elles se nourrissent ainsi d’organismes fixés ou peu mobiles : bivalves (moules, modioles), gastéropodes (buccins), échinodermes (oursins, étoiles de mer, ophiures), petits crustacés, algues (corallines, laminaires).

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés et on observe un dimorphisme sexuel. Des études menées sur une population de Maja crispata montrent que les mâles deviennent plus gros que les femelles.
L’abdomen est mince et pointu chez le mâle alors que chez la femelle il est plus large et arrondi.
Les pléopodes mâles sont très grandement modifiés pour féconder la femelle et transférer le sperme.
L'accouplement a lieu au printemps ou en été. certains prétendent qu’il ne peut avoir lieu qu’après la mue* de la femelle, lorsque la carapace n’a pas encore durci.
Les spermatozoïdes mâles sont non flagellés, ils sont donc stockés dans des spermatophores*, qui sont insérés dans l’oviducte* femelle et constituent une spermathèque*, ce qui permet à la femelle de féconder les pontes successives sans s’accoupler à nouveau.
C'est une espèce ovipare*. Les œufs fertilisés sont transportés sous l’abdomen de la femelle, ils sont rouge foncé à noir bleuté.
Pendant la période d’incubation, des soins maternels sont donnés aux œufs par de fréquentes ventilations et en repoussant les intrus. Lorsque l’œuf éclôt, la larve devient planctonique.
Le cycle de vie de maja crispata démarre par une larve zoé, qui dérive dans le plancton au gré du courant.
Elle passe ensuite par des phases de mues successives et de métamorphoses.
Suite à une mue, le corps de l'animal est mou et démuni de camouflage. Il nécessite un temps de durcissement de quelques jours durant lequel il est très vulnérable.
Le nombre de mues annuelles décroît jusqu'à ce que l'araignée naine ait atteint sa taille adulte maximale.
Maja a une mue terminale. Ce qui la rend plus vulnérable puisqu’elle ne peut alors plus régénérer sa carapace.

Vie associée

Maja crispata est principalement caractérisée par ses nombreux épibiontes* (des algues principalement), mais quelle est leur utilité ?
différentes hypothèses sont avancées :
- parader
- passer inaperçue aux yeux des proies
- avoir un garde-manger à disposition
- devenir toxique

La seule raison retenue par les scientifiques suite aux observations serait : « ressembler le moins possible à un crabe ».

La décoration est opportuniste : Maja crispata se pare de végétaux communs. cette «décoration» est donc influencée par la profondeur, le matériel à disposition, la facilité de l’épibionte à être découpé et accroché sur la carapace : de préférence des algues fines et branchues. (par exemple : Dictyota linearis, Dictyota dichotoma, Cystoseira sp.,...)
Il n’y aurait pas de distinction de « décoration » entre les mâles et les femelles.
On trouve les mêmes éléments que ce soit sur la carapace, sur les pattes et le rostre*.
La morphologie de la carapace est adaptée à l’accrochage des épibiontes. On observe par image au microscope électronique des excroissances cuticulaires en forme de crochets rangés les uns par rapport aux autres de façon à augmenter la prise : sorte de système « Velcro », dont nous nous sommes inspirés.
La principale fonction de ces décorations est donc le camouflage.

Divers biologie

Son activité prédatrice est nocturne.

Des études faites sur ses déplacements montrent que les spécimens se dirigent au hasard, les déplacements sont de courte distance (16 m maxi en 9 jours), préférant les rochers couverts d’algues (leur morphologie est adaptée à ce type de biotope), entre 0,8 et 3,5 m de profondeur.

Ses prédateurs sont le poulpe, le homard, les poissons carnassiers pour les jeunes.

A l’exception de Maja squidano qui est réglementée, peu d’attention est portée sur l’écologie des araignées de mer de Méditerranée.

Informations complémentaires

Plusieurs attitudes peuvent être observées face au danger :
L’araignée de mer peut se mettre en boule : elle resserre ses pattes, s’agrippe, immobile. Elle devient alors difficile à détecter tant elle ressemble au substrat.
On peut aussi l’observer s’enfuir en s’accrochant à l’aide de ses pinces et se mettre rapidement à l’abri dans une fissure.
On peut aussi la voir se « parachuter » dans l’aplomb de la roche, pattes écartées.

Il n’est pas rare de pouvoir l’observer, en plongée de nuit, en train de s’affairer à choisir, couper et s’accrocher des morceaux d’algues sur sa carapace.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom « araignée de mer » fait référence à sa ressemblance avec les araignées terrestres.

Origine du nom scientifique

Maïa ou Maja est le nom donné par Aristote à un crabe. C'est le nom de la mère de Hermès, la plus belle des Pléiades, qui personnifie l'accroissement des choses vivantes et surtout le développement des végétaux.

crispata : du latin [crispa] = crépu, frisé, bouclé.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Eumalacostraca Eumalacostracés Présence d’une carapace recouvrant la tête et tout ou partie du thorax.
Super ordre Eucarida Eucarides Présence d'un rostre.
Ordre Decapoda Décapodes La plupart marins et benthiques. Yeux composés pédonculés. Les segments thoraciques sont fusionnés avec la tête pour former le céphalothorax. La première paire de péréiopodes est transformée en pinces.  Cinq paires d'appendices locomoteurs (pinces comprises).
Sous-ordre Brachyura Brachyoures Les brachyoures ont un abdomen réduit replié sous le céphalothorax. Ils sont représentés par les crabes et les araignées de mer.
Famille Majidae Majidés Araignées de mer.
Genre Maja
Espèce crispata

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