Moule méditerranéenne

Mytilus galloprovincialis | Lamarck, 1819

N° 2527

Méditerranée puis cosmopolite

Clé d'identification

Coquille noire, à fines côtes
Coquille nettement élargie à l'arrière
Umbo (crochet) replié vers le bas
Bord du manteau violacé
Filaments de fixation qui sortent de la coquille : le byssus

Noms

Autres noms communs français
Moule d'Espagne, moule de Provence, moule du Midi
Noms communs internationaux
Mediterranean mussel, Bay mussel (GB), Mitilo comune, cozza, musculo (I), Mejillón mediterráneo, mocejone (E), Mittelmeer-Miesmuschel (D), Middellandse Zee-Mossel, diepwatermossel, krombekmossel (NL), Musclo de roca (Catalan)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Mytilus edulis galloprovincialis Lamarck, 1819.
Ce synonyme n'est utile que si l'on considère cette espèce comme une sous-espèce de Mytilus edulis.
Pour DORIS, nous considérons cette moule comme une espèce.

Mytilus flavus
Poli 1795
Mytilus sagittatus Poli 1795
Mytilus hesperianus Lamarck 1819 (d’après des spécimens espagnols)
Mytilus dilatatus Gray 1825
Mytilus succineus Danilo & Sander 1856
Mytilus glocinus Locard 1889
Mytilus pelecinus Locard 1889
Mytilus orbicularis Pallary 1903
Mytilus aoteanus Powell 1958

Distribution géographique

Méditerranée puis cosmopolite

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

En Méditerranée, la moule méditerranéenne est répandue sur les côtes espagnoles, françaises et italiennes. C'est d'ailleurs sa zone d'origine, à laquelle il convient d'ajouter les côtes adriatiques et la mer Noire.
En Atlantique, on la retrouve le long du Portugal, de l'Espagne et de la France jusqu'en Bretagne, ainsi qu'autour des îles Britanniques. Elle est aussi signalée aux Pays-Bas, en Wadden See.
Elle a également colonisé, volontairement ou non (transportée par les eaux de ballast et coques des bateaux), de nombreuses autres côtes : la côte atlantique de l'Afrique du Sud (1980), les côtes pacifique et atlantique de l'Amérique du Nord. Elle est alors considérée comme une espèce invasive : elle est en effet beaucoup plus robuste que les espèces indigènes (très résistante à l'émersion).
Elle est également élevée en Chine et au Japon.

Biotope

La moule méditerranéenne est présente en groupes serrés le long du littoral, dans la zone intertidale*, souvent dans les eaux éclairées et battues, juste sous la surface. La limite supérieure correspond à la limite de dessication lors de l'émersion ; la limite inférieure dépend de la compétitivité avec d'autres espèces.
Elle vit fixée par son byssus aux substrats solides comme la roche ou d'autres supports, tels que les cordages, ou encore d'autres moules. C'est une espèce sessile.
Elle supporte de rester hors de l'eau un certain temps car elle garde une réserve d'eau entre ses deux valves.

Description

La coquille de la moule méditerranéenne, de forme oblongue, pointue à l'avant et nettement élargie à l'arrière (presque quadrangulaire), atteint 12 cm de long. Elle est noire (ou bleu ou brun très foncé), à fines côtes, et les deux valves sont symétriques. Elles s’appliquent l’une contre l’autre par contraction de muscles adducteurs.
La charnière est courte, sans dents. L'umbo* (ou crochet) est légèrement replié vers le bas. Bien que plutôt fine, cette coquille est recouverte d’un épais périostracum* (couche externe de la coquille) robuste.
Un bouquet de filaments, terminés par de minuscules extrémités collantes, le byssus*, fil souple et très résistant, passe entre les deux valves et permet à la moule de se fixer solidement à un support rigide. Si elle est arrachée, elle peut se fixer à nouveau.
Le corps de la moule est constitué d'un manteau violacé, au bord typiquement pourpre, qui fabrique la coquille. Les deux lobes du manteau enveloppent le corps de l'animal et forment une cavité, contenant les branchies, dans laquelle l'eau circule. La bouche est entourée de quatre palpes labiaux. Le centre du corps est occupé par la glande digestive, de couleur brun-vert. A l'arrière sont positionnés le pied, la glande sécrétant le byssus et la "bosse de Polichinelle" contenant les gonades.
Chez une moule vivante, les bords du manteau présentent, au niveau de l'arrondi de la coquille, un filtre formé de petits tentacules dentelés, afin d'effectuer un tri grossier de l'eau inhalée. Juste à côté se situe un tube court qui évacue l'eau filtrée.

Espèces ressemblantes

Elle peut cohabiter avec la moule commune (Mytilus edulis Linnaeus 1758) qui a une coquille oblongue, en triangle arrondi, sans angle. L'umbo* et la ligne basale sont droits. Son manteau est orange, aux bords brunâtres mais clairs. Elle n'atteint que 10 cm de long. L'IFREMER annonce ces deux espèces comme pouvant s’hybrider entre elles. Certains ouvrages considèrent la moule de Méditerranée comme une sous-espèce de la moule commune. Celle-ci est aussi élevée à grande échelle, en Atlantique et en Méditerranée.

Toutefois, les deux espèces de Mytilus présentent une grande variation dans la morphologie de la coquille du fait des interactions entre développement et facteurs environnementaux, et certains vieux spécimens sont parfois impossibles à identifier avec certitude. Comme des populations des deux espèces peuvent être mélangées, la possibilité d’hybridation peut être une cause de cette difficulté.

Modiolus adriaticus (Lamarck, 1819), la modiole adriatique, est de forme très comparable, mais très petite et de couleur brun clair à rose.
Modiolus barbatus (Linnaeus, 1758), la moule barbue, est de couleur jaune à brun-rouge. Elle est recouverte de "poils" longs à l'arrière.
Mytilus trossulus Gould, 1850, est une moule du littoral pacifique d'Amérique du Nord. Elle atteint 10 cm de long. Sa coquille est noir-bleuté ou brune, en triangle, au bord arrondi.

Alimentation

La moule méditerranéenne filtre l'eau à l'aide de ses branchies, en créant un courant inhalant par des cils vibratiles. Les branchies forment de grandes nappes et sécrètent un mucus sur lequel les particules alimentaires se fixent. Ce qui est consommable est amené à la bouche ; le reste est rejeté à l'extérieur (ainsi, elle respire et retient le plancton, sa nourriture principale).
C'est un microphage omnivore (phytoplancton et débris organiques).

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés. A la période de reproduction, les lobes du manteau sont orange chez la femelle et beiges chez le mâle.
Les spermatozoïdes sont libérés dans l'eau de mer et, comme l'espèce vit en groupe, ils trouvent facilement à pénétrer dans la cavité branchiale d'une femelle pour féconder les ovules.
L'espèce est ovipare : les larves sont rejetées par la femelle. Après plusieurs phases planctoniques, pendant deux à quatre semaines, elles deviennent trop lourdes pour flotter et elles cherchent alors des surfaces de fixation.
Il y a plusieurs pontes annuelles.

Vie associée

La coquille de la moule méditerranéenne peut servir de support à des organismes fixés : balanes, algues, anémones, hydraires, bryozoaires. Les moulières peuvent abriter des ophiures (Ophiothrix fragilis, par exemple), des crustacés et des vers.
Un petit crabe Pinnotheres pisum (Linnaeus, 1767) vit souvent en commensal dans la cavité palléale de la moule.
Un petit gastéropode parasite de 3 à 4 mm du genre Odostomia déploie une immense trompe qui pénètre dans les tissus, par la coquille ouverte, et il suce l’hémolymphe* de l’animal.
En Atlantique, la nucelle ou pourpre petite pierre ou escargot pourpre (Nucella lapillus) est un gastéropode qui perfore la coquille des moules puis les dévore.

La moule méditerranéenne a de nombreux prédateurs : des oiseaux, des crustacés (comme Carcinus maenas, le crabe vert), des étoiles de mer (comme Asteria rubens qui, en Atlantique, s’attaque surtout aux individus de grande taille), des poissons comme les sars (Diplodus sargus et Diplodus vulgaris) et des mammifères (dont l’homme). Sans attaque de prédateur, elle peut vivre entre 4 et 8 ans.

Divers biologie

Lorsque les muscles adducteurs se relâchent, les deux valves de la coquille peuvent s’écarter grâce à l'élasticité du ligament qui les unit. La moule peut donc soit faire entrer l'eau, soit se refermer par protection vis-à-vis des prédateurs ou du dessèchement dans l'air lorsqu'elle est émergée.

Elle peut supporter une période de quelques jours hors de l’eau car sa coquille contient une réserve d’eau. Quand l’oxygène devient rare dans l’eau retenue, la moule passe alors à un métabolisme anaérobie*.

Comme la plupart des animaux filtreurs, elle peut concentrer des substances chimiques toxiques ou des bactéries pathogènes présentes dans l’eau. En cas de prolifération d’algues toxiques, elle peut aussi concentrer des substances produites par ces algues. La consommation de moules est alors interdite car la chair contient une trop forte concentration de mytilitoxine* provenant des algues dinoflagellées : cela la rend dangereuse à la consommation.
Comme elle peut filtrer des particules d’à peine un micron, elle est un très bon indicateur dans les programmes de biosurveillance de l'eau.

Informations complémentaires

Elle est pêchée et élevée commercialement depuis des siècles en Europe et en Amérique. La mytiliculture date du XIII° siècle.

Le naissain* (1 cm) est récolté en milieu naturel sur des cordes ou des poteaux de bois (bouchot), puis envoyé dans les différents élevages. Les élevages sont toujours installés dans des zones riches en plancton. Une moule est commercialisable après 9 à 15 mois, selon les techniques de production. En Méditerranée, deux techniques sont utilisées : les tables dans les lagunes ou les filières sous la surface.

Il existe des élevages en Galice, le long de la côte nord de la Méditerranée, en Russie, en Ukraine, en Chine et en Afrique du Sud.

Comme pour l'huître creuse, Crassostrea gigas, il existe des cultures de moules triploïdes et tétraploïdes.

Origine des noms

Origine du nom français

Directement traduit du nom latin.

Origine du nom scientifique

Mytilus :du latin [mitulus] = moule,
galloprovincialis : du latin [galloprovincialis] = de la province de Gaule.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Pteriomorphia Ptériomorphes Muscle adducteur postérieur développé, antérieur réduit.
Ordre Mytilida

Coquille équivalve, dents régressées, empreintes musculaires inégales. Pas de siphons développés. Bivalves libres ou fixés par un byssus.

Famille Mytilidae Mytilidés Coquille oblongue symétrique attachée au substrat par les filaments du byssus.
Genre Mytilus
Espèce galloprovincialis

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