Huître perlière

Pinctada margaritifera | (Linnaeus, 1758)

N° 1243

Régions tropicales et subtropicales des océans Indien et Pacifique

Clé d'identification

Coquille circulaire
Valves inégales
Périostracum de couleur noire avec des rayons blancs
Face interne des valves fortement nacrée

Noms

Autres noms communs français
Pintadine, pinctadine, méléagrine, huître perlière à lèvres noires, nacre à perles noires, huître perlière du Pacifique, nacre ou nacre à coquille noire (Polynésie)
Noms communs internationaux
Pacific pearl-oyster, black-lip pearl shell (GB), Ostra perlera (E), Permuschel, Seepermuscheln, Schwarzlippige Permuschel (D), Zwartlip pareloester (NL), Parau (polynésien)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Mytilus margaritiferus Linnaeus, 1758
Meleagrina margaritifera (Linnaeus, 1758)
Pinctada foliacea Röding, 1798
Margaritiphora communis Megerle von Mühlfeld, 1811
Margarita sinensis
Leach, 1814
Avicula cumingii
Reeve, 1857
Meleagrina nigromarginata Saville-Kent, 1893
Margaritifera fimbriata Bryan, 1915
Pinctada galtsoffi Bartsch, 1931

Distribution géographique

Régions tropicales et subtropicales des océans Indien et Pacifique

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Sa répartition géographique est très vaste puisqu’on la rencontre en mer Rouge et dans tout l’océan Indien. Dans le Pacifique, elle est présente aux îles Hawaï, dans toute la Polynésie française, en Nouvelle-Calédonie, en Australie ainsi qu’au Japon.
Sa présence, en tant qu’espèce invasive, a été observée en Méditerranée (Egypte, Israël, Italie).

Biotope

Cette espèce sessile* se fixe, à l’aide de son byssus, sur les roches coralliennes mortes ou nécrosées, les coquilles de mollusques morts, les chaînes de mouillage. On la trouve depuis la zone de balancement des marées jusqu’à une centaine de mètres de profondeur environ. Il semble que l’activité de cette nacre atteint son maximum entre 20 et 30 m. En Polynésie française, elle est particulièrement nombreuse dans les lagons.

Description

La coquille de cette huître perlière est presque ronde, parfois plus haute que large, avec toujours la ligne rectiligne de la charnière en son sommet. Son diamètre habituel est d’une quinzaine de centimètres avec une dimension maximale de 20 cm. Sa coquille est épaisse et lourde, le poids d’un individu pouvant atteindre les 3 kg. Elle est pourvue, généralement, d’un périostracum* de couleur noire avec des rayons blancs qui recouvre la structure externe composée de lamelles concentriques superposées de calcite. Cependant, il n’est pas rare de rencontrer des individus dont la couche protéinique (périostracum) est brune plus ou moins claire ou verdâtre, ces colorations étant vraisemblablement dues à un pigment végétal. 
Cette espèce est dépourvue de dents à la charnière. Le ligament externe est long et robuste. Les valves sont inégales, la gauche plus convexe et profonde que la droite. Cette dernière porte une encoche pour le passage du byssus*. Leur bord est foliacé* ou dentelé. La face interne des valves est fortement nacrée avec un bord plus foncé, brun jaunâtre à noir. Cette nacre possède une organisation lamellaire extrêmement fine ; la lumière, en jouant avec cette structure, va former des teintes d’irisation caractéristiques. Cette face intérieure possède une seule impression musculaire centrale, caractéristique de l’espèce, arrondie et dont la forme fait penser à un haricot.

Espèces ressemblantes

Pinctada maxima (Jameson, 1861) : coquille plus grande et moins convexe, lèvres dorées.

Pinctada imbricata Röding, 1798 : coquille ovale et oblique, plus petite n’excédant pas 8 cm, distribution plus cosmopolite.
Pinctada martensi
ou Pinctada martensii (Dunker, 1872), considérées maintenant comme synonymes de Pinctada imbricata Röding, 1798 : coquille plus petite ne dépassant pas 8 cm, possède des dents à la charnière. Espèce limitée aux eaux japonaises.

Pinctada maculata (Gould, 1850), appelée « pipi » en Polynésie : coquille semblable mais plus petite (5-6 cm) avec des bandes radiaires violet foncé, l’intérieur nacré est jaune (d’où son nom d’huître dorée) et elle produit des perles jaunes.

Alimentation

Comme la plupart des mollusques bivalves, l’huître perlière Pinctada margaritifera est un filtreur suspensivore*. Elle consomme le phytoplancton* (micro-algues, cyanobactéries) et les particules en suspension dans l’eau. La nourriture est retenue par les cils des branchies, enrobée de mucus, et digérée dans l’estomac, grâce à un stylet broyeur.
Elle a la possibilité d’absorber directement, au niveau des branchies, des substances organiques dissoutes (Ranson, 1952).

Reproduction - Multiplication

Les sexes de cette pinctadine sont séparés ; il existe donc des huîtres mâles et femelles sans dimorphisme* sexuel. Cependant, chez cette nacre, on observe un hermaphrodisme* protandre*. D’abord mâle, l’individu change de sexe pour devenir femelle, ce phénomène pouvant se renouveler plusieurs fois au cours de sa vie.
L’émission des gamètes se fait dans l’eau de mer. On estime que les femelles émettraient entre 40 et 50 millions d’ovules à chaque ponte ; les mâles, quant à eux, pourraient libérer entre 400 et 4000 millions de spermatozoïdes. La taille de ces derniers est environ 10 fois plus petite que celle des ovules.
Les œufs, pyriformes, ont une taille de 59 µm. Ils donneront des larves* trochophores* puis véligères* qui vont mener une vie planctonique* pendant plusieurs semaines. Après métamorphose*, le naissain* va se fixer sur le substrat par les filaments du byssus. 
Il semble que la période de reproduction la plus favorable soit l’été austral, c'est-à-dire entre novembre et février, quand l’eau de mer est la plus chaude. La croissance est assez rapide et dépend beaucoup des conditions du milieu (température de l’eau, salinité, quantité de nourriture). La maturité sexuelle est atteinte à un peu plus d’un an alors que la coquille ne dépasse pas 10 cm.
L’huître perlière peut vivre jusqu’à 30 ans.

Vie associée

Le manteau de cette huître perlière est souvent parasité par un petit crustacé copépode Anthessius pinctadae (Nouvelle-Zélande). La coquille, quant à elle, subit les dommages d’une éponge perforante du genre Cliona ; elle est attaquée régulièrement par des gastéropodes de la famille des Muricidés. Les valves sont fréquemment colonisées par des hydraires, des bryozoaires, des ascidies coloniales, des petites algues, des balanes ...

Divers biologie

Grâce aux cellules épithéliales* qu’il renferme, c’est le manteau de l’huître qui va sécréter la nacre qui sert à l’élaboration de la perle. Cette opération est accidentelle ou volontaire dans le cas des perles de culture. Un petit grain de sable ou tout autre élément solide qui pénètre accidentellement à l’intérieur des tissus de l’huître va entraîner un phénomène de défense de la part de cette dernière et provoquer la sécrétion de matière perlière dans un sac perlier dont les parois internes sont tapissées de cellules épithéliales. Au bout de plusieurs mois, une perle est née. Sa composition chimique est faite à 90 % d’aragonite* (carbonate de calcium), à 5 à 6 % de conchyoline* (matière organique qui sert de lien = matrice*), le reste étant de l’eau et divers sels minéraux.
Dans le cas de la perle de culture, c’est la main de l’homme qui introduit une petite bille de nacre à l’intérieur du manteau.

Informations complémentaires

Les caractéristiques extérieures de la coquille peuvent varier selon les facteurs écologiques discriminants. En effet cette espèce est sensible aux différentes variations de température et de salinité.
La variété cumingii (Jameson, 1901 ou Reeve, 1857 pour certains), appelée huître perlière à lèvres noires, est originaire de Polynésie. Si toutes les Pinctada margaritifera produisent des perles allant du blanc gris au noir, seule la variété de Polynésie donne cette belle couleur noire avec des nuances bleues, vertes, dorées ou aubergine et commercialisée sous le nom de perles de Tahiti.
Ce n’est qu’après 1960 que la perliculture s’est développée en Polynésie française après la surexploitation et la quasi disparition des huîtres perlières sauvages. S’inspirant des expériences faites par les Japonais à la fin du XIXe siècle (vers 1888 voire peut-être même avant) sur une autre huître perlière Pincata martensi, quelques pionniers installèrent des fermes perlières et réussirent à maîtriser le processus d’élevage et de greffe afin d’obtenir des perles de culture.
La première opération consiste au captage du naissain (larves avant leur fixation) sur des collecteurs artificiels puis, après trois ans de croissance, intervient l’opération de greffe. Très délicate et pratiquée encore de nos jours par des greffeurs japonais, maîtres en la matière, elle consiste à introduire dans le corps de l’huître, plus précisément dans la poche perlière, un noyau de nacre appelé nucléus (sphère fabriquée à partir de la coquille d’une moule d’eau douce du Mississipi – Etats-Unis) et un greffon d’épithélium sécréteur de la nacre d'une autre huître. Une fois l’opération terminée le mollusque est remis dans son élément, suspendu à un cordage et placé sur des plates-formes immergées entre 3 et 5 m de profondeur.
Ce n’est qu’au bout de dix huit mois à trois ans voire davantage que les premières récoltes de perles peuvent avoir lieu avec un pourcentage de réussite de 25 à 40 % ! En effet le taux de mortalité des nacres et le rejet du greffon sont parfois importants. Il faut noter qu’il arrive parfois qu’à la suite du rejet du noyau, l’huître sécrète des couches perlières successives autour du greffon restant. Il en sortira une petite perle de quelques millimètres et de forme baroque appelée keshi.
Le diamètre des perles est compris entre 8 et 16 mm ; leur forme variable : rondes, semi-rondes, poires, baroques, cerclées. Outre la grosseur, la forme, la couleur et l’état de sa surface, on utilise deux adjectifs pour qualifier la qualité d’une perle : le lustre et l’orient. Le lustre est du à la réflexion de la lumière sur la surface de la perle et l’orient à la diffraction*, phénomène par lequel les rayons lumineux sont déviés de leur trajectoire par la surface opaque de la perle et donnent une irisation caractéristique.
Il arrive également qu’apparaissent à la surface interne de la coquille des boursouflures ou blisters (chicots). Le principe est le même que pour la perle. L’huître va recouvrir de nacre progressivement un intrus (vers, petit crabe, morceau végétal) jusqu’à la formation d’une demie sphère. Cette opération peut être volontaire dans le cas de l’élevage des huîtres perlières ; on obtient alors après découpage une demie perle appelée mabé.

De tous temps, les perles ont exercé sur l’homme une véritable fascination tant du point de vue esthétique que thérapeutique. On leur donnait dans l’antiquité des vertus curatives ; la perle, réduite en poudre et mélangée à d’autres substances était censée guérir des maux de tête, des états dépressifs, des maladies des yeux et de bien d’autres maux. Elle est utilisée également en cosmétologie ou comme complément nutritionnel.
Des recherches récentes tentent de prouver que la matrice* de l’huître perlière peut stimuler la réparation ou l’entretien des tissus notamment en orthopédie avec la reconstruction des os. Les mécanismes de formation de l’os et de la nacre sont très proches (des facteurs de communication cellulaire sont communs).

Il est possible, lorsque la perle extraite de l’huître est de belle qualité, de replacer un nucléus de la même grosseur que la perle récoltée. Cette opération, dite de « surgreffe » permettra d’obtenir une perle plus grosse mais souvent de qualité moindre du au vieillissement des cellules du greffon. Cette opération n’est valable qu’une seule fois sur à peine 30% des huîtres greffées.
La nacre de la coquille était, elle, utilisée pour la fabrication des boutons, de bijoux, d’ornements vestimentaires ou d’objets usuels comme des hameçons ou des leurres pour la pêche. Le mot nacre, qui tapisse l’intérieur de certaines coquilles de mollusques, vient du persan nakar ou naqqâra en arabe qui signifie substance irisée de diverses couleurs.
La chair de cette nacre, comme celle de toute la famille des Pinctada, n’est pas comestible. Cependant, la chair des huîtres perlières fut très certainement une ressource alimentaire en Polynésie aux XVIIIe et XIXe siècles.

Réglementation

En Polynésie, la pêche de l’huître perlière (Parau) est soumise à une autorisation administrative.

Origine des noms

Origine du nom français

Huître : du latin [ostrea] = huître.
Perlière : qui produit des perles.
Lèvres noires : le bord interne de la coquille est de couleur noire.

Origine du nom scientifique

Pinctada : origine obscure... Il s'agirait d'une latinisation peu correcte du mot "pintade" ! Antoine Joseph Dezallier d'Argenville (1680-1765) a donné ce nom à la coquille d'après le plumage de la poule de Guinée ou Pintade...

margaritifera : mot latin = qui produit des perles. Vient du substantif latin [margarita] = perle.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Pteriomorphia Ptériomorphes Muscle adducteur postérieur développé, antérieur réduit.
Ordre Pterioida Ptérioïdes Animaux à coquille en forme d'ailes, souvent inéquivalves. Charnière sans dents. Animaux fixés ou libres.
Famille Pteriidae Ptériidés Charnière droite, ligament assez long, côté antérieur auriforme à cause de l'encoche byssale, intérieur fortement nacré, muscle adducteur médian.
Genre Pinctada
Espèce margaritifera

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