Moule quagga

Dreissena rostriformis bugensis | Andrusov, 1897

N° 4007

Europe et Amérique du Nord

Clé d'identification

Coquillage bivalve fixé par un byssus ventral
Jusqu'à 35 mm de long
Forme générale de moule environ 2 fois plus longue que large
Zébrures brunâtres et blanchâtres
Séparation ventrale entre les 2 valves en « S »

Noms

Autres noms communs français

Dreissène : il s'agit du nom générique, principalement utilisé pour déterminer la « moule zébrée », **Dreissena polymorpha** Pallas 1771

Noms communs internationaux

Quagga mussel (GB), Quagga (E), Quagga-Dreikantmuschel (D), Quaggamossel (NL)

Synonymes du nom scientifique actuel

Dreissena rostriformis Deshayes 1838
Dreissena bugensis (Andrusov, 1897)

Distribution géographique

Europe et Amérique du Nord

Zones DORIS : ● Eau douce d'Europe, ● Atlantique Nord-Ouest

Originaire d'Ukraine et du nord de la région ponto-caspienne, la quagga se répand depuis les années 1930 dans de nombreux cours d'eau d'Europe et d'Amérique du Nord.
En Europe, elle remonte le Danube, le Rhin et la Meuse. En France, on la trouve dans le nord-est (bassin Rhin-Meuse). En Belgique, on la trouve dans la Meuse et dans les lacs de barrage de l'Eau d'Heure.
Elle a également atteint l'Amérique du Nord, en particulier la région des grands lacs et la Californie.

Biotope

On la trouve en lacs, rivières et canaux à des profondeurs très variables, jusqu'à -130 m dans les grands lacs américains.
Elle accepte des eaux légèrement saumâtres.

Description

Dreissena rostriformis bugensis est un mollusque bivalve fixé par un byssus* ventral. Sa coquille en forme de moule peut atteindre jusqu'à 35 mm de long. Elle est environ 2 fois plus longue que large et porte des zébrures brunâtres et blanchâtres plus ou moins marquées.
La séparation entre les deux valves est sinusoïdale sur la partie ventrale.
Les individus d'eaux profondes ont une coquille plus comprimée sur l'axe dorsoventral et de couleur blanchâtre.

Espèces ressemblantes

On peut facilement la confondre avec la moule zébrée Dreissena polymorpha qu'on retrouve dans les mêmes milieux et qu'elle tend à supplanter.
Quelques critères visuels pour les distinguer :

  • la ligne de séparation des deux valves, côté ventral : elle est sinusoïdale chez D. rostriformis bugensis, droite chez D. polymorpha ;
  • l'emplacement du byssus : plus proche de la charnière chez D. rostriformis bugensis que chez D. polymorpha ;
  • la présence d'une « dépression » (pas toujours facile à observer) dans la coquille de D. rostriformis bugensis tandis que celle de D. polymorpha est concave ;
  • D. rostriformis bugensis a une face ventrale convexe (elle est « arrondie » et elle roule si on essaye de la poser dessus), tandis que D. polymorpha a une face ventrale plate (elle tient en équilibre dessus) ;
  • la coquille de D. rostriformis bugensis est plus fragile et présente souvent des zones blanches sans rayures.

Alimentation

La quagga est un filtreur* actif qui crée une circulation d'eau par des cils tapissant le siphon inhalant. Les particules organiques sont extraites, tandis que les particules indésirables sont enrobées d'un mucus et rejetées par le siphon inhalant sous forme de pseudo-fèces. L'eau filtrée est rejetée par le siphon exhalant. Une moule peut filtrer plus d'un litre d'eau par jour.

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont différenciés. L'espèce est très prolifique, une femelle mature peut avoir un cycle de reproduction continu sur plusieurs mois et produire plus d'un million d'œufs par année. Les œufs sont expulsés en pleine eau où ils sont fécondés. Ils donnent en quelques jours des larves* ciliées microscopiques appelées véligères*, qui vont dériver jusqu'à quatre semaines au gré des courants avant de se fixer grâce à leur byssus.

Vie associée

Filtreuse efficace, la quagga appauvrit le milieu en phyto- et zooplancton* au détriment des autres espèces. Par ailleurs, elle se fixe sur d'autres bivalves tels les Unionidés en quantités telles qu'elle les empêche d'ouvrir leurs valves pour s'alimenter et s'oxygéner, ce qui provoque leur disparition.
Elle est associée à plusieurs espèces invasives qui supplantent les espèces indigènes, notamment le gammare Dikerogammarus villosus.

Divers biologie

La quagga est capable de se détacher de son byssus et ainsi de se déplacer.
Le morphotype ( = type morphologique) d'eaux profondes « profunda » est abondant dès les premiers mètres dans le lac de la Plate-Taille en Belgique. Il a également été collecté en rivières - peu profondes - aux USA et en Europe. Il est important de noter qu'il n'y a pas de variation génétique suffisante entre ce morphotype « profunda » et celui rencontré plus fréquemment, pour les considérer comme des espèces différentes.

Informations complémentaires

Originaire d'Ukraine, la quagga se répand depuis plusieurs années dans de nombreux cours d'eau d'Europe et d'Amérique du Nord. Introduite au départ dans les eaux de ballast des bateaux ou fixée aux coques (« fouling »), son expansion rapide est favorisée par sa prolificité, sa croissance rapide, la capacité des larves à dériver plusieurs semaines et celle des adultes à résister à plusieurs jours de dessiccation. Lorsque D. polymorpha et D. rostriformis bugensis sont présentes sur le même site, la seconde tend la plupart du temps à supplanter la première. Une hypothèse pour l'expliquer serait que les individus jeunes de la quagga résistent mieux aux conditions hivernales grâce à une taille moyenne supérieure du fait d'une croissance plus rapide et d'une reproduction commençant plus tôt dans l'année.

La quagga, comme la moule zébrée (D. polymorpha), est considérée comme une nuisance économique grave, notamment dans les grands lacs américains par les dégâts qu'elle occasionne aux infrastructures (crépines bouchées, bouées de balisage coulant sous le poids des individus fixés, fouling important ...).

Les deux espèces constituent également une menace pour l'écosystème :

  • elles modifient la chaîne alimentaire par leurs prélèvements importants dans le plancton* et les matières en suspension ;
  • l'augmentation de la transparence de l'eau favorise la prolifération d'algues et peut changer les équilibres en place ;
  • leurs pseudo-fèces et la décomposition des déchets organiques acidifient l'eau et produisent des sous-produits toxiques ;
  • elles sont les hôtes de plusieurs parasites qui peuvent se transmettre aux poissons.

Des tentatives pour les empoisonner à l'aide de chlore ont échoué. En présence de chlore, les dreissènes cessent de s'alimenter et se referment jusqu'à plusieurs semaines pour y échapper. Pour contourner cette stratégie de défense, l'université de Cambridge (Dr. D. Aldridge) a développé le concept des BioBullets dans lesquels le chlore est encapsulé dans un enrobage formé entre autres d'huile végétale et de silice pour former des micro-billes acceptées par la moule.

Comestible, sa consommation est fortement déconseillée, puisque son mode d'alimentation favorise la bioaccumulation de toxines et polluants présents dans le milieu.

Dans les carrières belges, les Dreissena semblent avoir été introduites volontairement par les plongeurs pour leur capacité à filtrer l'eau et, en conséquence, à améliorer la visibilité. Dans le cas de la quagga à la Plate Taille, l'introduction est probablement accidentelle par des plongeurs ou par les bateaux de plaisance.

Statuts de conservation et réglementations diverses

Aux États-Unis et au Canada, des réglementations visent à contrecarrer son extension : interdiction de transport et rejet.
En Californie, les autorités organisent des ateliers à l'attention des amateurs de sports aquatiques pour leur apprendre à nettoyer leur matériel de façon à éviter la propagation des Dreissenidés. A partir du 1er avril 2016, cet État soumet la possession d'individus, même morts, à autorisation.

Origine des noms

Origine du nom français

Quagga : en référence aux rayures du quagga, espèce disparue proche du zèbre.

Origine du nom scientifique

Dreissena : genre dédié à Johannes Hendrik Dreissen(s) (1782-1862), un pharmacien de Mazeyk(1), qui avait fourni en 1822 des spécimens vivants de la moule zébrée, récoltés dans un canal de la région, à P-J Van Beneden, à partir desquels ce dernier a décrit le genre.
(1) Mazeik, aujourd'hui Maaseik, en Belgique, est une ville située sur la Meuse et qui à l'époque faisait partie du Royaume Uni des Pays-Bas.

bugensis réfère au Boug Méridional, un fleuve Ukrainien qui se jette dans la mer Noire et dont est originaire la quagga.

rostriformis, « en forme de rostre » est formé sur le latin, [rostrum] = le rostre et [forma] = la forme.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Ordre Venerida Vénérides

Coquille mince, allongée, dure et costulée, bâillante à une ou aux deux extrémités. Ligament à la fois interne et externe.

Famille Dreissenidae Dreissénidés Coquille allongée, avec les sommets à l’extrémité antérieure. Face ventrale aplatie, face dorsale arrondie, formant parfois un angle. Ligament interne non saillant. Charnière sans dent. Présence d’un septum sous le sommet.
Genre Dreissena
Espèce rostriformis bugensis

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