Nason à éperons bleus

Naso unicornis | (Forsskål, 1775)

N° 2467

Mer Rouge, Indo-Pacifique tropical

Clé d'identification

Corps fortement comprimé latéralement
Corne frontale ne dépassant généralement pas la verticale de la bouche
Deux paires d’éperons fixes de couleur bleue sur le pédoncule caudal
Nageoire caudale falciforme à filaments chez les adultes

Noms

Autres noms communs français
Licorne, licorne-vache, corne (Maurice), nason vert, dawa (Nouvelle-Calédonie), nason brun (Polynésie)
Noms communs internationaux
Shortnose unicornfish, bluespine unicornfish, unicorn tang (GB), Pesce unicorno blu (I), Barbero (ou berbero) de aguijon azul (E), Kurznasendoktor (D), Blauwstekel eenhornvis (NL), Fiantsifa (Madagascar), M’poujou (Comores), Korn (Seychelles), Kala (Hawaï)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Chaetodon unicornis Forsskål, 1775
Acanthurus unicornis (Forsskål, 1775)

Distribution géographique

Mer Rouge, Indo-Pacifique tropical

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Mer Rouge, océan Indien et océan Pacifique tropical Est et centre jusqu’à Hawaï.

Biotope

Ce nason vit dans les lagons ou sur les pentes externes du récif, et sur fonds coralliens entre 1 et 80 mètres. Il est fréquent dans les zones de déferlement où il trouve les algues dont il se nourrit, ainsi que dans les zones à fort relief, à plus grande profondeur. Il peut encore être rencontré dans différents biotopes.
Les juvéniles se trouvent par petits fonds sur des sites protégés des courants.

Description

Naso unicornis a un corps fortement comprimé latéralement, avec un dos élevé et un arc ventral prononcé. Il peut atteindre 70 cm de long, la moyenne étant de 50 cm.
Le corps est couvert de très petites écailles qui lui donnent un aspect lisse.
La couleur du corps va du gris argenté ou bleuté jusqu'au vert bronze ou au marron plus ou moins foncé et plus ou moins altéré par des taches claires en partie antérieure du dos, en fonction des situations et de l’humeur. La livrée nocturne étend ces taches vers le pédoncule caudal et sur les joues et le museau, en lui ajoutant une selle blanc-crème en V entre les yeux et une petite selle droite devant la dorsale.

Deux paires d’éperons fixes d’un bleu soutenu sont placées de part et d’autre du pédoncule caudal et sont caractéristiques de l’espèce. Ils sont en forme de griffe large, la pointe tournée vers l'avant.
Une corne frontale plus ou moins longue, mais qui ne dépasse que rarement et de très peu la verticale de la bouche, est l’apanage des adultes quel que soit le sexe.
Le profil de tête est concave sous la corne, la bouche est terminale, petite, avec des lèvres claires à bleutées bien marquées. La distance suborbitale (entre l’œil et la bouche) est importante. L’œil est proéminent et de fort diamètre, l’iris est argenté et entouré d’un anneau jaune doré qui s’élargit au sommet de l’œil. L’opercule, faiblement courbé, est aussi d’une faible largeur et son bord se trouve de ce fait plus proche de la ligne de profil de la tête que chez d’autres nasons. Deux paires de narines sont visibles juste en dessous des yeux.

La nageoire dorsale, unique, comprend 6 rayons durs et entre 27 et 30 rayons mous. Elle est grise ou beige selon la couleur prise par le corps et porte des stries obliques bleues ainsi qu’un liseré turquoise.
La nageoire anale est longue ; elle comprend 2 rayons durs et 27 à 30 rayons mous. La couleur de fond est identique à celle de la dorsale, mais elle est marquée par deux lignes horizontales bleues avant un liseré de même couleur.
Les pectorales sont transparentes à rayons gris ou beiges.
Les pelviennes, plaquées le plus souvent sur le ventre tant que l’animal n’est pas posé sur le substrat, sont brunes ou grises, le liseré bleu étant très fin.
La caudale est falciforme, de la teinte du corps avec une large frange terminale plus claire. Des filaments prolongent ses extrémités chez les adultes.
Filaments, corne et éperons sont moins développés chez les femelles que chez les mâles de taille identique.

Espèces ressemblantes

Naso brachycentron (Valenciennes, 1835) : sa corne peut dépasser la verticale de la bouche. Il porte une bosse caractéristique en avant de la nageoire dorsale et la partie dorsale de son corps est nettement plus foncée que la partie ventrale, la limite se situant au deux tiers de la largeur.

Naso brevirostris
 (Cuvier, 1929) : il peut lui aussi être gris clair ou olivâtre mais sa corne prend naissance juste au-dessus de la bouche, elle la dépasse donc de beaucoup. Le corps est moins large et la queue est légèrement arrondie, plus claire ; elle ne porte pas de filaments. On peut voir des points sombres sur la tête et parfois sur les flancs

Naso annulatus (Quoy & Gaimard, 1825) : proche de Naso brevirostris, notamment par la corne dépassant largement la verticale de la bouche chez les adultes, il a un front moins busqué que Naso unicornis. Le dos et la corne sont donc presque dans l'alignement. Ses lèvres sont blanches. Il possède de longs filaments clairs aux extrémités de la caudale, elle-même bordée de sombre.

Alimentation

Cette espèce se nourrit de macro-algues brunes, notamment des genres Sargassum,  Padina, Turbinaria, Dictyota... ou rouges (Jania...) selon les distributions ; mais elle peut aussi se satisfaire de détritus, voire de plancton gélatineux.

Reproduction - Multiplication

Les poissons-chirurgiens sont gonochoriques* (les sexes sont séparés). La ponte est liée au cycle lunaire. Naso unicornis est capable de se reproduire à partir d'une taille de 35 cm.
Lors de la ponte, le mâle et la femelle montent et descendent plusieurs fois et très rapidement, avec des mouvements saccadés, pour disperser leurs gamètes simultanément près de la surface. La ponte a lieu en général le soir.
Les œufs et les larves sont pélagiques*. La phase planctonique dure environ 10 semaines, cette longue période expliquant la large distribution de l’espèce au gré des courants, mais aussi l’estimation à 99% de pertes pendant la période pélagique. Le dernier stade larvaire a la forme d’un losange irrégulier formé de deux triangles approximatifs, le triangle composant le premier tiers de corps étant très plat.
Puis les larves s’installent dans des zones de faible profondeur, la colonisation étant essentiellement nocturne avec des arrivées massives les nuits sans lune, et deviennent juvéniles. Le recrutement* se fait pendant l’été et en automne. 90% des larves de Naso unicornis pénétrant dans un récif disparaissent au bout d’une semaine selon une étude menée à Moorea (Polynésie Française), et 60% dans les premières 24 heures !

Vie associée

Naso unicornis est fréquemment parasité par un copépode de la famille des Caligidae, Alanlewisia fallolunulus, et parfois par un ver turbellarié de la famille des Genostomatidae, Piscinquilinus sp. ainsi que par un parasite intestinal de la famille des Angiodictyidae, Hexangium leptosomum.

Divers biologie

Ce nason, commun, a une activité diurne. On le rencontre souvent en bancs qui peuvent être très denses, les juvéniles se trouvant plutôt en petits groupes. C’est un animal assez farouche qui ne se laisse pas facilement approcher.

On trouve par exemple parmi ses prédateurs la carangue bleue Caranx melampygus. Le rédacteur a pu observer la murène ondulée Gymnothorax undulatus attaquant le nason.
Quand il est inquiété ou la nuit pour dormir, il se plaque au pied d’une paroi rocheuse ou d’un massif corallien, son corps très comprimé empêchant par là même la prise des mâchoires d’un agresseur. La nuit n’implique pas d’arborer nécessairement la livrée nocturne : on peut y rencontrer l’ensemble des livrées, fonction du niveau d’anxiété de l’animal.

Les éperons commencent par un bouton chez les juvéniles, puis prennent la forme d’un triangle à la pointe arrondie et ne deviennent des griffes orientées dans le sens de la nage que chez les jeunes adultes, pour devenir de plus en plus puissantes avec leur croissance.

Informations complémentaires

De rares cas de ciguatera* ont été signalés dans le Pacifique.

Des blessures sérieuses et douloureuses peuvent être infligées par les éperons, notamment quand le poisson pêché se débat.

Les chirurgiens en général ne sont pas considérés comme une ressource halieutique significative mais les prélèvements de pêche et la pression du marché de l’aquariophilie font craindre par endroits une baisse importante des populations de Naso unicornis. 
Des expériences de collectes et d’élevages ont été faites en vue du repeuplement des récifs ou pour diminuer la pression du marché à forte valeur ajoutée de l’aquariophilie. Les post-larves sont récoltées avant la période de prédation intense liée à la colonisation du récif, le prélèvement ayant ainsi un très faible impact sur la dynamique des populations. Les post-larves de Naso unicornis ont montré qu’elles s’adaptaient bien aux conditions d’élevage (87% de survie à 196 jours lors d’une expérience menée à La Réunion). Leur forte vitesse de croissance leur donne de meilleures chances de survie que les espèces à croissance lente dans la vie récifale. Dans l’optique du réensemencement, une étude faite en Polynésie française a pu montrer que le taux de survie relatif de Naso unicornis est 10 fois plus élevé à l’issue d’une période d’élevage de quelques semaines qu’en situation naturelle dans le même temps.

La situation peut devenir critique dans les endroits où Naso unicornis est considéré comme une ressource halieutique importante (Pacifique), dans la mesure où la régression de ces populations semble avoir un impact sur la résistance des coraux, notamment aux changements climatiques : ces nasons, en se nourrissant des algues susceptibles d’étouffer les coraux, ont un rôle important dans l’équilibre des récifs.

Origine des noms

Origine du nom français

Nason à éperons bleus : le mot nason est la francisation du nom scientifique de genre, Naso. Il évoque ainsi la corne frontale de l’animal. Le reste du nom vernaculaire est directement descriptif et renvoie à la caractéristique la plus évidente de l’espèce : les scalpels bleus situés sur le pédoncule caudal.

Origine du nom scientifique

Naso : du latin [nasus] = nez ;

unicornis : du latin [unus] = un ; et [cornu] = corne. Le mot signifie donc "à une seule corne".
Unicornis peut également désigner l’animal mythologique qu’est la licorne.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Acanthopterygii Acanthoptérygiens Rayons épineux aux nageoires, écailles cycloïdes ou cténoïdes, présence d'une vessie gazeuse et pelviennes thoraciques ou jugulaires, sans être systématiquement présents, sont des caractères que l'on ne rencontre que chez les Acanthoptérygiens.
Ordre Perciformes Perciformes Nageoires pelviennes très rapprochées des nageoires pectorales.
Sous-ordre Acanthuroidei Acanthuroïdes Poissons-chirurgiens.
Famille Acanthuridae Acanthuridés  
Genre Naso
Espèce unicornis

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