Vernis

Callista chione | (Linnaeus, 1758)

N° 2931

Atlantique Est, Méditerranée

Clé d'identification

Coquille équivalve brun rougeâtre ou rosâtre, avec des bandes rayonnantes alternativement claires et foncées
Valves épaisses, lisses, en forme de triangle arrondi recouvertes de fines stries concentriques
Périostracum lisse et luisant
Intérieur de la coquille blanc pur
Umbo légèrement proéminent, souvent blanchâtre
Lobe du sinus palléal se terminant en pointe

Noms

Autres noms communs français

Vernis fauve (FAO), cythère fauve. Le vernis possède de très nombreux noms communs régionaux :

  • sur les côtes de la Manche : grande coque, coque, fiat (Normandie), coque rouge (côtes d'Armor), palourde rouge, grande palourde (Finistère).
  • sur les côtes atlantiques : palourde rouge, grande palourde (Bretagne), pelote (Le Croisic), grosse palourde (Charente Maritime), palourde royale (île de Ré), pucelage (Royan).
  • sur les côtes méditerranéennes : caouquillo liso (Provence), preiré (Nice)
Noms communs internationaux

Smooth callista (FAO), brown Venus clam (GB), Almejòn (FAO), almejòn de sangre, almejòn brillante, saverina, petxina lluenta, petxinot de sang (Catalogne), ameixon (Galice), escopinya de sang, copinya (îles Baléares), concha fina (Andalousie) (E), Braune Venusmuschel, Glatte Venusmuschel, Venusmuschel (D), Clame dura, concha chione, Ameijola (P), Fasolar, cappa liscia, cappa chione, issolone, venerechione (I)

Synonymes du nom scientifique actuel

Venus chione Linnaeus, 1758
Macrocallista chione (Linnaeus, 1758)
Meretrix chione (Linnaeus, 1758)
Pectunculus glaber da Costa, 1778
Callista coccinea Poli, 1795
Cytherea chione Linnaeus, 1818
Chione vulgaris Gray, 1838

Distribution géographique

Atlantique Est, Méditerranée

Zones DORIS : ● Europe (côtes françaises), ○ [Méditerranée française], ○ [Atlantique Nord-Est, Manche et mer du Nord françaises]

Callista chione fréquente les côtes de la Manche, de l'océan Atlantique Est depuis le sud des îles Britanniques jusqu'au Maroc, les côtes des îles Canaries, de Madère et des Açores, ainsi que les côtes de Méditerranée, incluant celles de la mer Adriatique.

Biotope

Le vernis fréquente les herbiers et les sables clairs, fins et propres des zones infralittorale* et circalittorale* jusqu'à 180 m de profondeur. Il est abondant là où le sable est recouvert d'une couche de fin sédiment organique. Il se tient enfoui proche de la surface du sédiment. On peut trouver des valves* dans les laisses* de mer.

Description

Le vernis est un mollusque bivalve mesurant en moyenne 6 à 8 cm de longueur et pouvant atteindre 11 cm de longueur, 4,8 cm de hauteur et 8,5 cm de large. La coquille est presque équivalve*. Ses valves* sont épaisses, lisses et en forme de triangle arrondi. Elles sont ornées de fines stries concentriques, de couleur brun rougeâtre ou rosâtre avec des bandes rayonnantes alternativement claires et foncées. Les jeunes individus peuvent être plus colorés. Le périostracum*, fine enveloppe qui constitue la partie la plus externe de la coquille des mollusques, est très adhérent, translucide, lisse et luisant, donnant ainsi à la coquille un aspect vernissé.
L'umbo*, légèrement proéminent, est souvent blanchâtre. Le ligament externe est à insertion profonde.
La charnière est composée de trois dents (saillies de la charnière s'emboitant dans les saillies de l'autre valve) cardinales (à proximité de l'umbo) à chacune des valves, et de dents latérales antérieures : une dent latérale antérieure forte et allongée à la valve gauche et deux dents latérales antérieures à la valve droite. Ces dernières encadrent une fossette dans laquelle la dent latérale antérieure de la valve gauche vient s’insérer.
L’intérieur de la coquille est blanc pur et présente les marques des deux attaches musculaires. Le sinus* palléal* (marque laissée par les siphons lorsqu'ils se rétractent dans le coquille) est profond et à extrémité antérieure pointue.
Les bords du manteau de l’animal sont orange. Les siphons* sont courts, peu visibles à la surface du sédiment et le dépassent au maximum d’un demi-centimètre. Ils sont d'une couleur crème, ou crème-orangé chez certains spécimens, et sont couverts de points blancs plus ou moins denses. Ils se terminent avec des languettes multiples bordées de noir.

Espèces ressemblantes

Les espèces de la famille des Vénéridés sont bien connues, car plusieurs d'entre-elles sont comestibles, comme par exemple les praires, ou les palourdes. On ne peut pas confondre le vernis avec les praires dont la coquille épaisse présente des stries très marquées et n'est pas d'aspect vernissé.

Les palourdes ont des coquilles allongées à bords lisses et au relief peu accentué. La palourde rose, Polititapes rhomboides , qui mesure 4 à 5 cm en moyenne (jusqu'à 6 cm), est de forme allongée et ovale. Les stries concentriques ornant la coquille sont beaucoup plus marquées que chez le vernis. La couleur de la coquille est luisante dans les tons bruns ou rosés et des zigzags plus sombres sont disposés en bandes radiales.

Le vernis est le plus grand Vénéridé de nos côtes, seulement dépassé par le clam, Mercenaria mercenaria, qui est d'origine américaine. Ce dernier peut mesurer jusqu'à 12 cm. La coquille est très épaisse et présente des côtes concentriques nombreuses et aplaties. Elle est dépourvue de bandes rayonnantes claires. L'umbo* forme un crochet assez pointu vers l'avant. Le clam vit dans le sable vaseux de l'infralittoral*. La valve gauche ne présente pas de dent latérale au niveau de la charnière.

Il est possible de confondre le vernis avec les mactres, très communes sur nos côtes.

Mactra glauca, la mactre fauve, peut dépasser 10 cm. Sa coquille de forme ovale, légèrement triangulaire est d'aspect lustré, de couleur blanc crème avec des rayures radiales brun clair. Elle est recouverte d'un périostracum jaune ou brun-jaune. La mactre fauve fréquente les plages de sable de l'infralittoral, et est rare sur toutes nos côtes, sauf dans la région de Granville.

Mactra stultorum, la mactre coralline, mesure jusqu'à 5 cm. Sa coquille fine, de forme ovale, légèrement triangulaire, est d'aspect lustré, blanche, teintée de brun ou violet, et présente des bandes rayonnantes brunes. L'intérieur est violacé lavé de blanc. Elle est commune et fréquente les plages de sable fin de l'infralittoral et du circalittoral*.

Alimentation

Le vernis est microphage* suspensivore*. Il consommerait principalement des algues microscopiques planctoniques* de préférence aux bactéries. Ses deux siphons dépassant du sable, lui permettent de respirer et s'alimenter. A la moindre alerte, le vernis s'enfonce dans le sable, grâce à son pied puissant, ne laissant que deux trous à la surface.

Reproduction - Multiplication

Le vernis est une espèce à sexes séparés. Mâles et femelles libèrent respectivement spermatozoïdes* et ovules* dans la colonne d'eau où a lieu la fécondation. En Méditerranée, la ponte a lieu vers avril ou mai. Mais en fait, la ponte peut être déclenchée par des facteurs environnementaux, tels que la longueur de la journée, la température de l’eau ou par la présence de substances produites par la ponte d'autres spécimens, appelées gamones. La fécondation produit des larves* trochophores* puis des véligères* planctoniques* qui s’installeront dans les sédiments après une métamorphose*.

Vie associée

Les vernis peuvent être parasités par des Rickettsia (des bactéries, organismes unicellulaires* procaryotes*) et des Nematopsis (des Grégarines , organismes unicellulaires* eucaryotes*).

Divers biologie

L’espèce peut vivre jusqu'à l'âge de 40 ans. Cependant dans la plupart des études portant sur cette espèce, l'âge maximal observé est de 16 ou 17 ans. L'âge d'un bivalve est généralement déterminé à partir des stries concentriques de croissance visibles à la surface de la coquille. Pendant les premières années de la croissance, les stries sont bien espacées et faciles à identifier. Au fil des années, l'espace entre ces stries s'amoindrit, et il devient difficile de les distinguer. Ces marques sont rendues plus visibles si on éclaire le côté intérieur de la coquille. Récemment de nombreuses études portant sur la détermination de l'âge des bivalves, et en particulier du vernis, ont été menées. En effet, déterminer avec précision l'âge des spécimens observés dans une population permet de quantifier la population et sa structure, et d'en tirer des enseignements concernant les conséquences de son exploitation dans un lieu donné. En particulier, la courbe de croissance permet de définir la taille minimale de commercialisation. Selon les régions, la vitesse de croissance varie mais, en gros, les coquilles atteignent 4,5 cm (dans la plus grande dimension) vers 3-4 ans, 6 cm vers 4-8 ans et les individus de 7,5 cm auraient environ 10 ans. La production des gamètes* commence dès 3 cm de longueur, et les individus sont matures à partir de 5 cm, vers l'âge de 4 ans.

Informations complémentaires

Le vernis est une espèce comestible pêchée à la drague ou à pied à marée basse à l’aide d’une bêche ou d'un rateau. Il faut pour cela repérer sur le sable humide deux trous rapprochés qui correspondent à la trace des siphons. Ils sont également pêchés par des plongeurs. Les vernis de petite taille sont plus tendres.
Le vernis est particulièrement exploité sur les côtes méditerranéennes. Sa taille minimale de pêche est fixée à 6 cm. Des programmes d’études lui ont été dédiés afin d’assurer la pérennité de ces pêcheries. Toutefois les différentes populations semblent décliner.

Comme beaucoup de mollusques bivalves qui se nourrissent par filtration de l’eau de mer, ils concentrent les toxines provenant de la prolifération des dinoflagellés (comme des Gymnodinium ou des Pseudo-nitzshia). Ces toxines ne peuvent pas être éliminées par le nettoyage traditionnel des coquillages dans de l'eau claire ou par la cuisson, et peuvent être responsables de problèmes complexes de santé humaine comme par exemple des affections respiratoires, des éruptions cutanées, voire la paralysie. Le plus commun de ces dangers est connu sous le nom de PSP (Paralytic Shellfish Poisoning) causé par Les Gymnodinium et ASP (Amnesic Shellfish Poisoning) causé par les Pseudo-nitzschia qui sont amnésiantes.

Les coquilles ont été utilisées pour fabriquer des outils simples selon la technique du moustérien pratiquée notamment par l'homme de Néandertal en Europe.
Les plus anciens fossiles du vernis sont âgés de moins de 23 millions d'années, époque du Miocène.

Statuts de conservation et réglementations diverses

La taille réglementaire de pêche est fixée pour le vernis à 6 cm. Cette taille est atteinte par le vernis entre 4 et 8 ans. Pour la pêche à pied et de loisir, la prise est limitée à 3 kg ou 100 individus par jour.

Origine des noms

Origine du nom français

Vernis pour souligner l'aspect lisse et brillant de la coquille.

Origine du nom scientifique

Callista : du grec [kallistos] = « le plus beau, la plus belle », sûrement en référence à la beauté de la coquille vernissée. Nom de genre donné par Giuseppe Saverio Poli (1746-1825 naturaliste italien) en 1791, « pour la plus belle de toutes » c'est-à-dire Vénus, la déesse de la beauté et de l’amour dans la mythologie latine. Linné en 1758, avait rangé cette espèce sous le nom de genre Venus.

chione : du grec ancien [khioné] = neige. Dans la mythologie grecque, Chioné est une déesse, sans doute une déesse du froid et de l'hiver. Le poète romain Ovide a décrit la beauté de Chione, la fille de Daedalion dans les Métamorphoses. Le rapport avec notre bivalve n'est pas évident, à moins qu'il ne s'agisse encore de souligner la beauté du vernis.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Heterodonta Hétérodontes Charnière à dents dissociées. Siphon bien développé permettant aux organismes de se nourrir et de respirer tout en restant enfouis.
Ordre Venerida Vénérides

Coquille mince, allongée, dure et costulée, bâillante à une ou aux deux extrémités. Ligament à la fois interne et externe.

Famille Veneridae Vénéridés Coquille équivalve pour la plupart des espèces. De forme ronde, ovale ou encore oblongue. Ecusson distinct, présence de stries concentriques et parfois d’éléments rayonnants
Genre Callista
Espèce chione

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