Bryozoaire orange vif à points noirs

Watersipora subatra | (Ortmann, 1890)

N° 2003

Atlantique Nord-Est, Indo-Pacifique Ouest et Pacifique

Clé d'identification

Plaques encroûtantes ou partiellement foliacées
Rouge orange vif au centre parfois plus foncé
Gros zoïdes allongés, rectangulaires, en ligne décalée
Zoïdes individualisés par une fine ligne noire
Ouvertures rondes, distales, noires (opercules), bien visibles
Lophophores orange translucide
Paroi frontale uniformément poreuse (observation microscopique)

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

La position systématique de ce Watersipora présent sur la façade atlantique française, était jusqu'il y a peu (août 2014) particulièrement incertaine, tout comme sa distribution exacte, la date de sa première observation et son nom lui-même. Effectivement, 150 ans de débats n’avaient pas réussi à trancher ces points ! Ceci était en partie dû à la confusion ancienne avec Watersipora arcuata actuellement clairement définie comme une espèce à part entière et caractérisée par la forme du bord du sinus concave vers l'extérieur alors que chez W. subtorquata et W. subatra, il est convexe.
Jusqu'à août 2014, date de la publication de Vieira & al. traitant de la révision des espèces du genre Watersipora, particulièrement sur les côtes européennes, les colonies observées à Arcachon et en Bretagne, initialement signalées par d'Hondt sous le nom de Watersipora aterrima dans le Bassin d'Arcachon, puis mises en W. subtorquata par Ryland, sont en réalité à attribuer à W. subatra. Donc, une grande prudence est a observer dans la désignation des noms d'espèces de ce genre.

Les principaux synonymes de Watersipora subatra sont les suivant :

Schizoporella aterrima var. subatra Ortmann, 1890
Dakaria subovoidea Harmer, 1957
Watersipora subtorquata Ryland, 1974

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Indo-Pacifique Ouest et Pacifique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

La distribution originelle de ce bryozoaire reste inconnue. W. subatra est présent avec certitude en Atlantique Nord-Est (Europe, dont le bassin d'Arcachon et la Bretagne), en Indo-Pacifique Ouest (Indonésie au moins) et dans le Pacifique (Nouvelle-Zélande, Australie et Californie au moins).

L'espèce proche, W. subtorquata, est présente, d'après les dernières publications, dans les zones suivantes :

- Atlantique (Cap Vert, Afrique de l’Ouest, Afrique du Sud, Brésil, Floride, Caraïbes),
- Méditerranée (Italie, Alexandrie en Egypte),
- Mer Rouge, mer d'Arabie et Pacifique (Chine, Corée, Hawaï et Australie).

Les populations de W. subatra des côtes françaises atlantiques ont été sans doute introduites à partir du Japon avec des naissains d’huîtres (Crassostrea gigas) dans les années 80. Cette hypothèse repose sur le nom de W. subtorquata.

Biotope

Watersipora subatra se développe sur différents substrats durs : roches, coquilles, pontons, vieux laminaires et sur d’autres bryozoaires. Espèce des petits fonds, on l'observera jusqu'à une vingtaine de mètres de profondeur.

Présent sur la coque des navires, ce bryozoaire est moins sensible au cuivre, composant actif des anti-fouling, que la majorité des "salissures marines".

Description

Remarque (janvier 2015) : cette fiche a été initialement publiée (juin 2010) sous le nom de Watersipora subtorquata (d'Orbigny, 1852). Les colonies présentes sur la façade atlantique européenne ont été identifiées comme appartenant à Watersipora subatra (Ortemann, 1890) par Vieira & al. dans une publication d'importance en août 2014.

Les colonies du bryozoaire Watersipora subatra sont essentiellement encroûtantes, orange vif à rouges avec plus ou moins de zones noires au centre. Elles peuvent être plates ou foliacées*, développant, dans ce cas, de larges lobes.

L'aspect de surface des colonies vivantes est lisse et brillant, sans aspérité de surface.

Les zones les plus anciennes, centrales, des vieilles colonies sont souvent noires, parfois c’est toute la colonie qui est noire à l’exception de la marge, la zone de croissance, qui reste orange ou rouge.
Sur les substrats* plats, les petites colonies de quelques centimètres de diamètre sont encroûtantes, unilamellaires et à peu près circulaires. Au fur et à mesure que la colonie se développe, elle prendra une forme lobée érigée. En zones calmes, et quand les conditions sont favorables, les colonies peuvent croître en trois dimensions au-delà du substrat, formant ainsi des lobes multiples formés d’une double couche de zoïdes* dos à dos et à l’apparence de chou-fleur. Les grandes colonies peuvent atteindre jusqu’à 25 cm de diamètre.

Les colonies d’une belle couleur orange vif ou rouge uniforme montrent de gros opercules* foncés noirs à marron foncé. Ces derniers sont bien visibles lorsque le lophophore est rétracté et donc lorsqu’ils sont fermés.
Les lophophores* sont de grande taille, orange translucide.

Les zoïdes, rectangulaires, allongés et plus ou moins renflés sont particulièrement grands : ceci permet de facilement les observer à l’œil nu. (voir la description microscopique détaillée dans "Divers biologie").

Mortes et desséchées, les colonies sont uniformément brun violet foncé ou noires.

Espèces ressemblantes

Un publication d'importance (Vieira L. & coll, août 2014), donne comme valide 13 espèces actuelles de Watersipora, en excluant les espèces fossiles, sources de confusions multiples, les voici : W. aterrima, W. arcuata, W. atrofusca, W. bidentata, W. complanata, W. cucullata, W. mawatarii n. sp., W. nigra n. comb., W. platypora, W. souleorum, W. subatra, W subtorquata et W. typica.

Watersipora subtorquata (d’Orbigny, 1852) forme des colonies très similaires visuellement à W. subatra. les colonies des côtes atlantiques européennes ont été attribuées, jusqu'à mi-2014, à W. subtorquata où ce dernier ne semble pas être présent.

Watersipora cucullata (Busk, 1854) forme des colonies pigmentées de violet foncé à noir de taille réduite en Méditerranée française. Anciennement décrit sous le nom de W. subovoidea qui n'est plus valide.

Watersipora complanata (Norman, 1864). Ouverture en demi-cercle à base proximale rectiligne. Opercule et paroi frontale jamais pigmentés. Le bord de l’orifice est entouré d’une épaisse calcification secondaire. Zoïdes de petite taille. Espèce présente en Méditerranée et en Adriatique.

Watersipora arcuata est très difficile à distinguer de W. subatra et de W. subtorquata, il forme des colonies plus ou moins foliacées et noires. L'ouverture zoïdale est caractérisée par un bord du sinus convexe vers l'intérieur contrairement à W. subatra, W. subtorquata ou W. cucullata. Originaire du Brésil, des Bermudes et des îles du Cap Vert, il a envahi le Pacifique. Sa présence en Europe est non avérée.

Schizobrachiella sanguinea est un bryozoaire encroûtant ou érigé en cornet rouge vif à noir, parfois ponctué de blanc en périphérie. Ses lophophores rouge sang et ses zoïdes quadrangulaires en lignes régulières caractérisent l'espèce. Ovicelles* présentes. Atlantique Est, Manche, Méditerranée.

Umbonula littoralis est un bryozoaire à la surface rugueuse (umbo*), uniquement encroûtant, au centre verdâtre et aux bords orange. Les zoïdes sont gros et l'ouverture fermée par un large opercule. Peu profond (estran*), côtes atlantiques.

Alimentation

Comme tous les bryozoaires, c'est un filtreur suspensivore* microphage*. Les diatomées* (algues unicellulaires) sont la base de l'alimentation des bryozoaires. Les cils des tentacules* sont capables de créer des microcourants permettant l'acheminement des particules alimentaires vers la bouche au centre du lophophore* (dont les fonctions sont aussi celles de respiration et de nettoyage de la colonie).

Reproduction - Multiplication

La larve* lécithotrophique*, de couleur rouge foncé (cramoisie), va se développer à l’intérieur de la zoécie* (pas d’ovicelle* pour cette espèce). Après sa libération dans le milieu, elle ne restera libre que quelques heures avant de se fixer et se métamorphoser en ancestrule* (premier zoïde à partir duquel se multiplie par bourgeonnement* la colonie).
Watersipora subatra est une espèce hermaphrodite* capable d’autofécondation, ce qui lui permet de plus facilement s’implanter dans une nouvelle zone à partir d’un petit nombre de colonies (ou même d’une seule).

Divers biologie

Onchidoris neapolitana Delle Chiaje, 1845, est un petit nudibranche (8-10 mm) au corps ovale, à la couleur marron rougeâtre et recouvert de papilles rétractiles. Il se nourrit de bryozoaires comme Schizobrachiella sanguinea ou Watersipora sp. desquels il tire sans doute sa pigmentation rougeâtre.

Caractéristiques microscopiques du genre Watersipora : colonies encroûtantes uni- ou multi-lamellaires, ou érigées, foliacées* et bilamellaires ; colonies vivantes colorées en rougeâtre ou noirâtre par des pigments inclus dans une cuticule externe recouvrant toute la face frontale ; zoïdes, sub-rectangulaires à hexagonales, séparés par de profonds sillons ; parois frontales uniformément poreuses (pseudopores) ; parois verticales avec de larges septula* multi poreux ; ouvertures proéminentes munis d’une paire de condyles*, avec ou sans sinus ; ovicelles* absentes, embryon avec développement interne ; épines absentes ; aviculaires* absents.

Description microscopique de W. subatra : Les zoïdes, subrectangulaires à hexagonaux, deux fois plus longs que larges, sont particulièrement grands. Chez Watersipora subatra ils mesurent 0,3 à 0,6 mm de largeur sur 0,8 à 1,4 mm de longueur. Ceci permet de facilement les observer à l’œil nu. La paroi frontale, recouverte par une cuticule translucide mais pigmentée de rouge à noir, est légèrement convexe et largement criblée de nombreux petits pseudopores de 25 µm de diamètre. De part et d'autre de l'ouverture, près des marges latérales, deux zones cylindriques et dépressives sont percées de 3 à 8 très petits pores (il s'agit ici de septula* habituellement présents sur les parois latérales).

Unilamellaire pour les colonies ou partie des colonies encroûtantes, les zoïdes sont organisés en lignes radiantes régulières. Ces zoïdes se décalent d’une ligne à l’autre. Ils sont facilement identifiables grâce aux fins traits noirs soulignant les limites inter-zoïdales. Les parties érigées en feuilles sont constituées d’une double couche de zoïdes dos à dos (bilamellaire).

L’ouverture et l’opercule ont une forme de champignon. Globalement circulaire, l’ouverture montre un large sinus arrondi à sa base proximale, son bord est légèrement surélevé.
Le bord du sinus peut être parfois soulevé en forme de bec.
L’opercule est noir ou marron foncé.
Le lophophore présente une couronne formée de 19 à 24 tentacules ciliés.
W. subatra ne présente pas d’épine, pas d’aviculaire ni d’ovicelle.

Informations complémentaires

Actuellement les différentes espèces du genre Watersipora prolifèrent sur les petits fonds de toutes les côtes des mers chaudes à tempérées.

Origine des noms

Origine du nom français

Bryozoaire orange vif à points noirs est une proposition du site DORIS.

Origine du nom scientifique

Watersipora : de Arthur William WATERS (1846-1929), anglais de la région de Manchester, a publié de nombreux travaux sur les bryozoaires. Membre de la « Linnean Society » durant plus de 50 ans. Et du latin [porus] = pore.

subatra : de sub, ici dans le sens de "s'approchant de" et atra : du latin [ater] = noir. Le mot renvoie sans doute à la couleur souvent foncée, presque noire, du centre des colonies.

subtorquata : de sub, ici dans le sens de "s'approchant de" et torquata du latin [torquatus] = qui porte un collier. Sans doute en rapport avec un des critères d’identification de l’espèce qu’est le bord du sinus en forme de bec convexe vers l’extérieur et assimilé à un collier sous l’ouverture.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Bryozoa / Ectoprocta Bryozoaires / Ectoproctes Petits animaux coloniaux filtreurs aquatiques fixés à un substrat. Tous les zoïdes sont en continuité physique et issus de bourgeonnement à partir d’un individu unique. Chaque zoïde porte un lophophore rétractile et est abrité dans une logette.
Classe Gymnolaemata Gymnolèmes Colonies polymorphes. Les zoïdes sont cylindriques ou aplatis, les lophophores circulaires. Les parois peuvent être calcifiées ou non. Presque tous marins.
Ordre Cheilostomatida Cheilostomes Bryozoaires calcifiés, zoïdes* en forme de boîte obturée par un opercule à charnière. Gymnolèmes les plus nombreux et les plus diversifiés des régions littorales, souples à rigides. Groupe au polymorphisme marqué où l’on trouve des individus différenciés (aviculaires, vibraculaires, ovicelles globuleux…).
Sous-ordre Neocheilostomatina/Ascophora Ascophores Paroi frontale calcifiée sous laquelle un sac flexible invaginé s'ouvre sur l’extérieur par un pore médian situé derrière le péristome et nommé ascopore.
Famille Watersiporidae Watersiporidés
Genre Watersipora
Espèce subatra

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