Petit vermet

Vermetus triquetrus | Bivona-Bernardi, 1832

N° 295

Méditerranée et proche Atlantique

Clé d'identification

Tube fixé sur la totalité de sa longueur (substrat dur)
Section du tube grossièrement triangulaire
Petit opercule concave
Diamètre du tube calcaire 5 mm, coquille 40 mm
Généralement peu profond

Noms

Autres noms communs français

Vermet

Noms communs internationaux

Worm-shell (GB), Vermetide (I), Caracol vermiforme (E), Dreikant-Wurmschnecke (D), Wormslag (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Bivonia triquetra Gray 1842
Vermetus triqueter Bivona 1832
Vermetus gregarius Monterosato

Distribution géographique

Méditerranée et proche Atlantique

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Vermetus triquetrus est considéré comme endémique de la Méditerranée. Des observations fiables ont été faites en Tunisie, France, Italie, Slovaquie, Grèce, Israël, Liban, Égypte et jusqu'aux Canaries dans le proche Atlantique.

Biotope

Ce gastéropode vit collé sur les coquilles d'autres mollusques (Pinna nobilis,...), sur des pierres et autres substrats durs. Bien que discret, le petit vermet est très commun sur tout le littoral rocheux des côtes méditerranéennes françaises.
Vermetus triquetus fait partie avec le cirripède Balanus perforatus de la sous-strate calcifiée de la roche infra-littorale* à algues photophiles*. Cette biocénose* commence dès la surface et s'arrête à quelques mètres de profondeur dans les zones les plus turbides, pour aller jusqu'à 35-40 mètres dans certaines zones d'eau particulièrement claires ! Les algues de cette zone bien éclairée sont principalement, pour celles encroûtantes : Lithophyllum spp., Neogognolithon sp. et pour celles arbustives : Cystoseira spp. Padina pavonica, Corallina elongata, Laurencia obtusa, Jania rubens, Codium bursa...
Dans l'infralittoral* rocheux, il existe même un faciès à vermets. Deux espèces de vermets le constituent : Vermetus triquetrus et Dendropoma cristatum. Ce faciès se situe au niveau moyen de l'eau de mer, principalement en Corse, en Sicile et surtout sur la côte levantine (est du bassin oriental méditerranéen : Egypte, Israël, Liban...). Il peut former des corniches ou des encorbellements en association avec des algues calcaires (Neogognolithon brassica-florida et Lithophyllum byssoides) en Méditerranée nord occidentale.

Description

Le petit vermet Vermetus triquetrus est un gastéropode sessile*, allongé et sinueux qui vit en permanence dans son tube, il est facilement confondu avec une grande serpule (serpulidés, polychètes). Son petit tube calcaire relativement épais est de section grossièrement triangulaire. Ce tube, nacré à l'intérieur, est enroulé sur la gauche (sénestre*), la plupart du temps sur un seul plan et présente une crête saillante sur sa partie supérieure. En dehors de ces côtes longitudinales, le tube présente également des côtes transversales plus ou moins bien définies. Sa partie inférieure adhère fermement au substrat sur la quasi totalité de sa longueur. La dimension de la coquille est de 40 mm (10 à 50 mm), le diamètre du tube de 5 mm (4 à 6 mm). Le nombre des grandes spires visibles est réduit à un ou deux tours en général. Elles ne sont pas jointives. Vermetus triquetus possède un opercule concave. Compte-tenu de son biotope photophile, il est quasiment toujours recouvert de nombreux épibiontes*, principalement des algues calcaires. Propre, sa coquille est de couleur blanchâtre à grisâtre.
La partie visible du corps (opercule et pied) est marron plus ou moins foncé avec des taches de couleur crème. Le pied est atrophié et a perdu sa fonction de déplacement. Deux tentacules sensoriels sont parfois visibles sur un des bords du pied.

Espèces ressemblantes

La famille des Vermetidae inclut une douzaine d'espèces méditerranéennes (3 genres).

Dendropoma cristatum = Vermetus cristalus se situe sur les bords externes et les crêtes du trottoir à L. lichenoides, alors que V. triquetrus est au fond des vasques présentes sur le dessus du trottoir. Ce petit vermet (diamètre de l'ouverture de 2 à 5 mm), souvent rencontré en groupes serrés, fait partie des espèces protégées de Méditerranée où il est partout présent (convention de Berne, annexe II).

Thylacodes (ex Serpulorbis) arenarius = Vermetus gigas, grand vermet, est de taille nettement supérieure (diamètre du tube de 11 à 15 mm, taille moyenne de la coquille 100 mm). Il est généralement rencontré un peu plus profond et ne posséde pas d'opercule.

Vermetus semisurrectus est semblable au petit vermet, mais plus grand (100 mm maximum). Méditerranée, jusqu'au détroit de Gibraltar.

Vermetus rugulosus, très semblable, même distribution.

Vermetus granulatus, semblable, plus petit, 15-20 mm, diamètre du tube 3 mm, même distribution.

Certains vers aux tubes calcaires (serpules, particulièrement Pomatoceros triqueter) peuvent être confondus avec la coquille des vermets. Notez que, une fois rétractées dans leurs tubes calcaires, les protules (sans opercule) et les serpules (avec opercule partiellement enfoncé) laissent "vide" en apparence la première partie de l'orifice d'entrée, alors que le pied et l'opercule marron taché de crème du petit vermet reste toujours bien visible à l'entrée du tube.

Alimentation

Le petit vermet s'alimente par filtration : il sécrète par une glande du pied des filaments mucilagineux, « filets » de bave, d'une trentaine de centimètres qui piègent les organismes du microplancton* et les particules organiques comestibles. Ces sécrétions sont ramenées à intervalles réguliers, à l'aide des mouvements ciliaires de ses branchies, pour être consommées.

Reproduction - Multiplication

Les vermets conservent leur ponte à l'intérieur de leur coquille.
La larve* et le juvénile possèdent une coquille typique des mésogastéropodes (spirales régulières et jointives), mais au fur et à mesure que le vermet croît et après sa fixation au substrat, les tours de spires se séparent de façon plus ou moins irrégulière pour donner à la coquille de l'adulte sa forme tire-bouchonnée.

Vie associée

Le petit vermet est recouvert de divers épibiontes*, principalement des algues calcaires.
Vermetus triquetrus est l'hôte de parasites, dont Microphallus pachygrapsi et Aporchis massiliensis. (Voir informations complémentaires)

Informations complémentaires

Les parasites de Vermetus triquetrus (d'aprés Boudouresque, 2005)

Vermetus triquetrus est le premier hôte d'un parasite, Microphallus pachygrapsi (un ver plat de la classe des trématodes, qui sont tous des parasites, comme par exemple la douve du foie). Dès qu'ils quittent leur hôte, ces parasites nagent vers la surface et s'y maintiennent. Parmi eux, certains atteignent le rivage. Ils sont alors aspirés par les courants branchiaux de Pachygrapsus marmoratus le crabe marbré, leur deuxième hôte. Les parasites se logent dans les nerfs des pattes, ainsi les déplacements du crabe marbré s'en trouvent ralentis, et sa fuite est moins rapide. L'hôte final est Larus michahellis, le goéland leucophée, au régime très varié et qui consomme en particulier ce crabe. Il est probable que son attention soit attirée par le comportement anormal des crabes contaminés, ce qui est souvent le cas des deuxièmes hôtes de parasites, et facilite le passage vers l'hôte final ! Ainsi le parasite "manipule" le comportement de son hôte intermédiaire pour parvenir à son hôte final.

Vermetus triquetrus est également le premier hôte d'un autre trématode, Aporchis massiliensis. Ce dernier produit en hiver une forme parasite qui s'enkyste à l'extrémité des Cystoseira, près de la surface. L'hôte final est encore le goéland leucophée (Larus michahellis), plus particulièrement les femelles. Normalement, les goélands ne consomment pas d'algues. Toutefois, les femelles qui nourrissent leurs poussins (en avril) ont besoin d'un supplément de vitamine B1, afin de compenser la destruction de cette vitamine par la thiaminase contenue dans la viande de poisson. Ce supplément, elles le trouvent dans les extrémités de Cystoseira, qui en sont très riches. En les consommant, elles permettent aux parasites de rencontrer leur hôte final.

Origine des noms

Origine du nom français

Vermet : nom masculin de l'ancien français verm : ver.

Origine du nom scientifique

Vermetus : du latin [vermis] = ver.
triquetrus : du latin [triquetrus] = à trois angles, triangulaire.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Super classe Conchifera Conchifères Coquille d’une seule pièce, perte des spicules, acquisition de mâchoires.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Littorinimorpha Littorinimorphes
Famille Vermetidae Vermétidés

Coquille fixée à un substrat (roche, coraux, mollusques) tubulaire à enroulement lâche et irrégulier commençant ppar un premier tour spiralé, une ouverture ronde souvent pourvue d'une fente, une couche interne brillante, un opercule corné, de taille réduite ou absent. Ils vivent souvent en colonies. D'après Lindner 2011:80.

Genre Vermetus
Espèce triquetrus

Nos partenaires