Mulette renflée

Unio tumidus | Retzius, 1788

N° 2039

Europe

Clé d'identification

Stries umbonales*
Coquille marron verdâtre à brun noirâtre
Forme elliptique aplatie
Coquille recouverte de bandes larges et sombres, irrégulièrement espacées

Noms

Autres noms communs français

Mulette gonflée, mulette enflée, moule de rivière, moule d'eau douce [attention, ce nom est également porté par de nombreuses autres espèces du genre Unio, et en particulier par Unio pictorum(Linnaeus, 1758)].

Noms communs internationaux

Swollen river mussel (GB), Grosse Flussmuschel, Aufgeblasene Flussmuschel (D), Bolle stroommossel (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Différentes sous-espèces d'Unio tumidus sont décrites :
- Unio tumidus borysthenensis Kobelt, 1879
- Unio tumidus tumidus Retzius 1788

Distribution géographique

Europe

Zones DORIS : Eau douce

La mulette renflée est présente en Europe centrale et septentrionale. Elle est visible dans toute la France (en particulier dans les canaux de la région parisienne), ainsi qu'en Belgique.

Biotope

Unio tumidus affectionne les mares, les étangs, et les lacs. On la trouve dans les substrats sableux ou limoneux, généralement dans des zones profondes. Elle évite les fonds vaseux et caillouteux.

Présente du niveau de la mer jusqu'à 700 m d'altitude, elle aime les températures comprises entre 0 et 25 °C.

Description

La coquille calcifiée de ce bivalve d'eau douce est de couleur marron verdâtre à brun noirâtre et peut atteindre une taille de 8 à 10 cm de long (max. 12 cm), pour 3 à 4 cm de large. Épaisse, de forme elliptique aplatie, elle est fortement nacrée dans sa face interne.

La surface externe des valves révèle très souvent des bandes parallèles à la bordure de la coquille. Ces bandes peuvent être de deux catégories : des bandes larges et sombres, irrégulièrement espacées ou des bandes plus fines et plus discrètes, également irrégulièrement espacées. Les deux valves sont reliées entre elles par un ligament en position dorsale. Plus ou moins symétriques, elles peuvent s'ouvrir et se fermer grâce à deux muscles adducteurs puissants et difficilement dissociables l'un de l'autre. Entrouvertes, elles laissent dépasser les siphons inhalant et exhalant. Le sommet de la coquille est bien marqué. La valve droite est munie d'une dent cardinale triangulaire, crénelée et d'une lamelle postérieure tranchante. La valve gauche présente deux dents cardinales rapprochées dont l'antérieure allongée, comprimée, dépassant partiellement, en dessus. La partie antérieure de la dent postérieure est beaucoup plus courte, mince, triangulaire et crénelée. Un sillon se trouve entre les deux dents cardinales gauches, dans lequel se loge la dent cardinale droite.

Les espèces du genre Unio se caractérisent par leur charnière dentée et leur coquille épaisse.

Le corps mou est complètement enveloppé dans le manteau qui sécrète la coquille de l'animal.

Espèces ressemblantes

Margaritifera auricularius (Spengler, 1793) : la grande mulette. Elle est plus grande (20 cm) et présente la forme d'un rein.

Unio pictorum (Linnaeus, 1758) : la mulette des peintres. De même longueur mais légèrement moins large, elle est globalement moins sombre. Les bandes sombres sont moins nombreuses et plus espacées les unes des autres que pour Unio tumidus.

Margaritifera (Pseudunio) margaritifera (Linnaeus 1758) : plus grande (15 cm par 7,5 cm), sa coquille est moins épaisse et elle ne fréquente que des grands cours d'eau (dont la Vienne et la Charente).

Psilunio (Potomida) littoralis (Cuvier, 1798) : plus petite, sa coquille semble épaisse.

Alimentation

Unio tumidus se nourrit de plancton ou de particules flottant dans l'eau. Ce mollusque utilise le courant d'eau créé par ses siphons pour aspirer les micro-organismes planctoniques dans sa cavité palléale* et les piéger sur un tapis muqueux qui recouvre les branchies. Les particules alimentaires, engluées dans le mucus, transitent alors vers l'estomac où elles seront broyées par une tige cristalline*.

Reproduction - Multiplication

La maturité sexuelle n'est atteinte qu'au bout de 6 à 12 ans. La période de reproduction va de la fin de l'hiver jusqu'à l'automne. Il y a une seule génération par an.

Les sexes sont séparés. Les mâles émettent leurs gamètes dans l'eau à proximité des femelles qui les aspirent par leur siphon inhalant. Après fécondation, les nombreux (plus de 200 000) et petits (0,25 à 0,30 mm) œufs blancs sont incubés quelques mois par la femelle dans sa cavité palléale.

Après l'éclosion, les larves glochidies (glochidium*) sont explusées par leur mère. Elles mènent alors une vie pélagique. Grandes de quelques dixièmes de millimètres, elles possèdent une petite coquille bivalve dont chaque valve triangulaire est terminée par une sorte de crochet armé de courts aiguillons, ainsi qu'un long fouet au niveau de la ligne médiane.

La larve finit par se faire gober par un poisson et se fixe, grâce à ses crochets, préférentiellement dans les branchies. Après s'être enkystée, elle se nourrit jusqu'à 3 ans du sang qui transite abondamment dans les branchies de l'hôte. Il semble que ce type d'association (commensalisme de type inquilisme* ou de type phorésie*) ne nuise que très modérément à l'hôte qui peut porter plusieurs dizaines de larves par lamelle branchiale.

Ce mode de reproduction présente les avantages de fournir efficacement les nutriments nécessaires à la larve et de pouvoir coloniser rapidement de nouveaux milieux. Cependant, les espèces de moules d'eau douce ont besoin d'un hôte poisson pour perdurer (cf. infra).

Lorsque la jeune moule a atteint sa forme définitive (d'une taille d'une dizaine de mm), elle sort du kyste et tombe sur le fond, où elle poursuit son développement et entame son nouveau mode de vie de type filtreur. Au départ dépourvue d'organes reproducteurs, elle met environ trois ans à atteindre sa taille adulte.

(*) Les poissons-hôtes tendent de plus en plus à se nourrir dans la colonne d'eau (plancton) au détriment du fond (benthos) ce qui diminue leur taux d'infection par les glochidies.

Vie associée

Elle est souvent retrouvée en compagnie d'autres moules : Psilunio (Potomida) littoralis, Unio crassus, Unio pictorum, Anodonta cygnea, Pseudanodonta complanata, Margaritifera auricularius.

Divers biologie

Unio tumidus est un animal aquatique à respiration branchiale : un courant d'eau autour de ses branchies est créé grâce à la multitude de cils vibratiles qui les recouvrent. Il utilise également ce courant d'eau pour se nourrir.

Contrairement aux moules marines comestibles du genre Mytilus, Unio tumidus ne possède pas de byssus pour s'ancrer sur un support, mais un pied bien développé qui lui permet de se déplacer et de s'enfouir dans le sédiment.

La charnière, la zone de jointure entre les deux valves, constitue un caractère morphologique important dans la détermination taxonomique des bivalves. La charnière des espèces de la sous-classe des Paléohétérodontes présente des caractéristiques « modernes » qui la font ressembler à celle des hétérodontes. En effet, les espèces de ces deux sous-classes présentent des coquilles de taille et de forme égales. Cependant, les espèces de la sous-classe des Paléohétérodontes présentent des dents de charnière alignées en une seule rangée simple, tandis que les espèces de la sous-classe des Hétérodontes présentent quelques dents cardinales séparées d'un certain nombre de longues dents latérales.

Les différentes bandes présentes à la surface externe des valves, correspondent aux différentes périodes de croissance de la coquille. Comme chez de nombreux bivalves, la coquille des espèces de l'ordre des Unionoïdes est composée de deux couches minéralisées : la couche externe est prismatique (parfois absente chez certaines espèces de l'ordre des Unionoïdes), tandis que la couche interne est nacrée. L'ensemble de ces couches est recouvert d'une couche organique, le périostracum.

Son espérance de vie est généralement de 10 à 30 ans mais certains individus d'Unio tumidus seraient âgés de plus de 50 ans (voire 90 ans pour certains auteurs).

Informations complémentaires

Durant toute leur vie, ces animaux vont filtrer l'eau, avaler les particules alimentaires, mais aussi accumuler dans leurs tissus des métaux et des polluants. Ainsi, les espèces de moules d'eau douce servent couramment de bio-indicateurs de pollution des cours d'eau. Cependant, Unio tumidus est plus sensible à la présence de métaux lourds dans l'eau que l'espèce Unio pictorum. Ainsi, l'implantation d'Unio tumidus témoigne d'un fonctionnement hydraulique et d'une physico-chimie du plan d'eau favorables.

Cette espèce présente une grande résistance aux variations des paramètres environnementaux tels que la température, l'oxygène et la disponibilité de la nourriture.

Réglementation

Espèce "en danger" en Allemagne, elle est également classée dans les espèces vulnérables en République Tchèque.

Origine des noms

Origine du nom français

Traduction littérale du nom d'espèce.

Origine du nom scientifique

Unio : du latin [unio] = unir, réunir,
tumidus : du latin [tumido] = enflé, gonflé, gros.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Bivalvia / Lamellibranchia / Pelecypoda Bivalves / Lamellibranches / Pélécypodes Mollusques aquatiques, filtreurs, au corps comprimé latéralement. Coquille composée de 2 valves articulées disposées de part et d’autre du plan de symétrie. Absence de tête, de pharynx, de radula et de glande salivaire.
Sous-classe Palaeoheterodonta Paléohétérodontes

 

Ordre Unionoida Unionoïdes

Présence d'un ligament interne.

Famille Unionidae Unionidés Coquille de forme très variable, la région antérieure beaucoup plus courte que la région postérieure. Sculpture des sommets très variée, parfois peu développée. Charnière variable, parfois rudimentaire.
Genre Unio
Espèce tumidus

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