Cuthona bleue

Trinchesia caerulea | (Montagu, 1804)

N° 664

Méditerranée, Atlantique Ouest

Clé d'identification

Près de 20 mm de longueur
Corps d'une couleur généralement blanc laiteux
Cérates montrant une zone centrale bleue et une zone terminale jaune vif
Rhinophores et tentacules buccaux lisses, assez longs aux extrémités blanches à jaune opaque

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Doris caerulea Montagu, 1804
Cuthona caerulea (Montagu, 1804)
Eolidia bassi (Vérany, 1846)
Eolis glotensis (Alder & Hancock, 1846)
Eolis deaurata (Dalyell, 1853)
Eolis molios (Herdman, 1881)

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique Ouest

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Côtes méditerranéennes occidentales ; Atlantique Ouest (depuis la Scandinavie, les côtes britanniques, jusqu'au littoral tropical africain du Sénégal. L'espèce est également rencontrée aux Canaries et aux Açores…).

Biotope

Eaux peu profondes circalittorales*. A chercher sur des hydraires.

Description

Trinchesia caerulea, un éolidien, possède une longueur totale, lors des observations les plus fréquentes, comprise entre 10 mm et 25 mm.
Cette taille varie non seulement selon le stade de croissance mais aussi selon le secteur géographique où il est observé.
Les cérates*, sur le dos (ou papilles dorsales), s'organisent assez régulièrement en 6 à 10 bouquets de papilles (2 à 4 papilles chacun en général) en vis-à-vis, semblables à des lignes. Leur coloration peut être assez variable, mais les couleurs les plus couramment rencontrées sont (d'après les observations des auteurs) les suivantes : depuis la base de la papille, la couleur est celle du corps, blanc laiteux à transparent ; au milieu de cette papille dorsale, on remarque un anneau central large et bien délimité bleu vif (pouvant éventuellement varier de noir à vert) ; sur le dernier tiers du cérate et conjoint à l'anneau bleu, un anneau jaune vif terminal (pouvant éventuellement varier de rougeâtre à orange). Enfin, on peut souvent distinguer en s'approchant fortement, un point blanc correspondant aux cnidosacs*.
Quelques variations de couleurs sont encore décrites dans la littérature (notamment par [Picton 1994]) : fin anneau jaune sous l'anneau bleu central ou encore des ponctuations pâles au même endroit… Parfois la glande digestive visible au travers du tégument apporte sa couleur sombre.
A l'avant, la tête porte une paire de rhinophores* assez longs, non lamellés, clairs, diaphanes à transparents, mais dont les extrémités deviennent blanc opaque ou jaune opaque pâle.
De même, on distingue à l'avant une paire de tentacules oraux (ou palpes labiaux), plus courts que les rhinophores mais qui présentent une coloration semblable, de blanc à jaune.
Une ligne de même couleur marque la partie terminale du pied de l'animal, depuis les derniers cérates jusqu'à la queue.

Espèces ressemblantes

Confusion possible avec Berghia coerulescens (Laurillard, 1830) dont le motif de couleurs est approchant.
Mais les rhinophores respectifs sont singulièrement différents. Ceux de Trinchesia caerulea, sont lisses et plutôt blancs, ceux de Berghia portent des papilles bien visibles à l’œil nu et sont plutôt brun clair.
Par ailleurs, l'implantation des cérates semble souvent plus dense, ramassée et couchée chez Berghia que chez Trinchesia.

Alimentation

A l'instar de beaucoup d'éolidiens, Trinchesia caerulea se nourrit d'hydraires, principalement du genre Sertularella et semble apprécier en particulier Sertularella polyzonias (Linnaeus), Sertularella gayi (Lamouroux), Halecium halecinum (Linnaeus) et Hydrallmania falcata (Linnaeus) (Thompson & Brown,1984). Près de Marseille et selon [Vicente 1963], cette espèce se nourrit d'Eudendrium spp.

Reproduction - Multiplication

Animaux hermaphrodites*, les individus se reproduisent deux à deux, en s'échangeant simultanément leurs gamètes* lors d'un accouplement. Les pontes respectives auront lieu ensuite, déposées sur une touffe d'hydraires. La reproduction a lieu, en général, au printemps.
La ponte de Trinchesia caerulea présente une forme de « ruban » plat, assez large et pas très long, disposé sur les « branches » de l'hydraire. Ce ruban est plutôt transparent et laisse voir de nombreux points blancs. Ces points blancs sont les œufs proprement dits.

Divers biologie

Le principal moyen de défense utilisé par les éolidiens, et donc la cuthona bleue, est le recyclage à leur propre usage des cnidoblastes* urticants appartenant initialement à leurs proies venimeuses : les hydraires ! Ainsi, Trinchesia caerulea, qui mange la tête des polypes de l'hydraire, non seulement n'est pas blessée par l'action fortement urticante des cnidoblastes de celle-ci mais fait migrer ces cellules urticantes embryonnaires intactes jusqu'à l'extrémité de son système digestif et les stocke dans ses cnidosacs*, au sommet des cérates ! Ces cellules urticantes vont se développer et sont désormais allouées à sa propre protection et se déclencheront si la cuthona bleue est attaquée. Ce mode de défense semble être fortement efficace et l'on connaît peu de prédateurs des éolidiens utilisant ces armes.

Une étude de 2017 sur Cratena peregina [Willis &al 2017] avance que les éolidiens mangeurs de polypes d'hydraires choisiraient prioritairement les polypes ayant consommé une grosse masse de micro-zooplancton plutôt que les polypes n'en ayant pas mangé. Le nudibranche se nourrirait donc également du zooplancton capturé par les polypes et ce, pour une belle part de son alimentation ! Les auteurs ont appelé ce mécanisme visant à consommer une proie au travers d'un autre organisme ayant capturé cette proie auparavant : la kleptoprédation.

Un trait caractéristique des éolidiens concerne la présence de papilles dorsales, appelées cérates. Conjointement, on constate l'absence du panache branchial visible ou présent dans d'autres sous-ordres de Nudibranches. En effet, la respiration des éolidiens n'utilise pas de branchies proprement dites mais se fait directement au travers de la membrane des cérates. On parle de respiration cutanée.

Les rhinophores* sont les organes de perception chimique des Nudibranches. C'est entre autre grâce à eux que l'animal perçoit son environnement, reconnaît la signature chimique de ses congénères ou de ses proies.

Ces rhinophores sont également utiles à l'orientation car sensibles aux paramètres physiques, comme le sens des courants, la luminosité, la température, etc.
Les palpes buccaux et labiaux sont, eux, plus précisément destinés à un rapport de contact avec l'environnement.
La radula, pièce physique primordiale dans la nutrition de la plupart des mollusques opisthobranches, est une sorte de langue râpeuse, située dans le larynx et constituée de nombreux denticules acérés. La forme de la radula, des denticules, leur agencement, sont des éléments spécifiques d'une espèce donnée et sont discriminatifs quant à l'identification et la taxonomie de cette espèce. Son observation exige néanmoins du matériel optique de laboratoire.

Origine des noms

Origine du nom français

Cuthona bleue : l'animal porte en nom commun son précédant nom de genre (Cuthona, genre qui a changé en 2017), assorti de la couleur bleue qui le distingue bien lorsqu'on rencontre l'animal.

Origine du nom scientifique

Trinchesia : dédiée à Salvatore Trinchese (1836-1897), zoologiste italien qui étudia les mollusques gastéropodes.
Le genre a été décrit par Hermann von Ihering en 1879.

caerulea : du latin [caerulea] = coloré de bleu, bleu, couleur d'azur.

A propos de l'ancien nom de genre, Cuthona : origine du mot incertaine. Dans les Poèmes d'Ossian, recueil de poèmes gaéliques du IIIe siècle, publiés en anglais par James Macpherson entre 1760 et 1763 et relatant une épopée irlandaise, un personnage féminin nommé Cuthona est enlevé à son fiancé Conlath. Celui-ci meurt dans une bagarre avec Toscar, le ravisseur. Cuthona meurt de chagrin 3 jours après. Origine à confirmer.
En vieil anglais : -cuth = connu, bien connu (old English dictionnary).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Tergipedidae Tergipédidés Petits éolidiens avec une seule série de cérates fusiformes parfois renflés, peu nombreux, de chaque côté du dos, au pied arrondi en avant, aux rhinophores et tentacules buccaux simples.
Genre Trinchesia
Espèce caerulea

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