Trapanie blanche

Trapania pallida | Kress, 1968

N° 1484

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Nudibranche de moins de 15 mm, de couleur blanche translucide
Appendices en forme de doigts (derrière les rhinophores et à côté des branchies)
Taches blanches opaques sur rhinophores, appendices digités, branchies, pied
Rhinophores annelés et blanc nacré sur les extrémités
Trois feuilles branchiales

Noms

Autres noms communs français

Trapania pâle

Distribution géographique

Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Ce nudibranche est commun sur les côtes de l'Atlantique Nord-Est, de l'Angleterre à l'Espagne. Il est fréquent en Bretagne (nord et sud).
Il semble, a contrario, être très rare en Méditerranée puisqu'à ce jour de 2011 aucune publication scientifique n'en fait mention ; mais des photographes de DORIS ont plusieurs fois surpris Trapania pallida sur la Côte d'Azur !

Biotope

Cette espèce se trouve à faible profondeur (10 à 20 m), sur les fonds rocheux du littoral. On la rencontrera parmi les hydraires, les bryozoaires, sur des éponges (comme Myxilla rosacea) ou des gorgones (comme Leptogorgia sarmentosa) sur lesquels elle trouve des entoproctes, petits animaux vivant à leur surface, et dont ce nudibranche se nourrit.

Description

Trapania pallida est une petite limace allongée, de 15 mm maximum, à la queue assez effilée. Sa couleur est blanc translucide (les organes sont visibles en transparence).
Sur la tête, les épais rhinophores* non rétractiles sont annelés. L'angle antérieur du pied se termine par 2 petits tentacules en pointe.
Trapania pallida possède deux appendices caractéristiques en forme de doigt en arrière des rhinophores et deux autres en latéro-externe des branchies*.
Des taches blanches opaques sont clairement visibles sur la pointe des rhinophores, sur les excroissances digitées citées plus haut, sur les branchies, sur la ligne médiane et sur la partie postérieure du pied.
Le panache branchial est constitué de trois branchies en avant de la marge anale.

Espèces ressemblantes

Les autres trapanies ressemblent beaucoup à cette espèce mais l'absence de couleurs autres que le blanc et la présence des appendices digités (derrière les rhinophores et à côté des branchies) permettent une identification fiable en faveur de Trapania pallida.

Trapania lineata Haefelfinger, 1960 a la même morphologie, avec un réseau de lignes blanches sur la longueur du manteau et le corps parfois rougeâtre ou brun clair. Les extrémités des tentacules, des extensions, des rhinophores, des branchies* et la pointe de la queue sont jaune orangé, ce qui n'est pas le cas chez T. pallida. Elle est endémique de Méditerranée.

Trapania hispalensis Cervera, Garcia-Gomez, 1989, présente une coloration générale blanc translucide, avec des appendices jaunes à leurs extrémités, mais sans tache sur le corps.

Trapania maculata Haefelfinger, 1960 montre une couleur générale blanc translucide avec des taches jaunes principalement localisées sur les extrémités ainsi que sur le manteau. Pas de lignes blanches sur le corps. Les extensions digitées sont plus développées que chez T. pallida.

Polycera quadrilineata (Müller O.F., 1776). Attention, certaines variations de cette espèce sont trompeuses, la seule différence pouvant être l'absence d'extensions incurvées sous les rhinophores* et surtout la présence d'un voile oral digité.

Trapania fusca
(Lafont, 1874). Cette espèce a une couleur de fond jaunâtre et des lignes ponctuées blanc opaque sont présentes sur le dos et les côtés du corps.

Alimentation

Ces trapanies, comme tous les nudibranches, sont des carnivores. Mais si Trapania pallida est souvent vue sur des hydraires, des éponges ou même des gorgones, ces organismes ne sont pas les proies du nudibranche. Trapania pallida se nourrit d'entoproctes (ou kamptozoaires). Ce sont de petits animaux minuscules, vivant en épibiontes* sur d'autres organismes, végétaux, hydrozoaires, spongiaires, gorgones... Notre trapanie blanche semble même préférer les entoproctes du genre Pedicellina ou Loxosomella. Ces animaux sont difficiles à voir à l'œil nu et le zoïde* a la forme d'une massue, avec un pédoncule fixé qui, s'évasant, devient calice portant tentacules et renfermant tous les organes.

Reproduction - Multiplication

L'animal est hermaphrodite et la reproduction est sexuée par accouplement, en position tête-bêche, sur leur côté droit. En effet, le pore génital débouche sur le flanc droit de l'individu, derrière la tête. Durant le contact, les deux partenaires s'échangeront leurs gamètes mâles respectifs et chacun pourra ensuite aller pondre de son côté.
La ponte d'œufs blancs est en ruban.

Divers biologie

Les rhinophores* sont les organes de perception chimique des nudibranches. C'est entre autre grâce à eux que l'animal perçoit son environnement, reconnaît la signature chimique de ses congénères ou ses proies.
Ces rhinophores sont également utiles à l'orientation car sensibles aux paramètres physiques, comme le sens des courants, la luminosité, la température, etc.
Les palpes buccaux et labiaux sont, eux, plus précisément destinés à un rapport de contact avec l'environnement.

L'animal, comme beaucoup de mollusques opistobranches, possède dans le larynx une radula*, sorte de râpe dentelée mobile, munie de denticules acérés, qui lui sert à attaquer les zoïdes* lui servant de proies.
La structure de cette radula (nombre de rangées de dents, nombre de dents par rangée, nombre de denticules par dent, position de la cuspide*...), propre à l'espèce, est un élément de taxonomie déterminant.

Origine des noms

Origine du nom français

Trapanie blanche : nom dérivé du nom scientifique et évoquant leur aspect très pâle avec des marques blanches.

Origine du nom scientifique

Trapania : du grec [drepane] ou [drepanon], qui signifie "faux" (pour faucher) et fait référence aux extensions des rhinophores et des branchies qui ont la forme de faux.
Le nom de genre Trapania a été créé en 1931 par Alice Pruvot-Fol (et presque en même temps, MacFarland a créé Drepanida) pour remplacer le nom de genre Drepania Lafont 1874, qui était déjà utilisé en botanique et en paléontologie (Drepania Gregorio, 1930). Pour cela, la racine initiale (drepan-) a été conservée.

pallida : du latin [pallidus] = pâle, blême.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Goniodorididae Goniodorididés Corps de forme haute et trapue. Branchie dorsale. Présence de crêtes ou d'appendices sur ou autour du manteau, autour du panache branchial et des rhinophores. Rhinophores à lamelles sans gaines.
Genre Trapania
Espèce pallida

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