Torpille ocellée

Torpedo torpedo | (Linnaeus, 1758)

N° 1345

Atlantique Est en partie centrale et Méditerranée

Clé d'identification

Disque arrondi
Face dorsale brun rougeâtre
Events pourvus de papilles ou de tubercules
Présence d'ocelles bleus cerclés de noir, auréolés de blanc-jaunâtre
- ordinairement 5
- disposition sur le milieu de la face dorsale

Noms

Autres noms communs français

Tremoulina, troupiale à tâches ocellée, torpille à tâches, dourmillouse, dormillouse, galina (provençal et catalan), trimasgionu (corse)

Noms communs internationaux

Cramp ray, common torpedo, ocellated torpedo (GB), Tremmula ucchiata (I), Tremblador, tremolina común (E), Augenfleck-Zitterrochen (D), Tremelga de olhos (P), Haddiela mtebba' (Malte)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Narcacion torpedo (Linnaeus, 1758)
Raja torpedo (Linnaeus, 1758)
Torpedo narke (Delaroche, 1809)
Torpedo narce
(Risso, 1810)
Torpedo unimaculata (Risso, 1810)
Torpedo ocellata
(Rafinesque, 1810)

Distribution géographique

Atlantique Est en partie centrale et Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Atlantique Est : depuis le sud du golfe de Gascogne à l'Angola, avec l'ensemble de la Méditerranée.
Plus commune en eaux tropicales et dans le sud de la Méditerranée, elle est néanmoins observée ponctuellement sur le littoral comme en Corse ou en Sardaigne.
Les rares captures dans les eaux belges semblent discutables.

Biotope

La torpille ocellée fréquente les fonds sablo-vaseux entre 2 m et 70 m de profondeur. Elle descend néanmoins occasionnellement jusqu'à 400 m de profondeur.

Description

Chez la torpille ocellée, la couleur du dos est brune souvent marbrée de jaune ; la face ventrale est d'un blanc laiteux, gris ou crème avec des bords plus sombres. La peau est lisse (absence de denticules dermiques). Ordinairement, on dénombre 5 ocelles (mais le nombre varie de 1 à 9 ; au-dessus de 6, ces taches rondes sont plus petites). Leur coloration est bleue cerclée de noir, auréolée de blanc jaunâtre. Torpedo torpedo se présente sous forme d'un disque épais et arrondi, prolongé par un long appendice caudal assurant la propulsion par battements. Cette raie possède deux nageoires dorsales bien développées et proches l'une de l'autre ; la première est plus grande que la seconde. Ses spiracles* se trouvent juste en arrière des yeux et sont de même proportion. Leur ouverture est en étoile et comporte de courtes papilles. La longueur totale maximale recensée est de 60 cm pour les mâles et de 39 à 41 cm pour les femelles. La littérature évoque parfois des spécimens d'un mètre. Un dimorphisme sexuel semble se manifester par une différence de taille entre mâles et femelles, au bénéfice de ces dernières.

Espèces ressemblantes

Il existe une vingtaine de raies-torpilles ; seules trois autres espèces fréquentent les mêmes eaux et sont éventuellement source de confusion :

Torpedo marmorata
Risso, 1810 : la torpille marbrée possède une coloration caractéristique évoquant la pierre qui lui donne son nom ; sa robe peut être aussi mouchetée. Son aire de distribution est identique, mais remonte jusqu'en mer du Nord.

Torpedo nobiliana Bonaparte, 1835 : la torpille noire possède une aire de distribution qui dépasse largement celle de la torpille ocellée mais sa coloration uniforme brun-noir à violette ou gris sombre en face dorsale et blanc-crème en face ventrale permet de la distinguer. Sa taille est également plus importante.

Torpedo alexandrinsis
Mahzar, 1982 : la torpille d'Alexandrie est présente dans l'ouest de l'océan Indien ; elle est endémique en zone septentrionale de la mer Rouge mais, contrairement à ce que laisserait penser son nom, absente du bassin oriental de la Méditerranée. Le disque constituant le corps est plus long que large et il existe 7 papilles courtes autour des spiracles.

Alimentation

Prédatrice d'embuscade, la torpille ocellée se pose sur les fonds sédimenteux, s'ensable et attend ses proies qu'elle électrise. Son régime est essentiellement piscivore* (comprenant notamment des soles, des rougets, des gobies, des pagres, des dragonnets...) et consomme, dans une moindre mesure, des crustacés. Les juvéniles ont une alimentation plus large que les adultes. Le régime varie également selon les saisons : ainsi, en mer Tyrrhénienne, la sole (Solea solea) juvénile constitue la proie privilégiée en automne et en hiver ; au printemps et en été, sa disponibilité chutant, d'autres cibles sont alors recherchées.

Reproduction - Multiplication

Chez Torpedo torpedo, la taille des mâles à maturité atteint 18 cm et 22 cm pour les femelles.
Ces dernières peuvent venir très près du bord lors de la mise à bas.
La reproduction se rythme de manière annuelle et saisonnière, selon un mode de viviparité aplacentaire (ovoviviparité*).
L'accouplement se produit entre décembre et février dans le bassin oriental de la Méditerranée.
L'ovulation suit en mars-avril, les spermatozoïdes* étant préalablement stockés dans des glandes nidamentaires* jusqu'à la période de fécondation. La gestation se déroule en cinq ou six mois et les naissances interviennent à partir de fin août et en septembre.
La taille moyenne des embryons s'échelonne entre 4,6 et 8,2 cm.
La femelle engendre jusqu'à une vingtaine de jeunes raies.

Vie associée

Phyllobothrium lactuca est un endoparasite* spécifique de la valvule spirale* du sélacien Torpedo torpedo (Linnaeus, 1758). On connaît encore Contracaecum sp. et, se fixant aux branchies : Amphibdella paronaperugiae et Amphibdelloides benhassinae.
La sangsue marine Branchellion torpenidis est un parasite externe commun des raies-torpilles ; de couleur brun-noir pointillé de blanc jaunâtre.

Divers biologie

La taille moyenne de cette raie se situe aux alentours de 60 cm. Le spécimen de torpille ocellée le plus imposant officiellement recensé pesait 4,8 kg.
Un cas d'albinisme pour une femelle adulte a été signalé (côtes nord-tunisiennes).
Les organes électriques (électro-palpes) de la torpille ocellée sont contrôlés par le système nerveux central. Ils se situent de part et d'autre de la tête, sous la peau qui est nue. Ils sont constitués d'empilements de cellules ; chacune agit comme une pile Volta. Le pôle négatif se situe sur la face ventrale.
Pour se défendre, cette raie peut générer des chocs électriques de l'ordre de 45 à 200 V.
Au Sénégal, les artisans utilisent la peau de cette torpille pour fabriquer des amulettes (qu'il n'est pas conseillé d'acheter comme souvenir exotique) mais la chair n'est pas consommée.

Informations complémentaires

Le choc électrique peut être sévère pour l'Homme mais on n'enregistre aucun décès.
C'est en profondeur, jusqu'à 400 m, que cette raie fait parfois l'objet de capture au chalut.

Réglementation

Les données manquent pour permettre d'évaluer sérieusement le statut de l'espèce (classement UICN : DD = données déficientes).
Par mesure de précaution, l'état des stocks étant inconnu, l'UICN incite les pêcheurs à relâcher toute prise vivante de Torpedo torpedo. On ne connaît pas ses aires de nursery qu'il faudrait protéger. La surveillance de cette espèce est recommandée.

Origine des noms

Origine du nom français

"Torpille" est issue du latin "torpedo"; avec changement de suffixe, il pourrait s'agir d'un terme d'origine provençale : "torpin" (XVIe siècle).
"ocellée" renvoie évidemment aux taches constituant un caractère distinctif de l'espèce.

Origine du nom scientifique

Torpedo du latin [Torpedo] = torpeur, engourdissement, en raison de l'état dans lequel se trouve celui qui reçoit une décharge électrique.
La première utilisation du mot torpedo semble devoir être attribuée à Pline ; ce terme serait la traduction du mot grec [närke], soulignant précisément l'aspect produit par la décharge électrique.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Chondrichthyes Chondrichthyens Squelette cartilagineux, deux nageoires dorsales et une anale (primitivement), nageoire caudale hétérocerque*, deux paires de nageoires paires, bouche disposée sur la face ventrale.
Sous-classe Elasmobranchii Elasmobranches Squelette des nageoires pectorales tribasal. Deux nageoires dorsales. 5 ou 6 paires de fentes branchiales et des spiracles.
Super ordre Euselachii Sélaciens Raies et requins.
Ordre Torpediniformes Torpédiniformes Raies électriques.
Famille Torpedinidae Torpédinidés
Genre Torpedo
Espèce torpedo

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