Lièvre de mer strié

Stylocheilus longicauda | (Quoy & Gaimard, 1825)

N° 1357

Circumtropical

Clé d'identification

Aplysie translucide beige clair à brun rougeâtre
Manteau strié de lignes brunes et des taches bleues
Corps couvert de papilles simples ou ramifiées
Petite taille, de l'ordre de 6 à 7 cm
A faible profondeur, parfois en très grand nombre

Noms

Autres noms communs français

Lièvre de mer à points bleus, lièvre de mer à anneaux bleus

Noms communs internationaux

Blue ring sea hare, furry sea hare (GB), Blaupunkt Seehase (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Stylocheilus striatus Quoy & Gaimard, 1832
Aplysia striata Quoy & Gaimard, 1832
Stylocheilus erythraeus Bergh, 1908

Bill Rudman (Seaslugs Forum) propose que la variété jaune qui vit plutôt sur les algues dérivantes soit Stylocheilus longicauda (Quoy & Gaimard, 1825) et que l'espèce avec des lignes soit Stylocheilus striatus (Quoy & Gaimard, 1832). [voir Rudman, W. B., 1999 (Aug 5) The true identity of Stylocheilus longicauda].

Distribution géographique

Circumtropical

Zones DORIS : Indo-Pacifique, Caraïbes

Le lièvre de mer strié a une distribution circumtropicale, on pourra l'observer dans l'Indo-pacifique tropical et dans l'océan Atlantique tropical.

Biotope

Stylocheilus longicauda se rencontre de la zone intertidale* jusqu'à 30 m de profondeur. On le trouvera surtout à faible profondeur, sur fond sablo-vaseux, là où se développent les algues et les cyanobactéries qui composent l'essentiel de son alimentation.

Description

Ce petit lièvre de mer au corps allongé peut atteindre 6 à 7 cm de long. Le corps translucide beige clair à brun rougeâtre présente de fines lignes brunes ou vertes et des taches de même couleur dont la zone centrale est bleue. La tête porte deux paires de tentacules. A la base des rhinophores* on peut distinguer les yeux. Des papilles simples ou ramifiées couvrent le corps. Comme les autres aplysies, l'animal dérangé produit un liquide violet. Il ne possède pas de coquille et la branchie est visible dorsalement, entre les parapodes.

Espèces ressemblantes

Cette aplysie ressemble de loin à Bursatella leachii mieux connue des aquariophiles.
Elle est encore confondue avec Stylocheilus striatus (Quoy & Gaimard, 1825) mais une ambigüité scientifique persiste (voir § Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides infra).

Alimentation

Stylocheilus longicauda broute les algues microscopiques ainsi que le film de cyanobactéries qui se développe sur les rochers ou à la surface des sédiments vaseux. Lors des efflorescences* (blooms) de Lyngbya majuscula (cyanobactérie produisant des toxines - voir la rubrique informations complémentaires), Stylocheilus longicauda s'en nourrit sans dommage. Accessoirement, on l'a déjà observé brouter des éponges.

Reproduction - Multiplication

Stylocheilus longicauda comme toutes les aplysies est hermaphrodite* simultané (chaque individu peut jouer en même temps le rôle du mâle et celui de la femelle). Le pénis, rétracté quand il n'est pas en fonction, sort sur le côté droit. L'orifice génital femelle est placé un peu plus en arrière. Les animaux peuvent ainsi former de longues chaînes d'accouplement ou un individu est mâle pour le précédent et femelle pour le suivant.
La ponte forme un long cordon brun ou verdâtre accroché au substrat (comme un tas de spaghettis). Les œufs sont blanchâtres.

Vie associée

Cette aplysie est consommée par plusieurs espèces d'opisthobranches comme Philinopsis speciosa et Gymnodoris aurita.

Divers biologie

Comme d'autres lièvres de mer, Stylocheilus longicauda produit un liquide violacé lorsqu'il est dérangé.

Cette espèce peut parfois se rencontrer en très grand nombre : plusieurs milliers d'individus sur quelques mètres carrés et des files de centaines d'individus se suivant comme des chenilles processionnaires. Ce comportement grégaire a été décrit à plusieurs endroits dans le monde : îles Caraïbes, Hawaï, grande barrière australienne. Il est nommé "swarming" (= essaimage) par les anglophones. On penserait a priori à un phénomène saisonnier pour la reproduction se produisant au printemps (de septembre à novembre dans l'hémisphère sud) mais il y a des exceptions. Il a été observé en novembre 2005 dans le lagon de la Saline sur l'île de la Réunion par Ph. Bidgrain et D. Nardin.
Toutefois l'interprétation de ce phénomène de fortes concentrations d'individus appartenant à la même espèce est assez controversée. Rudman pose la question de l'origine de ces concentrations saisonnières : correspondent-elles à une migration vers un endroit précis ou à une attraction dûe à des phéromones ou encore ces organismes sont-ils accumulés passivement par les vagues, les courants, le vent ?
Comme ces accumulations conduisent à des mortalités massives, Rudman pencherait plutôt pour une conjonction d'évènements comme une installation massive de larves, un bon développement de l'algue fourrage, de bonnes conditions climatiques pendant la période de croissance, etc... (Rudman, 2002).

Informations complémentaires

Cette espèce stocke des toxines issues de la cyanobactérie qu'elle consomme.

La cyanobactérie Lyngbya majuscula (Dillwyn) Harvey, 1833 sécrète différentes toxines comme l'aplysiotoxine et la débromaplysiotoxine (les molécules ont d'abord été découvertes chez le mollusque) à l'origine de démangeaisons chez des nageurs (à Hawaï par exemple) lors de fortes efflorescences* de cette espèce. Ces toxines après études se révèlent fortement cancérigènes.
Stylocheilus longicauda selon Capper & all (2002) est un consommateur vorace de Lyngbya majuscula et contient dans sa glande digestive l'aplysiotoxine et la débromaplysiotoxine. Du fait de la localisation de ces substances dans la glande digestive, les auteurs ne pensent pas qu'il s'agisse pour le mollusque d'un système de défense.
Stylocheilus longicauda a une large phase de dispersion planctonique et les larves semblent préférer Lyngbya majuscula pour se poser. Cependant notre mollusque peut consommer de nombreuses autres algues voire même des éponges, mais ne semble pas indisposé par une consommation parfois exclusive de Lyngbya majuscula et possède certainement un système de protection contre ces toxines capables d'induire des tumeurs chez les animaux de laboratoire.

Origine des noms

Origine du nom français

Lièvre de mer strié et lièvre de mer à points bleus (traduction du nom vernaculaire anglais) sont des propositions du site DORIS.

Origine du nom scientifique

Stylocheilus : du grec [stylos] = colonne et [cheilos] = lèvre : sur la partie inférieure de la bouche, la lèvre est dilatée latéralement et forme des expansions coniques aiguës comme une troisième paire de tentacules. Ce caractère, avec les tentacules munis de papilles, sont les caractéristiques du genre Stylocheilus créé par John Gould en 1852.

longicauda : du latin [long-] = long, longueur, du latin [caud-] = queue.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Anaspidea / Aplysiomorpha Anaspides / Aplysiomorphes Coquille petite (ou absente) généralement recouverte par le manteau (parapodes). Présence ou non d’une branchie plissée, tête portant des tentacules et des rhinophores. Cavité palléale située à droite. Mangeurs de végétaux. Tous marins, zones côtières.
Famille Notarchidae Notarchidés Pas de coquille, petits parapodes.
Genre Stylocheilus
Espèce longicauda

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