Limace à bigoudis

Spurilla neapolitana | (delle Chiaje, 1844)

N° 497

Atlantique et Méditerranée, Caraïbes, Pacifique Est

Clé d'identification

Eolidien de grande taille, jusqu’à 70 mm
Papilles dorsales enroulées en forme de virgule
"Bigoudis" sur le dos
Rhinophores* à lamelles obliques
Absence de bandes claires et sombres sur les tentacules buccaux, rhinophores et cérates*

Noms

Noms communs internationaux

Neapolitan spurilla (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Eolis sargassicola Kroyer, 1861
Flabellina neapolitana A. Costa
Flabellina inornata A. Costa, 1866
Eolis conspersa Fischer P., 1869
Eolidia conspersa Fischer, 1874
Eolidina gabriellae Vannucci, 1952
Spurilla dakariensis Pruvot-Fol, 1953
Spurilla mograbina Pruvot-Fol, 1953

Distribution géographique

Atlantique et Méditerranée, Caraïbes, Pacifique Est

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Caraïbes

Atlantique Est tempéré ; côtes européenne et africaine, du golfe de Gascogne au Sénégal. B. Picton ne le mentionne pas autour des îles Britanniques.
Méditerranée.
Atlantique Ouest sur la côte américaine de la Floride au Brésil.
Est Pacifique en Basse-Californie.
Certains spécialistes (Juan-Lucas Cervera, de Cadix) émettent des doutes sur l'identification des Spurilla tropicales, mais la plupart s'accordent pour les identifier comme Spurilla neapolitana.

Biotope

Dans la zone infra-littorale*, les Spurilla se cachent sous les pierres et les coquilles mortes le jour. On en trouve aussi dans les herbiers de Zostera noltii, dans la zone intertidale*, et sur les Zostera marina, un peu plus bas.
La nuit, elles circulent dans les zones rocheuses de 3 à 15 mètres.

Description

Cet éolidien peut atteindre une grande taille, jusqu’à 70 mm. Au premier coup d’œil, on remarque les cérates* (papilles dorsales), plus larges à la base qu’au sommet, enroulés en forme de virgule inversée ou de crosse. Ils sont nombreux, formant quatre ou cinq rangées en avant du cœur où ils laissent un espace libre, et une dizaine de rangées en arrière. Les cérates sont tous à peu près de la même taille. On dirait que cette limace porte des bigoudis. Le pied* est arrondi en avant et effilé en arrière ; il est recouvert par les cérates sur les bords et en arrière. Il présente une sorte de mufle arrondi en avant. De part et d’autre, les tentacules buccaux, fins, ont la même longueur que les rhinophores*.
Les rhinophores portent des lamelles obliques qui se rejoignent à la face dorsale.
La couleur générale est très variable selon l’âge et le biotope de l’animal. Les jeunes, qui vivent sous les coquilles mortes, sont blancs ou gris clair ; les individus plus âgés, de 3 ou 4 cm, sont volontiers rose saumon, ou orangés quand ils vivent à des profondeurs supérieures à 3 mètres. On peut voir aussi des individus qui vivent sur les herbiers à très faible profondeur, marbrés de dessins brun foncé.
Les rhinophores, les tentacules labiaux et les cérates sont de couleur uniforme, jamais rayés de bandes plus sombres.
Dans certaines régions, notamment en Afrique, les Spurilla arborent sur le corps, les cérates et les tentacules buccaux de multiples taches blanc mat.

Espèces ressemblantes

Les autres Eolidiens en général et Pruvotfolia pselliotes en particulier.
Mais les cérates ne sont pas tous de taille identique et de forme recourbée ; ceux du centre du dos sont longs et recourbés ; ceux des bords sont courts et droits. Et les rhinophores, les tentacules buccaux et les cérates sont rayés de bandes claires et brunes.

Alimentation

Comme bien des éolidiens, Spurilla est un prédateur d’anémones de mer. Au fur et à mesure de sa croissance, les espèces consommées varient. Mme H. Gantès cite Aiptasia couchii et Anemonia viridis (sulcata). Les gros adultes gobent Actinothoe sphyrodeta (observation du rédacteur). Pour attaquer les anémones, Spurilla dilate son mufle (cf. photo) comme un véritable organe érectile et gobe l’anémone d’un seul morceau. Les tissus de l’anémone sont ensuite broyés, rapés par les fortes mâchoires et par les dents de la radula*.

Reproduction - Multiplication

Les Spurilla sont hermaphrodites*. Les orifices génitaux mâle et femelle sont situés à l’avant droit du pied ; les deux partenaires adoptent donc une position tête-bêche pour copuler. Les copulations et les pontes ont lieu en fin d’été. Les œufs sont disposés en fin ruban cylindrique blanc torsadé sur lui-même et enroulé sur un à deux tours. Le diamètre global de la ponte est de 20 à 30 mm. Les œufs donnent naissance à des larves nageantes mal connues.
On rencontre des individus juvéniles à peu près toute l’année, mais leur taille augmente au cours de l’été et les gros adultes de plus de 50 mm finissent leur vie en novembre ou décembre.

Vie associée

Les individus qui vivent en ambiance sombre, à quelques mètres de profondeur, développent des couleurs claires, allant du blanc au rose orangé. Les individus qui vivent en pleine lumière dans la zone de balancement des marées présentent un réseau de marbrures marron foncé sur les cérates et la peau du dos. Il s’agit d’un réseau de canaux spécialisés, ramifications de la glande digestive, dans lequel se développent des zooxanthelles, dinoflagellés* chlorophylliens microscopiques qui fournissent du sucre à l’animal par photosynthèse*. Bill Rudman, du Muséum de Sydney, parle de Solar-powered sea-slugs, limaces à énergie solaire. Cette symbiose, fréquente en milieu tropical, a été démontrée pour Spurilla neapolitana sur des spécimens de Banyuls. Il semble que ces zooxanthelles soient, en premier, symbiotiques des anémones que mangent les Spurilla. Celles-ci réussissent à se les incorporer vivantes ; on parle alors de symbiose secondaire.
Ces marbrures brunes deviennent plus claires en novembre qu’en juillet-août, témoignant de la moindre activité des zooxanthelles liée à la baisse de la luminosité (observation du rédacteur - cf. photo).

Divers biologie

Comme tous les Eolidiens, Spurilla est capable de gober les anémones sans souffrir, apparamment, de la piqûre des cellules urticantes, les cnidocytes*. La limace digère les cnidocytes sauf ceux qui sont encore à l’état embryonnaire. Ces derniers migrent vers les cérates et sont stockés à la pointe, dans un organe spécialisé, le cnidosac*. En cas d’agression, les cellules urticantes se déclenchent et rendent la limace aussi immangeable pour un prédateur que l’anémone elle-même. D’ailleurs la forme générale et les couleurs des Eolidiens rappellent celles des anémones de mer. On parle de mimétisme mullerien.
Cette espèce est commune dans certaines zones, le bassin d’Arcachon, en particulier.
Les individus vivant sur fonds rocheux ont plutôt une activité nocturne, et passent le jour cachés sous des pierres ou coquilles mortes.
Les dents de la radula* des limaces de mer sont caractéristiques de chaque espèce et permettent aux scientifiques de les identifier. La radula de Spurilla neapolitana est unisériée*, avec des dents pectinées en forme de croissant semi-circulaire, au nombre de 29 environ.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom de "Limace à bigoudis" est une proposition pour le site DORIS. Elle traduit l'aspect général donné à ce nudibranche par les papilles enroulées en virgule qui recouvrent le dos, comme des bigoudis sur la tête.

Origine du nom scientifique

Spurilla : diminutif du latin [spurium] = sexe de la femme ou sorte d’animal marin (selon Apulée). Les cérates enroulés de part et d’autre de la ligne médiane du dos rappelleraient-ils les boucles de la toison pubienne ?
neapolitana : en latin = napolitaine. La première description a été faite sur des spécimens trouvés dans la baie de Naples.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Aeolidiina Eolidiens Corps long et effilé portant des cérates simples, alignés ou non sur plusieurs rangées ou en bouquets. Tête avec deux paires de tentacules, la postérieure (rhinophores) sans gaine. Coins antérieurs du pied parfois effilés en tentacule. La majorité consomme des cnidaires mais certains mangent d’autres opisthobranches ou des œufs de poissons.
Famille Aeolidiidae Eolidiidés Éolidiens au corps large, rhinophores et tentacules buccaux simples sans lamelles, pas de tentacule pédieux, cérates nombreux (non groupés) laissant le milieu du dos libre.
Genre Spurilla
Espèce neapolitana

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