Copépodes endoparasites des nudibranches

Splanchnotrophus spp. |

N° 4665

Du nord de l'Europe à la Méditerranée

Clé d'identification

Présence des sacs ovigères souvent blancs à la surface d'un nudibranche

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Les espèces des genres Lomanoticola, Ceratosomicola et Arthurius appartenaient auparavant au genre Splanchnotrophus.

Distribution géographique

Du nord de l'Europe à la Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Le genre Splanchnotrophus semblait réduit aux espèces européennes avec une distribution du nord de l'Europe à la Méditerranée, mais la description de deux espèces nouvelles au Japon (en 2012) modifie cette distribution.

Le genre Lomanoticola est présent du nord de l'Europe à la Méditerranée.

Le genre Ismaïla est décrit de la côte pacifique des Amériques (de l'état de Washington au détroit de Magellan).

Le genre Arthurius et le genre Ceratosomicola sont présents dans l'ouest du Pacifique.

Biotope

Ce sont des endoparasites* de nombreuses espèces de nudibranches.

Description

On ne voit que deux petits boudins blanchâtres courbes (des sacs ovigères*) qui font saillie à la surface du corps d'un nudibranche...

Le corps d'un copépode "classique" (du type Cyclops) est formé de deux parties :

  • une région antérieure (ou prosome), longue et renflée, formée de 6 segments : en premier la tête portant 5 paires d'appendices dont les deux premiers sont la paire d'antennules* longues et articulées, puis la paire d'antennes* à 2 rames courtes. Ensuite, il y a 5 segments thoraciques portant ventralement chacun une paire de pattes natatoires à 2 rames.
  • une région postérieure, l'abdomen (ou urosome), formé de 4 segments chez la femelle et de 5 segments chez le mâle, sans appendices sauf le dernier qui porte une furca* .

La femelle adulte vit dans le corps de son hôte. Elle a un corps compact très modifié avec un large prosome sans segmentation externe et un petit urosome de 2 segments. Entre sa fixation dans son hôte et sa maturité sexuelle, la forme de la femelle évolue à chaque mue. Les sacs ovigères portés par la femelle à l'extérieur de l'hôte contiennent plusieurs rangées d'œufs.
Le mâle est plus petit que la femelle, il a un aspect de Cyclops (forme de copépode classique) en général peu modifié. Il vit généralement sous la peau de son hôte.

Espèces ressemblantes

En Europe, il existe deux genres de copépodes endoparasites de nudibranches (Splanchnotrophus et Lomanoticola) et plusieurs espèces (6) que l’on peut éventuellement distinguer par les seuls caractères observables sans dissection : la forme des sacs ovigères portés par les femelles disposés à l’extérieur du corps de l’hôte et l’espèce d’hôte, encore que les copépodes du genre Splanchnotrophus puissent infester plusieurs hôtes.

Sacs ovigères avec lobes antérieurs et postérieurs contenant plusieurs rangs de petits œufs (70 µm) attachés à peu près à la moitié de leur longueur : genre Splanchnotrophus (4 espèces européennes) :

Sacs ovigères relativement petits, en forme de rein, contenant plusieurs rangs de grands œufs ; Genre Lomanoticola (2 espèces au niveau mondial) :

  • jaunâtres : Lomanoticola brevipes (Hancock & Norman, 1863) restreint à l'Europe Nord-Ouest avec une très grande diversité de nudibranches hôtes comme : Doto coronata (Gmelin, 1791), Doto pinnatifida (Montagu,1804), Coryphella verrucosa (Sars M, 1829), Eubranchus tricolor Forbes, 1838, Trinchesia genovae (O'Donoghue, 1929) ;
  • Lomanoticola insolens Scott & Scott, 1895 présent du nord de l'Europe à la Méditerranée, observé, pour le moment, uniquement sur Lomanotus genei Vérany, 1846.

Dans l'océan Indien et dans l'océan Pacifique, on peut observer des sacs ovigères d'aspects différents :

  • cylindriques, attachés à la femelle, en position terminale ou sub-terminale, à plusieurs rangs de petits œufs.
    • Genre Ismaïla (14 espèces) sur la côte pacifique des Amériques (de l'état de Washington au détroit de Magellan, comme Ismaïla monstrosa Bergh, 1867 observé sur Phidiana lynceus Bergh, 1867 et Ercolania viridis (A. Costa, 1866).
    • Genre Ceratosomicola (5 espèces) comme Ceratosomicola sacculata (O'Donoghue, 1924), (sacs ovigères jaune d'or), observé sur Ceratosoma brevicaudatum Abraham, 1876, ou C. coia Salmen, Wilson & Schrödl, 2008 (sacs ovigères oranges) sur Goniobranchus coi (Risbec, 1956), ou C. delicata Salmen, Wilson & Schrödl, 2008 (sacs ovigères roses) sur Goniobranchus geometricus (Risbec, 1928) et C. mammillata Salmen, Wilson & Schrödl, 2008 (sacs ovigères lilas) sur Hypselodoris tryoni (Garrett, 1873).
  • en forme de saucisse, attachés à l'extrémité, à plusieurs rangs d'œufs de grandes tailles : genre Arthurius (3 espèces) comme Arthurius elysiae (Jensen, 1990) observé sur Elysia australis (Quoy & Gaimard, 1832).

Bien sûr, cette liste n'est pas exhaustive.

Alimentation

Ce sont tous des endoparasites de nudibranches. La femelle est en général située dans l’hémocoele* au niveau des reins, ou bien du péricarde*, ou encore dans les diverticules digestifs (cérates* des éolidiens par exemple). Ces parasites semblent se nourrir des fluides de leur hôte.

Reproduction - Multiplication

Comme chez tous les copépodes, les sexes sont séparés. Il y a accouplement. Le mâle est attiré par les phéromones* sécrétées par la femelle. Lors de l'accouplement le mâle dépose un spermatophore* à proximité de l'orifice génital de la femelle. Après fécondation, les œufs sont conservés dans les sacs ovigères portés par la femelle. Les œufs sont petits, blanchâtres et très nombreux disposés en 8 ou 10 rangées longitudinales dans chaque sac ovigère.
Chaque œuf libère une larve* au stade nauplius* dans le plancton*. Chez les copépodes, le développement se fait en 12 stades distincts (6 stades naupliens puis 6 stades cyclopoïdes ou copépodites*). Le passage d'un stade à l'autre se fait par une mue, l'animal change de cuticule*. Au dernier stade, la croissance s'arrête (il y a une mue qualifiée de "terminale" chez les copépodes, comme chez les insectes). Les nauplius* des copépodes sont caractéristiques avec des soies furcales divergentes.

Les copépodes de la famille des Splanchnotrophidés montrent un grand dimorphisme sexuel, les mâles ont un aspect classique de copépode (cyclopiforme – en forme de Cyclops-) et les femelles sont très différentes (on parle d'hypermorphose).
Il y a au moins deux stades pour les nauplius planctotrophiques* et le stade copépodite* 1 est probablement le stade infectieux.

Les mâles ne sont présents que dans les hôtes déjà infectés par les femelles.

L’urosome de la femelle perce la peau de l’hôte afin que les sacs ovigères soient à l’extérieur.

Vie associée

Plusieurs individus peuvent infester le même hôte et des copépodes ectoparasites comme Doridicola agilis peuvent être également présents.

Divers biologie

La famille des Splanchnotrophidés est une famille originale de copépodes endoparasites. Ils ont comme hôtes des gastéropodes opisthobranches nudibranches, des sacoglosses et des ptéropodes.

Les dommages infligés aux hôtes sont très variables : d’aucun dommage apparent à la destruction de certains organes comme le tube digestif, la glande digestive, voire l’atrophie des glandes génitales.

Informations complémentaires

Selon les spécialistes, les Splanchnotrophidés sont associés de façon préférentielle aux opisthobranches qui présentent des expansions digitiformes dorsales (les cérates) tels que les Eolidiens, les Dendronotacés (Doto) chez les nudibranches et les Limapontiidés chez les sacoglosses. Cela permettrait de camoufler les sacs ovigères et d’assurer une bonne circulation de l’eau pour l’oxygénation puis pour la dispersion des larves.

Origine des noms

Origine du nom français

Ces copépodes sont des endoparasites* de mollusques opisthobranches.

Origine du nom scientifique

Splanchnotrophus : selon Bergh,1876 signifie le contraire de ce que voulaient exprimer les créateurs du genre (Hancock & Norman, 1863) : "qui nourrit les viscères" au lieu de "qui se nourrit de viscères".
Lomanoticola : Lomanotus nom de genre de l’hôte (un nudibranche) et cola du latin [colere] = qui habite, donc qui vit dans Lomanotus ;
Arthurius : le genre est nommé d'après Arthur G. Humes en reconnaissance de son énorme contribution à la taxonomie des copépodes parasites ;
Ceratosomicola : Ceratosoma nom de genre de l’hôte (un nudibranche) et cola du latin [colere] = qui habite, donc qui vit dans Ceratosoma ;

angulatus : du latin [angulatus] = qui a des angles (sur le céphalosome, la partie antérieure).
agilis : du latin [agilis] = agile, leste ;
helianthus : du grec [helios] = le soleil, et du grec [anthos] = fleur, la femelle est de couleur jaune tournesol ;
imagawai : dédié à K. Imagawa, plongeur professionnel japonais ;
willemi : dédié au Dr Willem de Gand par Emile Canu ;
brevipes : du latin [brevis] = court et du latin [pes] = patte, donc à pattes courtes ;
elysiae : génitif de Elysia, nom de genre de gastéropodes opisthobranches sacoglosses, donc des élysies ;
insolens : du latin [insolens] = inaccoutumé, insolite ;
sacculata : du latin [sacculus] = petit sac et du suffixe latin [-ta] qui exprime une manière d'être, donc en forme de petit sac ;
coia : en référence à l'hôte Goniobranchus coi;
delicata : du latin [delicata] = délicat, la cuticule de cette espèce est facilement endommagée ;
mammillata : diminutif du latin [mamma] = mamelle, en référence aux petits renflements présents sur le côté ventral des femelles;
Ismaila : de l'arabe, Ismaël, fis d'Abraham et d'Agar.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Sous-classe Copepoda Copépodes

Petits crustacés, le plus souvent de quelques mm, aquatiques, libres ou parasites, au corps en deux parties recouvert d'une carapace de chitine, antennes natatoires, un seul oeil médian (œil nauplien), dans de nombreuses espèces les femelles peuvent porter éventuellement 1 ou 2 sacs ovigères latéraux.

Super ordre Podoplea Podopléens

Le corps est divisé en deux parties, la séparation passe en avant du dernier segment thoracique. Le corps postérieur est formé de l'abdomen et d'un segment thoracique et porte une paire d'appendices à la face ventrale.(Rose, 1933)

Ordre Cyclopoida Cyclopoides

Première paire d'antennes plus courtes que la tête et le thorax, la deuxième paire est parfois uniramée.

Famille Splanchnotrophidae Splanchnotrophides

Copépodes endoparasites de mollusques opisthobranches (Nudibranches et Sacoglosses) avec un très fort dimorphisme sexuel.

Genre Splanchnotrophus
Espèce spp.

Nos partenaires