Hydraire cyprès

Sertularia cupressina | Linnaeus, 1758

N° 4258

Atlantique Nord, Manche, mer du Nord

Clé d'identification

Colonies minces et érigées hautes de 30 à 60 cm
Rencontrées souvent de manière monopodiale (un seul pied par colonie)
Internœuds avec 2 branches et 1 paire d'hydrothèques
Deux dents latérales à peu près égales sur le bord de l’hydrothèque
Branches divisées irrégulièrement, disposées sur un seul plan
Hydrothèques imperceptiblement courbées vers l'extérieur

Noms

Autres noms communs français

Sertulaire cyprès, plume de mer (ce dernier nom est un nom commun donné à tous les hydraires ayant une enveloppe rigide).

Noms communs internationaux

Sea cypress hydroid, white weed hydroid et plus généralement seamoossea fir (sapin de mer !) (GB), Zypressenmoos, Seemoos (D), Zeemos, zeecypres (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Thuiaria cupressina Linnaeus, 1758

Distribution géographique

Atlantique Nord, Manche, mer du Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique

Sa répartition s'étend à tout l'océan Atlantique Nord. On la trouve des côtes du Canada jusqu’en Guyane à l'ouest et, à l'est du nord des côtes européennes jusqu'au sud de la Bretagne, en passant par la Manche et la mer du Nord où elle est très abondante. Elle est également présente à la Réunion, à Mayotte et dans les Terres Australes et Antarctiques Françaises.

Biotope

L'espèce Sertularia cupressina vit fixée à un support solide comme des coquillages (huîtres, moules, coquille Saint-Jacques), des pierres ou des roches, des galets, dans des zones à courant soutenu de la zone médiolittorale* jusqu'à plus de 100 m de profondeur. Elle est très commune parmi les laisses de mer.

Description

L’espèce Sertularia cupressina forme des colonies minces et érigées pouvant atteindre couramment 30 à 60 cm de hauteur, quelques fois d'avantage. Le squelette souple est formé de chitine*.
Elle vit fixée par un stolon* (hydrorhize*) très court en rapport à la taille. On la rencontre le plus souvent de manière monopodiale ( = une seule colonie sur un seul pied).

  • L'axe principal, l'hydrocaule*, est polysiphonique (plusieurs tubes accolés), flexible et de couleur brune. Sa partie inférieure peut paraître dénudée ou simplement avec de courtes branches non ramifiées. Les internœuds comportent habituellement 2 (parfois 1 ou 3) branches plus claires et plus ou moins ramifiées et une paire d'hydrothèques* (logette des polypes*) presque opposées.
  • Les branches (les hydroclades*) sont polysiphoniques, divisées irrégulièrement et implantées sur l'axe principal de manière alternée mais globalement sur un seul plan. L'allure générale change à partir de la deuxième année (quand la longueur de la colonie mesure environ 40 mm) par l'acquisition des branches secondaires et tertiaires donnant à l'ensemble une apparence plus élancée et gracieuse. La colonie tend ainsi vers sa forme adulte définitive. L’extrémité de ces branches pointe typiquement vers le bas.
  • Les hydrothèques sont tubulaires, bisériées (en deux rangées) avec un léger décalage. Elles sont imperceptiblement courbées vers l'extérieur de leur support et à peu près fusionnées à leur support (ou adnées) aux 3/4. Le côté dont la direction est opposée à l’axe est très droit montrant à peine une légère courbure. L'ouverture est orientée vers le haut et est terminée par 2 entailles biseautées (pointes marginales) dans l'axe de la colonie et produisant donc 2 dents latérales ou cuspides* (c'est un caractère du genre Sertularia) approximativement égales. Parfois l'entaille côté support semble plus importante que l'entaille côté extérieur.
  • Les gonothèques* mâles et femelles sont identiques et peuvent prendre plusieurs formes : très ovalisée avec un ou deux épaulements* et parfois une petite pointe au bout des épaulements. Elles se développent dispersées sur les branches et attachées sous les hydrothèques. Leur paroi est mince et lisse. L'ouverture terminale est circulaire avec un col très court comportant à l'intérieur douze petits points le faisant ressembler à un collier.

Espèces ressemblantes

  • Sertularia argentea Linné, 1758 est difficilement discernable à première vue (surtout les jeunes exemplaires). Néanmoins l'aspect général, la taille et l'arrangement des branches spiralées autour de l'axe principal seront les critères discriminants.
    À la loupe on remarquera :
    • deux paires d'hydrothèques ou plus par internœud,
    • les branches peuvent paraître plus dichotomes*,
    • l'ouverture des hydrothèques est plus orientée vers l'extérieur et les 2 cupsides sont inégales.
    • Une fois séchée la couleur de la colonie apparaît plus "argentée" ou blanche.

Les deux espèces S. cupressina et S. argentea, selon Moura & al 2011, ne présentent que 0,2 % de différence au niveau de l’ARNm 16S (acide ribonucléique propre à la fraction 16S des ribosomes), ce qui est peu pour les distinguer génétiquement. Des études complémentaires sont attendues.

  • Hydrallmania falcata (Linné, 1758) pour sa taille et sa ressemblance en général mais l'arrangement en ligne unisériée des hydrothèques et les branches en forme de palme permet très nettement de les différencier.
  • Les jeunes colonies peuvent être confondues avec Abietinaria filicula (Ellis & Solander, 1786).

Alimentation

Comme les autres hydraires, cette espèce capture du plancton* en suspension dans l'eau avec les tentacules urticants* des polypes nourriciers, les gastrozoïdes*. Les tentacules sont couverts de cnidocytes* et disposés de manière concentrique autour de la bouche. Les proies sont ensuite dirigées vers la bouche située au sommet de chaque polype.

Cette espèce est consommée en même temps que des moules par des poissons plats et par des crevettes comme Leander et Pandalus

Reproduction - Multiplication

C'est une espèce gonochorique* donc qui présente des colonies mâles et des colonies femelles. La fécondation et le début du développement de la planula* ont lieu dans les gonophores* mûrs. Il n'y a pas de phase méduse libre. La larve planula plutôt démersale* (au laboratoire, la planula ne nage pas en surface mais près du fond) peut se déplacer pendant 2 ou 3 jours, voire plus, puis elle se fixe sur un substrat dur parfois proche de ses parents. Elle se métamorphose ensuite en colonie dressée. Les colonies inférieures à 27 mm ne sont pas fertiles.
La reproduction s'effectue entre mars et novembre avec une possibilité de période infertile durant l'été. Cette phase de reproduction a lieu un mois plus tôt en Manche et mer du Nord.

Les colonies peuvent être brisées, fragmentées arrachées par les engins de pêche. Cette espèce présente une grande capacité de régénération par bourgeonnement lors de la longue phase fixée. La durée de vie d'une colonie est estimée à trois ans.

Vie associée

Il n'y a pas à proprement parler de vie associée avec l'espèce Sertularia cupressina mais de nombreux épibiontes* peuvent se fixer dessus. On peut donc trouver accrochés aux colonies des représentants de divers embranchements : des éponges, d'autres hydraires (des Tubulaires, des Obelia, des Diphasia...), des bryozoaires (comme Electra pilosa), des annélides, de jeunes mollusques bivalves, des nudibranches (comme Doto coronata et sa ponte), des arthropodes comme des pycnogonides, des amphipodes (Jassidés, caprelles), des ascidies coloniales (telle Diplosoma listerianum).
Le biotope*, généralement des zones où le courant est continu avec une bonne oxygénation, est favorable au développement de tous ces organismes.
Hydrallmania falcata et Sertularia argentea peuvent être également présentes.

Divers biologie

Il est courant de trouver cette espèce, comme d'autres, en épave dans les laisses de mer surtout après les tempêtes particulièrement fortes en Manche et en mer du Nord où elle est très abondante.

Il est nécessaire d'utiliser une loupe binoculaire avec un grossissement d'au minimum 20 fois pour réaliser quelques observations intéressantes. Il y a une réelle satisfaction à découvrir, voire à identifier ces quelques espèces tant dans leur forme générale que dans leurs détails.
Pour les observations à la loupe, les dimensions pour les hydrothèques vont de 0,3 à 0,4 mm de long, 0,10 à 0,5 mm de diamètre et 0,1 mm pour l’ouverture. Pour les gonothèques, les dimensions sont de 1,2 mm de long pour un diamètre de 0,50 à 0,70 mm et une ouverture de 0,2 mm.

Informations complémentaires

Dans la mer des Wadden (des Pays-Bas au Danemark) cette espèce était récoltée en grande quantité par les pêcheurs de crevettes à partir de 1897 et durant presque tout le 20ème siècle représentant une source de revenus non négligeable. La pêche a décliné suite à la chute du marché dans les années 1970.
Les colonies étaient lavées, séchées, teintes et manipulées avec délicatesse pour servir à de multiples décorations florales et d'aquariums, décors de circuits de modèles réduits de trains, articles de mode, dans les pays riverains de la mer du Nord et plus particulièrement en Allemagne et aussi aux Etats-Unis d’Amérique.
Ces squelettes de chitine, stables une fois séchés puis peints en vert ont été commercialisés comme ; « Plante de Neptune » (et autres noms) : et avec des précisions comme : "végétaux ne consommant ni eau ni terre", ou encore « c'est une curieuse plante aquatique qui vient du fond de la mer du Nord et qui vit d'air pur sans eau fraîche, ni terre, ni engrais. Véritable merveille ».../...
Des bryozoaires sont également commercialisés de cette façon.

Remarque : en anglais plusieurs espèces portent le même nom vernaculaire (white weed) et cela occasionne quelques confusions comme ici avec les deux espèces et Hydrallmania falcata.

La prolifération de ces hydraires a bloqué des systèmes de refroidissement industriels.

Réglementation

Espèce non menacée ne faisant l'objet d'aucune mesure de protection actuelle. Toutefois des études ont été menées en Allemagne (avant la première guerre mondiale, puis dans les années 80) pour la gestion de la pêche de cette espèce (ainsi que celle de S. argentea et d'Hydrallmania falcata, plus rare) du fait de leur récolte régulière à partir de 1896 et jusqu’au début des années 70. Avant 1900, il n’y avait aucune réglementation. A partir de 1910, la récolte était interdite du 1er avril au 15 juillet puis au 31 août.

Origine des noms

Origine du nom français

Hydraire-cyprès pour sa ressemblance avec l'arbre du même nom, haut, très fin et dense.

Origine du nom scientifique

Sertularia diminutif du latin [serta] = tresse, guirlande : ce nom évoque les entrelacs d'une petite guirlande ;
cupressina vient du latin [cupressina], de cyprès donc à port de cyprès.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Hydrozoa Hydrozoaires Cnidaires dont le cycle de vie est alterné, mais de façon inconstante, par deux phases différentes : le polype et la méduse. Présence d’un velum dans la méduse (dite craspédote), gonades ectodermiques, perte des septes, perte des cnidocytes endodermiques. Coloniaux ou solitaires. Quelques espèces d’eau douce.
Sous-classe Hydroidolina Hydroïdes Hydrozoaires dont le cycle de vie présente toujours une phase polype.
Ordre Leptothecata / Leptomedusa Leptothécates / Leptoméduses Hydroïdes coloniaux dont les polypes sont protégés par une enveloppe chitineuse, la thèque. Méduses (quand elles existent) aplaties, parfois de grande taille, portant des statocystes sur le bord de l’ombrelle, et des gonades sur les canaux radiaires.
Famille Sertulariidae Sertulariidés Colonies généralement érigées, les hydranthes peuvent se rétracter complètement dans leurs hydrothèques pourvues d’un opercule à valves.
Genre Sertularia
Espèce cupressina

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