Squille de Desmarest

Rissoides desmaresti | (Risso, 1816)

N° 1925

Atlantique européen, Méditerranée, Manche, mer du Nord

Clé d'identification

Corps allongé, jusqu'à 8 cm
Extrêmement agile : se tortille dans tous les sens
Couleur plutôt rose et beige, sans taches noires au bout de la queue
La 2e patte thoracique est transformée en grande patte ravisseuse à 5 dents
2 larges écailles antennaires
3 paires de petites pattes locomotrices transparentes
Yeux allongés très mobiles

Noms

Autres noms communs français

Galère, mante de mer

Noms communs internationaux

Mantis shrimp (GB), Heuschreckenkrebs (D), Mantis garnaal (NL), O camarão louva-a-deus (P), Mantisräka (S), Shako (J)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Squilla desmaresti Risso, 1816
Meiosquilla desmaresti (Risso, 1816)

Distribution géographique

Atlantique européen, Méditerranée, Manche, mer du Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce se rencontre dans l'Atlantique européen, la Méditerranée, la Manche et la mer du Nord. Elle est présente sur toutes les côtes de France métropolitaine.

Biotope

La squille de Desmarest est une espèce benthique* qui vit sur des fonds sédimentaires de gravier, de sable ou de vase, et se cache sous les blocs rocheux. En Manche et en Atlantique, elle a souvent été signalée dans des herbiers de zostères. En Méditerranée, elle est présente dans les posidonies et les graviers côtiers profonds.
Elle se rencontre habituellement dans l'étage infralittoral* entre la côte et 80 mètres de profondeur. Elle serait également présente dans l'étage circalittoral* sur le plateau continental jusque vers 500 m de profondeur.

Description

La squille de Desmarest est une espèce de taille moyenne, au corps allongé, mesurant habituellement jusqu'à 8 cm de longueur totale (et exceptionnellement 12 cm). La carapace* ne représente qu'un quart de la longueur. Le corps est un peu aplati dorso-ventralement. Les yeux sont pédonculés, transversalement allongés, très mobiles. Les écailles antennaires sont larges. La patte ravisseuse qui est la 2e des 5 pattes-mâchoires a un dactyle* à 5 dents y compris la dent apicale* qui se rabat contre l'avant-dernier article de la patte comme chez les mantes religieuses. Les trois pattes suivantes sont locomotrices étroites et biramées*. Les pléopodes* sont natatoires et ont les lobes larges, ils portent une branchie sur la rame externe. Les uropodes* forment avec le telson* un éventail caudal très épineux.

La couleur générale est beige plus ou moins uniforme, avec des marbrures plus sombres sur le dessus et sur les côtés de l'abdomen. Il y a souvent une barre sombre transversale au niveau du quart postérieur de la carapace. Le dactyle des pattes ravisseuses est incolore. Les pleurites* abdominaux ont une marque blanche sur leur marge ventrale. Les soies sur l'exopodite* des uropodes* sont souvent rosées. La marge du telson* est jaune. Les femelles mûres ont l'intérieur du corps de couleur rose (c'est la couleur de l'ovaire en vitellogenèse*). Il n'y a pas de taches foncées sur le telson.

Espèces ressemblantes

L'autre espèce de squille relativement commune sur les côtes méditerranéennes de métropole est la squille ocellée Squilla mantis. C'est la seule à posséder 2 ocelles* noirs jointifs à la base du telson. Avec une longueur qui peut atteindre 18 cm, elle est deux fois plus grande que la squille de Desmarest. Elle a 6 dents au dactyle de la patte ravisseuse. Sur les côtes françaises, elle n'est présente qu'en Méditerranée.

Six autres espèces de petites squilles existent en Europe et peuvent se rencontrer sur les côtes de France mais elles sont rarement observées en plongée :

La squille de Ferussac Parasquilla ferussaci a le tiers distal des uropodes et le telson couleur brun-grenat. La patte ravisseuse n'a que 3 dents au dactyle. Sur les côtes françaises, elle n'est présente qu'en Méditerranée.

La squille pâle Rissoides pallidus a la même couleur que la squille de Desmarest. Elle vit habituellement entre 100 et 300 m de profondeur, donc trop profondément pour être observée par les plongeurs. Elle a 5 dents au dactyle de la patte ravisseuse et est difficile à différencier de la squille de Desmarest. Sur les côtes françaises, elle n'est présente qu'en Méditerranée.

La squille naine Nannosquilloides occultus est réellement petite pour une squille : 3 cm de longueur au maximum. Elle est de couleur blanc crème à orange. Elle a 8 ou 9 dents au dactyle de la patte ravisseuse. Son telson n'a pas de carène médiane. Elle vit habituellement entre 30 et 200 m de profondeur. Sur les côtes françaises, elle n'est présente qu'en Méditerranée.

La squille pieuse Platysquilla eusebia mesure jusqu'à 7 cm. Elle a les yeux verdâtres et le corps pointillé de brun. Elle a un joli peigne de 12 à 15 dents au dactyle de la patte ravisseuse. Son telson n'a pas de carène médiane. Comme la squille de Desmarest, elle est présente à la fois en Méditerranée et en Atlantique-Manche.

La squille de Cerisi Pseudosquillopsis cerisii est de couleur générale plutôt jaune, avec une petite dizaine de carènes orange très caractéristiques sur le telson. Il n'y a que 3 dents au dactyle de la patte ravisseuse. Sur les côtes françaises, elle n'est présente qu'en Méditerranée.

La squille africaine Allosquilla africana est minuscule : 3,6 cm de long au maximum. Son telson n'a pas de carène médiane. Elle a 5 dents au dactyle de la patte ravisseuse. Sur les côtes françaises, elle n'est présente qu'en Méditerranée.

Enfin, dans l'est de la Méditerranée, la squille lessepsienne Erugosquilla massavensis de grande taille (20 cm), est devenue très commune à faible profondeur. C'est une espèce originaire de mer Rouge-Indo-Pacifique et qui a migré par le canal de Suez puis s'est installée en Méditerranée.

Alimentation

La squille de Desmarest se nourrit de petite faune vagile, en particulier de crustacés. Il ne semble pas y avoir de données précises sur les proies : ces dernières sont capturées et maintenues avec la patte ravisseuse.

Reproduction - Multiplication

L'espèce est gonochorique*. Les femelles tiennent leurs œufs devant la bouche pendant l'incubation comme si elles allaient les manger. La morphologie des larves* varie en fonction des stades. Le développement total comporte neuf stades Alima*. Les larves qui se rencontrent dans le plancton* de mai à octobre mesurent de 3,6 à 22,5 mm de longueur totale, et les post-larves peuvent se rencontrer à partir de 16 mm.

Vie associée

Il ne semble pas y avoir de maladies ou de parasites connus chez cette espèce. Aucune espèce n'a été décrite comme habitant dans le même terrier que la squille de Desmarest.

Divers biologie

L'étude du contenu stomacal des poissons côtiers renseigne sur les prédateurs de la squille de Desmarest. A en juger par le grand nombre d'espèces ayant ingéré ces stomatopodes, on peut penser que l'espèce n'est pas si rare que cela.
Les poissons concernés sont principalement des poissons osseux comme le tacaud commun Trisopterus luscus (Linnaeus, 1758), le merlan Merlangus merlangus (Linnaeus, 1758), la rascasse brune Scorpaena porcus Linnaeus, 1758, la petite rascasse rouge Scorpaena notata Rafinesque, 1810, le chapon Scorpaena scrofa Linnaeus, 1758, le pagre commun Pagrus pagrus (Linnaeus, 1758), le rouget de roche Mullus surmuletus Linnaeus, 1758, le serran à queue noire Serranus atricauda Günther, 1874, le chaboisseau commun Myoxocephalus scorpius (Linnaeus, 1758), la mostelle de roche Phycis phycis (Linnaeus, 1766).
Des poissons cartilagineux mettent également à leur menu des squilles de Desmarest : la raie circulaire Leucoraja circularis (Couch, 1838), le pocheteau noir Dipturus oxyrinchus (Linnaeus, 1758), la petite roussette Scyliorhinus canicula (Linnaeus, 1758), le requin hâ Galeorhinus galeus (Linnaeus, 1758) et l'émissole lisse Mustelus mustelus (Linnaeus, 1758).
Les grands crustacés et les céphalopodes sont également des prédateurs potentiels.

Informations complémentaires

L'espèce, qui est extrêmement agile et se tortille dans tous les sens, vit dans un terrier qu'elle creuse dans le sédiment. Ce terrier a été étudié grâce à des moulages. Il a une forme de "U" et possède deux ouvertures. Le trou d'entrée a un diamètre de 3 cm environ tandis que le trou de sortie d'urgence est beaucoup plus petit et discret. La galerie en elle-même a un diamètre à peu près uniforme de 2,5 cm avec cependant une constriction centrale de 1,5 cm. La partie horizontale du terrier est environ à 15 cm de la surface du sédiment. Le terrier est fait dans du sable coquiller mêlé à de la vase, du sable et des éléments de maerl*. En approchant doucement de ces terriers en plongée, il est possible d'apercevoir furtivement la squille à l'entrée de son trou. Dans les endroits où la densité des individus est forte, il peut y avoir jusqu'à un terrier par m2. A l'extérieur de son terrier, l'animal peut se déplacer en marchant ou en nageant.

Le genre Rissoides se caractérise par :
  • angles antérolatéraux de la carapace sans épine,
  • dactyle de la patte ravisseuse avec 5 dents,
  • apex de la dent submédiane du telson mobile.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom ''squille de Desmarest" est dérivé de squille, traduction française du nom latin ; Desmarest fait référence au nom d'espèce, cette dernière étant dédiée à Anselme Gaëtan Desmarest, zoologiste français (1784-1838), élève de Cuvier.

Le nom ''mante de mer'' est donné de longue date aux squilles par comparaison avec la mante religieuse, à cause des pattes ravisseuses de l'animal, pattes utilisées pour la capture des proies.

Origine du nom scientifique

Rissoides : Genre dédié à Antoine Joseph Risso (1777-1845), naturaliste niçois.

desmaresti : espèce dédiée à Anselme Gaëtan Desmarest.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Arthropoda Arthropodes Animaux invertébrés au corps segmenté, articulé, pourvu d’appendices articulés, et couvert d’une cuticule rigide constituant leur exosquelette.
Sous-embranchement Crustacea Crustacés Arthropodes à exosquelette chitineux, souvent imprégné de carbonate de calcium, ayant deux paires d'antennes.
Classe Malacostraca Malacostracés 8 segments thoraciques, 6 segments abdominaux. Appendices présents sur le thorax et l’abdomen.
Sous-classe Hoplocarida Hoplocarides

3 segments thoraciques libres en arrière de la carapace.

Ordre Stomatopoda Stomatopodes

La 2e paire de pattes mâchoires préhensile, ressemblant à une patte de mante religieuse.

Sous-ordre Unipeltata
Famille Squillidae Squillidés

Telson avec une carène médiane distincte et au moins 4 denticules intermédiaires de chaque côté de la marge postérieure.

Genre Rissoides
Espèce desmaresti

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