Pyrosome

Pyrosoma atlanticum | Péron, 1804

N° 711

Cosmopolite du domaine circumtropical

Clé d'identification

Manchon tubulaire pélagique, creux et transparent
Longueur de 10 cm à plus d'un mètre, et jusqu'à 15 cm de diamètre
Tunique cartilagineuse parsemée de petites papilles mobiles, aspect velu
Couleur variable : blanc laiteux, jaune, rose, bleue, mauve
Bioluminescence parfois intense, verte, bleue voire rouge
Solitaire ou en banc

Noms

Noms communs internationaux

Pyrosome, pyrosoma, fire salp, fire roller (GB), Feuerwalze (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Pyrosoma benthica Monniot & Monniot, 1966
Pyrosoma excelsior (Perrier J.O.E., 1886)

Distribution géographique

Cosmopolite du domaine circumtropical

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes

Cette espèce est cosmopolite des eaux circumtropicales chaudes et tempérées du globe. On ne la trouvera pas dans les hautes latitudes.

Biotope

Les pyrosomes fréquentent normalement les grandes profondeurs. On pense qu'ils sont le plus abondants entre 800 et 1000 mètres. Périodiquement, les colonies remontent jusqu'à la surface des eaux tempérées à chaudes et on peut alors assister à certaines périodes à des pullulations de pyrosomes.
Ces migrations verticales seraient journalières.
Ces organismes sont normalement typiques du grand large, de la pleine mer, mais il arrive que certaines colonies se retrouvent près des côtes.

Description

Une rencontre avec un pyrosome suscite toujours la curiosité et l'étonnement du plongeur. Qui penserait que cet étrange organisme pélagique* est en fait un de nos proches cousins ?
Un pyrosome est un organisme colonial, qui se présente sous la forme d'un manchon tubulaire creux et transparent, ouvert à une extrémité. Sa longueur habituelle est de 10 à 50 centimètres, mais peut dépasser le mètre, pour un diamètre de 15 centimètres maximum.
Cet organisme est constitué par un assemblage de plusieurs centaines de petites ascidies, disposées perpendiculairement par rapport à l'axe du manchon, et réunies les unes aux autres dans une tunique commune. Chaque petite ascidie, ou ascidioïde, possède un siphon inhalant (tourné vers l'extérieur), et un siphon exhalant (tourné vers l'intérieur du manchon) qui débouche dans la cavité générale de la colonie, l'atrium.
Entre les ascidioïdes, la tunique, de texture cartilagineuse, présente quelques expansions en forme de petites papilles* qui lui confèrent un aspect velu.
La couleur de la colonie est variable : blanc laiteux, jaune, rose, bleue ou mauve. Elle peut de plus émettre une lumière intense, de couleur verte, bleue ou rouge ! Cette bioluminescence* spectaculaire, qui se produit quand la colonie est dérangée, lui a valu son nom.
Le pyrosome se déplace lentement dans l'eau grâce à des mouvements de contractions de la colonie. Il peut être solitaire ou au contraire pulluler en banc.

Espèces ressemblantes

Il existe 4 autres espèces du genre Pyrosoma, et 4 espèces appartenant aux 2 autres genres de pyrosomides (Pyrosomella et Pyrostremma), dont certaines fréquentent exclusivement l'Indo-Pacifique. Pyrosoma spinosum, espèce d'Australie et de Nouvelle-Zélande, atteint les quatre mètres de longueur et peut contenir deux hommes ! Les autres espèces ont des tailles nettement inférieures.
Pyrosoma atlanticum est la plus grande espèce de pyrosomes et la plus commune dans tout l'océan Atlantique. La marge d'erreur d'identification est très faible, surtout en métropole.

Alimentation

La colonie se nourrit par filtration de l'eau. Chaque ascidioïde produit un courant d'eau grâce à ses siphons diamétralement opposés et dirigés de l'extérieur vers l'intérieur, ce qui génère un flux important pour l'ensemble de la colonie (voir schéma). Le régime du pyrosome est microphage*. Les particules alimentaires et les microalgues contenues dans l'eau environnante sont retenues par les ascidioïdes, grâce à la structure en grille filtrante de leur pharynx. Ceux-ci sécrètent de plus un mucus qui recouvre l'extérieur de la tunique, et qui agglutine le phytoplancton*.



Lorsque les pyrosomes pullulent (pic phytoplanctonique), ils rejettent des quantités très importantes de boulettes fécales, qui ont un rôle très important dans l'enrichissement en carbone des fonds océaniques.

Reproduction - Multiplication

Les zoïdes* (ascidioïdes) sont hermaphrodites* et produisent les deux types de gamètes* (ovules et spermatozoïdes). Chaque zoïde ne produit qu'un seul ovule. Après la fécondation, croisée et interne, les œufs fécondés se développent jusqu'au stade 4 zoïdes. A ce stade, les mini-colonies sont libérées en pleine eau et produisent chacune un nouveau pyrosome par bourgeonnement asexué le long d'un stolon. Ce mode de reproduction peut parfois conduire à la formation de gigantesques essaims de pyrosomes.

Vie associée

Chaque ascidioïde possède deux amas cellulaires contenant des bactéries symbiotiques*. Ce sont ces bactéries qui sont à l'origine de la bioluminescence du pyrosome.



Trois espèces de protozoaires ciliés parasitent cet organisme : Conchophrys davidoffi, Tunichophrya sessilis, et Actinobranchium salparum pyrosomae.



Plusieurs espèces de petits crustacés peuvent squatter l'intérieur du pyrosome, comme Hyperia, Phronima, et Phronimella. Récemment, aux Canaries, on a même trouvé au sein de l'atrium plusieurs petites crevettes du genre Funchalia (Penaeidea).
Phronima peut simplement se contenter d'être transporté par le pyrosome, mais il arrive que ce crustacé se nourrisse des ascidioïdes, et provoque la mort de la colonie : il ne squatte plus alors qu'une tunique évidée... La frontière entre la phorésie* et le parasitisme est fragile...

Divers biologie

Le pyrosome se meut doucement dans l'eau grâce aux mouvements des papilles externes.
Par ailleurs, l'ensemble des siphons inhalants fait entrer une grande quantité d'eau dans l'atrium. Régulièrement, cette eau est expulsée par l'ouverture du manchon, ce qui a pour effet de propulser la colonie par réaction (voir schéma).



Les zoïdes utiliseraient la bioluminescence pour communiquer entre eux d'un bout à l'autre de la colonie : face à un obstacle, les zoïdes situés à la pointe du manchon se mettent à briller, et une onde lumineuse parcourt la colonie qui stoppe alors sa progression, et se propulse dans une autre direction.



Ces éclairs lumineux sont de plus fortement dissuasifs pour les prédateurs.

Informations complémentaires

L'année 1999, de nombreuses colonies de pyrosomes ont été signalées sur nos côtes, phénomène probablement lié à l'exceptionnelle température de l'eau durant l'été (observation rapportée par Patrice Petit de Voize).



De nombreux récits de marins, durant des siècles, ont fait référence à d'extraordinaires et fascinantes créatures tubulaires lumineuses...
Un voyageur naturaliste, en 1892, a fait une expérience troublante: de nuit il a pêché une colonie de 50 centimètres de long, et avec son doigt, il a écrit son prénom à la surface du pyrosome. Il a remis la colonie à l'eau, et alors son prénom s'est mis à briller en lettres de feu !



En 1964, dans le golfe du Tonkin, un navire américain a envoyé une torpille sur un navire vietnamien. Cet évènement aurait été un point de non-retour dans les évènements qui ont déclenché la guerre du Vietnam. Certains racontent qu'en fait, des colonies de pyrosomes, particulièrement nombreuses et lumineuses dans ce golfe, auraient trompé les américains, qui pensaient être approchés par des sous-marins espions...

Origine des noms

Origine du nom français

Le terme "pyrosome" est directement dérivé du nom de genre scientifique Pyrosoma.

Origine du nom scientifique

Pyrosoma : du grec [pyro] = feu, et du grec [soma] = corps, organisme : pyrosome signifie "organisme de feu" à cause de la forte bioluminescence produite parfois par la colonie,
atlanticum : cette espèce est très commune dans l'océan Atlantique.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Thaliacea Thaliacés Tuniciers pélagiques qui ont perdu leur chorde larvaire. Organismes transparents libres et planctoniques, les siphons buccal et atrial sont terminaux et diamétralement opposés.
Ordre Pyrosomida Pyrosomides Colonies luminescentes de quelques centimètres à plusieurs mètres, en forme de tube creux fermé à une extrémité.
Famille Pyrosomatidae Pyrosomatidés 3 genres.
Genre Pyrosoma
Espèce atlanticum

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