Ascidie globuleuse de Méditerranée

Pseudodistoma obscurum | Pérès, 1959

N° 2789

Méditerranée occidentale et Atlantique proche

Clé d'identification

Colonie massive, globuleuse ou aplatie, ovoïde ou conique
Zoïdes répartis irrégulièrement à la surface de la tunique
Surface lisse et semi-transparente
Pas de pédoncule*
Dominante jaunâtre, orangée, grise à noirâtre

Noms

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Pseudodistoma crucigaster Gaill, 1972 a été réunie en une seule et unique espèce sous le nom de Pseudodistoma obscurum qui ne concernait initialement que la variété gris sombre. P.crucigaster ne désignait que les individus clairs, jaunes ou orangés. Elle est encore parfois désignée sous le nom, non valide, de Pseudodistoma obscurum var. crucigaster.
Notez que WoRMS reconnaît toujours la validité de Pseudodistoma crucigaster et que de nombreuses publications récentes utilisent encore ce nom.

Distribution géographique

Méditerranée occidentale et Atlantique proche

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Pseudodistoma obscurum est présente en Méditerranée occidentale, du détroit de Gibraltar et Atlantique proche jusqu'en Languedoc-Rousillon et un peu au-delà en passant par la mer d'Alboran, les îles Baléares, la Corse, la Sardaigne et la Tunisie.
En France on observe que de petites colonies jaunes ou grises sur le littoral Languedoc-Rousillon (Collioure, Banyuls, Cerbère, et plus rarement jusqu'aux Aresquiers et Carnon,...) et orange en Corse du Sud. Cette espèce semble absente à l'est du Rhône (Provence et Côte d'Azur).

Biotope

Cette espèce, localement commune, vit dans des milieux éclairés à partiellement ombragés et à l'hydrodynamisme modéré à élevé de l'infralittoral* et du circalittoral*, le plus souvent de 5 à 35 m de profondeur.
Pseudodistoma obscurum est rencontrée sur différents types de fonds, sur les roches éclairées, dans le coralligène, dans les herbiers de posidonies, dans les communautés d'algues et sur les substrats détritiques côtiers.

Description

Pseudodistoma obscurum est une ascidie coloniale massive, globuleuse ou plus rarement aplatie, ovoïde ou conique, non pédonculée*. Sa taille peut atteindre 20 cm de diamètre, exceptionnellement 50 cm. Sa coloration variable va du blanc sale, au jaune, à l'orangé, au gris et jusqu'au noir. De consistance molle mais compacte, sa surface est lisse et avec des zoïdes* séparés les uns des autres par une importante tunique* commune semi-transparente (sauf pour le type noir absent des eaux françaises). Les zoïdes ne montrent pas d'organisation particulière, sauf dans certains cas où l'on peut distinguer un regroupement en étoile d'un petit nombre de zoïdes (4 à 8 : observations personnelles) autour d'un siphon exhalant commun.

Pseudodistoma obscurum peut se présenter sous deux aspects différents :
D'une part sous la forme de colonies globuleuses, coniques de grande taille qui peuvent atteindre plus de 50 cm de hauteur. Ces colonies charnues sont de couleur jaune vif ou jaune pâle et le plus souvent sans incrustation de sable. Ce type morphologique était (ou l'est toujours pour certains auteurs) référencé sous l'espèce Pseudodistoma crucigaster.

D'autre part, certaines colonies à la morphologie semblable à la précédente mais avec une taille bien plus réduite (5 cm de hauteur et 10 cm de diamètre maximum). Ces petites colonies charnues mais plus consistantes montrent des incrustations de sable. Leur couleur grisâtre, jaune foncé, parfois presque noire est à l'origine du nom spécifique d'obscurum (= sombre).

Notons qu'aucune colonie noire n'illustre cette fiche, car elles ne sont rencontrées que très à l'ouest de la zone de distribution de cette espèce (mer d'Alboran, détroit de Gibraltar).

Espèces ressemblantes

Avertissement : Les différentes espèces d'ascidies ne peuvent pas être déterminées avec certitude sur des photos, aussi bonnes soient-elles. Les éléments d'anatomie interne sont absolument nécessaires, même au niveau du genre. Si un plongeur averti, dans une localité limitée, peut grouper des spécimens dans une espèce donnée, cela n'est plus valable pour un autre individu et une autre région. D'où les innombrables confusions dans la littérature et les sites WEB.

Aplidium conicum de taille identique, de couleur orange à blanchâtre et en forme de cône (jusqu'à 20 cm) se distingue de P. obscurum par des dessins nettement méandriformes. Mais bien que présent en Méditerranée occidentale, Aplidium conicum n'est vraiment fréquent que dans l'Adriatique septentrional sur des fonds sableux ou coquillers.

Aplidium proliferum : colonies plus petites, ressemblantes, mais pédonculées et sans dessins méandriformes à sa surface. Couleur gris jaunâtre à orangé avec une tunique* commune relativement transparente, claire. Zoïdes* rouges ou jaunâtres. Siphons inhalants à 6 lobes. Cette espèce est relativement fréquente dans toute la Méditerranée. Elle présente 3 points rouges bien visibles autour de chaque siphon inhalant.

Aplidium (Sidnyum) elegans : les colonies méditerranéennes de taille plus limitée (de 2 à 6 cm) forment des masses sans lobes marqués (petit coussinet). La couleur est vive, à dominante rose orangé. L'implantation des zoïdes forme des méandres à la surface de la colonie. Les orifices inhalants sont surmontés d'une couronne blanche (inconstante en Méditerranée) et bordés de 8 languettes de couleur blanche.

Aplidium nordmanni : les colonies forment des masses épaisses et multilobées, de belle taille (5 à 10 cm de hauteur sur 20 à 30 cm de diamètre). Il existe deux types de couleurs différentes, l'une blanc translucide et l'autre rose orangé, plus habituellement rencontrée en plongée. Les zoïdes sont irrégulièrement répartis autour de siphons cloacaux* bien visibles et s'ouvrant vers le haut de la colonie. Les orifices inhalants sont surmontés d'une petite couronne (fréquemment blanche) bordée de 6 languettes transparentes.

Alimentation

Ces animaux sont des filtreurs microphages*. Les ascidies créent un courant d'eau (rentrant par les petits orifices inhalants individuels), grâce au mouvement des cils du pharynx, pour attraper les particules en suspension (organismes suspensivores). Ce courant est aussi utilisé pour les échanges gazeux. Les particules digérées sortent par le siphon exhalant.

Reproduction - Multiplication

La reproduction des ascidies coloniales présente une alternance de cycles sexués et asexués.
Elles sont hermaphrodites*, la fécondation est interne et le développement indirect.
- Reproduction sexuée : les gonades* se trouvent dans le post-abdomen où a lieu la fécondation. Le développement embryonnaire commence après la formation des œufs où il y a différenciation des organes internes, de la chorde* et de la queue pour former une larve nageuse semblable à un têtard. Ces têtards sont libérés dans le milieu par le siphon atrial* des zoïdes*. La vie pélagique* est très courte et les larves* se fixent au substrat par des papilles adhésives. A partir de là commence la métamorphose qui donnera un individu adulte.
Chez Pseudodistoma obscurum les larves, de grande taille et jusqu'au nombre de trois par zoïde fertile, ont été observées de janvier à juillet sur la côte catalane.
- Reproduction asexuée : formation de la colonie par bourgeonnement à partir de l'individu souche.

Divers biologie

Description microscopique :
Les zoïdes* de grande taille (20 mm) et immergés dans la tunique commune restent visibles à la surface des colonies, particulièrement sur les colonies claires. Ils s'organisent en petits groupes circulaires à la surface de la colonie, habituellement de 5 à 8 individus, autour d'un cloaque* commun débouchant sur un siphon unique tubulaire translucide chez l'animal vivant et en activité de filtration. Le post-abdomen mesure 3 à 9 fois la longueur du thorax. Les siphons buccaux et cloacaux sont bordés de lobes transparents. Dix-huit cils buccaux disposés en deux couronnes génèrent le courant d'entrée dans le sac branchial. Celui-ci montre trois rangées de stigmates*. L'estomac présente quatre plis longitudinaux bien marqués (à l'origine du nom spécifique abandonné de crucigaster). Les ovaires sont dans le tiers supérieur du post-abdomen, les testicules lobés et arrondis placés en deux files alternées.

Il s'agit d'une espèce pérenne qu'on retrouvera d'une année sur l'autre (durée de vie ? au moins quelques années).

La période de croissance se fait, comme pour la majorité des ascidies en Méditerranée, pendant l'hiver alors qu'il y a une période de repos en été (eau chaude) qui se traduit par la présence d'une sorte de cuticule* couvrant les colonies.

Une étude basée sur la comparaison du patrimoine génétique des 3 variantes de couleur, jaune, orangée et grise, montre que les formes orangées sont séparées des deux autres et pourraient, éventuellement, constituer une espèce à part.

Informations complémentaires

Pseudodistoma obscurum est une espèce pérenne mais sensible aux perturbations environnementales (charge organique, forte turbidité ou forte sédimentation) ce qui en fait une bonne espèce indicatrice de l'état du milieu.

Origine des noms

Origine du nom français

Ascidie globuleuse de Méditerranée est une proposition du site DORIS.

Origine du nom scientifique

Pseudodistoma : du latin [pseudo] = faux, du grec [di] = deux et [stom-] = bouche, en référence aux deux siphons quasi identiques (observation microscopique) ?
obscurum : du latin [obscurus] = sombre.
crucigaster : du grec [cruci] = croix et de [gaster] = ventre, sans doute en rapport avec les 4 plis bien marqués de l'estomac (observation microscopique).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Aplousobranchia Aplousobranches Ascidies coloniales.
Famille Pseudodistomidae Pseudodistomidés
Genre Pseudodistoma
Espèce obscurum

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