Sangsue verruqueuse

Pontobdella muricata | (Linnaeus, 1758)

N° 4048

Côtes d'Europe

Clé d'identification

Grosse sangsue marine, 10 cm au repos et 20 cm étirée
Parasite des raies, plus rare sur autres poissons
Corps cylindrique, verruqueux
Couleur le plus souvent unie : brune, beige ou vert olive
Deux grosses ventouses
S'enroule en spirale au repos

Noms

Autres noms communs français

Sangsue de mer, sangsue boutonneuse, sangsue muriquée, sangsue épineuse, sangsue spinuleuse, pontobdelle verruqueuse, ponbdelle muriquée, albione verruqueuse, sangsue marine, sangonera ou sunsuga (Catalan), sansoéa (Provençal)

Noms communs internationaux

Skate leech, skatesucker, muricated leech (GB), Roggenbloedzuiger (NL), Blutegel (D), Mignatte di mare, sanguisuga (I), Taggvårtiga spoligeln (S)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Hirudo muricata Linnaeus, 1758
Pontobdella verrucosa Fleming, 1818

Distribution géographique

Côtes d'Europe

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

L'espèce est présente en Europe de l'Arctique à la Méditerranée. En France elle a été signalée sur toutes les côtes. Ailleurs dans le monde, elle est connue du Maroc, de Namibie, du Canada, des USA et du Pakistan, mais certains signalements (anciens) pourraient correspondre à des espèces proches.

Biotope

Comme ses poissons hôtes, la sangsue verruqueuse est une espèce benthique* démersale* qui s'observe sur des fonds sédimentaires. Elle se rencontre habituellement sur le plateau continental, de la côte à une centaine de mètres de profondeur.

Description

Les sangsues sont des vers annélides, donc annelés, les anneaux sont des "segments" plissés. Chaque région est composée de plusieurs segments semblables ayant la même fonction.

Chez la sangsue verruqueuse, le corps est arrondi, légèrement aplati, rétréci aux extrémités (un peu en arrière et beaucoup en avant). Il est divisé schématiquement en cinq régions : la ventouse orale, le "cou", le clitellum* (avec les ouvertures génitales), le corps et la ventouse postérieure.

Il n'y a pas d'yeux. L'animal ne présente pas de "tête" ni de "cou" clairement différenciés au niveau de sa région antérieure. La ventouse buccale est en forme de coupe sans prolongements latéraux digitiformes ; elle présente sur ses bords une frange marginale arrondie (que les scientifiques nomment "prépuce"). Cette ventouse est nettement plus large que la partie antérieure de la sangsue et un peu plus petite que la ventouse caudale. Cette dernière est un peu plus petite que le diamètre de la partie postérieure de la sangsue. Au niveau de la bouche, il n'y a pas de mâchoires mais une trompe exsertile* (qui peut sortir et rentrer). Il n'y a pas de branchies visibles.

Les segments sont assez bien visibles chez les jeunes mais s'atténuent chez les adultes. Chaque segment principal est subdivisé en plusieurs anneaux circulaires ne comportant qu'une rangée de tubercules. Sur le corps, il y a 4 anneaux par segment principal, le 2e étant celui qui porte normalement les plus gros tubercules. La peau est rugueuse, fortement verruqueuse et les anneaux sont dotés de tubercules ou de papilles globuleuses, terminées en pointes moins fortes sur le 3e anneau de chaque segment. Le sommet des tubercules porte des saillies raides comme des soies* et disposées en cercle. L'animal peut rétracter ces tubercules lorsqu'il est sorti de l'eau et il devient alors plus lisse ; ces diverticules pourraient avoir une fonction respiratoire en augmentant considérablement la surface tégumentaire*.

Cette espèce est une des plus grosses sangsues marines. L'adulte peut mesurer 7 à 10 cm de longueur et 2,8 cm de largeur au repos et jusqu'à 20 cm de long étiré.

La couleur de cette sangsue est assez variée. Les jeunes sont généralement noirs ou vert foncé tachetés de jaune ou de blanc ou bien rougeâtres avec des annulations plus claires. L'adulte est uniformément gris clair, ou brun ou vert olive plus ou moins clair quelquefois bleuté ou jaune-vert.

Espèces ressemblantes

Plusieurs autres espèces de sangsues marines existent en France métropolitaine et sont observables en plongée sur des poissons plats.

La sangsue des raies Branchellion torpedinis est brune à noire et mesure 4 à 5 cm. Elle parasite divers élasmobranches (torpilles principalement mais aussi raies et requins). Cette espèce est très bien caractérisée par ses branchies foliacées* ondulantes sur les côtés du corps et sa forme de bouteille plate et noire au goulot étroit.

La sangsue boréale Branchellion borealis Leigh-Sarpe, 1933 est une espèce voisine peu connue qui se rencontre sur les raies des côtes des îles Britanniques.

La sangsue des soles Hemibdella soleae mesure 5 à 10 mm. Elle ressemble à une petite limace noire dont le corps est cylindrique et plus fin à ses extrémités et qui présente un petit étranglement au tiers antérieur. La ventouse orale est toute petite et la ventouse anale forme une sorte de pince peu distincte. Sa couleur est d'abord jaune puis devient noire chez l'adulte.

La sangsue Hemibdella branchiarum décrite d'Islande est très mal connue. Elle a une petite ventouse antérieure, un abdomen aplati, et seulement quatre paires de testicules.

Chez les grandes sangsues marines du genre Pontobdella, il existe une dizaine d'espèces au niveau mondial dont deux sont présentes en Europe et plus petites que Pontobdella muricata : Pontobdella vosmaeri (Apáthy, 1888) et Pontobdella laevis Blainville, 1827 ; elles sont très rarement signalées et fort mal connues.

Les genres voisins Stibarobdella et Pentabdella sont assez voisins de Pontobdella et leurs espèces sont tropicales et exotiques. Certaines espèces comme Stibarobdella moorei ressemblent beaucoup à la sangsue verruqueuse et peuvent potentiellement se rencontrer outre-mer. La distribution géographique de ces espèces est insuffisamment connue.

Alimentation

Comme toutes les sangsues marines, la sangsue verruqueuse est hématophage*. Elle peut endommager les chairs du poisson hôte pour atteindre les vaisseaux sanguins sous-jacents. Elle se détache de son hôte après le repas et se fixe sur un substrat* inerte pour digérer ou cherche une coquille vide pour pondre. La prise de sang est nécessaire à la reproduction.

Reproduction - Multiplication

Comme toutes les sangsues, cette espèce est hermaphrodite* et la fécondation est interne et fait suite à un accouplement. Le nombre de chromosomes "2n" est de 20. Le clitellum* joue un rôle lors de la reproduction en élaborant une sécrétion servant à fabriquer le "cocon" où les œufs sont pondus et où les embryons se développent. Ces cocons sont souvent observés sur diverses coquilles vides de bivalves comme par exemple celles du peigne operculé Aequipecten opercularis (Linnaeus, 1758) ou de gastéropodes comme le buccin commun Buccinum undatum Linnaeus, 1758.

La maturité sexuelle peut intervenir toute l'année sur nos côtes. Les œufs sont émis à partir d'un orifice de ponte situé à la base du cou au niveau du clitellum. La ponte a lieu au printemps et en été, les œufs sont émis un par un dans chaque cocon et jusqu'à une cinquantaine. Les cocons sont fixés côte à côte de façon assez irrégulière sur un même support qui est généralement l'intérieur d'un coquillage. Les capsules sont globuleuses et portées par un petit pédoncule* adhérent au support par un pied (disque) ; elles sont blanches ou rose pâle au moment de la ponte, deviennent jaunes ensuite puis s'assombrissent encore en vert olive au bout de quelques jours. L'enveloppe de la capsule est dure et coriace. Elle contient une substance gélatineuse brunâtre où se développe un seul embryon. Il n'y a pas de larves*. La jeune sangsue (juvénile) mesure environ 2,5 cm à l'éclosion ; elle sort par un petit orifice.

Vie associée

Pontobdella muricata est hématophage et se rencontre principalement sur divers élasmobranches comme la raie bouclée Raja clavata Linnaeus, 1758, la pastenague commune Dasyatis pastinaca (Linnaeus, 1758), et la torpille marbrée Torpedo marmorata. Elle se rencontre plus rarement sur des poissons téléostéens comme la plie Pleuronectes platessa Linnaeus, 1758, la rascasse brune Scorpaena porcus ou le chapon Scorpaena scrofa.

Les sangsues en général n'ont ni prédateurs, ni parasites. P. muricata est cependant l'hôte intermédiaire et le vecteur du trypanosome des élasmobranches Trypanosoma raiae Laveran & Mesnil 1902, un unicellulaire parasite des raies et véhiculé dans le tube digestif des sangsues verruqueuses. Par ailleurs, P. muricata provoque les hémorragies locales et la nécrose des tissus sur la peau des poissons hôtes.

Divers biologie

L'espèce est souvent indolente. Pendant le repos diurne, l'animal est fixé solidement par sa ventouse postérieure. Il se tient immobile et enroulé très serré en forme de crosse de fougère dans un seul plan, la ventouse orale en biais au milieu de l'enroulement spiral des premiers anneaux du corps. Cet enroulement se relâche le soir, puis se déroule et enfin l'animal devient actif la nuit. Il est capable de nager en aplatissant son corps.

Ces pontobdelles vivent très longtemps en captivité et peuvent rester 6 mois à la même place, enroulées comme engourdies la tête repliée, au milieu des premiers anneaux du corps.

Informations complémentaires

L'espèce est peu commune. Elle est parfois capturée sur les poissons lors des chalutages. Au début du XIXe siècle, certains pêcheurs britanniques affirmaient que l'espèce était si commune qu'il leur arrivait d'en trouver des douzaines sur une seule raie. Avec le déclin des poissons cartilagineux en général et de certaines raies en particulier (en raison de la surpêche), les populations de sangsues marines ont décliné en parallèle.

Origine des noms

Origine du nom français

Le nom de sangsue vient du latin [sanguis] = sang et [sugo] = sucer.

Verruqueuse vient du fait que la peau de cette espèce est rugueuse, un peu comme un cornichon.

Origine du nom scientifique

Pontobdella est une association du grec [pontos] = la mer, et du grec [bdella] = sangsue donc "sangsue marine".

muricata du latin [muricatus] = hérissé de pointes (comme le murex).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Annelida Annélides Vers segmentés (annelés) à section cylindrique, à symétrie bilatérale constitués d’anneaux identiques. Le premier segment porte la bouche et le dernier l’anus. Nombreuses formes marines, dulcicoles ou terrestres, libres ou parasites.
Classe Clitellata Clitellates Annélides hermaphrodites, dont quelques segments sont enveloppés dans une enveloppe glandulaire.
Sous-classe Hirudinea Hirudinées / Achètes Annélides aquatiques, principalement d'eau douce, sans soies ni parapodes, mais possédant une ventouse postérieure et parfois une antérieure. Ectoparasites d'animaux aquatiques et de vertébrés terrestres.
Ordre Rhynchobdellida Rhynchobdelliformes

Sangsues sans mâchoires, à trompe dévaginable, marines ou d'eau douce. Appareil circulatoire différencié. Toutes sont aquatiques.

Famille Piscicolidae Piscicolidés

(syn. : Ichthyobdellidae) Corps cylindrique. Ventouse antérieure bien visible en forme de cloche. Habitats marins, parasites de poissons.

Genre Pontobdella
Espèce muricata

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