Synascidie de Lacaze

Polysyncraton lacazei | (Giard, 1872)

N° 515

Méditerranée, Atlantique oriental

Clé d'identification

Synascidie de forme encroûtante, 5 à 10 mm d'épaisseur, 30 cm "de diamètre" au maximum
Couleur généralement rose-orangé à rouge (mais parfois d'autres teintes)
Attachée au substrat sur une large surface
Orifices inhalants petits et distribués régulièrement, portant souvent 6 languettes blanches
Orifices exhalants généralement frangés de denticules irréguliers et blancs

Noms

Autres noms communs français

Synascidie rouge

Noms communs internationaux

Red synascidian, colonial sea squirt (GB), Sinascidia rossa (I), Sinascidia roja (E), Rote synascidie (D), Rode korstzapijp (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Leptoclinum lacazei Giard, 1872
Diplosimoides lacazei Lahille, 1890

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique oriental

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Fréquent dans toute la Méditerranée, Polysyncraton lacazei se rencontre également en Atlantique oriental (depuis les eaux irlandaises, bretonnes jusqu'aux côtes africaines du Sénégal, en passant par les côtes lusitaniennes et marocaines).

Biotope

Espèce du coralligène* et des prairies de phanérogames, on retrouve ces colonies fixées à demeure sur la surface d'un substrat solide (roche ou autres organismes), ainsi que sur la base des posidonies ou des cailloux propres émergeant du sable. Elles ne sont généralement que modérément exposées au courant marin mais bien exposées à la lumière. Depuis la surface jusqu'à 50 mètres de profondeur.

Description

Colonies qui forment une croûte épaisse de 5 à 12 millimètres seulement mais qui peuvent atteindre une surface de 15 à 20 cm2 (parfois 30 cm "de diamètre"). Leur caractère encroûtant leur confère une infinité de formes selon les supports.

Les colonies, légèrement transparentes, sont le plus souvent de couleur rose-orangée à rouge (d'écarlate à cramoisi) mais peuvent parfois arborer d'autres colorations très variées (noir, violet, bleuâtre, jaune…) et sont plus ou moins tachetées de blanc. Il faut noter que les colonies atlantiques sont plus vivement colorées (dominante rouge) que celles rencontrées en Méditerranée (dominantes orangées et améthystes).

Les petits orifices inhalants ont un diamètre de 0,25 millimètre environ et présentent une implantation assez régulière, comme s'ils suivaient des lignes géométriques sur toute la tunique (le cormus) de l'animal. Ils sont ornés de 6 languettes (ou lobes) parfois plus clairs que le cormus et qui sont caractéristiques chez les didemnidés. Chez certains individus, ce jeu de couleurs donne à ces orifices un aspect étoilé.

Plus gros et bien plus rares, les orifices exhalants (ou siphons cloacaux ou atriums), de formes plus ou moins arrondies, mesurent 1 à 3 millimètres de diamètre. Ils sont généralement frangés d'un liseré blanc peu régulier mais presque toujours marqués par de petits denticules blancs peu nombreux, répartis irrégulièrement au bord de l'ouverture cloacale commune. Ce dernier caractère macroscopique est le seul qui aide vraiment à faire la différence avec les nombreuses autres espèces de didemnidés ressemblants. Le plus souvent, seule une étude microscopique des zoïdes permet l'identification exacte.

Espèces ressemblantes

Les synascidies constituent un groupe assez compliqué et parfois leur identification exacte nécessite un examen microscopique de l'organisme même du zoïde ou encore, de l'organisation de la colonie.
Citons néanmoins :

Polysyncraton bilolatum : synascidies encroûtantes jaunes, visuellement très ressemblantes à P. lacazei. Principalement connues en Bretagne mais s'étendant bien au-delà.

Didemnum maculosum
: colonie encroûtante très mince, lobée, de couleur variable (blanche, grise, jaune…) mais souvent violette avec des îlots blanc pur ou blanc lavé de violet (marbrures violettes). On trouve cette espèce au pied des algues et des plantes, sur des pierres et des coquilles… Atlantique et Méditerranée.
Le genre Didemnum comporte plusieurs autres espèces différentes (D. fulgens, D. pseudofulgens, D. coriaceum, D. albidum…), assez proches visuellement, à la variation morphologique d'une espèce à l'autre parfois extrêmement ténue et nécessitant examen poussé pour discrimination efficace.

Cystodytes dellechiajei
: Synascidies de couleur principalement pourpre (mais également marron, vert, bleu...). Colonies molles, encroûtantes de moins de 10 cm (souvent plus petite que P. lacazei) et quelques millimètres d'épaisseur, avec des zoïdes généralement en cercles.

Diplosoma spp
. : Ces synascidies sont également encroûtantes, couvrent 15 cm environ. Mais les colonies sont relativement transparentes, d'aspect gélatineux. Incolores à brun noir avec des zones claires, généralement blanches autour des siphons exhalants. Siphons inhalants des individus bien visibles.
Deux espèces principales dans nos eaux : D. spongiforme et D. listerianum.

Aplidium spp.
: colonies plutôt plus massives que P. lacazei, lobées en forme de coussinets et de belle taille. Couleurs vives à dominante rose, orange, rouge, parfois blanche, selon les espèces. Zoïdes à 6 languettes. Atlantique et Méditerranée. Différentes espèces : A.nordmanni, A. proliferum, A. elegans, A. conicum

Lissoclinum perforatum
: Forme des plaques en croûte blanche opaque de 2 mm d'épaisseur, aux contours irréguliers mais arrondis. Côtes britanniques et nord-ouest de la France.

Lissoclinum weigelei
: Petite ascidie coloniale encroûtante blanche de 2 à 3 cm pour 4 mm d'épaisseur, aux bords arrondis. Les siphons buccaux forment de petits pores brunâtres.

Les botrylles ne peuvent être confondus à cause de l'implantation particulière des zoïdes, "en fleur" autour du siphon cloacal (Botryllus schlosseri) ou en lignes parallèles régulières (Botrylloides leachi).

Il serait possible de citer encore de nombreuses autres espèces d'ascidies composées pouvant parfois prêter à confusion.

De plus, deux espèces distinctes peuvent être rencontrées côte à côte avec une couleur quasi identique, c'est le cas de P. lacazei et Didemnum fulgens (en particulier dans la région de Banyuls).

Cette confusion peut également advenir avec des spongiaires encroûtants. Une colonie de P. lacazei a par exemple été observée juxtaposant une éponge Hamigera hamigera à la couleur strictement identique. Généralement, chez les spongiaires, les petits trous (ostioles*) disséminés irrégulièrement ne sont guère visibles à l'œil nu. Seuls sont visibles les plus gros trous (oscules*). A contrario, les petits trous des synascidies sont bien visibles et disposés de manière plus régulière, presque géomètrique.

Les bryozoaires encroûtants ne montrent aucun orifice sur la surface de la colonie mais de minuscules panaches ciliés.

Alimentation

Ces animaux sont des filtreurs* microphages*. Ils se nourrissent de petites particules, depuis les molécules en suspension jusqu'aux débris et micro-organismes animaux et végétaux.
Les ascidies génèrent un courant d'eau (rentrant par les orifices inhalants individuels) pour capturer les particules en suspension. Les particules digérées et les déchets sortent ensuite par le siphon exhalant.

Reproduction - Multiplication

La reproduction peut être asexuée et sexuée.
Reproduction asexuée : formation et extension de la colonie par bourgeonnement à partir de l'individu souche.
Reproduction sexuée : les synascidies sont hermaphrodites*, la fécondation est interne et le développement indirect.
Les gonades* se trouvent dans le post abdomen et c'est là qu'a lieu la fécondation. Le développement embryonnaire commence après la formation des œufs où se passe la différenciation des organes internes de la chorde* et de la queue pour former une larve* nageuse semblable à un têtard. Celles-ci sont libérées dans le milieu par le siphon atrial des zoïdes. La vie pélagique* est très courte et les larves se fixent au substrat par des papilles adhésives. A partir de là commence la métamorphose qui donnera un individu adulte.

Vie associée

[Herant & Vernières 1933] signalent que dans la région de Roscoff (Bretagne), Polysyncraton lacazei porte souvent un Opisthobranche : Doris coccinea (= Rostanga rubra), de même coloration que la synascidie. Celle-ci ne constitue pourtant nullement la proie du nudibranche puisque ce dernier est un mangeur d'éponges rouges. La présence de Rostanga rubra sur Polysyncraton lacazei pourrait donc être interprétée soit comme une recherche erronée de nourriture (mais il y a fort à parier que le doridien ne se laisse pas abuser par la seule couleur rouge commune à ses proies et à la synascidie, tant d'autres éléments discriminatoires entrent en jeu), soit comme une aire de repos sur laquelle notre doris rouge sera parfaitement mimétique et protégé.

Divers biologie

Dans une colonie de synascidies, chaque individu (le zoïde*) possède son propre orifice inhalant (ou siphon buccal) par lequel il reçoit par filtrage l'apport nutritif et les particules utiles à sa respiration. Ces orifices inhalants correspondent aux petits trous que l'on peut distinguer sur la tunique de l'animal, petits orifices souvent régulièrement agencés.
Après filtration vitale par le sac branchial, le zoïde rejette les particules filtrées et les déchets par un orifice cloacal qu'il a en commun avec d'autres zoïdes voisins.

Les denticules blancs qui bordent les atriums communs correspondent aux languettes cloacales surdimensionnées des zoïdes juxtaposés à ces orifices exhalants. Les zoïdes plus éloignés ne portent, eux, que de petites languettes cloacales.

Ces languettes claires (ou les points blancs, selon les espèces) autour des siphons inhalants sont caractéristiques des synascidies du genre Polysyncraton. En effet, elles sont également observées sur l'espèce Polysyncraton bilobatum.
Plus largement, les espèces de la famille Didemnidae ont en commun les 6 languettes étoilées des petits siphons inhalants, mais ces languettes ne sont pas systématiquement colorées de blanc.
Il est à noter que, si l'on observe avec attention ces orifices inhalants, on verra que 3 languettes sont légèrement plus grandes (1 sur 2) que les 3 autres [Lafargue 1987].

Quand les individus sont dérangés ou exposés à l'air (à marée basse, par exemple), ils referment leurs siphons exhalants et inhalants.

Au toucher, ces ascidies se rétractent légèrement (elles sont dotées d'un système nerveux plus élaboré que les spongiaires qui réagissent moins aux stimuli -c'est aussi un moyen possible pour faire la différence en plongée).

Elles sont fermes et lisses. Les colonies de Polysyncraton lacazei sont propres, n'accueillent pas d'épibiontes* sur leur manteau. On pense qu'elles utilisent naturellement une sorte d'antifouling pour garder la tunique bien nette.

Cette tunique (donnant le nom du sous-embranchement Tuniciers), est composée d'une matière proche de la cellulose.

Beaucoup d'espèces de tuniciers coloniaux observent des périodes de "repos" saisonnier dans le cycle de leur développement, notamment à la période chaude. Dans le cas de Polysyncraton lacazei la surface des colonies est couverte par une pellicule lisse et les ouvertures siphonales sont scellées. Ce qui est interprété comme un phénomène de jouvence qui prolonge la durée de la vie des zoïdes [Turon, 1992]. L'alimentation diminue, la production cellulaire et la reproduction sont sujettes à variations, etc.

Il est à noter que parmi les didemnidés, P. lacazei est l'espèce qui possède le plus grand nombre de chromosomes (2n=52).

Les caractères les plus stables et donc les plus fiables pour l'identification de ces ascidies coloniales restent l'anatomie des zoïdes et celle de leurs larves ainsi que dans une moindre mesure l'examen des spicules (leurs formes sont spécifiques à chaque espèce, mais leur densité varie en fonction de l'âge et de l'environnement). Effectivement, la forme, la taille et la couleur de ces colonies ne sont malheureusement pas des critères fiables d'identification. Les facteurs de variations de formes, tailles et couleurs sont nombreux et liés. Ils incluent la nature du substrat, les conditions trophiques, le degré d'éclairement, l'hydrodynamisme, la présence ou l'absence de pigment, etc. Dans les conditions optimales, les colonies présentent une forme « typique » avec des zoïdes biens formés, alors que dans des conditions moins favorables (période de repos estivale, par exemple) la colonie peut se modifier jusqu'à devenir très fine, transparente et les zoïdes peuvent être réduits à leur simple abdomen (perte du thorax).

Origine des noms

Origine du nom français

Synascidie : formé du préfixe grec [syn-] = avec et du grec [askidion] = petite outre. Les synascidies sont donc de petites ascidies qui vivent en commun.
De Lacaze : espèce dédiée au scientifique français Henri de Lacaze-Duthiers.

Origine du nom scientifique

Polysyncraton : composé des préfixes grecs [poly-] = multiple, [syn-] = avec, ainsi que du grec [crater] = cratère, vase grec arrondi dans lequel on mélangeait l'eau et le vin et à partir duquel on remplissait les coupes que l'on passait ensuite à chaque convive. L'ensemble paraphrase le mot synascidie qui a quasiment le même sens.

lacazei : dédié à Henri de Lacaze-Duthiers (1821-1901), zoologiste, anatomiste, biologiste. Professeur, il fonda la station marine de Roscoff (29) en 1871 et fut le fondateur et premier directeur du laboratoire Arago, à Banyuls-sur-mer (66).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Urochordata / Tunicata Urochordés / Tuniciers Chordés marins fixés (ascidies) ou pélagiques (thaliacés), solitaires ou coloniaux. Epaisse tunique cellulosique. Deux siphons, pharynx bien développé, la chorde larvaire régresse chez l'adulte (sauf chez les Appendiculaires).
Classe Ascidiacea Ascidies / Ascidiacés Tuniciers fixés. Solitaires ou coloniaux (seuls capables de bourgeonnement). Chorde uniquement au stade larvaire. Siphon inhalant au sommet, proche du siphon exhalant latéral. Souvent en eau peu profonde.
Ordre Aplousobranchia Aplousobranches Ascidies coloniales.
Famille Didemnidae Didemnidés Aplousobranches avec thorax et abdomen. Zoïdes très petits et courts formant de fines colonies encroûtantes. Incrustations calcaires étoilées. (Ce n'est pas le cas du genre Diplosoma).
Genre Polysyncraton
Espèce lacazei

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