Corail chou-fleur

Pocillopora damicornis | (Linnaeus, 1758)

N° 3029

Mer Rouge, Indo-Pacifique tropical

Clé d'identification

Colonies branchues de moins de 30 cm de diamètre couvertes de verrues
Branches irrégulières portant des verrues de la même taille
Couleur marron clair, verdâtre ou rose
Polypiérites plocoïdes à cérioïdes aux extrémités des branches
Espèce commune à faible profondeur jusqu'à 20 m

Noms

Autres noms communs français

Pocillopore corne de daim, corail choufleur, corail à verrues (nom pas caractéristique, valable pour tous les Pocilloporidés)

Noms communs internationaux

Cauliflower coral, lace coral (GB), Madrepora lampone (I), Coral coliflor (E), Buschkoralle, Himbeerkoralle (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Pocillopora brevicornis Lamarck, 1816
Pocillopora bulbosa Ehrenberg, 1834
Pocillopora caespitosa Dana, 1846

Distribution géographique

Mer Rouge, Indo-Pacifique tropical

Zones DORIS : Indo-Pacifique

Cette espèce est largement répandue dans tout le domaine indo-pacifique tropical, depuis la mer Rouge jusqu'aux îles Hawaï et à Panama. La limite nord est au Japon, la limite sud est au niveau de l'île Lord Howe. Elle est présente dans tous les DROM français.

Biotope

Ce corail est très commun à faible profondeur jusqu'à 20 m et peut se rencontrer jusqu'à 40 m. Il peut former des peuplements mono-spécifiques (ne comprenant qu'une seule espèce) de plusieurs dizaines de mètres carrés ou vivre avec d'autres espèces de coraux, en mode abrité (commun) ou battu (rare), dans les mangroves ou sur les piles des pontons.

Description

Les coraux de la famille des Pocilloporidés se caractérisent par des colonies branchues qui portent des verrues. Les calices* sont immergés dans la structure de base, ils sont de petite taille et ne dépassent pas 3 mm de diamètre.

L'espèce damicornis forme des buissons compacts de moins d'une trentaine de centimètres de diamètre qui peuvent couvrir des surfaces de plusieurs mètres carrés. Les branches sont irrégulières et ont sensiblement la même taille que les verrues, les deux sont difficilement discernables. La forme des branches dépend des conditions environnementales : elles sont épaisses en mode agité, fines dans les environnements calmes ou profonds.

Les polypiérites* sont de forme plocoïde* (murailles bien séparées), de moins d'1 mm de diamètre, et peuvent devenir cérioïdes* (murailles communes) aux extrémités des branches. Ils peuvent être situés sur les verrues ou entre elles. Les septes* sont peu développés, il n'y a pas de columelle*.

La couleur est variable, elle est souvent marron clair et peut être verdâtre ou rose.
Les polypes* sont épanouis uniquement la nuit.

Espèces ressemblantes

On peut confondre facilement le corail chou-fleur avec d'autres espèces du genre Pocillopora, qui portent toutes les verrues caractéristiques du genre. En particulier :

Pocillopora verrucosa a la même répartition géographique que P. damicornis. Les colonies, de couleur crème, marron ou rose, peuvent atteindre 50 cm de diamètre. Les branches sont moins divisées, de taille uniforme et ne peuvent pas être confondues avec les verrues qui sont de tailles irrégulières.

Pocillopora elegans a une répartition restreinte dans le Pacifique Est, Centre et Ouest. Elle est présente en Polynésie française et à Clipperton mais absente de Nouvelle-Calédonie. Les colonies, de couleur crème, marron-vert ou roses, forment des buissons compacts dont les branches dressées sont épaisses, de taille uniforme et aux extrémités aplaties. Les verrues sont uniformes, arrondies et lisses. Elle est classée VU (vulnérable) sur la liste rouge de l'UICN.

Pocillopora ankeli a une aire de répartition limitée de la Péninsule Indienne aux Philippines et l'Indonésie. Elle se rencontre sur les fronts récifaux exposés. Les colonies, de couleur marron-rouille ou marron-vert, sont petites et compactes avec des branches courtes et noueuses. Elle est classée VU (vulnérable) sur la liste rouge de l'UICN.

Pocillopora kelleheri a une aire de répartition limitée dans le Pacifique Ouest (présente en mer de Chine et au sud du Japon puis au nord-est de l'Australie, nord de la Nouvelle-Guinée et îles Salomon). Les colonies, de couleur marron clair, parfois pourpres ou vertes, sont attachées sur un côté et ont des branches aplaties qui s'étendent en lames, elles ne forment pas de buisson. Les verrues sont de taille uniforme et sont bien séparées.

Enfin, on peut confondre de loin ces Pocillopora avec des coraux branchus du genre Acropora ou d'autres Pocilloporidés, tels que des coraux des genres Seriatopora ou Stylophora. Néanmoins, aucun ne porte de verrues, la confusion n'est pas possible de près.

Alimentation

Comme tous les coraux hermatypiques*, Pocillopora damicornis se nourrit grâce aux algues symbiotiques* contenues dans ses tissus et qui fabriquent des sucres par photosynthèse*. Les polypes*, munis de cellules urticantes, les cnidocytes*, peuvent aussi capturer de petits organismes planctoniques*.

Reproduction - Multiplication

L'espèce présente une grande variété de modes de reproduction. Selon la zone géographique, elle peut se reproduire par émission de gamètes* lors d'épisodes de ponte massifs mais aussi par incubation de larves planulas* issues d'une reproduction asexuée ou sexuée. Cette caractéristique a mené certains auteurs à supposer que cette espèce est en fait un complexe d'espèces cryptiques (NB : deux sous-espèces sont enregistrées dans WoRMS). Les jeunes colonies sont sexuellement matures vers 3-4 ans minimum.

Cette espèce peut aussi se reproduire par voie asexuée par fragmentation ou bourgeonnement.

Vie associée

De nombreuses espèces animales vivent en association avec les Pocilloporidés. Parmi les poissons vivant entre leurs branches, on trouve très communément les demoiselles Dascyllus aruanus, Dascyllus trimaculatus et Chromis viridis, qui forment des nuages au-dessus des colonies et se réfugient dans les entrelacs de branches à la moindre alerte ou pour dormir.

De nombreux crustacés vivent aussi en association avec ces coraux : des copépodes endo et ectoparasites*, ainsi que des crevettes Alphéidés et des petits crabes (genres Trapezia, Tetralia, …) qui protègent le corail hôte des attaques de l'étoile de mer couronne du Christ Acanthaster planci.
Plusieurs espèces de crabes de la famille des Cryptochiridés forment des cavités (galles) sur les branches du corail hôte dans lesquelles ils vivent, pouvant se retrouver enfermés suite à la croissance du corail.

L'oursin des Galapagos Eucidaris galapagensis qui est souvent observé broutant sur ce corail est utilisé comme biomarqueur du développement des récifs de Pocilloporidés.

Divers biologie

Cette espèce est relativement tolérante à la sédimentation et à une salinité peu élevée, tant que des mouvements d'eau sont présents.

Dans l'océan Pacifique Est tropical, les Pocilloporidés sont les coraux bâtisseurs de récifs qui poussent le plus vite. Les vitesses de croissance relevées varient de 1,27 cm/an en Colombie à 3,96 cm/an au Panama.

Informations complémentaires

Pocillopora damicornis est l'une des espèces de coraux les plus abondantes de par sa croissance rapide, son habitat et sa large répartition géographique. Elle est très sensible au phénomène de blanchissement. C'est l'un des scléractiniaires les plus étudiés par les scientifiques. En particulier, les études ont montré que cette espèce a un pathogène spécifique, Vibrio coralliilyticus, qui devient actif lorsque la température est supérieure à 24,5 °C, provoquant le blanchissement et la lyse des tissus du corail. Cette association a fait l'objet d'études pour déterminer des biomarqueurs pour le suivi de l'état de santé des coraux.

Ce corail fait aussi l'objet d'un intense commerce, que ce soit pour l'aquariophilie, les souvenirs ou pour la fabrication de matériaux de construction (le calcaire issu des branches broyées entre dans la fabrication du béton). La récolte pour la fabrication de matériaux de construction a été arrêtée le long des côtes du Costa Rica et du Panama suite à la quasi disparition des Pocilloporidés dans ces secteurs.

Réglementation

Pocillopora damicornis est inscrite sur la liste rouge de l'UICN (2008) sous le statut LC (Least Concern, soit peu préoccupante). L'UICN a motivé sa décision en considérant la dégradation de son habitat. Une nouvelle évaluation du statut est prévue en 2018.

Elle est aussi présente sur la liste CITES appendice II depuis 1985 (référence aux annexes de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction), soumise à quotas d'exportation. Elle est exportée par l'Indonésie (quota de 5 000 individus sauvages en 2007 et 2008, 12 500 individus d'élevage en 2007).

La cueillette de ce corail est interdite à Mayotte par arrêté préfectoral.

Origine des noms

Origine du nom français

Corail chou-fleur se réfère à la forme des branches verruqueuses qui rappelle les têtes de chou-fleur.

Origine du nom scientifique

Pocillopora : du latin [pocillum] = petite coupe et [porus] = pore. Les polypiérites ont une forme de petite coupe,
damicornis : du latin [dama] = daim et [cornum] = corne. Ses branches ont une forme de cornes de daim.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Anthozoa Anthozoaires Cnidaires exclusivement marins, solitaires ou coloniaux, uniquement sous la forme polype (jamais de phase méduse dans le cycle de vie).
Sous-classe Hexacorallia / Zoantharia Hexacoralliaires / Zoanthaires Anthozoaires coloniaux ou solitaires, tentacules lisses, polypes à symétrie d’ordre 6.
Ordre Scleractinia Scléractiniaires / Madréporaires Hexacoralliaires coloniaux (quelques espèces solitaires) produisant un exosquelette calcaire abritant de petits polypes.
Famille Pocilloporidae Pocilloporidés
Genre Pocillopora
Espèce damicornis

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