Pleurobranche de Meckel

Pleurobranchaea meckeli | (Blainville, 1825)

N° 1773

Méditerranée, Atlantique oriental tempéré

Clé d'identification

Limace de 10 cm environ de couleur grise à beige
Manteau ne couvrant pas tout le pied, qui est plus clair et dépasse à l'arrière
Nombreux petits mamelons séparés par des sillons sombres
Large voile frontal venant du manteau et séparant deux rhinophores enroulés
Branchie en forme de plume bien visible sur le côté droit du corps

Noms

Noms communs internationaux

Meckel snail (GB)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Pleurobranchaea dellechiaii Vérany, 1846
Pleurobranchus balearicus Delaroche
Pleurobranchaea chiajei Locard, 1886
Pleurobranchaea notmec Marcus Ev. & Gosliner, 1984
Pleurobranchaea vayssierei Marcus Ev. & Gosliner, 1984



On trouve parfois Pleurobranchaea meckelii (avec 2 i). Le code international de nomenclature recommande dorénavant de ne mettre qu'un seul i terminal aux noms d'espèces désignant un nom propre.

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique oriental tempéré

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Méditerranée. Atlantique proche depuis le Portugal jusqu'aux côtes sénégalaises (y compris archipels des Canaries et Açores).

Biotope

Pleurobranchaea meckeli se rencontre sur des fonds sablo-vaseux et substrats détritiques, et ce, depuis les premiers mètres.

Description

Limace d'une longueur maximale de 10 cm, le pleurobranche de Meckel possède un pied beaucoup plus long et large que le manteau qui le recouvre en son sommet. Il dépasse donc de ce manteau, notamment à l'arrière où il se termine de façon arrondie.
Le manteau est parfois, pas toujours, terminé à l'arrière par un petit cône tégumentaire.
La forme générale de l'animal est assez haute et bombée pour un opistobranche.
La couleur générale est relativement inégale selon les individus : du gris pâle au gris noirâtre, en passant par des tons autour du beige, la teinte étant plus claire sur les deux faces du pied.
Sur ce pied et sur le petit manteau, un sillon de couleur sombre circonscrit un grand nombre de petits mamelons ou tubercules irréguliers plus clairs, presque blancs sur le pied.
Il n'est, de plus, pas rare que l'animal porte sur son manteau un peu du sable qui l'entoure.
La surface inférieure du pied (la sole) est lisse.
Le manteau retombe sur la face avant en un large voile frontal. Celui-ci se termine de chaque côté par des coins enroulés sur eux-mêmes. La bordure antérieure de ce voile céphalique est semée de petites digitations sensorielles.
Selon l'activité de l'animal (nourriture), il est possible d'apercevoir sous le voile buccal et à l'avant un gros tube protractile souple et court : il s'agit de l'organe buccal dévaginable.
Sur les côtés de la tête sont implantés deux rhinophores* cylindro-coniques enroulés, relativement semblables aux coins du voile céphalique.
La branchie* est bien visible, sur le côté droit du corps, dépassant quasiment du rebord palléal. Elle a une forme de plume beige et représente environ un tiers de la longueur de l'animal. Cette branchie est bipennée.

Espèces ressemblantes

Il est pour l'heure de bon aloi d'identifier tous les Pleurobranchaea méditerranéens ressemblants en tant que Pleurobranchaea meckeli. Nous manquons en effet d'études précises concernant ce groupe particulier de Notaspidés. Il est fort possible que sous un aspect extérieur très proche, il puisse exister des espèces différentes uniquement discriminables d'un point de vue anatomique. Les chercheurs du domaine sont conscients que ce groupe d'animaux mérite sans doute une nouvelle réévaluation de sa systématique, sans vouloir pour l'instant définitivement trancher pour la présence d'une seule espèce ou de plusieurs.



Pour des espèces visuellement un peu plus éloignées :
Les nudibranches de l'ordre des Arminacés (A. maculata, A. tigrina…) sont généralement plus petits. Leur manteau couvre quasiment toute la longueur du pied. Ce manteau s'arrête avant les rhinophores et ne constitue donc pas le voile céphalique caractéristique de P. meckeli.



Umbraculum umbraculum (Lightfoot, 1786)beaucoup plus gros que P. meckeli, possède un pied très haut, rond et présentant de grosses pustules. Une coquille extérieure plate et ronde est posée sur le haut de ce pied.



Pleurobranchus testudinarius Cantraine, 1835, existe également en version avec manteau beige à sillons, marqué de grosses pustules. Mais l'animal est plutôt rond et on ne voit généralement pas son pied, recouvert par le manteau.



Pleurobranchaea californica MacFarland, 1966 ressemble beaucoup mais n'est pas présent dans la zone de distribution (espèce pacifique).

Alimentation

Pleurobranchaea meckeli se sert de ses papilles sensorielles, situées sur le bord du voile buccal et à proximité de la bouche, pour détecter sa nourriture.
Les proies favorites du pleurobranche de Meckel se trouvent parmi les anthozoaires (notamment pennatules et vérétilles) et les hydrozoaires. Les nombreux cnidocystes* trouvés dans leur estomac en témoignent.
[Cattaneo-Vietti & all 1993] indiquent également que d'autres invertébrés sont consommés, pour la plupart, probablement, bien vivants. Parmi eux, une espèce d'éponge a été retrouvée (Thenea muricata), des polychètes errantes, des amphipodes comme des caprelles sont également consommés ainsi que d'autres opisthobranches (Tethys fimbria, Philine aperta, Facelina sp. …). La même étude rapporte également que des petits céphalopodes (sépioles, petits calmars…) ont été retrouvés, entiers ou en partie (dents, pupilles oculaires...), dans le système digestif des pleurobranches examinés, accompagnés d'écailles et d'arêtes de poissons ! Notre opisthobranche, probablement peu à même de capturer des calmars ou des poissons vivants, serait donc également nécrophage. Quelques cas de cannibalisme sont même certifiés par plusieurs auteurs, que ce soit en examinant le contenu d'un estomac ou qu'il s'agisse d'une attaque in vivo en aquarium [Pruvot-Fol, 1954]… Est-il nécessaire de spécifier que Pleurobranchus meckelii est à ranger parmi les voraces prédateurs opportunistes ?

Reproduction - Multiplication

Pleurobranchaea mickeli est hermaphrodite*. L'animal possède donc à la fois les organes sexuels femelles et mâles, simultanément fonctionnels.
Cachés sous un petit bout de peau du manteau, les organes sexuels externes débouchent du côté droit, l'orifice pénial se trouvant un peu en avant de l'ouverture femelle (et juste devant la feuille branchiale).
La période de reproduction couvre généralement l'été et l'automne (avec quelques nuances selon les latitudes et les conditions climatiques, celles-ci conditionnant l'accession de l'animal à la maturité sexuelle) et va imposer un rapport proximal entre deux individus.
Le pénis de chaque partenaire pénètre l'orifice femelle de son compagnon de rencontre et chacun échangera ses gamètes mâles respectifs. Puis chacun d'eux ira pondre dans son coin. Une seule fécondation peut suffire pour plusieurs pontes.
Celle-ci se présente visuellement sous la forme d'un large ruban délicatement froissé, apparemment blanc, souple et tordu sur lui-même. Vu de près, le fin cordon d'œufs blancs proprement dits forme une multitude d'anses, régulièrement organisées, bien visibles et donnant l'apparence de lignes parallèles quasi parfaites incluses dans le large ruban de glaire transparente. L'ensemble est probablement fixé au substrat.
L'éclosion de ces œufs donnera lieu à un développement planctotrophique*. Les larves connaîtront donc plusieurs stades dans le plancton et la véligère* (munie à ce stade d'une "coquille" qu'elle perdra ensuite) passera ainsi quelques jours à "nager", avant de se poser et de continuer ses transformations vers le stade juvénile.
Le juvénile du pleurobranche, copie miniature de l'adulte, semble porter quelques couleurs moins mimétiques que son aîné.

Vie associée

L'auteur Robert Ph. Dollfus in [Pruvot-Fol 1954] indique un parasite propre à Pleurobranchaea mickeli : le copépode Anthessius pleurobranchaeae Delle Valle, 1880. On en soupçonne peut-être d'autres…

Divers biologie

Le système buccal est composé, à l'avant, seule partie visible pour l'observateur, d'une trompe dévaginable (proboscis*). C'est grâce à cela que l'animal happe ou arrache ses proies. Derrière ce mufle se trouve le bulbe buccal compact avec des mâchoires allongées et la radula*. Celle-ci est composée de nombreuses dents (plusieurs dizaines de milliers !) implantées sur plusieurs rangées.
Le schéma radulaire d'implantation des dents est propre à chaque espèce et constitue un élément distinctif de la discrimination taxonomique. Bien entendu, l'observation à ce dessein de la radula nécessite du matériel optique et la dissection de l'animal, ce qui est à laisser aux scientifiques !
Chez Pleurobranchaea meckeli, la radula est deux fois plus longue que large et de formule 60, 1,60 à 75, 1,75. Les dents sont bicuspides* sauf les premières et dernières de chaque rangée qui peuvent être simples et plus rudimentaires. Les cuspides* sont épaisses, robustes et un peu courbes.
A l'arrière encore de ce bulbe buccal, tout le système digestif avec, entre autre, un intestin se terminant à droite, près de la branchie et du pore urinaire. L'anus se trouve juste à la base de la branchie.

Le pleurobranche possède des "yeux". Ces taches oculaires sont difficilement observables en plongée car elles se situent au niveau de la cavité abdominale et sont éventuellement visibles au travers de la peau transparente, sous les rhinophores.

Les pustules blanchâtres sur le pied sont des glandes à acide (probablement proche de l'acide sulfurique). L'animal s'en sert de moyen de défense en cas d'attaque et ces glandes exsudent une sécrétion blanche laiteuse qui va le rendre immangeable et faire fuir l'agresseur.

Contrairement à d'autres animaux de l'ordre des Notaspidés qui possèdent des restes (reliques) plus ou moins développés de coquille, que celle-ci soit interne (Berthella spp., Berthellina spp.) ou externe (Umbraculum umbraculum, Tylodina perversa), Pleurobranchaea meckeli ne possède, adulte, aucune coquille.

Le pleurobranche de Meckel nage maladroitement, mais peut cependant se déplacer entre deux eaux par des contorsions du manteau et du pied.

La durée de vie du pleurobranche de Meckel pourrait atteindre les deux ans. Mais l'espèce semble grandement sujette à variation dans son développement selon les facteurs extérieurs locaux et notamment climatiques.

Origine des noms

Origine du nom français

Pleurobranche de Meckel : traduction littérale du nom scientifique.

Origine du nom scientifique

Pleurobranchaea : du grec [pleuros] = côté et [branchia] = branchies. Animal qui a donc les branchies fixées sur le côté.

meckeli
: Espèce dédiée à l'anatomiste allemand Johan Friedrich Meckel Jr. (1781-1833). Il a travaillé quelques temps à Paris avec Cuvier puis a enseigné en Allemagne. S'il a étudié l'anatomie animale en général, Meckel est principalement responsable de travaux sur les vertébrés et notamment les malformations congénitales (tératologie).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Notaspidea / Pleurobranchomorpha Notaspides / Pleurobranchomorphes Coquille en coupelle plate, cachée ou absente. Cavité palléale représentée par une gouttière située sur le coté droit avec une branchie pourvue d’une double rangée de lamelles. Pas de lobes pédieux. Rhinophores enroulés. Tous marins.
Famille Pleurobranchidae Pleurobranchidés Manteau recouvrant le pied et la branchie latérale. Rhinophores canaliculés, voile buccal aux extrémités parfois enroulées. Coquille toujours interne.
Genre Pleurobranchaea
Espèce meckeli

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