Vairon

Phoxinus phoxinus | (Linnaeus, 1758)

N° 1656

Europe et Asie septentrionale

Clé d'identification

Petit poisson, longueur 4 à 10 cm
Se déplace en bancs
Corps en forme de fuseau
Dos vert foncé, flancs marqués de grosses taches brun-noir parfois reliées pour former des raies
Ventre crème blanchâtre (rouge cuivré chez les mâles en période de frai)
Nageoires arrondies et transparentes

Noms

Autres noms communs français

Amarante, arlequin, charbonnier, cippa, cuzeau, garlesco, gendarme, grisette, petit blanc, sprille, veirou, verdou, véricle, voiron

Noms communs internationaux

Minnow, common minnow, eurasian minnow, european minnow (GB), Sanguinerola (I), Pescardo, piscardo (E), Elritze, Pfrille (D), Elrits (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Cyprinus phoxinus Linnaeus, 1758
Phoxinus laevis Fitzinger, 1832
Salmo rivularis Pallas, 1773

Distribution géographique

Europe et Asie septentrionale

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

P. phoxinus est présent en Eurasie septentrionale depuis l'Irlande à l'ouest jusqu'à l'extrémité de la Sibérie à l'est. Il est absent de l'Écosse, du sud de l'Espagne, du sud de l'Italie et de la Grèce.
Il est présent partout en France et en Belgique.

Biotope

P. phoxinus est très fréquent dans les parties supérieures des ruisseaux là où l'eau est froide, courante, riche en oxygène avec fond de sable ou de roches (zone à truites). On le trouve également dans les eaux dormantes et même dans les eaux saumâtres de la Baltique.
Il est présent du niveau de la mer jusqu'à 2 400 mètres d'altitude, voire plus.
Il se tient à proximité du fond dans les zones peu profondes.
En été, il fréquente en bancs la végétation aquatique dans les petits ruisseaux ou en aval des chutes des déversoirs et des barrages.
En hiver, il s'abrite dans les anfractuosités du fond, sous les racines ou les grosses pierres.

Description

Le vairon est un petit poisson d'une longueur de 4 à 10 cm (maximum 14 cm) pour un poids de 3 à 10 g (rarement plus de 13 g).
Il se déplace en bancs. Il est souvent accompagné de truites de même taille et de jeunes saumons.
Le corps est en forme de fuseau.
La tête a un museau arrondi, la bouche est terminale (la mâchoire supérieure dépasse légèrement la mâchoire inférieure).
Le dos est vert foncé, la partie supérieure des flancs est brun clair marquée de grosses taches brun-noir (parfois reliées pour former des raies) alors que la partie inférieure est vert jaunâtre à reflets argentés, le ventre est de couleur crème blanchâtre (en période de frai, il est rouge cuivré chez les mâles).
La ligne latérale ne va le plus souvent que jusqu'à la moitié du corps.
Le pédoncule caudal est comprimé latéralement.
Les nageoires sont arrondies et transparentes. La nageoire caudale est nettement échancrée, la dorsale est assez haute.
Les écailles sont petites et discrètes.

Espèces ressemblantes

Phoxinus percnurus (Pallas, 1814), le vairon des marais : il ressemble beaucoup à un jeune P. phoxinus mais ses flancs sont irrégulièrement pointillés de sombre (au lieu des grandes taches latérales de P. phoxinus). Cette espèce est surtout présente en lac et en étang. Elle n'est pas signalée en France.

Alimentation

Le vairon est un poisson omnivore et vorace. Il se nourrit de petits animaux aquatiques de toute sorte (vers, petits mollusques, alevins, larves d'insectes, etc.), d'insectes ailés, d'algues et de détritus végétaux. En les consommant, il est responsable de la perte de grandes quantités d'œufs des autres espèces.
Son régime plus large, lui donne l'avantage dans sa compétition alimentaire avec les truites.

Reproduction - Multiplication

En juin-juillet, au moment de la reproduction, le vairon migre vers des eaux à fond de graviers où il forme de grands bancs.
Le mâle revêt sa livrée nuptiale : le ventre, les nageoires pectorales et ventrales deviennent rouges, le dos et la partie antérieure du corps sont foncés voire noirs.
La femelle, de couleur beaucoup plus terne, pond entre 200 et 1 000 œufs (suivant sa taille) en plusieurs fois.
Les œufs mesurent de 1 à 1,8 mm de diamètre. Ils sont soit collés sur les pierres soit présents dans les interstices des pierres en eau peu profonde. La durée d'incubation est de 5 à 10 jours (60 °C x Jours*).
À l'éclosion, les larves mesurent 2,5 mm. Elles restent à l'abri entre les pierres jusqu'à résorption de leur vésicule.
À un an, le vairon mesure de 3,5 à 4 cm.
Sa maturité sexuelle est atteinte à 2 - 3 ans.
L'espérance de vie est de 4 à 5 ans (maximum 11 ans).

* "60 °C x jours" est une notation très utilisée pour signaler la durée d'incubation en fonction de la température de l'eau. Par exemple :
- si l'eau est à 6 °C, l'incubation durera 10 jours ;
- si l'eau est à 10 °C, l'incubation durera 6 jours ;
- si l'eau est à 12 °C, l'incubation durera 5 jours.)

Vie associée

Prédateur d'alevins vésiculés de truite, il est également la proie de nombreux poissons piscivores (truites, perches, brochets, etc.) mais aussi du martin pêcheur et de la couleuvre vipérine.

Le vairon est souvent infesté par le parasite Pomphorhynchus laevis. Cet acanthocéphale réside et se reproduit dans l'intestin de nombreuses espèces de poissons. Sa ponte est expulsée avec les déjections et est avalée par les gammares. Les œufs renferment une larve*, l'acanthor, munie à son extrémité antérieure de crochets et d'épines sur toute la surface du corps. Une fois l'œuf ingéré par un gammare, la larve s'échappe et traverse la paroi de l'intestin pour pénétrer les tissus. Installée dans le gammare, la larve, maintenant appelée cystacanthe, cherche à trouver un intestin de poisson pour passer au stade adulte et se reproduire. Elle manipule le comportement du gammare pour se donner un maximum de chances de trouver son hôte final. Pomphorhynchus laevis modifie ainsi le rapport à la lumière du gammare pour qu'il parte à la dérive et devienne une proie facile pour les prédateurs recherchés par le parasite. Si ce parasite se révèle néfaste pour son hôte intermédiaire (le gammare), on ne sait pas si son hôte final (le poisson) subit un préjudice.

Divers biologie

Phoxinus phoxinus est capable d'identifier ses congénères et de reconnaître des individus de sa famille (les phéromones jouent un rôle). Des études ont démontré que les bancs sont constitués pour les 3/4 de regroupements familiaux.
Cependant, les mâles ont tendance à se joindre à un banc composé de femelles sans tenir compte de la taille du banc alors que les femelles privilégient un banc de grande taille sans se soucier de sa composition.
Cette vie collective
- favorise l'apprentissage : par exemple, un juvénile y apprend beaucoup plus vite à reconnaître l'odeur d'un brochet ;
- augmente la sécurité : à proximité d'un prédateur, les vairons se regroupent en bancs serrés et dressent leurs nageoires ; ce signal d'alarme informe chacun d'un danger immédiat ;
- facilite la recherche de nourriture.

Des études ont démontré que malgré cette vie collective, les individus font preuve de personnalité : comportements de domination ou de soumission, courage ou crainte, audace ou lâcheté, mémorisation, meilleure capacité d'innovation chez les femelles.

Le vairon est doté d'un excellent odorat qui lui permet de détecter la présence d'un prédateur dans son lac dans un rayon de 60 m. De plus, lors d'une attaque, le vairon réagit en sécrétant une substance d'alarme qui avertit ses congénères du danger. Ces cellules sécrétrices de substances d'alarme sont huit fois plus nombreuses chez la femelle que chez le mâle.

Il dispose aussi d'une excellente ouïe grâce à quatre osselets constituant l'appareil de Weber (appareil présent chez les cypriniformes tels les carpes, les tanches, les ablettes).

Informations complémentaires

A la fin du XXe siècle ou au début du XXIe siècle, il a été introduit en Corse dans le cours inférieur du Taravo.

Sa chair n'est pas très appréciée, mais il est souvent utilisé comme appât vivant pour la pêche à la truite, au brochet et au sandre. Quelques fermes pratiquent son élevage dans ce but.

Le vairon est fort utilisé en laboratoire pour les recherches sur les organes sensoriels des poissons.
Il a été utilisé dans les fameuses expériences de Karl von Frisch* au sujet de l'ouïe des poissons. Von Frisch a également montré qu'un vairon blessé peut émettre des substances qui avertiront du danger les autres poissons du groupe.

(* éthologue autrichien, Prix Nobel en 1973 avec Konrad Lorenz)

Réglementation

Présent sur la liste rouge de l'UICN (statut : risque mineur) au motif d'espèce largement répandue mais localement menacée par la pollution et la présence excessive de salmonidés.

Origine des noms

Origine du nom français

Vairon : du latin [varius] = bigarré, tacheté ; son dérivé est utilisé en français depuis le XIIe siècle pour désigner un « poisson tacheté ».

Origine du nom scientifique

Phoxinus : repris directement du grec [phoxinos] = petit poisson de rivière cité par Aristote et qu'on a identifié comme étant notre vairon.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Osteichthyes Ostéichthyens Vertébrés à squelette osseux.
Classe Actinopterygii Actinoptérygiens Ossification du crâne ou du squelette tout entier. Poissons épineux ou à nageoires rayonnées.
Sous-classe Neopterygii Teleostei Néoptérygiens Téléostéens Poissons à arêtes osseuses, présence d’un opercule, écailles minces et imbriquées.
Super ordre Ostariophysi Ostariophysaires
Ordre Cypriniformes Cypriniformes Presque tous d’eau douce.
Sous-ordre Cyprinoidea Cyprinoïdes
Famille Cyprinidae Cyprinidés
Genre Phoxinus
Espèce phoxinus

Nos partenaires