Cormaillot

Ocenebra erinaceus | (Linnaeus, 1758)

N° 1429

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Clé d'identification

Coquille massive d'aspect plissé, de 4 à 6 cm, à apex* pointu
Côtes spiralées sur cinq à huit tours, dont le dernier est nettement plus grand
Sept à neuf fortes varices transversales aux côtes
Labre mince et crénelé chez les jeunes, épais et dentelé chez les individus âgés
Ouverture ovale et opercule circulaire corné
Coquille blanchâtre à beige parfois brunâtre

Noms

Autres noms communs français

Océnèbre, rocher hérisson, murex perceur, bigorneau perceur
Kog-touller, coq perceur (Bretagne)

Noms communs internationaux

Hedge hog murex (GB), Gerippte Purpurschnecke (D), Cornetilla (E), Stekelhoren, geruite ribhoren (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Ocenebra erinaceus possède de nombreux synonymes. Citons :
Murex erinaceus (Linnaeus, 1758)
Purpura congener Röding, 1798
Purpura senegalla Röding, 1798
Murex triquetrus Risso, 1826
Murex triquetra Risso, 1826
etc...

Distribution géographique

Mer du Nord, Manche, océan Atlantique Nord-Est, Méditerranée

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

Cette espèce est présente le long des côtes atlantiques ouest-européennes, en mer du Nord et en Méditerranée. On la rencontre en grand nombre notamment sur les côtes normandes et bretonnes.

Biotope

Ocenebra erinaceus est une espèce principalement sublittorale d'eaux tempérées froides alors que les muricidés affectionnent d'ordinaire les eaux tempérées chaudes. Elle se rencontre sur et sous les pierres du médiolittoral jusqu'à 150 mètres de profondeur. On peut aussi la rencontrer dans quelques flaques rocheuses de l'estran laissées par la marée descendante mais pas plus haut que le niveau moyen des marées. Il est également possible d'en rencontrer dans les estuaires ou rias où la salinité est moindre, comme la ria d'Etel.

Description

Le cormaillot possède une coquille massive, spiralée et plissée, caractérisée par un apex* pointu et des sculptures importantes et variables.
La coquille mesure le plus souvent entre 3 et 4 cm, pour 2,5 cm de large mais des individus mesurant jusqu'à 6 cm ont déjà été observés. Elle s'enroule sur cinq tours (parfois huit) étagés dont le dernier est nettement plus grand. Chacun de ces tours porte un nombre différent de côtes spiralées, sculptées de varices transversales. Les sutures sont profondes. L'ouverture est de forme ovale mais dissymétique et se termine par un canal siphonal court et ouvert chez les jeunes, long et obturé sur la plus grande partie chez les sujets âgés. Le labre est mince et crénelé chez les jeunes, épais et dentelé chez les individus âgés. La couleur de la coquille varie du blanc ou gris clair à beige chez les sujets jeunes, elle est brunâtre chez les sujets âgés. Le pied est blanc-crème, parfois traversé de quelques légères marbrures. Lorsque l'animal est dérangé il rentre lentement dans sa coquille, l'obturant d'un opercule circulaire corné. La tête est surmontée de deux tentacules longs et fins portant chacun un œil foncé, visible au 2/3 de leur longueur.

Espèces ressemblantes

Le site CLEMAM signale plusieurs sous-espèces et variétés.

Ocinebrina aciculata (Lamarck, 1822) = Ocinebrina corallina (Scacchi) est plus allongé d'aspect et possède un labre moins épais, mesure 18 cm au maximum. Distribué en Atlantique et Méditerrannée. La chair de l'animal ainsi que son opercule sont rouge vif.

Ocinebrellus inornatus
(Récluz, 1851) = Ocenebra japonica (Dunker, 1860), originaire de la mer du Japon, est une espèce invasive, introduite accidentellement vers 1990-1995 avec l'importation massive d'huîtres japonaises provenant probablement des Etats Unis. Il possède un labre plus ouvert, un canal siphonal ouvert et une ouverture colorée à l'intérieur. Son biotope est le même que O. erinacea.

Muricopsis cristata
(Brocchi, 1834) : de 10 à 30 mm, d'aspect plus conique, il se distingue par des varices obliques moins marquées avec des plis épineux aux points de rencontre. Ses couleurs varient de blanchâtre à jaunâtre, voire brunâtre. Son canal siphonal est plus court et ouvert. Il est présent tout autour de la péninsule ibérique, Méditerranée et Atlantique jusqu'au golfe de Biscaye.

En Méditerranée on peut le confondre le cormaillot avec le rocher fascié, Hexaplex trunculus. Ce dernier a une allure similaire (famille des muricidés) mais possède une coquille hérissée de tubercules.

Alimentation

Ocenebra erinaceus est un prédateur carnivore et perceur. Il bénéficie d'un odorat performant qui lui permet de trouver préférentiellement des proies vivantes.
Il se nourrit principalement de jeunes huîtres et autres bivalves comme les moules, palourdes et les pectinidés cultivés ou non. Pour cela il perfore la coquille de ses victimes d'un trou parfaitement circulaire d'environ 1 mm de diamètre à l'aide d'un mouvement rotatoire de sa radula* et d'un acide qu'il sécrète pour ramollir la couche calcaire. Cela peut lui prendre de quatre à six jours et il lui faut jusqu'à quatre jours de plus pour dévorer sa proie (communication de la Réserve de la baie de Saint-Brieuc).

Reproduction - Multiplication

Les sexes sont séparés, la fécondation interne. La reproduction et la ponte se déroulent au printemps (communication de la Réserve de la baie de Saint-Brieuc). Les œufs sont contenus et protégés dans des capsules jaunâtres à pourpres, juxtaposées et dressées verticalement sur des pierres ou des coquillages. Leur apparence de vases aplatis d'environ 8 mm de haut fait penser à des formes géométriques, triangles ou losanges. Les œufs éclosent dans les capsules, les larves s'y métamorphosent et de jeunes individus rampants en sortent au bout de trois à quatre mois. Il n'y a donc pas de phase larvaire planctonique chez cette espèce. De cette manière son expansion est limitée.

Vie associée

Les coquilles d'Ocenebra erinaceus peuvent servir de support à des thalles d'algues encroûtantes, à des tubes calcaires de vers et à des balanes mais il n'y a pas de relation particulière entre ces organismes.
Les coquilles vides de cormaillot sont occupées rapidement par des Bernard-l'ermite, comme Pagurus anachoretus ou Clibanarius erythropus par exemple, ce qui explique qu'elles soient souvent très érodées.

Divers biologie

L'espèce Ocenebra erinaceus est menacée par l'étain tributyl (T.B.T.), contenu dans les peintures antifouling des bateaux, et qui agit sur son système hormonal. Les femelles peuvent développer des caractères mâles, devenir stériles, ce qui menace les populations européennes. Ce phénomène a été baptisé "pseudo-hermaphrodisme" ou "imposexe". Les peintures en question sont désormais interdites à la vente.

Comme tous les muricidés Ocenebra erinaceus possède une glande hypobranchiale produisant de la pourpre. C'est une matière collante et fileuse produite par une glande située sur la partie interne du manteau, entre le rectum et la branchie (glande hypobranchiale). Elle est d'un brun jaunâtre virant au vert à la lumière, puis au bleu et au violet qui est sa teinte définitive et inaltérable. Dans le même temps, une forte odeur s'en dégage. On pense qu'elle aurait une valeur anesthésiante pour les proies et un goût détestable dissuadant un peu ses prédateurs.

Il n'y a pas de réelle compétition mais dans les zones ou l'espèce invasive Ocenebrellus inornatus s'implante, il est constaté une régression d'O. erinaceus.

Informations complémentaires

Cette espèce est indésirable dans les parcs à huîtres car elle est en grande partie responsable de gros dommages économiques infligés aux ostréiculteurs, en particulier dans le bassin de Marennes-Oléron.
Elle montre une très nette préférence pour les jeunes huîtres (de six à douze mois). C'est dans ces parcs qu'elle est rencontrée en plus grand nombre. Depuis quelques années elle y côtoie une autre espèce : Ocinebrellus inornatus, qui paraît plus résistante, surtout au froid.

La position du forage est constante : entre la ligne d'insertion du muscle et les organes essentiels.

Cette espèce n'a aucune valeur gustative reconnue. Cependant elle est consommée fraîche sur le pourtour méditerranéen.

Origine des noms

Origine du nom français

Océnèbre est la traduction littérale du nom de genre scientifique Ocenebra,
Perceur pour les trous que ce mollusque fore dans la coquille de ses victimes,
Murex (famille des muricidés), rocher à cause de sa consistance solide et massive,
Hérisson pour la ressemblance, très lointaine (!) avec l'animal terrestre...

Origine du nom scientifique

Ocenebra Gray 1847 serait une déformation (coquille ?) d'Ocinebra créé par Leach en 1820 mais publié en 1852 à titre posthume par Gray et qui viendrait du latin [ocinus] = sorte de fourrage...
erinaceus : du latin [erinaceus] ou [herinaceus], racine [ericius] ou [hericius] = hérisson.
Le rapprochement de cette étymologie avec le gastéropode laisse perplexe...

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Caenogastropoda Caenogastropodes
Ordre Neogastropoda Néogastéropodes Coquille avec canal siphonal bien développé. Un repli du manteau forme un tube extensible : le siphon. La plupart sont des prédateurs ou nécrophages. Tous marins sauf le genre Clea.
Famille Muricidae Muricidés

Coquille spiralée, de forme et de taille variables (13 mm à 300 mm environ), souvent ventrue avec un apex court ; en général de fortes varices qui, selon la forme du bord du manteau ont l'aspect de bourrelets, bosses, plis, épines et peuvent être ramifiées, écailleuses ou tuberculées. La croissance est périodique. La disposition et le nombre de ces varices est caractéristique de chaque espèce. Le canal siphonal est court ou très long, ouvert ou partiellement fermé. D'après Lindner 2011:97.

Genre Ocenebra
Espèce erinaceus

Nos partenaires