Spatangue rouge

Meoma ventricosa | (Lamarck, 1816)

N° 1263

Atlantique ouest tropical

Clé d'identification

Gros oursin irrégulier en forme d'œuf
Couvert d'une fourrure dense de piquants brun-roux
Zones ambulacraires en pétales, enfoncées sur la face dorsale
Un sillon anguleux fait le tour des pétales

Noms

Autres noms communs français

Oursin de sable rouge

Noms communs internationaux

Red heart urchin, West Indian sea biscuit (GB), Erizo de corazon rojo (E), Roter Herzseeigel (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Spatangus ventricosus Lamarck, 1816
Brissus ventricosus (Lamarck, 1816)
Brissus panis Grube, 1857

Distribution géographique

Atlantique ouest tropical

Zones DORIS : Caraïbes

Meoma ventricosa est présent des Bahamas jusqu'au nord du Brésil.
Signalement (à confirmer) aux îles du Cap Vert.

Biotope

Le spatangue rouge peut s'installer partout où il y a des poches de sable : fonds sablo-vaseux, sable grossier et gravier en bordure des récifs, herbiers et étendues de débris coralliens mélangés de poches de sable, de 2 m à 200 m de profondeur.

Description

Meoma ventricosa est un gros oursin irrégulier pouvant atteindre 20 cm de long. Bien que couramment décrit comme "en forme de cœur", en réalité il est plutôt en forme d'œuf, car l'encoche avant est relativement peu prononcée. La face ventrale (inférieure) est assez aplatie, la face dorsale est bombée, quasi-hémisphérique. Il est entièrement recouvert d'une fourrure dense de piquants courts et réguliers, de couleur brun-roux.

Le test* est relativement épais et solide, et il n'est pas rare de le retrouver entier sur le fond où il peut même être colonisé par des algues avant d'être détruit.

Sur la face supérieure du test :
L'ambulacre* antérieur forme une légère dépression dans le test, les 4 zones ambulacraires* paires dessinent 4 pétales*, étroits et allongés, plus profondément enfoncés et soulignés par une double série de perforations.
Au sommet du test, à la jonction des pétales, se trouve le système apical* formé de la plaque madréporique* et des 4 pores génitaux.
Un fin sillon au contour anguleux fait le tour des zones ambulacraires* : c'est le fasciole* péripétale.
(Voir dans la rubrique « Informations complémentaires » au bas de cette page le rôle et les fonctions des fascioles).

A la face inférieure du test :
La bouche, en forme de lunule, est en position antérieure et ventrale. Elle est entourée par les 5 zones ambulacraires en étoile, dont les 3 antérieures sont les plus visibles. Les 2 zones ambulacraires postérieures délimitent le plastron*, allongé et portant des piquants courts orientés vers l'arrière.
Tout à l'arrière se trouve l'anus, entouré par un fasciole* subanal (bien développé chez les juvéniles, il régresse et finit par disparaître chez les adultes).

Espèces ressemblantes

Parmi les oursins de sable, le seul comparable par la taille du test est le plagiobrissus des Antilles. Mais celui-ci est plus rare, de couleur blanc grisâtre ; et il a sur le dos de longs piquants translucides dirigés vers l'arrière.

Alimentation

En avançant dans le sable, le spatangue rouge enfourne des bouchées de sédiment à l'aide de podia* spécialisés qui entourent sa bouche, et digère ce qui peut s'y trouver comme matières organiques : débris d'algues, petits gastropodes, vers et autres formes de vie présentes dans le gravier.
Le "labourage" de la couche superficielle du gravier participe à l'aération et à l'enrichissement du gravier, favorisant certainement le développement des algues et bactéries qui s'y trouvent.

Reproduction - Multiplication

C'est une espèce gonochorique* : il y a des oursins mâles et des oursins femelles. La maturité sexuelle intervient à l'âge de 2 ans. En Floride, des regroupements d'individus ont été observés avec émission simultanée et spectaculaire de gamètes* par les deux sexes. La saison du frai s'étend de novembre à janvier, aucune corrélation n'a été observée avec les phases lunaires.
Les larves* ne sont pas connues, on suppose qu'elles mènent une vie planctonique* avant de tomber au fond et de se transformer en petits oursins.

Vie associée

Ses piquants sont courts et peu défensifs, mais quand on le dérange, Meoma ventricosa est capable d'émettre une substrance jaunâtre, iodée, toxique pour les petits animaux.
Cela explique peut-être pourquoi il a peu de prédateurs : il est occasionnellement consommé par les tortues, les raies, les étoiles comme Oreaster reticulatus et les gros escargots comme les casques (Cassis sp.), mais le principal prédateur semble être le crabe honteux (Calappa sp) qui se sert d'une de ses pinces pour maintenir l'oursin et de l'autre pour le découper comme avec un ouvre-boîte.



Le petit crabe-pois des spatangues, Dissodactylus primitivus, est presque constamment retrouvé accroché à la face ventrale de l’oursin, parfois plusieurs petits crabes pour un même oursin. Ils coupent et mangent les piquants et peuvent provoquer de graves lésions sur le tégument.
Beaucoup plus rarement observé, on recherchera parmi les piquants un autre commensal : le polychète Ophiodromus obscurus (famille des Hesionidae). Il se nourrit des débris collectés sur le test et autour de la bouche ou du périprocte*, tout en profitant de la protection des piquants.

Divers biologie

Le spatangue rouge a tendance à s'enfouir sous le gravier de jour et à émerger partiellement ou totalement la nuit. Mais les plus gros spécimens restent généralement à demi enfouis, les épines apicales* émergeant du sable, surtout lorsque la granulométrie du substrat est fine et ne permet pas une bonne circulation de l'eau autour du test.
Ils manifestent une certaine sociabilité et ont tendance à se déplacer en petits groupes. Leur vitesse moyenne lors de ces déplacements est de l'ordre de 7 cm /heure.
Les plus jeunes oursins, (de taille inférieure à 10 cm), vivent cachés sous des débris coralliens, sous 5 à 10 centimètres de gravier mêlé de cailloutis, et n'en émergent pas, même de nuit.

Informations complémentaires

Caractères généraux des oursins irréguliers de l'ordre des Spatangoidés :

Ce groupe, aux représentants nombreux et très spécialisés, est constitué autant par des espèces actuelles que fossiles. Les oursins de cet ordre font partie des oursins irréguliers les plus modifiés, sans doute en rapport avec leur mode de vie enfoui. La bouche est excentrée vers l'avant de la face ventrale (buccale), l'anus migre vers l'arrière, il y a donc apparition d'une symétrie bilatérale superposée à celle pentaradiée*. Le test* prend une forme plus ou moins allongée et aplatie où les zones ambulacraires* sont en creux. Les podia* (pieds ambulacraires) sont particulièrement modifiés, ceux de la région buccale sont courts, épais, sensoriels et préhensiles alors que les podia des aires ambulacraires sont extrêmement allongés, ils ont un rôle respiratoire et de nutrition. Les piquants (ou radioles*) sont modifiés en des soies fines, très nombreuses et de forme variable (spatule, pointe, dent de peigne). Les piquants sont les seuls à intervenir dans la locomotion, contrairement aux oursins réguliers qui utilisent leurs podia.


Les fascioles, description et fonction :

Les fascioles* sont des sentiers dessinés sur la face dorsale (aborale) des oursins irréguliers de l'ordre des Spatangoidés. Alors que l'ensemble du test est recouvert par une épaisse forêt de piquants, ces bandes sont tapissées de très petits et fins radioles (mini-piquants nommés clavules*) de 1 à 2 mm de long. Ces clavules sont très serrés, peu mobiles et couverts d'un épithélium* de cellules ciliées et de cellules productrices de mucus. L'activité de ces cellules sécrétrices et vibratiles produit un véritable tapis roulant de mucus qui achemine les particules diverses sur les sentiers fasciolaires ; elles y sont engluées par le mucus que sécrètent les clavules puis rejetées au-dehors. Les fascioles jouent ainsi un rôle dans le maintien de la propreté du test, importante pour un animal qui vit enfoui sous le sable.

Origine des noms

Origine du nom français

Spatangue est repris de son ancien nom de genre Spatangus, rouge à cause de la couleur brun-roux des piquants de l'animal vivant.

Origine du nom scientifique

Meoma : origine obscure.
ventricosa : forme impropre du latin [ventriculosus] qui signifie relatif au ventre. A prendre ici dans le sens de « ventru, arrondi » (NB Le même nom d'espèce est attribué à un autre oursin des Antilles : l'oursin blanc Tripneustes ventricosus).

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Echinodermata Echinodermes Symétrie radiale d'ordre cinq (chez les adultes). Squelette de plaques calcaires bien développé sous le derme. Présence d'un système aquifère auquel appartiennent les podia souvent visibles extérieurement.
Sous-embranchement Echinozoa Echinozoaires Echinodermes non étoilés de forme globuleuse ou allongée. Ce groupe renferme les oursins et les concombres de mer.
Classe Echinoidea Echinides Ce sont les oursins. Forme globuleuse ou hémisphérique, squelette qui porte des piquants mobiles, des pédicellaires et des pieds ambulacraires. Pouvoir de régénération limité.
Sous-classe Euechinoidea Euéchinides Oursins plus ou moins sphériques, dits "oursins réguliers". Plaques ambulacraires composées. Bouche ventrale et anus dorsal. 
Super ordre Atelostomata Atélostomes
Ordre Spatangoida Spatangoïdes Oursins-coeur. Irréguliers, abondants, test ovale, sans "lanterne". Ouverture buccale excentrée, seulement 4 zones ambulacraires et avec fascioles*. Fouisseurs, bouche antérieure, anus postérieur. Plusieurs types de piquants spécialisés.
Sous-ordre Micrasterina Micrastérines
Famille Brissidae Brissidés Spatangoïdes avec un fasciole entourant intimement les zones ambulacraires pétaloïdes. Un second fasciole ovalisé sur la face ventrale près du périprocte.
Genre Meoma
Espèce ventricosa

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