Triton palmé

Lissotriton helveticus | (Razoumovsky, 1789)

N° 1327

Europe occidentale, du nord de l'Allemagne au nord de l'Espagne sauf l'Irlande

Clé d'identification

Taille 5 à 9 cm
Ressemble à un petit lézard
Queue aplatie latéralement
Peau lisse
Bande longitudinale masquant l'œil
Gorge couleur chair non tachetée
Mâle : pattes postérieures palmées, court filament au bout de la queue

Noms

Noms communs internationaux

Palmate Newt (GB), Tritón palmeado (E), Fadenmolch (D), Vinpôotsalamander, zwemvoetsalamander, draadstaartsalamander (NL)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Triturus helveticus (Razoumovsky, 1789)



La nouvelle classification, basée sur l'approche phylogénétique* et qui ne fait pas encore l'unanimité au sein de la communauté scientifique, a scindé le genre Triturus :
- Lissotriton (Bell, 1839) : pour Triturus boscai, T. helveticus, T. italicus, T. montandoni et T. vulgaris ;
- Ommatotriton Gray, 1850 : pour T. ophryticus et T. vittatus ;
- Ichthyosaura Latreille dans Sonnini de Manoncourt et Latreille, 1801 : pour le triton alpestre T. alpestris ;
- les espèces restantes demeurent dans le genre Triturus.


Sous-espèces :
- L. helveticus helveticus : de l'Allemagne du Nord à l'Espagne du Nord-Est ;
- L. helveticus punctillatus Schmidtler, 1970 : dans la région de la sierra de la Demanda en Espagne (Lac karstique de Pozo Negrin à 1770 m d'altitude) ; avec une moucheture noire sur la queue ; cette population est menacée par la prédation exercée par des écrevisses et poissons introduits ;
- L. helveticus alonsoi (également connu sous le nom de L. helveticus sequeirai) : dans le nord-ouest de la péninsule ibérique ;
- L. helveticus sequeillatus : au nord du Portugal et en Espagne.

Distribution géographique

Europe occidentale, du nord de l'Allemagne au nord de l'Espagne sauf l'Irlande

Zones DORIS : Eau douce d'Europe

Lissotriton helveticus est une espèce européenne subatlantique (c'est-à-dire qu'elle est présente du nord de l'Allemagne au nord de l'Espagne en passant par le Bénélux et la France). Il est cependant absent de l'Irlande et rare aux Pays-Bas.
En France, il est présent sur tout le territoire sauf la Corse et les Alpes de Haute Provence. Relativement rare dans la région PACA.

Biotope

On trouve le triton palmé autour et dans des étangs, des lacs, des canaux, des marais situés de préférence à proximité de zones boisées. Idéalement l'eau doit avoir une surface calme et au moins partiellement à l'ombre.
En phase terrestre, il se cache sous des pierres et du bois humide. En hiver, il recherche des abris isolés du gel. Il peut aussi exceptionnellement se réfugier dans une grotte qui assure une forte humidité et des températures positives. Les carrières sont également fréquentées.
En phase aquatique, il semble éviter les endroits sans végétation aquatique et privilégier les eaux calmes en forêt ou en bordure de forêt.
Il se déplace moins que le triton alpestre (il s'éloigne rarement à plus de quelques centaines de mètres d'une mare), ce qui le rend plus vulnérable que ce dernier à la fragmentation des habitats potentiels.
On le trouve jusqu'à 1 000 m d'altitude (2 500 m dans les Pyrénées).

Description

C'est le plus petit des tritons européens. Il ressemble à un petit lézard, de 5 à 9 cm de long, muni d'une queue aplatie latéralement. La peau est toujours lisse. Des replis cutanés donnent au tronc une allure quadrangulaire. La tête mouchetée de brun, est plus longue que large, avec un museau arrondi et une bande longitudinale masquant l'œil. Sa coloration discrète le camoufle souvent très bien au fond des mares et sur la litière forestière.

En phase aquatique
Le mâle adulte a une coloration jaunâtre, vert-olive ou brune, une gorge couleur chair non tachetée, des flancs jaunâtres tachetés de noir, un ventre orange clair avec parfois quelques taches. Quelques bandes longitudinales ornent la tête dont une qui, comme un bandeau, masque les yeux. Sa queue est marquée de deux rangées de points noirs entourant une bande orange. Il a une très grande crête caudale qui se termine en pointe effilée à la manière d'un fil (de 5 à 9 mm de long), et une très petite crête dorsale. Les pattes postérieures sont palmées et noires. Le cloaque est globuleux et lisse. Il mesure entre 5 et 8 cm de long.
La femelle a une coloration brun pâle assez terne, une gorge couleur chair non tachetée, un ventre généralement orange pâle et faiblement tacheté, souvent une ligne dorsale claire. Elle n'est que légèrement tachetée. Elle a une très petite crête caudale ainsi qu'une très petite crête dorsale. Elle est un peu plus grande que le mâle (entre 5,5 et 9,5 cm de long) et plus large.

En phase terrestre
La crête disparaît et devient impossible à voir. La peau devient rugueuse et imperméable. La coloration devient brun foncé avec une ligne dorsale claire. Les pattes du mâle ne sont plus palmées.

Espèces ressemblantes

Ichthyosaura alpestris (Laurenti, 1768) triton alpestre : plus grand et plus massif, le dos est généralement de couleur gris bleu, le ventre et la gorge sont orange sans taches.

Lissotriton vulgaris
(Linnaeus, 1758) triton ponctué : le principal critère de distinction est la gorge généralement non tachetée chez le triton palmé. En période de reproduction, le mâle triton palmé affiche des pattes postérieures palmées et un court (5 à 9 mm) filament au bout de la queue. La femelle triton ponctué est plutôt marron avec une robe moins unie, et sa silhouette est plus rondouillarde. Le juvénile triton palmé a une bande dorsale commençant au niveau du cou et s'étendant jusqu'à la queue alors qu'elle commence souvent au début de la tête et finit au milieu du tronc chez le triton ponctué.
Remarque : des hybridations entre les deux espèces sont possibles, mais restent exceptionnelles.

Triturus cristatus (Laurenti, 1768) triton crêté : plus grand (jusqu'à 16 cm pour la femelle) et plus massif, le dos est généralement de couleur brun noir, la face ventrale est jaune orange et ponctuée de taches noires.

Alimentation

En phase aquatique, les adultes se nourrissent de crustacés (cladocères, copépodes, ostracodes), de larves d'insectes, d'isopodes, d'hémiptères, de coléoptères, de vers oligochètes, mais aussi d'œufs d'amphibiens et de têtards de grenouille. Ils sont également connus pour présenter des tendances cannibales.
En phase terrestre, les adultes et les juvéniles sortent de leur cachette par temps humide pour chasser petits insectes et larves.
Les larves mangent des invertébrés : cladocères, copépodes, ostracodes et larves d'insectes.

Reproduction - Multiplication

En fonction de la température (nuits > 5°C), la migration vers les points d'eau se déroule de mars (rarement février) à avril. Plus d'un mois peut séparer les premiers arrivants des derniers sur un même site.
Le triton possède un odorat très développé qui lui permet de retrouver sa mare natale. Il montre une grande fidélité à son site de reproduction. Les distances parcourues lors de la migration vont généralement de quelques mètres à quelques centaines de mètres. Cependant, la colonisation rapide de nouveaux sites isolés suggère qu'il peut parfois parcourir des distances plus importantes.
Il passe la période de reproduction dans l'eau.
Le mâle arbore les caractéristiques nuptiales de l'espèce : crête dorsale et crête le long de la queue qui devient plus colorée et possède un filament à son extrémité, palmures entre les doigts des pattes arrière. Il entame la parade nuptiale caractéristique des tritons : il se place devant et perpendiculairement à la femelle, ramène sa queue vers sa tête et la fait vibrer. Par ces mouvements, il diffuse vers la femelle des phéromones sécrétées par ses glandes dorsales et cloacales. Si la femelle l'accepte, elle s'approche de lui. Il lui tourne alors le dos et elle le suit. Quand elle le touche sur le bout de la queue, il dépose un spermatophore* sur le substrat. La femelle se place au dessus du spermatophore et le mâle l'aide à ajuster sa position de manière à ce qu'elle puisse le prendre dans son cloaque. La fécondation est interne.
Si un point d'eau temporaire sèche, ils peuvent s'accoupler une deuxième fois. Les tritons ne chantent pas lors de la période de reproduction.
La femelle pond pendant plusieurs semaines entre 150 et 300 œufs. Ces œufs sont pondus individuellement et le plus souvent enveloppés dans le repli d'une feuille de plante aquatique. Ils mesurent environ 1,3 à 1,8 mm de diamètre (un peu plus d'un millimètre lors de la ponte, mais davantage au fur et à mesure de leur développement). Ils sont marron clair et translucides.
Les larves (on ne parle pas de "têtards", ce terme étant réservés aux anoures) éclosent au bout de 2 à 3 semaines. Longues de 8 à 12 mm au moment de l'éclosion, elles atteindront 40 mm après 6 à 9 semaines. Elles sont strictement aquatiques, les branchies sont externes et rouges, elles ont treize sillons longitudinaux sur chaque flanc, le corps et la queue sont pourvus d'une crête continue, le corps est au moins aussi long que la très longue queue qui se termine en pointe, la gorge n'est pas pigmentée. Les jeunes larves ont le dos relativement clair (jaune brunâtre) finement et densément ponctué de taches foncées, avec une ligne vertébrale foncée. Les flancs sont jaunâtres avec des taches argentées et sont surlignés d'une bande longitudinale foncée. Les larves plus âgées ont le dos plus foncé (brun olive) et le ventre plus argenté. Elles acquièrent au cours de leur développement les poumons qui permettront aux adultes de vivre sur la terre ferme. Elles se métamorphosent en majorité avant la fin de l'été.
Les jeunes tritons mesurent entre 30 et 40 mm de long et recherchent des abris (pierres, souches) situés à proximité du lieu de naissance. Ils atteignent leur maturité sexuelle au bout de deux ans. Remarque : dans les régions plus froides, les larves passent souvent l'hiver dans l'eau et se métamorphosent l'année suivante.

Certains individus gardent parfois des caractéristiques larvaires (phénomène de « néoténie »). Dans les montagnes, le stade larvaire peut se prolonger et on trouve des populations néoténiques (elles gardent leurs branchies) dans les causses français, notamment sur le plateau du Larzac (Aveyron). On en trouve aussi aux Pays-Bas et en Campine anversoise (Belgique).

Vie associée

Lissotriton helveticus est la proie de nombreux animaux :
- au stade larvaire : grand dytique, dytique bordé, larves de libellules, mais aussi des poissons comme la truite, la perche et l'épinoche ;
- adulte : rapaces diurnes ou nocturnes, hérons, mammifères comme le blaireau ou le renard, reptiles, etc.
Il est aussi mangé par des tritons plus grands comme Triturus cristatus (Laurenti, 1768).

Il évite la plupart des pêcheries ainsi que les étangs où abondent des poissons de grande taille. Cependant, il peut y subsister et se reproduire s'il y a des zones refuges (zones où la végétation est abondante).

Divers biologie

L. helveticus respire grâce a des poumons et non des branchies. Il doit donc remonter à la surface pour respirer.
Il peut vivre une dizaine d'années.
Le triton palmé n'est pas un nageur très actif et il préfère se tenir au fond du plan d'eau ou dans la végétation dense.
Quand il est manipulé, il peut émettre un cri de détresse et sa peau sécrète un liquide.
Il est principalement actif de nuit.
Au printemps, lorsque l'eau est encore froide, il se réfugie sous les pontes de grenouille afin de bénéficier de leur chaleur.

Réglementation

International :
Convention de Berne : Annexe III
De portée nationale :
Amphibiens et Reptiles protégés : Article 3
Belgique :
Partiellement protégé en Wallonie par le décret dit "Natura 2000" du 6 décembre 2001 (espèce de l'annexe II) ;
Entièrement protégé à Bruxelles (Ordonnance du 27 avril 1995) ;
Entièrement protégé en Flandre (Arrêté royal du 22 septembre 1980).
Aux Pays Bas et au Grand-Duché du Luxembourg :
Espèce rare à espèce en danger
En Allemagne :
Espèce vulnérable

La menace existe essentiellement à cause de :
- la destruction des zones humides ;
- l'augmentation du transport routier ;
- les introductions répétées de poissons d'ornement qui ont conduit à l'extinction ou au déclin des populations de tritons palmés dans plusieurs régions françaises.

Origine des noms

Origine du nom français

Triton : du grec [triton],
palmé : en allusion aux pattes postérieures des mâles qui sont palmées pendant la période de reproduction.

Origine du nom scientifique

Lissotriton : du grec [lisso-] = lisse, luisant et de [Triton] = dieu grec fils de Poséidon, triton lisse.

helveticus
: du latin [helveticus] = de l'Helvétie, helvétique c'est-à-dire suisse.



Triturus : de [Triton] = dieu grec fils de Poséidon et du grec [oura] = queue.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Amphibia Amphibiens Vertébrés tétrapodes caractérisés par deux stades distincts : un stade larvaire aquatique et un stade adulte en partie terrestre. Quelques formes tropicales apodes.
Ordre Caudata Urodèles Amphibiens dont la queue ne disparaît pas après la métamorphose. Ce sont les tritons et les salamandres.
Famille Salamandridae Salamandridés
Genre Lissotriton
Espèce helveticus

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