Lamproie de Planer

Lampetra planeri | (Bloch, 1784)

N° 1636

Europe

Clé d'identification

Corps anguilliforme
Taille moyenne 9 à 15 cm
Couleur grise
7 paires d'orifices branchiaux circulaires
Bouche en ventouse
Disque buccal partiellement recouvert de denticules cornés obtus

Noms

Autres noms communs français

Petite lamproie, lamproie de rivière, chatouille, suce-pierre, lampric

Noms communs internationaux

Brook lamprey, pride, sand-pride (GB), European brook lamprey (USA), Lampreda minore (I), Lamprea de arroyo (E), Bachneunauge, bachpricke (D)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Petromyzon branchialis Linné, 1758
Petromyzon planeri Bloch, 1784
Petromyzon niger Lacépède, 1802
Petromyzon septoeuil Lacépède, 1802
Petromyzon bicolor Shaw, 1804
Petromyzon plumbeus Shaw, 1804

Distribution géographique

Europe

Zones DORIS : Eau douce

De l'Europe de l'Est et du Nord (Golfe de Bosnie, côtes britanniques, irlandaises et du sud de la Norvège, Danube) jusqu'à l'Europe du Sud (Portugal, Italie). En France, cette lamproie vit dans les rivières du Nord et de l'Est, mais aussi en Bretagne, Loire, Dordogne, Charente, Garonne, Adour et quelques affluents du Rhône. Cependant, elle semble fréquente dans le Nord-Est de la France, alors qu'elle est devenue très rare dans le Sud-Est.

Biotope

La lamproie de Planer est sédentaire. Elle vit dans les ruisseaux et la partie supérieure des rivières. Les larves* ammocètes vivent enfouies dans les lits de limon et se nourrissent en filtrant divers organismes. Elle ne migre pas, mais il est possible qu'elle se déplace de quelques centaines de mètres à quelques dizaines de kilomètres pour trouver des eaux à température idéale, en vue de la reproduction. Elle n'est pas un parasite, contrairement à la lamproie marine Petromyzon marinus et à la lamproie de rivière Lampetra fluviatilis.

Description

Vertébré au squelette cartilagineux, dépourvu de mâchoires, la lamproie possède un corps anguilliforme, sans écailles et couvert d'un mucus toxique abondant. Sa taille maximale est de 18 cm, en moyenne de 9 à 15 cm, pour un poids moyen de 2 à 5 g. Les femelles sont plus grandes que les mâles. L'âge maximum de la lamproie de Planer est estimé à 6 ans.
Son dos a une couleur grise, ses flancs sont plus clairs, son ventre est blanc.
Les yeux sont très bien développés, mais restent primitifs. Une unique narine se situe entre les deux yeux.
Chez l'adulte, la bouche circulaire en position inférieure est une ventouse adaptée à la succion. Le disque buccal et la langue ne sont recouverts que de quelques denticules cornés, tous obtus, disposés de façon très caractéristique.
Sur chaque côté de la tête, cette espèce possède sept paires d'orifices branchiaux (spiracules) ayant une forme circulaire. Le courant d'eau respiratoire passe de la bouche vers ces orifices branchiaux. Mais quand la lamproie est fixée sur un galet, la bouche est obstruée, le courant d'eau respiratoire sort et entre alors alternativement par les spiracules et non plus par la bouche qui sert uniquement alors à la fixation.
La lamproie de Planer possède trois nageoires : une caudale et deux dorsales. Les deux nageoires dorsales sont contigües. La deuxième nageoire dorsale est un peu plus haute que la première, et deux fois plus longue. Comme toutes les lamproies, elle n'a pas de nageoires paires. La nage est assurée par des mouvements ondulatoires du corps et accessoirement par les nageoires. La deuxième nageoire dorsale et le disque buccal sont plus larges chez le mâle en période de reproduction.

Au stade larvaire :
La larve est de couleur claire et sa bouche est en forme de fer à cheval. Ses yeux restent cachés sous la peau. Elle est donc aveugle.
A l'état larvaire, les poches branchiales s'ouvrent directement dans le pharynx et le courant d'eau respiratoire passe ainsi par la bouche, directement liée à l'intestin. Ce courant est maintenu par les pulsations du velum (voile du palais). Lors de la métamorphose, le pharynx se sépare de l'intestin (un œsophage se développe également) et devient une longue cavité, appelée aqueduc, sur laquelle se placent 7 paires de canaux au bout desquels se trouvent 7 paires de sacs branchiaux communiquant avec les orifices branchiaux externes, appelés spiracules.
La métamorphose a lieu lorsqu'elle atteint une taille d'environ 13 cm.

Espèces ressemblantes

Certains scientifiques comme Hardisty et Potter, considèrent Lampetra planeri comme une forme dérivée non migratrice de Lampetra fluviatilis, car les durées de leur cycle de vie sont similaires et on peut les hybrider artificiellement. Selon une étude génétique réalisée par le Cemagref de Bordeaux en 2004, il n'existe pas de différence dans certaines séquences ADN. On pourrait donc supposer que ce sont des écotypes* (sous-division d'une espèce génétiquement adaptée à un milieu par sélection naturelle). Lampetra planeri se serait adaptée au milieu fluvial. Les recherches se poursuivent dans ce domaine (voir § Reproduction).
A l'âge adulte
:
Petromyzon marinus
: la lamproie marine est plus grande (jusqu'à 120 cm) et possède des marbrures. Adulte, il n'y a pas de confusion possible avec d'autres espèces de lamproies. Les disques buccaux sont un bon indice de différenciation : Petromyzon marinus a un disque buccal complètement recouvert de dents cornées, à la différence de Lampetra planeri qui n'en possède que quelques unes. Les deux nageoires dorsales de Petromyzon marinus sont séparées par un intervalle, alors que celles de Lampetra planeri sont contigües. Petromyzon marinus est une migratrice amphihaline diadrome et parasite externe de poissons, alors que Lampetra planeri est sédentaire, ne vit qu'en eau douce et n'est pas un parasite.
Lampetra fluviatilis : la lamproie fluviatile est deux à trois fois plus grande, possède deux nageoires séparées par un intervalle, la deuxième étant plus haute que la première. La dentition est moins développée chez L. planeri que chez L. fluviatilis, notamment sur la partie supérieure du disque buccal. Celui-ci est également d'un diamètre plus petit.
Myxines : elles n'ont pas de vertèbres, vivent exclusivement en mer et sont fouisseuses. Elles se nourrissent d'animaux morts et ne sont pas des parasites. Leur développement est direct, sans métamorphose. Elles possèdent quatre barbillons buccaux et quatre barbillons autour de l'orifice nasal, une à quinze paires d'orifices branchiaux, une unique nageoire caudale et une seule dent cornée. Leur taille varie de 25 à 40 cm.

Au stade larvaire
:
Les ammocètes de Lampetra fluviatilis et Lampetra planeri sont difficiles à identifier, mais les larves de Petromyzon marinus présentent une nageoire caudale toujours pigmentée en noir dès les plus petites tailles.

Alimentation

Les larves ammocètes, aveugles, vivent enfouies dans les substrats limoneux et filtrent des micro-organismes, tels que des diatomées et des algues bleues. La croissance de la larve varie en fonction de la richesse alimentaire de la rivière. Lors de la métamorphose, l'intestin dégénérant, l'individu ne se nourrit plus jusqu'à ce qu'il se reproduise, puis meure.

Reproduction - Multiplication

La période de reproduction se situe entre mars et avril, dans des eaux dont la température varie entre 8°C et 11°C. Il se peut que les lamproies de Planer migrent sur quelques centaines de mètres, voire quelques dizaines de kilomètres, pour trouver des eaux plus propices à la reproduction.
Un nid de 20 cm de large et de 10 cm de profondeur est creusé dans un mélange de gravier et de sable, dans des eaux peu profondes. Pendant la reproduction, la femelle se fixe aux plus gros galets grâce à sa ventouse, face au courant. Elle pond dans le nid quand le mâle, en se fixant sur sa tête et en l'étreignant, l'aide à expulser les ovules qu'il féconde. Les lamproies de Planer se reproduisent toutes en même temps, toutes ensemble et meurent toutes après le frai. Plus de trente individus des deux sexes ont été observés en train de s'accoupler ensemble jusqu'à cent fois par jour. Ce sont les mêmes zones de frai que les lamproies fluviatiles et les truites, mais à des périodes différentes. Au printemps 2009, dans certaines rivières de Bretagne et de Normandie, il a été observé par des scientifiques que 50% des nids étudiés étaient occupés à la fois par Lampetra fluviatilis et Lampetra planeri. Leurs études les amènent à penser que ces rapprochements et ces actes sexuels ne se traduisent pas par une fécondation réelle des ovules de L.fluviatilis par les mâles de L.planeri. Il n'y aurait pas d'hybridation, ce qui protège les deux taxons. De plus, l'écart de taille entre sexes réduit les chances de fécondation (si les femelles sont à peu près 20% plus ou moins grandes que les mâles).
Le nombre d'œufs pondus par L.planeri est d'environ 1500. Les œufs éclosent au bout de 3 à 4 jours.
Les ammocètes (larves appelées aussi vulgairement lamprillons) sont enfouies dans le sédiment (sable et limon) durant 3 à 5 ans et filtrent divers micro-organismes. Elles sont aveugles et ont la bouche en forme de fer à cheval. Vers la fin du stade larvaire, leurs yeux se métamorphosent, leur dentition et leurs organes sexuels se développent, tandis que leur intestin dégénère. Les lamproies ne s'alimentent plus. Cette métamorphose se fait lorsque la larve atteint une taille de 9 cm à 15 cm entre septembre et novembre. Elle se déroule jusqu'au printemps suivant, où elle se reproduira pour mourir dans les quelques jours qui suivent. La robe des subadultes ne s'argente pas, la nageoire caudale n'est pas pigmentée.

Divers biologie

Les Agnathes, qui comprennent les lamproies, ont longtemps été confondus avec les Poissons. C'est par simplification que nous les avons regroupés avec les poissons osseux benthiques sur notre site DORIS. En effet, les différences anatomiques entre les Poissons et les Agnathes sont nombreuses et ils ne sont plus regroupés dans la même super classe de nos jours. La super classe des Poissons est celle des Gnathostomes (vertébrés à mâchoires) tandis que celle des Agnathes est celle des Agnathostomes (vertébrés sans mâchoires). Ce sont les vertébrés les plus anciens, puisqu'ils ont vécu au Silurien et au Dévonien (ère primaire). De nos jours, il existe encore les Myxines (Ptéraspidomorphes) et les Lamproies (Céphalaspidomorphes). Elles possèdent les caractéristiques suivantes : elles sont dépourvues de mâchoires, possèdent un squelette rudimentaire et une corde dorsale persistante, un appareil respiratoire branchial plus ou moins isolé du pharynx, une seule narine. Le développement post-embryonnaire comporte une métamorphose.

Informations complémentaires

L'espèce est abondante dans la partie supérieure des rivières, la population est très variable d'une année sur l'autre. Tout comme la lamproie marine et la lamproie de rivière, la lamproie de Planer est très sensible aux modifications de son milieu. Cette espèce est encore mal connue, mais on sait que l'importante durée de la phase larvaire peut lui être préjudiciable. En effet, les eaux doivent être oxygénées et fraîches. Le colmatage des gravières par des particules fines prive les larves de la circulation d'eau et donc de l'oxygène et de la nourriture. Des obstacles anthropiques dans les rivières, tels que des barrages, nuisent aux petits déplacements pour la reproduction de la lamproie. Des mesures de protection sont proposées : lutte contre la pollution, libre circulation dans les parties supérieures des bassins...

Réglementation

Cette lamproie est sur la liste rouge de l'IUCN et considérée comme "quasi menacée".
Réglementation communautaire :
- Directive Habitats Faune Flore Natura 2000 : annexe II, 204 sites Natura 2000 (JO Union Européenne 13/02/2009)
Réglementation internationale :
- Convention de Berne :annexe III
Réglementation en France :
- Arrêté ministériel biotopes du 08/12/1988 (JO 22/12/1988) : liste des espèces de poissons protégées, article 1 : mise en réserve naturelle et protection de l'habitat.
L'article R. 236-49 du Code rural interdit son utilisation comme appât pour la pêche à la ligne et aux engins.
Cette espèce occupe les mêmes zones de reproduction que les truites fario Salmo trutta fario et de la lamproie de rivière Lampetra fluviatilis, mais à des périodes différentes (les truites fraient en début d'hiver). Les mesures de protection de l'habitat de ces deux espèces profitent ainsi à la lamproie de Planer.
- ZNIEFF : espèce déterminante poissons code 71.

Origine des noms

Origine du nom français

Lamproie : du bas latin [lampetra]
Planer : traduction littérale de planeri.

Origine du nom scientifique

Lampetra : du latin [lambo] = sucer et [petra] = pierre. En bas latin, Lampetra est synonyme de Muraena = murène. Petromyzon (espèce semblable) est un autre nom scientifique qui signifie la même chose : [petr-] = pierre et du grec [myzon] = sucer.
planeri : de Planer.
Les larves appelées Ammocoetes branchialis (ammocètes) par Cuvier trouvent leur origine du grec [ammo] = sable et [coet-] = couche, lit, gîte : donc qui vit dans le sable.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Super classe Agnatha Agnathes Groupe paraphylétique de vertébrés aquatiques serpentiformes sans mâchoires incluant les lamproies et les myxines.
Classe Cephalaspidomorphi Céphalaspidomorphes Classe des lamproies.
Ordre Petromyzontiformes Pétromyzontiformes Unique ordre de Céphalaspidomorphes, en référence au genre type de l'ordre, Petromyzon.
Famille Petromyzontidae Pétromyzontidés
Genre Lampetra
Espèce planeri

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