Hydraire des amarres

Pennaria disticha | (Goldfuss, 1820)

N° 1816

Cosmopolite, mers chaudes

Clé d'identification

Grandes colonies pennées à rameaux alternes
Hydrocaule (tige) solide, noirâtre, devenant incolore à l'extrémité
Polypes blancs, régulièrement espacés sur chaque branche
Plusieurs cercles de tentacules capités au-dessus d'une couronne de longs tentacules filiformes

Noms

Autres noms communs français
Hydraire arbre de Noël, hydraire plume
Noms communs internationaux
Feather hydroid, sea nettle (GB)
Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides
Halocordyle disticha (Goldfuss, 1820)
Pennaria tiarella (Ayres, 1852)
Halocordyle tiarella Almann, 1872
Corydendrium splendidum Boone, 1938

Distribution géographique

Cosmopolite, mers chaudes

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Indo-Pacifique, Caraïbes

Pennaria disticha est une des espèces d'hydroïdes les plus communes aux Antilles, mais on la trouve dans toutes les mers tropicales à tempérées chaudes. Elle est signalée dans l'océan Indien, le Pacifique Est et Ouest, l'Atlantique Est et la Méditerranée (le spécimen type de l'espèce a d'ailleurs été récolté en baie de Naples).

Biotope

Pennaria disticha s'installe sur tout support, en zone dégagée, où elle peut profiter d'une eau claire et renouvelée. On la trouvera sur substrat dur, mais aussi bien sur des éponges ou des ascidies, et elle peut former de gros "bouquets" de tiges sur tout élément fixe un peu dégagé du fond : corps-morts, pontons, cordages divers, éponges dressées, autres hydraires. Les herbiers ne lui conviennent pas, car probablement ils ne représentent pas un substrat suffisamment solide pour permettre l’ancrage de colonies aussi robustes.
On l'observe aussi bien tout près de la surface qu'à 40 m de profondeur.

Description

Colonies dressées, pennées, (jusqu'à une vingtaine de centimètres) se développant à partir d’un réseau de stolons rampants sur le substrat. La tige principale ou hydrocaule* est dure et résistante, non ramifiée, de couleur noirâtre à la base et devenant progressivement transparente vers son extrémité. Cette tige est presque rectiligne, formant un très léger zigzag avec émission d’une branche latérale (hydroclade*) à chaque angulation : ces branches se forment alternativement de chaque côté et dans un même plan. Elles sont grêles et assez espacées, avec un profil plutôt convexe (légèrement arquées vers leur extrémité). Les branches les plus longues sont celles du milieu de la colonie, s’amenuisant vers le sommet et souvent abîmées ou manquantes vers la base.

La tige et les branches sont couvertes d’un périsarc* chitineux qui a tendance à agglomérer les menus débris en suspension, ce qui donne souvent un aspect "crasseux" aux colonies. Il faut regarder ces hydraires de près, et si possible à la loupe, pour découvrir la délicatesse de leur structure.

Les polypes (5 mm pour les plus grands) semblent "posés" à intervalles réguliers sur le côté supérieur des hydroclades*, au bout d’un court pédoncule, ce qui leur donne un aspect de décoration de Noël. Le périsarc s’arrête juste en-dessous de l’hydranthe* qui ne peut jamais se rétracter à l'intérieur, comme c’est le cas chez tous les Athécates ou Gymnoblastiques*.
Les polypes sont allongés en forme de poire. Leur partie basale, la plus large, est entourée d’une couronne de longs tentacules filiformes.  C’est juste au-dessus de ces tentacules que bourgeonnent les gonophores* en période de reproduction. Au-dessus de cette couronne, sur tout le corps de l'hydranthe, se trouvent de courts tentacules capités* dispersés en cercles irréguliers. Cela donne un aspect de "pile d’assiettes" à cette partie du polype.

Alimentation

L’hydraire des amarres se nourrit de petites proies du zooplancton* capturées dans l’eau par ses tentacules. Les polypes sont capables d'attraper de petits crustacés aussi gros, et même nettement plus gros qu'eux, parfois conjointement entre plusieurs hydranthes voisins (observation personnelle). Les longs tentacules ramènent la proie tout contre l'hypostome allongé où les tentacules capités finissent de la paralyser et de l'introduire dans la bouche. 
La nourriture captée par un polype nourricier est ensuite distribuée à l’ensemble de la colonie, tous les polypes étant reliés par le coenosarc* qui forme un réseau de tubes communicants entre eux.

Reproduction - Multiplication

Chaque colonie est soit mâle, soit femelle. Il n’y pas de polypes reproducteurs spécialisés.
Pendant les mois chauds, des bourgeons médusaires apparaissent directement sur les polypes, juste au-dessus de la couronne de tentacules aboraux* filiformes. Ces bourgeons grossissent en donnant de petites anthoméduses typiques (eumédusoïdes*) : en forme de cloche plus haute que large, avec quatre tentacules rudimentaires réduits à un simple renflement du bord de l’ombrelle, dépourvu d’ocelle* et de statocyste*. Les gonades sont situées sous l’ombrelle, à la surface du manubrium*.
Ces anthoméduses peuvent ou non se détacher du polype et mener une courte vie planctonique, réduite à la seule fonction de reproduction. Il arrive même que les gamètes viennent à maturité et soient libérés dans l’eau alors que le bourgeon médusaire (gonophore*) est toujours attaché au polype.
La fécondation a lieu en pleine eau, les larves (planula*) ciliées iront se fixer sur le substrat et donneront une nouvelle colonie, soit mâle, soit femelle.

Vie associée

En Méditerranée, il est consommé par les nudibranches dont Flabellina affinis.

Divers biologie

La croissance de la colonie, en hauteur (allongement de l'hydrocaule*) ou en largeur (allongement des hydroclades*) se fait selon le même mode : les nouveaux polypes bourgeonnent à partir d'une zone de croissance située juste au-dessous du polype terminal.
En conséquence, le plus gros polype d'une branche est celui du bout, le plus âgé ensuite est situé à la base de la branche, le troisième par ordre de taille sera situé entre ces deux premiers, etc.  Il sont donc rangés par ordre de taille décroissante de la base vers la pointe, sauf le tout dernier qui est toujours le plus âgé et le plus gros.
Ce mode de croissance (dit "monopodial à polype terminal") est assez répandu chez d'autres hydraires comme Eudendrium, Bougainvillia..., mais il est ici très facile à observer au vu de la taille des hydranthes.

Informations complémentaires

Sans être réellement dangereuse, Pennaria disticha peut laisser des souvenirs cuisants à un plongeur qui saisirait à pleine main une amarre infestée de ses colonies.

Origine des noms

Origine du nom français

"Hydraires des amarres" est une proposition du site DORIS, pour rappeler qu'on les rencontre fréquemment sur ce type de support. 
Peu d'hydroïdes fixés ont un nom vernaculaire permettant de les distinguer. En particulier les noms "Arbre de Noël ou Hydraire plume", parfois attribués à Pennaria disticha, désignent indifféremment plusieurs espèces sans rapport entre elles.

Origine du nom scientifique

Pennaria : du latin [penna] = plume, pour la forme de la colonie dans un seul plan,

disticha : du grec [distich-] = disposé sur deux rangs, décrit l’insertion alterne et opposée des rameaux sur l’hydrocaule*.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Cnidaria Cnidaires

Organismes aquatiques (marins pour la plupart) libres ou fixés, carnivores, principalement à symétrie radiaire, caractérisés par des cellules urticantes : les cnidocytes. Deux morphologies principales : le polype et la méduse. La larve est une planula.

Classe Hydrozoa Hydrozoaires Cnidaires dont le cycle de vie est alterné, mais de façon inconstante, par deux phases différentes : le polype et la méduse. Présence d’un velum dans la méduse (dite craspédote), gonades ectodermiques, perte des septes, perte des cnidocytes endodermiques. Coloniaux ou solitaires. Quelques espèces d’eau douce.
Sous-classe Hydroidolina Hydroïdes Hydrozoaires dont le cycle de vie présente toujours une phase polype.
Ordre Anthoathecata Anthoathécates

Hydraires dont la phase polype est dépourvue de thèques protectrices rigides. Phase polype presque exclusivement benthique, quelques espèces tropicales sécrétant un exosquelette calcaire (coraux de feu). Méduse avec ombrelle haute possédant des ocelles, les gonades se développent autour du manubrium.

Sous-ordre Capitata Capités

Tentacules des polypes le plus souvent capités (avec des nématocystes groupés en « boutons »), parfois seulement chez les juvéniles. Longs pédoncules fixés ou ancrés dans le sédiment. Anthoméduses. Quelques espèces sécrètent un squelette calcaire.

Famille Pennariidae Pennariidés Colonies en forme de plume, hydroclades alternées, hydranthes en poire.
Genre Pennaria
Espèce disticha

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