Macareux moine

Fratercula arctica | (Linnaeus, 1758)

N° 1508

Atlantique Nord

Clé d'identification

Allure générale arrondie
Plumage noir ou blanc, précisément réparti
Gros bec recourbé et coloré
Oeil noir cerclé de rouge
Pattes palmées rouges
Vol bas et puissant

Noms

Autres noms communs français

Clown de mer, perroquet de mer
Calculot à Saint-Pierre et Miquelon

Noms communs internationaux

Atlantic puffin (GB), Pulcinella di mare (I), Frailecillo atlántico (E), Papageitaucher (D), Papegaaiduiker (N), Lunnefågel (SV), Lundi (Isl)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Alca arctica

Distribution géographique

Atlantique Nord

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord, Atlantique Nord-Ouest

Espèce de l'Atlantique Nord, le Macareux moine se reproduit jusqu'au Groenland et au Spitzberg. La limite sud de son aire de répartition se trouve à la latitude du Maine, côté américain, et de la Bretagne, côté européen.
Oiseau migrateur, il hiverne généralement dans la zone du plateau continental des eaux du nord de l'Europe. Les oiseaux irlandais et écossais hiverneraient au large des côtes atlantiques françaises.
Des observations dans la péninsule ibérique et en Méditerranée occidentale marquent la limite méridionale de sa zone d'hivernage.

Biotope

Le macareux est un oiseau pélagique qui vit donc constamment en pleine mer (parfois jusqu'à 1 500 km des côtes) sauf pendant la période de reproduction durant laquelle il rejoint la côte. Les macareux se réunissent alors en grandes colonies, généralement dans des surfaces herbeuses sur le haut des falaises des îles et des côtes rocheuses où il creuse des terriers pour s'y reproduire.
En mer, lorsqu'il se pose, le macareux se laisse flotter, souvent le bec sous l'aile.

Description

Oiseau marin, le Macareux moine présente un plumage noir sur le dos, la nuque, la raie sommitale* et les ailes qui contraste nettement avec le ventre, la poitrine et les couvertures parotiques (« joues ») qui sont d'un blanc pur. Cette répartition des couleurs rappelle celle de certains poissons, camouflés pour échapper aux prédateurs ou ne pas être aperçus de leurs proies, par-dessus ou par-dessous. Le macareux est particulièrement remarquable par son allure générale arrondie et son gros bec recourbé et coloré.
Ce bec est constitué d'une série de plaques, plus ou moins colorées selon la saison. Il est comprimé, cannelé et triangulaire. Les plaques colorées, rouges et bleues, avec des raies jaunes, apparaissent en période nuptiale, puis tombent : le bec est alors réduit et terne. En même temps, les joues deviennent grises. Ce bec est également orné d'une caroncule orange (tache ronde à la base du bec) au moment de la parade nuptiale ; elle disparaît en hiver.
Son œil noir est cerclé de rouge et marqué par un trait sourcilier noir vers l'arrière. Sa queue est très courte.
Ses pattes palmées sont d'un rouge éclatant en été et jaunissent en hiver. Elles sont relativement courtes : cet oiseau est plutôt malhabile sur terre et sa démarche est dandinante. En revanche, c'est un bon nageur et un bon plongeur : ses ailes courtes sont utiles à la nage et ses pattes à la direction. Son vol est bas et puissant ; il doit compenser la faible portance de ses ailes par des battements très rapides.
Il atteint 28 à 34 cm de haut et 50 à 60 cm d'envergure et pèse 500 g environ. A terre, il se tient souvent debout.
Il n'y a aucun dimorphisme sexuel.
Le juvénile est moins coloré ce qui facilite son camouflage. Son bec est pointu et sombre. Ses pattes sont roses.

Espèces ressemblantes

Il existe trois autres macareux appartenant à la famille des Alcidés mais ils sont suffisamment différents pour qu'il n'y ait pas de confusion possible :
- Macareux cornu (Fratercula corniculata) : avec une trace noire en « V » sur l'œil.
- Macareux huppé (Lunda cirrhata) : un gros bec jaune étiré et des plumes en huppe sur les côtés de la tête. La répartition est différente : on ne le trouve que dans le Pacifique Nord.
- Macareux rhinocéros (Cerorhinca monocerata) : foncé, sans dessin caractéristique sur la tête.
Les juvéniles et les adultes en période internuptiale (ou hivernale), quand les plaques colorées du bec ont disparu, peuvent éventuellement être confondus avec le Mergule nain (Alle alle).

Alimentation

Le Macareux moine plonge, en vol ou depuis la surface, pour attraper sa proie qu'il avale en nageant : des poissons prioritairement, mais il peut se contenter de calmars, de vers ou de crustacés. Son gros bec lui permet de stocker plusieurs proies (jusqu'à une trentaine), d'autant plus que son palais et sa langue sont recouverts d'épines orientées vers l'arrière et qui servent de « crochets ». Il les ramène alors pour nourrir son poussin. Les poissons dépassent alors du bec en « moustaches argentées ».
Une couche de graisse le protège du froid. Il peut plonger jusqu'à 15 m de profondeur et nage sous l'eau grâce à ses ailes.

Reproduction - Multiplication

Le macareux vit en colonies plus ou moins importantes uniquement pour les besoins de la reproduction. Il est mature vers cinq - six ans. La parade nuptiale a lieu sur terre mais l'accouplement en mer.
Le mâle creuse un terrier profond, jusqu'à 1,20 m (il peut se servir de son bec comme pioche), recouvert de plumes et d'herbes, ou s'approprie un terrier de lapin abandonné et la femelle y pondra un œuf unique, uni ou taché de brun. En Bretagne, la ponte se déroule dès les premiers jours d'avril, soit deux à quatre semaines plus tôt que dans les colonies britanniques ou scandinaves. L'œuf sera couvé alternativement par les deux parents pendant 40 à 43 jours.
Le poussin est nourri pendant une quarantaine de jours puis les adultes le laissent seul au nid. Ils ne reviendront sur la colonie qu'à la période de reproduction de l'année suivante. Le jeune « abandonné » jeûne alors pendant une semaine et c'est la faim qui le pousse à sauter à la mer pour se nourrir. Il ne prendra définitivement son envol que vers l'âge de cinquante jours.
La population européenne est estimée à cinq – six millions de couples et les sites principaux de reproduction en Europe sont l'Islande et la Norvège.
En France, l'espèce n'est présente qu'en Bretagne, sur l'archipel des Sept-Iles (Rouzic et Malban), les îlots d'Ouessant et en baie de Morlaix.

Vie associée

En France, des prédateurs introduits tels que le Rat surmulot (Rattus norvegicus) ou le Vison d'Amérique (Mustela vison) ont un impact notable sur le succès reproductif des colonies.
Les colonies particulièrement denses de Fous de Bassan (Morus bassanus), notamment sur Rouzic, entraînent une érosion des sols empêchant la nidification des macareux qui ne peuvent plus creuser de terrier.
Enfin, selon les conditions du substrat, il peut exister une compétition interspécifique entre le Macareux moine et le Puffin des Anglais (Puffinus puffinus) pour les sites de nidification.

Divers biologie

Certains auteurs présentent des sous-espèces : F. arctica arctica, F. arctica grabae, F. arctica naumanni.
Les adultes perdent leurs rémiges* après avoir nourri leur petit et ne peuvent plus voler provisoirement (« mue »).
Il est silencieux en mer mais peut grogner à terre en groupe.

Informations complémentaires

La durée de vie du Macareux moine est estimée à une vingtaine d'années.
C'est le symbole de la ligue pour la protection des oiseaux, de la province canadienne Terre-Neuve Labrador et de la Ville de Perros-Guirec.
Le poussin est très sensible aux « pollutions lumineuses », ce qui l'empêche parfois de gagner la mer.
Au début du XX° siècle, il y avait 15 000 macareux environ aux Sept Iles. Des chasseurs parisiens les ont massacrés n'en laissant plus qu'un millier. En 1912, l'île de Rouzic est déclarée réserve naturelle.
Plus récemment, on note une chute des populations de macareux : le réchauffement hivernal des eaux de surface perturbe le développement des œufs d'anguilles des sables ou lançons, principale nourriture du macareux juvénile. Ainsi, en Ecosse, en 2007, seul un quart des œufs a donné des adultes.
C'est un des oiseaux qui figurent parmi les victimes des marées noires ou des dégazages illicites, mais aussi de captures involontaires dans les engins de pêche. Il subit la surpêche qui provoque une diminution de ses ressources alimentaires.
Lors des grosses tempêtes de l'hiver 2014, des macareux blessés ont été récupérés dans le bassin d'Arcachon.

Réglementation

Le Macareux moine est protégé au niveau international dans le cadre de l'Annexe III de la convention de Berne (19 septembre 1979), relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel en Europe.
Cette espèce est également protégée au niveau national en vertu des articles 1 et 4 de l'Arrêté ministériel du 17 avril 1981 qui fixe la liste des oiseaux protégés sur l'ensemble du territoire français.
Dans le statut de conservation IUCN, il est classé en « préoccupation mineure », même s'il est le symbole de la Ligue Française pour la Protection des Oiseaux.
Cependant, l'espèce est en danger en France (250 couples seulement, en Bretagne).

Origine des noms

Origine du nom français

Macareux : comme macreuse, ce mot dérive du mot « maquereau » puisqu'au Moyen Age, le macareux faisait partie des oiseaux qu'il était possible de manger (comme les poissons) pendant le carême. Les macareux étaient d'ailleurs alors pris au filet en même temps que la pêche.
Moine : parce qu'au XIII° siècle, pour cette même raison, les macareux étaient très consommés dans les monastères. On peut aussi penser que les couleurs et la répartition de son plumage rappellent un habit de moine.

Origine du nom scientifique

Fratercula : dérivé du latin [frater] = petit frère, moine.
arctica : du latin [arcticus] = arctique, évidemment du fait de sa répartition.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Chordata Chordés Animaux à l’organisation complexe définie par 3 caractères originaux : tube nerveux dorsal, chorde dorsale, et tube digestif ventral. Il existe 3 grands groupes de Chordés : les Tuniciers, les Céphalocordés et les Vertébrés.
Sous-embranchement Vertebrata Vertébrés Chordés possédant une colonne vertébrale et un crâne qui contient la partie antérieure du système nerveux.
Classe Aves Oiseaux Vertébrés à plumes, ovipares. Les membres antérieurs sont transformés en ailes.
Ordre Charadriiformes Charadriiformes

Oiseaux plus ou moins aquatiques, au bec pointu et aux pattes fines.

Famille Alcidae Alcidés
Genre Fratercula
Espèce arctica

Nos partenaires