Doris de Brito

Felimida binza | (Ev. Marcus & Er. Marcus, 1963)

N° 734

Méditerranée, Atlantique proche

Clé d'identification

Manteau bleu « électrique» à mauve avec parfois superposition de taches violacées
3 bandes : 1 centrale blanche et jaune, 2 latérales jaunes parfois anastomosées
Rhinophores bleu uniforme avec ligne verticale blanche sur la face postérieure
Panache branchial translucide avec une ligne bleue à chaque feuillet
Partie caudale du pied de forme triangulaire, discrète, bleu uniforme, avec petite bande blanche

Noms

Noms communs internationaux

Brito's sea slug (GB), Cromodoride di Brito (I), Britos Nacktschnecke (D), Lesma de Brito (P)

Autres noms scientifiques parfois utilisés, mais non valides

Chromodoris britoi Ortea & Pérez, 1983
Felimida britoi (Ortea & Perez, 1983)

Le nom de genre Felimida a remplacé celui de Chromodoris chez certaines espèces, après une étude de typage des Chromodorididés par l'ADN mitochondrial, [Johnson et Gosliner 2012]. Le dernier changement de nom (F. binza) date de 2016 (voir § info complémentaires).

Distribution géographique

Méditerranée, Atlantique proche

Zones DORIS : Méditerranée, Atlantique, Manche et mer du Nord

On trouve la doris de Brito en mer Méditerranée et sur les côtes proches de l'Atlantique Est (îles Canaries et archipel des Açores). Il est probable qu'elle existe également sur les côtes atlantiques du Costa Rica et du Mexique.

La révision de 2016 sur le complexe " Felimida clenchi " laisse à penser que F. binza n'est pas présente dans les eaux françaises des Antilles. Il existe bien des individus portant des robes approchantes mais le pattern de couleurs n'est pas suffisant pour discriminer F. binza de F. clenchi, espèce qui est elle bien présente dans cette zone. Jusqu'à analyses poussées des individus antillais qui démentiraient, l'espèce des zones françaises est censée être F. clenchi.

Biotope

On rencontre cette petite doris à des profondeurs allant de 5 à 30 mètres, sur le coralligène ou sur le sable.

Description

La doris de Brito mesure entre 5 et 20 mm de long (10 mm en moyenne). Généralement de forme allongée, elle est capable de se rétracter en prenant une forme ovoïde.

Le manteau*, est généralement bleu « électrique » avec superposition de taches violacées. Parfois le bleu domine largement mais peut laisser la place au violet, qui s'estompe jusqu'au mauve clair.
Il est irrégulièrement bordé sur son pourtour par une bande diffuse blanche lignée de jaune sur l'extérieur.
Sur ce manteau, on observe plusieurs bandes :
- une bande centrale qui débute en avant des rhinophores* et va jusqu'au panache branchial autour duquel elle forme un anneau. Cette ligne est blanche et jaune, avec parfois discontinuité de remplissage d'une de ces 2 couleurs (mais toujours du jaune au milieu du dos). Elle est rectiligne en général, plus ou moins large, avec une bordure bien définie.
- deux bandes latérales (une de chaque côté) jaunes, parfois discontinues, bien définies également. Ces lignes latérales sont parfois jointives en avant des rhinophores et/ou sur l'arrière du panache branchial.
Il arrive parfois que ces lignes dorsales s'anastomosent entre elles en quelques endroits, la tête et/ou les flancs, se dédoublant parfois et formant comme des entrelacs sur le manteau. Cet aspect caractérise l'espèce.

A l'avant, sur la tête, les rhinophores sont de couleur bleu à mauve uniforme, avec une ligne verticale blanche sur la face postérieure. Ils ont une forme de plume pointue et sont lamellés (12-20 lamelles).
Le panache branchial, constitué de 8 feuillets branchiaux, montre une base translucide laissant apparaître une ligne longitudinale bleue à mauve sur le rachis de chaque feuillet. Ceux-ci forment une couronne autour de l'anus.

La partie caudale du pied est parfois visible sur l'arrière de l'animal. De forme triangulaire, pointue, bleu uniforme, elle porte en son milieu une petite marque blanche, parfois masquée par la bordure postérieure du manteau.

Espèces ressemblantes

Parmi les Chromodoridés, un certain nombre montre une couleur globale proche de la doris de Brito. On peut citer :

Felimida krohni (Vérany, 1846) : la doris de Krohn est certainement l'espèce avec laquelle le risque de confusion est le plus élevé. Chez la doris de Krohn, la couleur du manteau est souvent plus claire et unie que chez la doris de Brito. Les trois lignes dorsales sont généralement rectilignes, blanches avec souvent une ligne jaune en surimpression. La bande périphérique du manteau est essentiellement jaune. Les rhinophores sont violets à leur apex et montrent un dégradé de vieux rose jusqu'à être translucides à leur base ; parfois, ils portent des mouchetures argentées. Concernant les lamelles du panache branchial, le dégradé y est identique à celui des rhinophores.

Felimida purpurea (Risso in Guérin, 1831) : la doris rose se distingue de F. binza par l'absence de lignes dorsales jaunes sur le dos. Le manteau mauve translucide, margé de jaune, est uniforme.

Felimida luteorosea (Von Rapp, 1827) : la doris tachetée mauve a le manteau violet et il se distingue essentiellement de F. binza par ses gros pois jaunes et l'absence de lignes longitudinales.

Felimida luteopunctata (Gantès, 1962) : espèce rencontrée principalement sur les côtes sud de la Méditerranée occidentale et les côtes africaines atlantiques. Elle ressemble à l'espèce précédente mais avec de très nombreux points jaunes, plus petits que chez F. luteorosea ainsi que des mouchetures blanches sur les rhinophores.

D'autres espèces atlantiques et/ou méditerranéennes appartenant aux genres Felimare et Hypselodoris (rassemblées arbitrairement dans le groupe dit des "doris bleus") ont un manteau à fond bien plus bleu que violet et la marge jaune/orange du manteau souvent plus étroite. Les lignes dorsales sont également différentes, souvent blanches et parfois accompagnées de lignes bleues plus claires.
Il s'agit notamment de :
- Felimare orsinii (une seule ligne centrale blanche, très fine, bordure du manteau à l'identique) ;
- Hypselodoris tricolor (une ligne centrale blanche, des traits latéraux bleu clair) ;
- Felimare gasconi (une large ligne médiane blanche accompagnée d'une ou deux lignes parallèles beaucoup plus fines et souvent interrompues, bordure du manteau orange franc passant au blanc sur la tête. Une ligne blanche sur les flancs se rejoignant sur la queue) ;
- Felimare malacitana (Méditerranée espagnole) et Felimare cantabrica (Atlantique quasi uniquement). Toutes les deux plus grandes que notre espèce, une bordure jaune et une parallèle bleu vif à l'intérieur. Une fine ligne jaune centrale et une multitude de petits points jaunes autour) ;
- Felimare fontandraui (une ligne centrale blanche "déchirée" et des traits latéraux clairs) ;
- Hypselodoris villafranca (couleur indigo avec un réseau de fines lignes jaunes ou orange, blanches ou bleues sur tout le corps).

Dans les eaux de l'Atlantique tropical Ouest, Felimida clenchi porte les mêmes couleurs et des motifs ressemblants. Les deux espèces sont très difficiles à discriminer, notamment sur la base des simple pattern visuels. Dans la même zone, une troisième espèce, Felimida sp. a été découverte après études moléculaires et ressemble encore aux deux précédentes.

Alimentation

Les nudibranches doridiens sont des carnivores. Ils se nourrissent généralement d'éponges, et pour Felimida britoi, probablement de spongiaires de la famille des Darwinellidae (Aplysilla sp., Chelonaplysilla sp. , etc.). Mais ce point est à établir avec plus de précision pour cette espèce.

Reproduction - Multiplication

Comme tous les nudibranches, Felimida binza est hermaphrodite et se reproduit par voie sexuée. L'accouplement se fait toujours deux à deux dans un rapport proximal, les individus se présentant tête-bêche sur leur côté droit. En effet, les organes de reproduction, oviducte* et spermiducte*, débouchent conjointement en un "pénis" copulatoire situé derrière la partie céphalique, au tiers avant droit du pied.
Entrés en contact, les deux partenaires échangeront leurs spermatozoïdes respectifs puis se sépareront. La fécondation sera interne et chacun pourra ensuite pondre de son côté.
Rencontrées d'avril à septembre, les pontes forment des bandes gélatineuses de 10 mm environ en forme de spirale et de couleur translucide, laissant paraître des œufs blanc-crème.
Quelques temps après la ponte et s'il en est comme pour la majorité des Felimida, naîtront de ces œufs de petites larves planctoniques qui subiront plusieurs modifications avant de se transformer en un animal juvénile, vivant sur le substrat.

Vie associée

On a pu constater la présence de parasites sur cette doris mais sans identifier d'espèces ni de récurrences.

Divers biologie

Les nudibranches sont munis de divers organes des sens. Parmi ceux-ci, une paire de rhinophores se trouve sur la tête de l'animal. Ce sont des organes chémorécepteurs (sensibles aux molécules chimiques) qui servent notamment à appréhender l'environnement physique : présence de proies, de congénères, échanges et communications… Ils servent également à la prise d'informations concernant les courants, les températures, l'orientation, etc. D'autres appendices, comme les palpes labiaux situés près de la bouche, violets chez Felimida binza, ont une fonction plus tactile.

A l'instar de la grande majorité des nudibranches, a fortiori des doridiens mangeurs d'éponges, notre doris de Brito possède une radula*, bande râpeuse située dans la bouche et qui lui permet de ronger ses proies afin de se nourrir. Il s'agit d'un ensemble de denticules organisés selon un schéma spécifique à l'espèce. L'observation et la description de cette radula grâce à des outils optiques, microscope optique ou électronique à balayage, sont primordiales dans la discrimination et la taxonomie des espèces. Cela ne pouvant bien entendu pas se faire sur l'animal vif, cette étude est affaire de spécialistes.
La disposition radulaire de Felimida binza est adaptée à son mode d'alimentation. Elle montre une armature biseriée avec 30 à 60 dents de chaque côté (probablement dépendant de la taille de l'animal examiné). Seules les dents les plus excentrées, acérées, portent des denticules, les dents centrales étant plus larges et moins pointues.

Chez Felimida binza comme chez de nombreux doridiens, l'anus se trouve sur le dos, au milieu du bouquet branchial.
Ce bouquet de feuillets branchiaux sert bien entendu aux échanges gazeux qui permettent la respiration de l'animal.

Informations complémentaires

La taxonomie de cette espèce a fait l'objet de beaucoup de dissensions.
En effet :
Alors que le nom de genre de cette espèce était encore Chromodoris (et pas encore Felimida), J. Ortéa & al. dans une publication de 1994, discutent de la différence entre les espèces suivantes : Chromodoris britoi Ortea & Pérez, 1983, C. clenchi (Russel, 1935), C. neona (Marcus, 1955) et C. binza (Marcus & Marcus, 1963) et concluent que ce sont toutes des espèces distinctes.
Angel Valdès en 2000 considère que C. binza (Caraïbes) n'est pas une espèce distincte de C. britoi (Méditerranée, Atlantique Est).
Terry Gosliner estime, lui, que C. britoi (Méditerranée, Atlantique Est) est la même espèce que C. clenchi (Cuba).
Certains auteurs considèrent que C. neona et C. britoi sont synonymes.
Ceci montre que jusqu'à ce moment, les critères tant morphologiques qu'anatomiques n'ont pas permis de conclure à la délimitation des différentes espèces et les discussions persistent au sein de la communauté malacologique.
Aussi un projet de recherche a été ouvert en Avril 2009 sous la direction des Pr. Manuel Malaquias (Université de Bergen, Norvège) et Juan Lucas Cervera (Université de Cadiz, Espagne).
Ce projet était la première tentative d'utilisation des données des séquences d'ADN moléculaire pour une étude phylogénétique, permettant d'éclairer sur la géographie et les mécanismes de spéciations* au sein du groupe d'espèces "C. clenchi" (dans lequel est incluse l'ex-Chromodoris brito : Felimida binza).
En juillet 2016 [ Padula &al 2016] estiment à l'aune d'études moléculaire sur le "complexe clenchi", que F. britoi et F. binza sont la même espèce. Par la règle d'antériorité, le nom valide est dorénavant Felimida binza.

Origine des noms

Origine du nom français

Doris de Brito : francisation de l'ancien nom scientifique (Chromodoris britoi).
L'espèce était dédiée à l'espagnol Alberto Brito (1954 - /), Docteur en Biologie et Professeur de Zoologie et d'Océanographie Biologique à l'Université de La Laguna, aux Canaries. Son travail d'investigation s'est concentré sur l'étude de la faune marine canarienne, spécialement des poissons, et sur l'écologie des écosystèmes marins insulaires. Ses travaux récents concernent notamment le réchauffement climatique global sur la biodiversité canarienne et l'effet des zones de protection (réserves marines).

Origine du nom scientifique

Felimida : l'origine de ce nom de genre, originellement créé par Eveline et Ernst Marcus en 1971, n'est pas connue, le couple Marcus étant un habitué des dénominations... "bizarres" et n'ayant jamais aimé donner d'explications sur le sujet. L'origine du nom Felimida est sans doute à chercher dans la sympathie appuyée d'Ev. Marcus (1901-1990) pour les chats (Felis)...

binza : encore une fois, l'origine de ce nom n'est pas déterminée. Toujours pour la même raison, le couple Marcus ayant l'habitude de ne pas donner d'explications sur les noms attribués aux espèces qu'ils décrivaient.

Classification

Termes scientifiques Termes en français Descriptif
Embranchement Mollusca Mollusques Organismes non segmentés à symétrie bilatérale possédant un pied musculeux, une radula, un manteau sécrétant des formations calcaires (spicules, plaques, coquille) et délimitant une cavité ouverte sur l’extérieur contenant les branchies.
Classe Gastropoda Gastéropodes Mollusques à tête bien distincte, le plus souvent pourvus d’une coquille dorsale d’une seule pièce, torsadée. La tête porte une ou deux paires de tentacules dorsaux et deux yeux situés à la base, ou à l’extrémité des tentacules.
Sous-classe Opisthobranchia Opisthobranches Coquille présente, réduite ou absente. Branchies à l’arrière du cœur. Principalement marins ou d’eau saumâtre, rare en eau douce (une dizaine d’espèces, Ordre des Acochlidea).
Ordre Nudibranchia Nudibranches Cavité palléale et coquille absentes chez l’adulte. Lobes pédieux souvent absents aussi. Respiration cutanée, à l’aide de branchies, de cérates ou d’autres appendices. Tête portant une ou deux paires de tentacules, les tentacules postérieurs ou rhinophores peuvent parfois être rétractés dans des gaines. Principalement marins ou d’eau saumâtre.
Sous-ordre Doridina Doridiens Corps aplati. Anus dorsal entouré complètement ou partiellement par des branchies de remplacement ramifiées qui peuvent être rétractées (voire absentes). Mangeurs d’éponges, habituellement armés de spicules calcaires internes.
Famille Chromodorididae Chromodorididés Doridiens au corps mou allongé et étroit, à coloration vive. Dos en général lisse, bord du manteau développé à l’avant. Pied effilé à l’arrière, dépassant du manteau. Rhinophores lamellés, tentacules buccaux courts et coniques, branchies pennées.
Genre Felimida
Espèce binza

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